Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 heures
Pendant 70 ans, l'Armée rouge a été l'un des piliers de l'URSS, objet de crainte autant que d'admiration, symbole de libé­ration comme de coercition. Ce documentaire explore son histoire, conjuguant le récit épique et la déconstruction du mythe. Si chacun sait que le nom de Trotsky est attaché à sa création, contrairement à l'idée commune, l'essentiel de son histoire est faite de défaites et d'échecs militaires. Grâce à un montage tout en archives, ce film est une véritable immer­sion au coeur de l'Armée rouge. Année de Production :

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:0725 décembre 1991, devant les caméras du monde entier, le président Mikhail Gorbatchev,
00:15à la tête d'un empire en miettes, déclare solennellement la fin de l'URSS.
00:38En quelques minutes, l'adjectif « soviétique » est banni du vocabulaire.
00:46Avec lui disparaît le bloc communiste qui a fracturé le monde d'après-guerre.
00:51Mais aussi l'armée rouge, la grande armée soviétique, qui avait forgé sa légende en remportant la victoire contre le
00:58nazisme.
01:47ÉTÉ 45
01:50Des trains bondés quadrillent le territoire de l'URSS au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
01:58Près de 9 millions de soldats rentrent au pays.
02:05Anatoly Guénatouline était l'un d'entre eux.
02:11Nous sommes partis en guerre, gamins de 17-18 ans, sans premier amour dans nos cœurs pour traverser ce cauchemar.
02:19Nous n'avons pas eu d'adolescence ni de jeunesse.
02:24Tous, nous sommes revenus mutilés.
02:31L'armée rouge a gagné la grande guerre patriotique.
02:34Ses soldats s'attendent à être accueillis en héros.
02:37Mais sur ce territoire dévasté, où 25 millions de personnes n'ont plus de toit, leurs espoirs sont douchés.
02:47L'aide promise par la propagande est dérisoire.
02:50Les emplois difficiles à trouver.
02:55Les invalides de guerre n'ont d'autre choix que de s'adonner au marché noir ou à la mendicité.
03:10Quant aux prisonniers de guerre, dont la moitié seulement a survécu au mauvais traitement, au travail forcé, à la famine
03:18organisée par les nazis,
03:19ils sont dès leur retour suspectés de trahison.
03:26Igor Trapitsin se souvient de son retour au pays en juillet 1945.
03:35Mitraillette, chien policier, ça nous a quand même un peu surpris.
03:42Le smerch, le contre-espionnage militaire, nous a internés derrière les barbelés.
03:53Considérés comme dangereux, les prisonniers de guerre passent sans transition du camp nazi au camp soviétique.
04:07Les autres sont condamnés aux unités disciplinaires de l'armée rouge ou transférés dans les bataillons de reconstruction, tout aussi
04:14harassants.
04:23Pour Staline, la gloire de l'armée rouge est révolue.
04:29Aux yeux du dictateur, elle est devenue trop puissante, trop populaire.
04:37Personne, pas même son armée, ne doit lui faire de l'ombre.
04:48A partir du 24 décembre 1947, une série de mesures bat en brèche l'héritage glorieux de l'armée rouge.
04:59Le 9 mai, jour de la victoire sur le nazisme, ne sera plus férié.
05:07Les allocations attribuées aux vétérans médaillés sont supprimées.
05:14Le maréchal Zhukov, le héros de Stalingrad, est tombé en disgrâce au lendemain du conflit mondial.
05:24Son trésor de guerre et son amitié avec le traître Vlasov ont servi de prétexte à Staline pour se débarrasser
05:32de lui.
05:38Le général Vlasov, passé à l'ennemi pendant la guerre, est condamné pour haute trahison et pendu en 1946.
05:55Zhukov est relevé de ses fonctions par le politbureau et envoyé en mission à Odessa, en Chine, puis aux confins
06:02du Turquestan, le plus loin possible de Moscou.
06:16En 1949, Staline ordonne de débarrasser les villes du RSS de leurs mendiants et grands mutilés de guerre.
06:25C'est le dernier clou planté dans le cercueil de l'armée rouge.
06:30« Tous, avec nos décorations et nos médailles, nous sommes devenus des lavettes, des chiffons avec lesquels on pouvait laver
06:38le plancher », témoigne Grigory Pomeranz,
06:42engagé volontaire dans l'armée rouge pour défendre Moscou à l'automne 1941.
06:48Le pouvoir nous disait « Vous imaginez être quelqu'un ? Eh bien non, vous êtes des héros ».
07:05La grande guerre patriotique a laissé place à un nouveau conflit.
07:15La conférence de Potsdam, en juillet 1945, a réuni Staline, le britannique Churchill et le président américain Truman.
07:29Censée jeter les bases de l'après-guerre, elle n'a fait qu'enteriner l'affrontement inévitable des deux systèmes
07:35en présence.
07:38Communistes et capitalistes sont désormais face à face.
07:47Via le plan Marshall, le président Truman aide matériellement 16 pays du bloc occidental.
07:56Les pays libérés par l'armée rouge se retrouvent dans la sphère d'influence soviétique.
08:04L'Allemagne est divisée en plusieurs zones d'occupation, comme Berlin, sa capitale.
08:15Suite au blocus d'un an, mené par Staline pour asphyxier Berlin, la partition de l'Allemagne est actée, de
08:23même que celle de l'Europe.
08:26L'opposition Est-Ouest se matérialise par un rideau de fer qui fracture le continent.
08:35Le monde est entré de plein pied dans la guerre froide.
08:539 mars 1953.
08:56Quatre jours après sa mort, Staline a droit à des funérailles grandioses.
09:04Venu en masse des quatre coins de l'Empire, les soviétiques rendent un dernier hommage au tyran, qui a régné
09:11sur eux pendant près de 30 ans.
09:15«Дéry Dominant, les soviétiques, les soviétiques, les soviétiques, les soviétiques, les soviétiques, les soviétiques, les sois de l'est du
09:33pays,
09:44L'Avrenti Beria, le chef du NKVD, la police politique, et Nikita Khrouchev, qui a organisé les funérailles, incarnent la
09:55nouvelle direction de l'Union soviétique.
10:01Déjà, il s'apprête à liquider l'héritage de Staline.
10:12Le maréchal Zhukov, tiré de son exil dans l'Oural, est rappelé à Moscou.
10:23Le 14 mai 1955, il signe le pacte de Varsovie, une alliance militaire créée pour faire front à l'OTAN,
10:32le bras armé de l'Occident.
10:35Pour le maréchal soviétique, c'est un retour en grâce.
10:44Nommé ministre de la Défense par Khrouchev, il s'emploie à réhabiliter le souvenir de la grande guerre patriotique.
10:55Zhukov est posé des stèles, élevé des statues à Stalingrad, Leningrad ou Minsk.
11:07Dès le jardin d'enfants, on vivait dans une sorte de célébration perpétuelle de la guerre, se rappelle un habitant
11:14de Minsk.
11:19La maîtresse nous a emmenés devant le monument dédié à Marat Kazeï.
11:25Regardez les enfants, c'est un jeune héros.
11:28Il n'avait que 14 ans quand il s'est fait exploser, avec une grenade, en tuant beaucoup de fascistes.
11:35Quand vous serez grand, vous devrez être comme lui.
11:41J'étais sûr de m'engager dans l'armée dès que j'aurai fini mes études secondaires, conclut-il.
11:50Les vétérans invités à témoigner en salle de classe créent des vocations.
12:00Après les années noires de l'après-guerre, faire carrière dans l'armée redevient attractif.
12:16Le 25 février 1956, au 20ème congrès du PCUS, Khrouchev, qui s'est emparé du pouvoir,
12:26officialise la déstalinisation en divulguant son rapport secret sur les crimes de Staline.
12:33Il y condamne aussi le culte de la personnalité et annonce la libération des prisonniers de guerre incarcérés.
12:42Un million et demi de ces vétérans voient rétablir leur allocation, supprimée dix ans plus tôt par Staline.
12:54Diffusée partout en Europe centrale, le rapport Khrouchev alimente les espoirs de libéralisation des pays frères.
13:04Dès le 28 juin 1956, des émeutes éclatent en Pologne.
13:10Elles se propagent rapidement en Hongrie, où les manifestants réclament l'indépendance et la démocratie.
13:20Khrouchev et Zhukov envoient l'armée rouge mater l'insurrection.
13:34Quand les chars soviétiques entrent à Budapest, le 24 octobre 1956, la situation se révèle plus explosive que prévu.
13:46Place des héros, la statue de Staline a été déboulonnée.
14:03La veille, la police politique a tiré sur les étudiants.
14:20Pour se défendre et faire face, les manifestants se servent dans les dépôts d'armes de l'armée hongroise.
14:27Depuis les toits, des grenades et des cocktails Molotov sont jetés sur les tanks.
14:53Les soldats sont débordés.
14:59La situation échappe de plus en plus au Kremlin.
15:17Le 4 novembre, ce ne sont pas moins de 2500 blindés soviétiques qui envahissent Budapest.
15:28Les directives de Zhukov sont sans équivoque.
15:32Nettoyer la canaille.
15:34Désarmer la contre-révolution.
15:38Si nous quittons la Hongrie, déclare Khrouchev,
15:41les impérialistes américains, britanniques et français percevront cela comme une faiblesse de notre part
15:48et partiront à l'offensive.
15:51Nous n'avons pas le choix.
16:10Fin novembre, l'insurrection est écrasée.
16:17Les chiffres officiels déclarent 2500 victimes côté hongrois.
16:22Plus de 19 000 blessés et 10 000 arrestations.
16:29À la faveur du chaos, 180 000 personnes se sont enfuies à l'ouest.
16:44L'armée rouge a fait ses preuves dans sa nouvelle mission de maintien de l'ordre.
16:50C'est le moment pour Zhukov de professionnaliser son armée.
16:58Les soldats ne seront plus réquisitionnés pour les travaux agricoles
17:02ou toute autre tâche qui ne relève pas de leurs fonctions.
17:08Dans le même temps, Zhukov réduit drastiquement les effectifs.
17:13En l'espace de deux ans, l'armée rouge passe de 5 à 3 millions d'hommes.
17:20Ses équipements et son armement sont modernisés pour concurrencer l'arsenal américain.
17:44Dans le contexte de la guerre froide, la bombe atomique a tout changé.
17:51Le monde est entré dans ce que l'on appelle l'équilibre de la terreur.
18:04Conçu dès 1949 par des scientifiques nazis, dans les laboratoires du NKVD.
18:11L'arme nucléaire ne doit pas échapper au contrôle de l'armée.
18:19Zhukov obtient de superviser ce secteur en pleine expansion.
18:25Les Etats-Unis ont déjà produit plus de 3000 ogives nucléaires,
18:29quand l'URSS n'en compte guère plus de 300.
18:39Le 14 septembre 1954, lors de l'opération Boules de neige,
18:46une bombe atomique est lancée à 8000 mètres d'altitude, au sud des monts Oural.
18:51...
19:05Zhukov observe l'essai nucléaire à 10 km de l'explosion,
19:09qui souffle les casquettes des observateurs.
19:16L'irradiation des soldats et des populations environnantes demeurent aujourd'hui encore un sujet tabou.
19:25...
19:35Ces armes sont mises au point au sein de villes cachées, construites dans les années 40,
19:40pour accueillir ceux qui travaillent dans les domaines ultra sensibles du nucléaire,
19:44des armes biologiques ou chimiques.
19:48Ces villes ne sont indiquées sur aucune carte.
19:53Les militaires et les scientifiques qui y vivent sont sous la surveillance constante du KGB.
19:59Le nouveau nom du NKVD, la police politique.
20:07Un scientifique qui a vécu dans l'une de ces villes préfère évoquer les avantages dont il bénéficie.
20:15Nous y étions bien payés, 20% de plus qu'ailleurs.
20:19Et nous pouvions acheter des choses auxquelles le reste du pays n'avait pas accès.
20:24Dans nos magasins, on trouvait des saucisses.
20:27Une denrée rare en Union soviétique.
20:31...
20:46En parallèle au nucléaire,
20:48Américains et Soviétiques se sont lancés dans une compétition d'un nouveau genre.
20:53La conquête spatiale.
20:57L'ingénieur militaire Sergei Korolov,
21:00qui conçoit des missiles à longue portée,
21:03convainc Zhukov qu'ils peuvent aussi percer la stratosphère.
21:07Et même envoyer des hommes dans l'espace.
21:17Le programme spatial est placé sous l'autorité de l'armée rouge.
21:32Le lancement de Spoutnik 1, le 4 octobre 1957, est un succès.
21:42Le mois suivant, Spoutnik 2 entre en orbite.
21:49A son bord,
21:51Laika.
21:52Une chienne errante trouvée dans les rues de Moscou.
21:57Elle sera le premier être vivant à naviguer dans l'espace.
22:03La petite chienne mourra 7 heures après le lancement de la fusée.
22:07Le temps de prouver qu'il est possible de survivre aux effets de la pesanteur.
22:19Dans la compétition qui les oppose à l'URSS, les Etats-Unis sont loin derrière.
22:29Pour rattraper leur retard, ils créent la NASA et investissent massivement dans les vols habités.
22:39Entre 1957 et 1961, les Etats-Unis multiplieront par 7 le budget de l'agence spatiale.
22:47Jusqu'à talonner les soviétiques.
22:50Mais là encore, ils sont coiffés aux poteaux par l'armée rouge.
23:00Le 12 avril 1961, Radio Moscou diffuse un communiqué qui sidère le monde.
23:15L'armée rouge
23:18L'armée rouge
23:39L'ingénieur Korolov a supervisé la préparation du vol.
24:09Après deux heures de vol, Gagarin est de retour sur terre.
24:15En une journée, il est devenu une légende.
24:23Tout le monde était dans la rue, se rappelle Margarita Pogrebitskaya.
24:28On riait, on s'embrassait, on pleurait.
24:37Svetlana Alekseyevitch se souvient de la réaction de son père.
24:43Il s'était mis à croire dans le communisme.
24:46Grâce à Gagarin, nous étions les premiers.
24:50Rien ne nous était impossible.
24:56Ce triomphe est avant tout celui de Sergei Korolov, l'ingénieur en charge du programme spatial.
25:04Mais aux yeux du monde, c'est celui de Khrushchev.
25:18En 1962, un an après la construction du mur de Berlin
25:23et l'élection de John Fitzgerald Kennedy à la présidence des Etats-Unis,
25:27le monde retient son souffle.
25:44La crise des missiles à Cuba est à deux doigts de jeter les deux superpuissances
25:49dans une guerre atomique.
25:56Pour calmer le jeu,
25:58Kennedy et Khrushchev
25:59s'engagent sur la voie de la détente.
26:03La diplomatie permet de renouer le dialogue.
26:08Pour autant,
26:10les Etats-Unis et l'URSS
26:12continueront de se faire la guerre
26:14par pays interposés.
26:15au Vietnam,
26:19au Moyen-Orient,
26:21en Amérique latine.
26:35L'armée rouge fournit à ce que la propagande nomme
26:38la lutte des opprimés.
26:40Des fusils mitrailleurs Kalachnikov,
26:42des missiles solaires,
26:44des avions de chasse,
26:46des instructeurs militaires.
26:52La jeunesse soviétique
26:54se passionne pour l'internationalisme.
26:59Particulièrement Cuba
27:00et sa révolution castriste.
27:09Margarita Pogrebitskaya
27:11était étudiante en médecine.
27:15Nous rêvions tous de Cuba.
27:19Nous étions si faciles à tromper.
27:22Mais quand même,
27:24je n'oublierai jamais
27:25cette époque exaltante.
27:47Les rêves de liberté portés par les damnés de la terre
27:51reviennent comme un boomerang
27:53dans le giron de Moscou.
27:57En Tchécoslovaquie,
27:58le printemps de Prague
28:00défie le Kremlin.
28:04Alexandre Dubček,
28:06le premier secrétaire du PC local,
28:09promeut un socialisme à visage humain.
28:13Ces réformes vont de la suppression de la censure
28:16au multipartisme
28:18et passent par l'arrestation
28:20du chef de la police politique.
28:33L'histoire se répète.
28:38Dans la nuit du 20 au 21 août 1968,
28:42300 000 soldats du pacte de Varsovie,
28:44dont une majorité de soviétiques,
28:47envahissent la Tchécoslovaquie.
28:53Léonide Brezhnev,
28:55le successeur de Khrouchchev,
28:58a envoyé l'armée rouge rétablir l'ordre.
29:04Le soldat Boris Shmelov
29:06s'imagine déjà rentrer chez lui en héros.
29:11Nous nous attendions à un groupe
29:13pitoyable de contre-révolutionnaires
29:15que nous vaincrions rapidement.
29:18On imaginait la joie et la reconnaissance
29:21des Tchécoslovaques,
29:23les fleurs qui volent sous nos chars,
29:25comme en 1945.
29:36Les tankistes ne se doutaient pas
29:39que les Tchècs approuvaient massivement
29:41les réformes de Dubček.
29:43L'incompréhension est totale.
29:49Les visages des gens dans les rues
29:51se sont durcis,
29:52se souvient le soldat Shmelov.
29:55« Que venez-vous faire ici ? »
29:57ont-ils demandé,
29:58en examinant notre équipement.
30:00« Vaincre la contre-révolution. »
30:04Mais regardez,
30:06nous vivons heureux ici
30:07et il n'y a pas de contre-révolution.
30:13Le dialogue de sourds se répète
30:15à chaque carrefour,
30:16sur chaque blindé.
30:26D'abord pacifique.
30:29La confrontation se tend au fil des heures.
30:40Les manifestants se postent
30:42devant le bâtiment de la radio publique,
30:44qui continue à dénoncer l'invasion.
31:10Les troupes du pacte de Varsovie
31:13ouvrent le feu.
31:26Loin de calmer le jeu,
31:28ce coup de force réarme
31:29la détermination des Praguis,
31:31qui recouvrent les noms de rues
31:33de peinture blanche,
31:34pour désorienter les envahisseurs.
31:48Sur les vitrines des magasins,
31:51les commerçants placardent
31:52des messages hostiles
31:53aux grands frères russes.
31:56Les commerces de bouche
31:58refusent de vendre de la nourriture
31:59aux soldats étrangers.
32:02Le haut commandement soviétique
32:05était persuadé
32:06que la population tchécoslovaque
32:08les nourrirait.
32:10Rien n'a été prévu
32:11pour les approvisionner.
32:18Le 22 août,
32:20mis sous pression par Brezhnev,
32:23Dubček capitule.
32:26Le printemps de Prague a vécu.
32:36Mais Moscou maintient ses troupes
32:38sur le sol tchécoslovaque.
32:46L'armée rouge est déboussolée.
32:50Certains officiers sont convaincus
32:52que les manifestants
32:53étaient manipulés par l'Occident
32:55et que l'armée soviétique
32:56a empêché la Troisième Guerre mondiale.
33:01D'autres pensent
33:02que la répression de Prague
33:03entache la réputation
33:05de l'armée rouge
33:05et risque d'entraîner
33:07de nouvelles secousses.
33:23Le questionnement des officiers
33:25fait écho au désarroi des soldats.
33:29La recherche et le développement
33:31de l'arsenal militaire
33:33absorbent une part
33:34de plus en plus importante
33:35du budget de la défense
33:38au détriment de leurs conditions de vie.
33:44Dans les casernes surpeuplées,
33:47chaque soldat dispose
33:48de moins de 2 mètres carrés,
33:50lits compris.
33:57La cantine est une déception
33:59sans cesse renouvelée.
34:00Des rations minuscules,
34:03aucun produit frais.
34:18Le harcèlement est le lot quotidien
34:21des jeunes recrues.
34:23Le réalisateur Alexei Hanyoutin
34:26en rendra compte
34:28dans un documentaire saisissant.
34:32de l'arrivée à l'arrivée à l'arrivée.
35:09La violence,
35:12le racket,
35:14le viol se généralise
35:17dans les casernes.
35:19Le racisme s'y manifeste
35:21avec la plus grande brutalité.
35:25L'écrasante majorité
35:27des officiers sont russes.
35:29Les autres nationalités
35:30sont cantonnées
35:32aux échelons subalternes.
35:33de l'arrivée à l'arrivée.
36:03L'armée rouge est devenue un repoussoir.
36:09Les plus diplômés cherchent par tous les moyens à éviter la conscription.
36:15Entre 1954 et 1978, le nombre de jeunes qui tentent d'échapper au service militaire fait plus que quadrupler.
36:24De 9 à 38%.
36:29Les engagés sont des enfants d'ouvriers et de petits employés de bureaux.
36:36La plupart se moquent de la défense du communisme ou de la lutte contre l'impérialisme.
36:44Le général Epitchov, chef de la direction politique de l'armée, tire la sonnette d'alarme.
36:53Nos jeunes recrues diffusent des idées politiquement naïves, pacifiques et indifférentes à la guerre menée par nos ennemis de classe.
37:06Les idéaux de la révolution bolchevique et de la grande guerre patriotique semblent bien loin.
37:20Pour cette nouvelle génération de soldats, l'armée, c'est avant tout la garantie de l'emploi et quelques avantages
37:27sociaux.
37:28Le salaire régulier, le logement de fonction, un bouclier contre la crise économique qui s'installe.
37:40Mais à la fin de la décennie 70, l'armée rouge est remise en selle par la crise afghane.
37:55Nour Mohamed Taraki, le président afghan au pouvoir depuis 1978, est soutenu par l'URSS.
38:07Il est éliminé le 14 septembre 1979 par son premier ministre, qui veut prendre ses distances avec Moscou.
38:16Le Kremlin s'inquiète et brandit la menace d'une intervention armée.
38:25Elle est loin de faire l'unanimité.
38:29Andrei Gromiko, le ministre des Affaires étrangères, est le plus réticent.
38:36Contre qui allons-nous combattre ?
38:39C'est une affaire interne à l'Afghanistan, objecte-t-il.
38:46Brezhnev, qui gouverne l'URSS depuis 15 ans, malade et âgé de 73 ans, n'écoute plus que le chef
38:53du KGB, Yuri Andropov.
38:58Ce dernier assure que l'intervention ne durera que quelques semaines.
39:05Les buts de guerre sont limités.
39:09Il s'agit d'installer dans ce pays frontalier un gouvernement favorable au Kremlin.
39:16En somme, une opération de maintien de l'ordre, comme à Budapest en 1956, comme à Prague en 1968.
39:31Le 24 décembre 1979, les deux premières divisions aéroportées de l'opération Prague atterrissent à Kaboul.
39:44Elles exécutent le président autoproclamé et prennent le contrôle des aéroports du pays.
39:52Trois jours plus tard, 20 000 hommes équipés d'armes lourdes s'emparent de Kaboul et d'autres villes afghanes.
40:02Le Kremlin installe au pouvoir un gouvernement qui lui est favorable et impose ses conseillers à tous les niveaux de
40:08l'État.
40:17Le 1er janvier 1980, 55 000 soldats soviétiques campent dans le pays.
40:27Trois mois plus tard, ils sont 85 000.
40:45Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, l'armée rouge livre bataille.
41:14Jusque là, tout se passe comme prévu.
41:19Que peuvent faire ces paysans à pantalons bouffants contre une telle force ?
41:24Se réjouit trop tôt, le maréchal Sokolov.
41:39C'était sans compter la détermination des combattants afghans et la faiblesse morale des soldats de l'armée rouge.
41:48L'invasion soviétique a provoqué un sursaut de patriotisme et un regain de religiosité dans la population.
41:57Les soviétiques sont perçus comme un envahisseur athée qui tente d'imposer la mécréance par la force sur une terre
42:05musulmane.
42:07Des groupes de combattants se constituent pour leur faire front.
42:15Contrairement aux envahisseurs, les Moudjahidines connaissent les routes escarpées, les vallées encaissées, le moindre village de leur région.
42:25Ils mènent une guérilla efficace, alimentée par les livraisons d'armes américaines et saoudiennes.
42:35Face à cette guerre d'embuscade et de harcèlement, les lourds blindés soviétiques sont inadaptés.
42:41L'armée rouge perd du terrain.
42:59Sous-titrage Société Radio-Canada
43:28Les Moudjahidines ne font pas de prisonniers.
43:32Les tortures et les exécutions qu'ils leur réservent horrifient les soldats soviétiques.
44:05L'armée rouge n'est pas en règle.
44:08Les pillages, les viols sont de plus en plus fréquents.
44:14Des villages entiers sont réduits en cendres.
44:22En 1983, on estime que 50% des écoles, 60% des hôpitaux et 70% des coopératifs agricoles ont
44:33été détruits.
44:35Aujourd'hui encore, le nombre des victimes civiles demeure un mystère.
44:59Chez les soldats comme Yevgeni Koltenikov, le doute s'installe.
45:06C'est moi qui avais demandé au bureau de recrutement « Envoyez-moi en Afghanistan ».
45:12Aux séances d'instructions politiques, on nous racontait des prouesses militaires, des actes de bravoure.
45:20C'est vexant d'avoir été aussi crédule.
45:26Les conditions de vie sont bien pires que dans les casernes d'Union soviétique.
45:32L'infirmière Tatiana Gaïsenko se rappelle.
45:39Nos soldats mouraient pour 3 roubles par mois.
45:43Ils mangeaient de la viande véreuse, du poisson avarié.
45:47Nous avions tous le scorbut.
45:50Là-bas, j'ai perdu mes incisives.
46:01Les brimades, l'exploitation violente des jeunes recrues par les soldats expérimentés.
46:08Tous les dysfonctionnements de l'armée rouge sont exacerbés en Afghanistan.
46:19« L'alcool, le hachis et l'héroïne sont les seuls échappatoires.
46:30Ça rendait fort, ça libérait de tout, témoigne l'infirmière Tatiana Gaïsenko.
46:38Dans cet état, il était plus facile de tuer.
46:42On n'avait plus de haine, plus de pitié.
46:46C'était facile de mourir.
46:55Pour la plupart, les conscrits sont affectés aux avant-postes,
46:59ces îlots de solitude plantés au milieu du désert de Rocaille.
47:06Ils y restent cantonnés 18 mois sans rien faire,
47:09dans l'attente d'une attaque des Moudjahidines.
47:16Ils n'ont droit qu'à dix jours de permission,
47:18qu'ils passeront dans des camps de repos sans être autorisés à rentrer chez eux.
47:36A la fin de leur service,
47:38les conscrits, comme Yevgeny Kotelnikov,
47:41sont fermement avertis sur ce qu'ils ont le droit de dire ou non en public.
47:48Pas le droit de parler des morts parce que nous sommes une grande et puissante armée.
47:54Nous n'avons pas tiré, pas bombardé, pas empoisonné.
47:59Nous sommes une grande armée puissante et saine sur le plan moral.
48:09Au pays, l'inquiétude ronge la société soviétique.
48:14Chaque famille a un fils, un frère, un cousin dans l'armée rouge.
48:21Les victoires ont beau être vantées par les actualités,
48:24la fin de leur service est sans cesse reportée.
48:29Poser la moindre question risque d'attirer l'attention du KGB.
48:41Les familles demeurent dans un flou savamment entretenu par l'État.
48:47L'infirmière militaire Tatiana Gaisenko s'en souvient.
48:54Nous ne pouvions même pas écrire la vérité sur la vie de décès.
48:59Quand des garçons sautaient sur des mines, nous écrivions,
49:03tués dans un accident de la route ou morts d'une intoxication alimentaire.
49:11Dans un cimetière de la banlieue de Minsk, un père s'en indigne.
49:17J'ai voulu écrire sur la tombe de mon fils, mort en Afghanistan,
49:22mais on nous l'a interdit.
49:25C'est nous qui avons payé le faux soyeur pour rajouter RDA
49:29pour République démocratique d'Afghanistan.
49:34À cause de ces trois lettres,
49:36j'ai été convoqué régulièrement pendant une année.
49:43Dans le même cimetière,
49:45une mère fait effacer l'épitaphe officiel de la tombe de son fils
49:49pour y faire inscrire.
49:51Au nom de quoi ?
49:56La guerre s'éternise.
50:08En 1984,
50:11le soutien du président américain Ronald Reagan au Mujahideen
50:15atteint 280 millions de dollars.
50:20L'URSS est exsangue,
50:23en proie à la pénurie et au mécontentement.
50:29Mikhaïl Gorbatchev,
50:31le nouveau secrétaire général du PCUS,
50:34comprend que la guerre ne peut être gagnée.
50:38Pour lui,
50:39il s'agit de trouver une issue honorable au conflit.
50:58Pendant que les premiers régiments sont rapatriés d'Afghanistan,
51:02500 familles de soldats exigent des nouvelles de leurs enfants.
51:09La création du comité des mères de soldats
51:12ébranle le pouvoir.
51:17Sous la glace nostre,
51:20initiée par Gorbatchev,
51:22la censure ne s'applique plus.
51:25C'est le début du grand déballage.
51:43Les silences de l'État,
51:47les erreurs stratégiques,
51:49les maltraitances,
51:50le racisme,
51:52les viols.
51:53Tous ceux qui gangrènent l'armée
51:55se retrouvent sur la place publique.
51:57Ils les assiduent en частях.
52:00Ils sont en procuré.
52:01Dieu ne sait où.
52:03Pour l'aide.
52:04Ils les déclencent et les déclencent à cette même partie.
52:07Même ici,
52:08ils ne sont pas enregistrés.
52:10Les médicaments ne sont pas enregistrés.
52:12Les dents, les yeux ne sont pas enregistrés.
52:15Les fascistes.
52:16Vous avez fait des déchets.
52:17Les douxs.
52:18Vous avez fait des déchets.
52:20Vous avez fait des déchets.
52:31Le 15 février 1989.
52:34L'armée rouge jette l'éponge.
52:39Les derniers blindés quittent l'Afghanistan.
52:42Le conflit aura duré près d'une décennie.
52:45Deux fois plus longtemps que la Grande Guerre Patriotique.
53:05Et l'histoire s'accélère.
53:16Le 9 novembre 1989.
53:19La chute du mur de Berlin a ouvert la voie à la réunification allemande.
53:25Le 30 septembre 1990.
53:29La RDA se retire du pacte de Varsovie.
53:33Les démocraties populaires reprennent le contrôle de leur destin et réclament le départ des soviétiques.
53:44Plus de 650 000 militaires rentrent avec leurs familles en URSS.
53:53La puissance continentale de la Russie soviétique n'est plus.
53:58Le plus grand pays du monde est un château de cartes près de s'effondrer.
54:04Et l'armée rouge avec lui.
54:17Gorbatchev cherche à sauver ce qui peut l'être.
54:21Mais il est trop tard.
54:31Au mois d'août 1991, soutenu par le KGB,
54:36des officiers de l'armée rouge qui refusent la disparition de l'URSS
54:41tentent un coup de force à Moscou.
54:53Cette fois, ce n'est pas à Prague ou à Budapest
54:57que les chars se heurtent à la population,
55:00mais dans la capitale même de la Russie.
55:17Boris Yeltsin,
55:18qui a pris la tête de l'opposition à Gorbatchev,
55:22fait barrage au putsch des militaires.
55:25Il est propulsé à la présidence de la Nouvelle-Russie.
55:31En 1992,
55:33l'armée rouge est rebaptisée
55:35Force armée de la Fédération de Russie.
55:39Elle comptait alors près de 3 millions d'hommes.
55:44Restructurés et dégraissés,
55:46elle perdra en 20 ans
55:48la moitié de ses effectifs.
55:50...
55:52...
55:59Vladimir Poutine,
56:00qui prend le pouvoir le 26 mars 2000,
56:04poursuit les transformations engagées par son prédécesseur.
56:07...
56:13Il en profite pour écrire un roman national attrape-tout,
56:16qui récupère l'héritage de l'armée rouge,
56:19autant que celui des armées tsaristes,
56:21ravivant le patriotisme de la population.
56:26...
56:37...
56:48L'armée rouge a disparu
56:49dans la modernité post-soviétique.
56:55Mais elle a été élevée
56:56au rang de mythes fondateurs,
56:59de ceux qui racontent l'héroïsme
57:01d'un peuple
57:02et le destin d'une nation.
57:06Cette Russie éternelle
57:07qui aura survécu
57:09à toutes les tragédies de l'histoire.
57:12...
57:16...
57:17...
57:18...
57:23...
57:26...
57:27...
57:28...
57:31...
58:03...

Recommandations