- il y a 14 minutes
Retrouvez le replay de Hammett Week-end sur BFMTV.
Catégorie
📺
TVTranscription
00:00Notre invité cet après-midi, c'est Alexandre Jardin, écrivain, président de l'association Les Gueux et auteur de Les
00:08Gueux, le retour aux éditions Michel Laffont.
00:11Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation cet après-midi. Face à vous, Nicolas Domenac qui nous accompagne toute l
00:16'émission, Victor Hérault qui vient de nous rejoindre.
00:20On va revenir évidemment sur la mobilisation en cours. Troisième samedi de mobilisation hier, des appels à bloquer les lycées
00:27dès demain, une journée de grève jeudi prochain.
00:30Et puis un nouvel appel des Gilets jaunes à manifester le samedi suivant. Comment vous sentez les choses ? Où
00:36est-ce que ça va durer ?
00:39Ça fait des années que ça ne fonctionne pas à la démocratie. Ce n'est pas juste maintenant.
00:45Les Gilets jaunes, etc. Il y a un problème de déconnexion extraordinairement profonde.
00:52On a un pays voisin qui s'appelle la Suisse. Pourquoi ils ne crament pas ? Parce que quand ils
00:58ne sont pas d'accord, ils tombent d'accord sur des textes, ils signent et ça passe en démocratie directe.
01:04Ça veut dire que ces gens ne sont pas virés tous les cinq ans. Ils ne sont pas virés le
01:07soir de l'élection. Ils restent des citoyens en exercice, en plein exercice.
01:12Et donc, tous ces gens ont des choses à dire. Est-ce qu'ils ne peuvent pas porter des textes
01:17et que la nation tranche ?
01:19Or, dans le système actuel, ça n'est pas possible puisque le système référendaire français est fait pour que ça
01:24n'ait jamais lieu.
01:25D'ailleurs, ça n'ait jamais lieu. Donc, nous, ce qu'on propose avec le mouvement des gueux, c'est
01:30quelque chose de très simple.
01:31Quand il y a une connerie qui arrive, par exemple les ZFE...
01:35Qui est votre grand combat.
01:37Oui, on est né de ce combat-là.
01:39Les zones à faibles émissions.
01:40Parce qu'on découvre que l'étude d'impact, elle faisait une demi-page.
01:45En gros, il n'y avait pas d'étude d'impact. Personne n'avait regardé.
01:49Et puis, finalement, c'est tout le temps. Vendredi dernier, là, vient de passer une loi avec une taxe sur
01:55les flux numériques.
01:57Ils étaient 21 sur 577. Il n'y a même pas de quorum à l'Assemblée.
02:03On se voit contre 10.
02:04Oui, je veux dire. Donc, on a un système qui ne marche pas.
02:07C'est complètement délirant de désorganiser, parce que c'est une loi qui est d'une gravité absolument, aux conséquences
02:12absolument colossales, pour votre pouvoir d'achat, pour la transition vers l'intelligence artificielle dans notre économie.
02:20Tout à coup, vous avez des gens qui, sans étude d'impact, le truc est voté furtivement par 21.
02:26Donc, en fait, ce n'est pas isolé.
02:28On est tout le temps dans un problème de démocratie qui a du mal à marcher, qui fait monter les
02:33extrêmes, parce que le peuple ne sait pas comment parler autrement.
02:37Donc, nous, on propose un truc extrêmement simple.
02:40Pour nous, ce qui est important, ce n'est pas qui va être élu.
02:42C'est qu'est-ce qu'on fait ? J plus 1.
02:46C'est-à-dire, quelqu'un va être élu.
02:49J plus 1, est-ce que la bordélisation actuelle va s'amplifier ?
02:53Est-ce qu'au mois de juin, on n'aura probablement pas de majorité absolue ?
02:57On a les marchés au cul qui veulent nous faire la peau.
03:00Qu'est-ce qu'on fait ?
03:01Donc, nous, on propose quelque chose de simple, d'apaisant pour une société.
03:04Le référendum.
03:05Le référendum citoyen, d'initiative citoyenne, parce que quand le peuple tranche, il est très rare qu'il se révolte
03:11contre lui-même.
03:12Et on va revenir, évidemment, sur cette proposition-là que vous portez depuis des années.
03:17C'est ça que les deux portent aujourd'hui.
03:18Mais là, on est à J-6 mois avant l'élection présidentielle.
03:23Et il y a une crise qui est en cours.
03:25Déjà, une question, est-ce que vous, vous participez à ces manifestations ?
03:28Non, mais j'aide beaucoup de monde.
03:30Vous aidez beaucoup de monde.
03:31Oui, mais pourquoi ? Parce qu'en réalité, il y a ce que vous voyez à la télé, qui est
03:35télévisuel, ça fait des images.
03:36Et après, vous avez 20 fois plus de gens qui souffrent et qui n'ont pas les moyens d'être
03:42filmés.
03:42qui sont tous les gens qui sont en train de dévisser avec la crise de l'énergie, qui ne peuvent
03:48même plus payer leurs transports pour aller bosser.
03:51Dans mon village, dans l'Aude, vous avez une très grande partie des gens qui ne peuvent plus payer pour
03:56travailler.
03:57Payer pour travailler.
03:58Vous vous rendez compte de quoi on parle ?
04:00Vous avez des communes dont les services municipaux ne marchent plus parce que le personnel ne peut plus venir.
04:05Donc, vous avez une économie qui est en train de s'effondrer.
04:08Vous avez même le produit des taxes pétrolières qu'on a voulu garder haute qui s'effondre.
04:12Vous avez les remontées de TVA qui sont en train de se péter la gueule au moment où les marchés
04:17financiers regardent nos comptes.
04:19Donc, vous soutenez ce mouvement, cette mobilisation des lycéens, des gilets jaunes ?
04:23Non, je suis en train de vous dire que ce que je soutiens, c'est cette crise du pouvoir d
04:26'achat
04:27qui est bien, bien, bien plus terrible que ce que vous voyez à la télé.
04:31Et puis derrière, il y a un troisième rang, c'est les marchés financiers qui sont en train de monter
04:38les taux.
04:39Et on est tous en train de discuter, mais sauf que s'ils ne prêtent plus.
04:43Or, la BCE a annoncé la semaine dernière qu'elle ne nous suivrait pas, qu'elle n'achèterait pas les
04:49bons du Trésor français.
04:50Donc, d'un instant à l'autre, je dis bien d'un instant à l'autre, il faut regarder qui
04:55l'achète encore, c'est uniquement des fonds ultra spéculatifs.
04:58C'est plus du bon père de famille.
04:59– Juste, comme vous avez réemployé le mot, vous avez dit « ça s'effondre », etc., c'est une
05:03expression que vous aviez déjà employée.
05:04Vous avez dit exactement, il y a quelques semaines, « la France s'effondre en silence ».
05:09Là, ce n'est pas en silence.
05:11Donc, pourquoi vous êtes en dehors alors que ça clame des protestations ?
05:16– Je ne suis pas en dehors, je dis qu'on est 66 millions, et que quand vous avez 300
05:20000 personnes, ils existent, bien sûr.
05:21Mais quand vous avez une crise sociale qui est encore plus terrifiante derrière, elle, elle est silencieuse.
05:27Il y a une France silencieuse, il y a une France invisible, qui ne manifeste pas en grande partie, je
05:33les connais, le monde paysan en ce moment,
05:35pourquoi il ne manifeste pas ? Parce qu'il ne peut même pas payer le déplacement du tracteur.
05:39– Quel serait le référendum que vous soumettriez à la population aujourd'hui ?
05:42– Alors, tout de suite, vous allez sur référendumcitoyen.fr, vous téléchargez l'application, c'est la grande question.
05:49« Est-ce que vous voulez un référendum citoyen ? » C'est-à-dire, la question mère…
05:53– Un référendum sur le référendum ?
05:54– Oui, la question mère, c'est est-ce qu'on débloque le système démocratique ?
05:57Est-ce qu'on se donne une chance de pacifier le pays après l'élection présidentielle ?
06:02Imaginez que Marine Le Pen passe, pour l'instant, elle est en tête.
06:06– Largement en tête.
06:07– J plus 1, le pays ressemble à quoi ?
06:12On a une répétition.
06:14Donc, est-ce qu'on continue, on se fout tous en l'air, on détruit notre pays,
06:22les marchés nous font la peau, nous obligent à baisser à un moment les salaires publics de 20%,
06:27les retraites de 20 ou 30%, est-ce qu'on va dans le mur ?
06:31Ou est-ce que nous, on prend nos décisions en tant que citoyens français ?
06:35Et donc, ma demande, c'est, vous allez sur référendum citoyen,
06:38si vous pensez que tout va bien, vous n'y allez pas,
06:42si vous pensez qu'il faut qu'on ait un double des clés pour garder le contrôle du pays
06:46au moment où ça va bouger, vous allez, vous dites oui,
06:51et puis vous allez sur l'assaut des gueux, parce que ça coûte 7 centimes le vote,
06:55et c'est l'assaut des gueux qui paye, et vous adhérez au gueux, voilà.
06:58– Vous parlez de Marine Le Pen, le référendum est au cœur de son projet aussi ?
07:02– Non, non, non.
07:03– Elle en propose sur l'immigration, sur le voile ?
07:05– Non, elle propose le référendum du prince.
07:08– C'est-à-dire ?
07:09– C'est-à-dire qu'en France, quand le président, le prince, pose une question,
07:13en général, les gens ne répondent pas à la question, ils répondent au prince.
07:17Et en général, ça vire au référendum pour ou contre la personne qui pose la question.
07:22Nous, on veut un référendum d'initiative citoyenne.
07:25Quand le peuple, là par exemple, on a des manifs,
07:28bon, on entend sur les plateaux, les syndicats,
07:33tous les syndicats ont des trucs à porter, mais qui portent des textes,
07:37que les syndicats de policiers qui ne sont pas contents viennent nous proposer,
07:41et puis on dira oui ou on dira non.
07:44Ceux qui veulent créer 250 000 places dans les universités,
07:48pour des filières où il n'y a pas des bouchers évidents,
07:53eh bien qu'ils viennent le défendre.
07:54– Mais pourquoi pas être candidat à l'élection présidentielle ?
07:57Vous aviez, pour porter ce projet-là, vous aviez tenté l'aventure,
08:01vous n'aviez pas vu recueillir le nombre de signatures nécessaires,
08:04mais la fois d'après, vous pouvez peut-être les obtenir.
08:07– Ça me semble beaucoup plus important que d'aller dormir dans les draps d'Emmanuel Macron,
08:11que de changer notre système démocratique, sincèrement.
08:14– Mais justement, vous pourriez porter ce changement.
08:17– Mais on n'a pas besoin d'être candidat.
08:19Je suis en train de vous demander d'aller sur le site
08:21et de voter pour que vous ayez le droit d'expression.
08:24– Sincèrement, moi je suis écrivain, je suis metteur en scène,
08:28je suis aussi leader de beaucoup d'associations,
08:31je suis un militant associatif depuis des années,
08:33je suis cofondateur de l'Iréferli, on fait lire des 700 000 enfants par an,
08:36donc la chose publique m'intéresse,
08:38mais pour moi, ce qui est plus important, c'est J plus 1,
08:43c'est est-ce que vous restez un peuple de citoyens ?
08:48C'est beaucoup plus important de réparer un système
08:50quand il y a une crise de système
08:52que d'aller dormir dans les draps d'Emmanuel Macron.
08:54Parce que, de toute façon, il y aura quelqu'un,
08:57visiblement, il y a plein de gens qui ont envie,
08:59et moi ce qui m'intéresse, c'est est-ce qu'on garde un double des clés ?
09:02Parce que si vous votez pour Marine Le Pen,
09:04mais que vous avez un double des clés,
09:06c'est plus la même.
09:07Si vous avez Mélenchon, et que vous avez un double des clés,
09:10c'est plus du tout la même histoire.
09:12Donc ce que je voudrais, c'est qu'on comprenne que la démocratie,
09:16c'est ce qui digère le mieux les conflits.
09:19Parce qu'on s'engueule, on vote,
09:22et à un moment, le peuple ne va pas entrer en révolte contre le peuple.
09:25– Mais vous les imaginez, vous laissez le double des clés ?
09:28– Moi, je ne les imagine pas.
09:29– Non, évidemment que non.
09:33Jusqu'au moment où, je vais être très franc,
09:37d'abord, ça va dépendre des gens qui nous écoutent.
09:39Est-ce qu'ils vont, sur référendum citoyen, dire oui ou non ?
09:42Parce qu'à un moment, la pression, ça existe.
09:44Et ensuite, je discute avec beaucoup de monde,
09:48des équipes, des différents candidats.
09:50Ils sont en train de comprendre que J plus 1 arrive.
09:56ils sont en train de comprendre, avec les révoltes,
09:58avec la bordélisation du pays, avec les casseurs, avec tout ça,
10:02ils sont en train de comprendre que gérer le J plus 1,
10:06ils ont peut-être intérêt à réparer la crise de confiance
10:09entre le politique et le citoyen par un acte de confiance.
10:13– Oui.
10:13– C'est-à-dire, au départ…
10:15– Effectivement, dur d'imaginer Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon
10:18accepter, pour reprendre votre expression,
10:21effectivement, donner le double des clés.
10:24– Eh bien, ça va dépendre de la mobilisation des gens
10:26qui nous écoutent, là, et puis, de leur entourage.
10:30Parce qu'à un moment, plus il y a de bordel,
10:33plus ils se disent, mais mettez-vous à leur place,
10:35vous arrivez au pouvoir, vous avez un pays entièrement en rébellion.
10:40Comment est-ce qu'on refait de l'unité ?
10:42Est-ce qu'on fait un acte historique de confiance
10:45envers le peuple français ?
10:47Est-ce qu'on le fait ?
10:49Et puis, regardez, vous me posez la question,
10:51vous me dites, mais pourquoi j'y vais pas ?
10:53Si j'y allais, personne ne m'écouterait.
10:57Alors que je n'y vais pas et je ne demande pas ça pour moi,
11:00je demande ça pour mon peuple, pour notre pays.
11:04Parce que la France doit rester quelque chose d'immense.
11:07– Alors, on va marquer une très courte pause.
11:09Vous restez avec nous, Alexandre Jardin.
11:10On développera cette idée de référendum d'initiative citoyenne,
11:14qui était d'ailleurs l'une des grandes revendications des Gilets jaunes en 2018.
11:20Et puis, on va revenir aussi sur la façon dont vous voyez, vous, ce mouvement,
11:23parce que vous faites partie de l'un des rares à avoir vu cette colère monter.
11:29En 2025, vous disiez, il y a une colère latente à un degré extraordinaire
11:33qui est en train d'exposer en ce moment, on peut le dire.
11:36On marque une courte pause, on en parle dans un instant.
11:38– Sous-titrage FR 2021