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  • il y a 7 minutes
Chaque week-end, Alice Darfeuille vous accompagne de 21h à 00h dans BFM Grand Soir.

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00:00Bonsoir Alain Minc.
00:02Bonsoir.
00:03Bienvenue sur ce plateau.
00:06Prolongeons la discussion.
00:08Et ce qui vient d'être dit par Manon Aubry,
00:10le président de la République doit démissionner.
00:12Vous êtes d'accord avec cela ?
00:14Je n'appellerai jamais à la démission du président de la République
00:17par respect des institutions.
00:20Mais on voit bien, elle a avoué qu'elle est la stratégie.
00:23C'est-à-dire de samedi en samedi,
00:26le mettre dans un corner où il n'a pas d'alternative.
00:30Et donc de le pousser à une démission
00:33qu'à mon avis, son tempérament lui interdit.
00:36Mais c'est une stratégie politique claire.
00:38Parce qu'en revanche, ce qui est évident,
00:40c'est quand on est face à un malaise social de cette ampleur.
00:44Après, on peut le prendre par catégorie, les étudiants, etc.
00:47Et on en parlera.
00:48D'habitude, qu'est-ce qu'il faut faire ?
00:49Qu'est-ce qu'on fait ?
00:50On arrose avec de l'argent.
00:52Le problème, c'est qu'il n'y a plus d'argent.
00:54Et que si on arrose malgré tout avec des assignats,
00:58comme sous la Révolution,
00:59la crise financière, qui est déjà bien avancée,
01:03se déclenchera très brutalement.
01:05C'est ça, en réalité, l'impasse dans laquelle est Macron.
01:08Il ne peut plus faire du quoi qu'il en coûte.
01:11Ou s'il le fait, il provoque la crise financière.
01:13Ou il provoque son accélération.
01:15Alors, justement, là-dessus,
01:17puisque vous allez sur le terrain de la crise financière,
01:20je voulais commencer à la base cette interview
01:22avec peut-être ce qui est la seule bonne nouvelle
01:26de ces derniers jours,
01:27qui ont été quand même particulièrement difficiles
01:29pour beaucoup de Français.
01:30C'est que l'agence de notation Moody's
01:33a finalement décidé, contre toute attente,
01:36contre ce que disaient la plupart des économistes
01:38et des spécialistes,
01:39de maintenir la note de la dette souveraine de la France.
01:42Elle considère, en fait, que finalement,
01:46elle part du principe qu'un budget 2027
01:48réduisant le déficit sera adopté,
01:50tandis que les coûts de financement
01:52et les tensions sociales se modèreront,
01:54les tensions sociales se modèreront quelque peu
01:56dans les prochains mois.
01:57On n'est pas complètement foutus à la main.
02:00Écoutez, je me réjouis de cet élan
02:04bizarrement optimiste de Moody's.
02:06Cela dit, il ne faut pas attacher
02:07une grande importance à ce que disent les agences.
02:10Quelle est la conséquence technique, pardon,
02:12c'est qu'il y a des acheteurs de dettes
02:14qui ont besoin d'une certaine notation
02:17pour pouvoir acheter.
02:18Donc, avec la notation qu'ils maintiennent,
02:21il y a des acteurs qui peuvent acheter la dette française.
02:23Le seul problème, c'est qu'ils ne l'achètent pas.
02:25Il faut bien voir quand même
02:27qu'il semblerait,
02:28il semblerait, parce que c'est très compliqué,
02:30les marchés, c'est opaque,
02:32que des achats de dettes françaises
02:33de début de semaine ont été faits
02:35comme investissements de long terme
02:37par des Chinois.
02:39Mais pas...
02:40Et quand il y aura une prochaine adjudication,
02:43une partie de la dette sera prise
02:45par ce qu'on appelle des hedge funds,
02:46c'est-à-dire des gens qui jouent à court terme.
02:48Et s'ils jouent à court terme,
02:50ce n'est pas pour jouer la hausse,
02:51en réalité, des obligations françaises.
02:54C'est pour jouer, évidemment,
02:55leur baisse et leur effondrement.
02:57Donc, il faut déjà voir où on en est
02:59pour ce qui est de la crise financière.
03:01On en est où, justement ?
03:02On est parti de 1,5% de plus que l'Allemagne.
03:07On est à 1,7%.
03:09De taux d'emprunt.
03:11De taux d'emprunt.
03:11C'est-à-dire, vous avez le taux de départ
03:14auquel on ajoute, pardon de ce jargon,
03:16le spread, c'est-à-dire l'écart.
03:18L'écart avec l'Allemagne
03:20est maintenant de 1,7%.
03:21Le résultat, quand même,
03:23c'est que nous nous finançons
03:261% plus cher que le Portugal,
03:28plus cher que la Grèce,
03:29plus cher que l'Italie.
03:30Nous ne sommes le pays d'Europe
03:32qui se finance le plus cher.
03:34Oui, mais ça, vous me le disiez,
03:35il y a déjà un mois à la main.
03:36Est-ce qu'en l'espace d'un mois,
03:38la situation s'est détériorée ?
03:40Oui, mais 1%, ça ne vous paraît rien.
03:431%, quand vous émettez 300 milliards,
03:45c'est 3 milliards la première année,
03:47puis 3 milliards, puis 3 milliards,
03:49puis 3 milliards.
03:49C'est une dégradation majeure.
03:54Alors, pour l'instant,
03:55il y a encore des gens
03:56pour l'acheter, cette dette française.
03:58Tant qu'il y aura des gens pour l'acheter,
03:59il n'y aura pas le spasme.
04:01Mais c'est à long terme extraordinairement pénalisateur.
04:04Et puis, il y a une conséquence économique très lourde.
04:08Nous avons le taux d'intérêt le plus élevé,
04:11une des inflations, pour des tas de raisons
04:13sur lesquelles on pourrait revenir,
04:14mais pas ce soir.
04:15Donc, le taux d'intérêt réel,
04:17celui qui entraîne l'activité économique,
04:21est extrêmement élevé.
04:22Donc, tout ça va se payer par un ralentissement.
04:25Donc, on est acculé.
04:26Et le problème du pouvoir,
04:28c'est qu'il est financièrement acculé
04:30au moment où, suivant la bonne pratique française
04:33depuis 50 ans,
04:34c'est dès qu'il y a un mouvement social,
04:36j'achète, en réalité,
04:38la paix sociale.
04:39Alors, pour l'instant,
04:40il ne l'a pas encore fait,
04:41puisque rien de concret n'a été annoncé.
04:44Non, parce qu'il sait très bien ce que je dis.
04:46Ils savent très bien qu'ils n'ont pas l'argent.
04:48Alors, typiquement,
04:49demain, il y a rendez-vous avec les lycéens
04:52et le Premier ministre.
04:52On a appris ce soir qu'il allait y avoir
04:54une conférence de presse
04:55dont la foule et du ministre de l'Éducation nationale
04:57et du ministre de l'Enseignement supérieur.
04:59J'imagine que c'est quand même
05:01pour annoncer deux, trois choses.
05:03Qu'est-ce qu'il peut dire ?
05:05Et surtout, jusqu'où peut-il aller ?
05:07Alors, je vais vous dire ce dont je suis sûr
05:10est certain qu'il n'en dira pas un mot.
05:13Il ne dira pas
05:14« Nous avons été pris dans une folie collective
05:18qui commence avec les 80% de réussite au bac
05:21de Jean-Pierre Chevènement
05:22et qui se termine avec 95% de réussite au bac. »
05:27Quand il y a 95% de réussite au bac,
05:29on a un choix qui est
05:31« On trouve un moyen de faire une sélection
05:34à l'entrée dans l'université. »
05:36Qu'est Parcoursup ?
05:37D'une certaine façon, le plus mauvais des systèmes
05:40à l'exception de tous les autres.
05:42Comme Churchill disait, la démocratie.
05:43Donc le moins mauvais.
05:44C'est-à-dire...
05:45Le moins mauvais.
05:46Alors, on peut peut-être corriger
05:47certains petits aspects.
05:49Mais si on supprime Parcoursup,
05:51et en effet, le président de la République,
05:53qui s'aide souvent facilement,
05:55a eu des mots qui voulaient laisser entendre
05:57qu'on était prêt à supprimer Parcoursup,
05:59qu'est-ce qui va se passer ?
06:00On va trouver ou de la sélection sauvage,
06:05ou une accentuation des différences
06:08entre quelques établissements
06:09qui arriveront à s'en tirer,
06:12ou on devra faire des tas de places d'université
06:15qu'on n'a pas les moyens de faire.
06:17Tout ça pour donner des diplômes dévalorisés,
06:20qui font que vous avez des gens,
06:21au bout de 4 ou 5 ans d'études supérieures générales,
06:24qui se retrouvent, quand ils trouvent un job,
06:27avec des jobs faiblement payés,
06:29et qui sont des machines à frustration.
06:31Et c'est une partie de ces catégories sociales-là
06:34que l'on voit aujourd'hui.
06:36Alors, le problème, c'est que la vraie réforme,
06:38dont ils ne parleront pas demain,
06:39et dont on ne parlera pas pendant la campagne,
06:41elle a des conséquences à 10 ou 15 ans.
06:44Donc, je plains les lycéens d'aujourd'hui,
06:46je comprends leur frustration.
06:47Mais l'idée, c'est visiblement pas
06:49de supprimer Parcoursup,
06:50mais de faire quelques aménagements,
06:52de trouver un entre-deux.
06:53Vous avez vu, oui, mais d'abord,
06:54je suis frappé par la finesse politique
06:57de certains des leaders lycéens,
06:58comme de mon temps,
07:01le syndicalisme lycéen,
07:03c'est en réalité la propédéthique de la politique.
07:06Il y en a quelques-uns que vous recevez,
07:07on se dit, dans 20 ans, ils seront en politique.
07:10Ils ne vont pas se laisser balader comme ça.
07:11Donc, ce n'est pas simplement un réfistolage.
07:14Et comme toujours,
07:15les mots du président de la République,
07:17jetés comme ça, sans les mesurer,
07:19font que maintenant, ils ne se contenteront pas
07:22d'un petit rafistolage
07:23ou d'un sauvetage de face.
07:25Eh bien, donc, faut-il mettre en place ?
07:27Faut-il annoncer des mesures, même coûteuses,
07:29quitte à rendre le budget qui va être discuté caduque ?
07:33Est-ce qu'il faut acheter la paix sociale ?
07:36Pour reprendre votre expression.
07:37Moi, je crois qu'on n'y arrivera pas
07:38parce que les gens ne sont pas dupes,
07:39ils savent qu'il n'y a pas d'argent
07:40et que si on la paye très, très cher,
07:42on verra à ce moment-là la crise financière s'accélérer
07:45et le jour où la BCE demandera des vrais contreparties,
07:48on verra le prix à payer.
07:49Moi, je ne suis pas sûre que ceux qui sont dans la rue,
07:51qui sont derrière vous, là, sur cette trêve,
07:53ils se préoccupent de ça.
07:55Ceux qui le voient, ce sont des réponses maintenant.
07:56Mais je les comprends parfaitement.
07:58Donc, on peut acheter la paix sociale ?
07:59On peut acheter la paix sociale,
08:01mais personne ne leur dit
08:02si j'achète la paix sociale aujourd'hui,
08:04je crée les éléments d'une crise financière
08:07qui fait que vous s'en serez les premières victimes.
08:10Évidemment, ce n'est pas la tendance naturelle
08:12de la classe politique et, a fortiori,
08:14ça ne l'est pas à six mois d'une présidentielle.
08:17Donc, on est en effet dans une impasse assez gravissime.
08:21Qu'est-ce que peut faire ce gouvernement, du coup ?
08:25Je ne sais pas.
08:26C'est vrai, c'est la première fois que vous me dites ça.
08:28Oui, je ne sais pas.
08:29Non, mais je ne sais pas.
08:30C'est-à-dire, d'un côté,
08:32il va essayer de faire passer son budget
08:34par la procédure des ordonnances
08:37qui le fera sans doute tomber après,
08:39mais il pourra toujours expédier les affaires courantes
08:43jusqu'à la présidentielle.
08:44C'est un gouvernement qui a expédié les affaires courantes
08:47qui a très bien géré, d'ailleurs, les Jeux olympiques.
08:50Donc, il fera son budget,
08:52mais je ne sais pas.
08:53En réalité, je pense qu'un moment clé,
08:56c'est le 5.
08:58C'est-à-dire...
08:595 novembre.
09:00La manifestation en accompagnement de la grève
09:04décidée par les organisations syndicales,
09:07donc une grève classique, sérieuse,
09:09et qui sera un étalon de mesure
09:11de l'état de frustration et d'inquiétude réelle du pays.
09:16Sur la frustration, justement,
09:17on parlait tout à l'heure de crise financière.
09:19Est-ce que vous parleriez aussi d'une crise sociale
09:22ou vous iriez bien plus loin ?
09:24Certains vont jusqu'à dire que la France est au bord d'une guerre civile.
09:28Vous, quel mot vous mettriez sur ce qu'on a vécu,
09:31notamment la semaine dernière ?
09:32Non, mais ce qu'on a vécu la semaine dernière,
09:35c'est en effet, bon, au-delà de la dramatique erreur de gestion
09:40par les pouvoirs publics,
09:42on a vécu le vandalisme.
09:45Alors, en effet, qui d'ailleurs s'est répandu partout en Europe.
09:48C'est assez extraordinaire.
09:49En 1848, la France donne le mouvement des révolutions
09:55dans l'Europe entière.
09:57En 68, ma génération,
09:59on donne le mouvement des révolutions libertaires.
10:02Là, on crée en réalité le mouvement des révolutions de vandalisme
10:07qu'on a vu en Italie, très largement,
10:10qu'on a vu en Grèce.
10:12Vous savez ce qu'on dit, M. Marc.
10:14On se compare pour se rassurer.
10:15Non, mais je ne compare pas.
10:16Je pense que c'est un problème beaucoup plus profond
10:18qui est en réalité l'expression
10:23d'une désocialisation
10:25dans l'ensemble du monde occidental.
10:27Mais est-ce que vous pensez que dans ces autres pays
10:30que vous citez, où il y a eu aussi des manifestations,
10:32le gouvernement a donné l'impression de perdre le contrôle
10:35comme il l'a fait la semaine dernière ?
10:37Sur le problème maintien de l'ordre,
10:39ça s'est passé en effet à Milan
10:40dans une perspective à peu près,
10:45enfin, je ne vais pas mesurer le nombre de boutiques saccagées équivalentes.
10:48Mais il y a une très grande différence,
10:50c'est que le gouvernement grec peut payer,
10:53le gouvernement de Mme Mélanie peut payer,
10:56le gouvernement espagnol ou portugais peut payer,
11:00parce qu'ils ont fait avant les efforts
11:02qui aujourd'hui leur donnent la capacité d'acheter la paix sociale.
11:06– Lorsque Édouard Philippe dit que le pays a besoin
11:09d'être commandé et pas commenté,
11:12quelques heures après la prise de parole d'Emmanuel Macron,
11:17là, ce n'est même plus de la prise de distance,
11:19c'est de la vachardise.
11:20– Non, ce n'est pas très gentil, mais c'est vrai.
11:24C'était une intervention avec tout le cérémonial monarchique.
11:29– Vous posez la question parce que vous soutenez Édouard Philippe.
11:30– Non, mais j'ai dit que je votais pour le candidat modéré
11:32qui peut gagner et battre Mme Le Pen.
11:34Pour l'instant, c'est Édouard Philippe.
11:36– Ce n'est pas très gentil, mais c'est vrai.
11:38– Mais c'est vrai.
11:38– Mais c'est nécessaire.
11:40– On ne peut pas demander à quelqu'un
11:41qui est candidat à l'élection présidentielle,
11:44qui traîne comme un boulet d'avoir été le premier ministre
11:47d'un président qui est aujourd'hui autour de 12% de popularité,
11:51d'applaudir des deux mains.
11:52Ou alors ça s'appelle un suicide politique.
11:54Mais la vérité, c'est que cette inter...
11:56La séquence a été lunaire, il faut quand même,
11:58entre la présence au concert de Céline Dion.
12:02– Erreur ?
12:02– Gigantesque, des connexions absolues.
12:06Enfin, le lendemain, on s'attendait à des manifestations.
12:09Le lendemain, cette intervention lunaire où on ne dit rien,
12:15et le surlendemain, un départ pour acheter 250 000 tonnes de diesel
12:20qui est de l'ordre des capacités d'achat du directeur commercial de Total.
12:25Il y a eu une séquence, d'ailleurs, Macron s'en est rendu compte,
12:29puisqu'il est revenu en voulant, comme d'habitude, tout faire.
12:32Le préfet de police, le ministre de l'Éducation, le ministre de l'Intérieur, etc.
12:37– Est-ce que vous diriez que ce président Emmanuel Macron est plus isolé que jamais,
12:43que tout le monde est en train de le lâcher ?
12:46– Il s'est lâché tout seul, oui.
12:48Il est isolé parce qu'il s'est lâché tout seul.
12:51C'est-à-dire que c'est lui qui est responsable de l'échec de son deuxième quinquennat.
12:56– Et le point d'orgue a été, bien évidemment,
12:59cette dissolution qu'a rendu la France ingouvernable.
13:02– Certains diront que c'est aussi la rançon du second mandat,
13:05que disons à l'aide d'un pays, c'est trop.
13:07– Moi, je n'ai pas voté pour lui à cause de ça, en 2022,
13:09parce que je pensais qu'il ferait un mauvais deuxième mandat.
13:12Je ne pensais pas qu'il ferait un deuxième mandat catastrophique.
13:16Moi, je ne retiens qu'une seule chose de son deuxième mandat, très importante,
13:21c'est qu'il a commencé à donner la garantie nucléaire française
13:25à l'ensemble des pays européens qu'il a demandé.
13:28Ça, c'est quelque chose de très important.
13:30Et en plus, il l'a fait de manière peu macronienne,
13:33c'est-à-dire qu'il n'a pas décidé de façon autoritaire.
13:36Il a discuté avec les autres pays, avec une certaine forme d'humilité.
13:40Voilà, mais pour tout un mandat, ce n'est quand même pas beaucoup.
13:43– C'est vrai qu'on assiste à une succession de crises.
13:46Du coup, comment vous qualifieriez cette fin de mandat ?
13:49Et est-ce qu'elle vous rappelle d'autres fins de mandat ?
13:51– Non, à ce point-là, jamais.
13:54Si on remonte l'histoire, d'abord, Jacques Chirac et François Mitterrand
14:01ne pouvaient pas se représenter.
14:04Nicolas Sarkozy a été battu.
14:06François Hollande n'a pas pu se représenter.
14:09Et là, c'était au bout d'un premier mandat.
14:11Quand on voit à quel point c'est déjà difficile de finir un premier mandat,
14:15les deuxièmes mandats, je crois, ont une calamité.
14:17Mais on n'est pas obligé d'aggraver les choses.
14:20Il les a délibérément ou inconsciemment, plus que délibérément, aggravés.
14:26Mais c'est pour ça que je ne vois pas.
14:28Si le mouvement auquel on assiste se poursuit pendant un mois, deux mois, trois mois,
14:36je crains malheureusement que la question posée par Mme Aubry,
14:39qui, elle, a des arrières-pensées, ce qui n'est pas mon cas,
14:41que la question soit valide.
14:43– C'est-à-dire ?
14:44– C'est-à-dire qu'il y a...
14:47– Si la situation politique...
14:50Si la situation ne cesse de s'aggraver et de se perpétuer,
14:55et se perpétuer, c'est déjà s'aggraver,
14:58qu'est-ce qu'a en main le président de la République ?
15:00Changer de gouvernement ? Non, parce que tout le monde s'en fout.
15:03– Dissoudre ? Alors oui, il peut dissoudre.
15:07Mais alors ça, on pourrait appeler ça la damnation fausse.
15:10C'est-à-dire qu'il veut rendre les choses invivables pour son successeur.
15:15Donc, j'ose espérer qu'il ne l'envisage pas.
15:18Recourir à l'article 16, comme le général de Gaulle en 1961,
15:24juridiquement possible, politiquement inconcevable.
15:28Donc, son raisonnement était pervers,
15:32mais il était assez vrai.
15:33Et c'est bien pour ça qu'ils veulent l'acculer.
15:35Il y a un moment où la question,
15:38c'est que la seule clé qui débloque la situation serait son départ.
15:42J'ose espérer qu'on n'en arrivera pas là.
15:44– Est-ce que vous pensez qu'il est susceptible de faire ça ?
15:49Est-ce que ça fait partie de sa personnalité ?
15:54– Non, ça ne fait pas partie de sa personnalité,
15:56mais la vie est faite de rapports de force.
15:59Et si le rapport de force se détériore encore,
16:03il y a un moment où on est acculé.
16:05Moi, j'ose espérer qu'il ne se détériore pas encore.
16:09Que je ne pense pas…
16:10La grande différence quand on parle de 68…
16:13– Comment vit-il, selon vous, ce qui se passe ?
16:13Je sais que vous le connaissez, vous ne le côtoyez plus,
16:16puisque vous êtes très remonté contre lui depuis la dissolution.
16:19Comment vit-il, selon vous, ce qui se passe ?
16:21– Je ne suis pas sûr qu'il ait une pleine…
16:26Je pense qu'il oscille entre une déconnexion
16:28dont le week-end calamiteux a été la preuve
16:32et une fébrilité dont a témoigné, par exemple,
16:36sa déclaration hallucinante à Trappes,
16:40où il dit le premier crime raciste.
16:43Non, malheureusement, on en a connu des crimes antisémites et racistes
16:47depuis l'affaire de Toulouse.
16:49– Alors, l'Élysée a corrigé ensuite.
16:51– Oui, mais ça, c'est toujours la même chose.
16:53Ce qui importe, la correction n'a aucun intérêt.
16:55Ce qui importe, c'est le réflexe.
16:56Donc, je pense qu'il oscille entre la déconnexion et la fébrilité.
17:01– Sur Trappes, justement.
17:02Écoutez ce qu'il dit.
17:03J'ai ressorti un extrait de l'une de ses déclarations.
17:06Il faut rappeler ce qui s'est passé.
17:08Vendredi, attentat terroriste raciste à Trappes.
17:11Un mort, cinq victimes dont une fillette de 12 ans,
17:14évidemment, dont la foulée, le président de la République
17:15se rend sur place aux côtés du maire de Trappes,
17:19Ali Rabé, et il est interrogé, le président de la République,
17:22sur le climat actuel. Écoutez.
17:24– Il y a des discours racistes,
17:27il y a une tension qui s'installe dans la société.
17:29Et cela depuis plusieurs années.
17:31Elle avait commencé à s'installer.
17:33Le terrorisme qu'on a vécu, certainement, l'a accéléré.
17:35Les conflits internationaux,
17:37l'importation de la géopolitique dans le débat
17:41au sein de la nation,
17:42et j'ai toujours essayé de faire très attention à ça,
17:44mais l'a accéléré.
17:46Et ça, nous en sommes tous, éco-dépositaires.
17:48Moi, j'ai ma responsabilité.
17:49Là aussi, j'ai essayé de faire le maximum.
17:50Peut-être que je fais des erreurs.
17:51Peut-être que d'autres jours, je fais mieux.
17:53Je pense qu'il n'est en tout cas jamais trop tard.
17:55– Cette remise en question, elle est importante.
17:59Est-ce qu'elle n'est pas nouvelle ?
18:01Est-ce que ces derniers jours ne l'ont pas changé ?
18:03– D'abord, ces propos-là,
18:05oui, c'est un éditorial décent de journal,
18:08ce genre de commentaires.
18:09– Ah bon ?
18:10– Qu'est-ce que vous avez appris de clé ?
18:13On sait qu'il y a des pressions
18:16qui ont amené quand même une atmosphère
18:19où il y a eu des crimes antisémites,
18:20des crimes racistes.
18:22Ils mêlent le terrorisme,
18:23où la France a bien résisté d'ailleurs à l'époque.
18:26On l'oublie.
18:26– Mais qu'un président dise,
18:28j'ai fait le maximum,
18:29mais peut-être que j'ai fait des erreurs,
18:31peut-être que j'ai ma part de responsabilité.
18:33– Très bien, ça participera, disons,
18:35avec le recul du temps,
18:37de l'anatomie de ce qu'ont été ces dix ans.
18:40André, ce n'est plus le sujet.
18:43L'histoire jugera,
18:45mais ce n'est plus notre sujet.
18:49Normalement, il était sorti de l'épure.
18:51La crise actuelle le ramène au centre de l'épure.
18:55Mais donc, la seule chose qui importe,
18:57c'est comment il gère les six mois qui viennent.
18:59La suite, on verra.
19:01– Vous m'avez beaucoup parlé
19:02de ce qu'a dit Manon Aubry,
19:03qui appelle à cette émission.
19:05Vous, est-ce que vous pensez,
19:06sans lancer d'appel,
19:08est-ce que vous pensez qu'il doit le faire ou pas ?
19:10– Pas aujourd'hui.
19:11Aujourd'hui, il a encore tous les moyens d'y résister.
19:14Mais si on vit un mouvement de type gilet jaune d'IA,
19:20à l'époque, il résiste avec beaucoup d'habileté aux gilets jaunes,
19:23mais il a une popularité élevée,
19:26il vient d'arriver depuis un an,
19:28son charme fonctionne à plein.
19:30Donc, si on a un mouvement du même type,
19:34disons que les mêmes remèdes ne fonctionneront pas.
19:36– Il n'a plus de charme ?
19:37– Non, mais ça, c'est normal.
19:38La politique, au bout de dix ans,
19:40vous n'avez plus aucun charme,
19:41les gens en ont marre de vous, c'est la vie.
19:43– Ah ben, dites-nous,
19:44quelle vision de la politique !
19:47Merci, Alain Manc.
19:48Et vous dites, il n'y a pas qu'en politique.
19:51Merci d'avoir été avec vous sur ce plateau.
19:53– Merci, Alain Manc.
19:53Sous-titrage Société Radio-Canada
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