- il y a 2 heures
Chloé, Hajar, Geneviève et Ludovic sont quatre adultes détectés HPI. Certains présentent également un trouble du spectre de l'autisme (TSA) ou un trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Très différents les uns des autres, ils partagent pourtant un même sentiment : celui d'avoir toujours vécu en décalage. À travers leurs témoignages et leurs ressentis, ils nous ouvrent les portes de leur univers intérieur pour comprendre ce qui se joue dans un cerveau neurodivergent. De parcours parfois chaotiques jusqu'à la découverte de leur fonctionnement, ils racontent comment cette meilleure connaissance d'eux-mêmes a changé leur regard sur leur différence. Pour éclairer leurs expériences, des chercheurs en neurosciences et en psychologie apportent leur regard afin de mieux comprendre les mécanismes de ce fonctionnement atypique. À l'heure où l'inclusion devient un enjeu majeur, le documentaire interroge la place de la neurodiversité dans notre société et le monde professionnel, où ces cerveaux singuliers peuvent devenir une véritable richesse.
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00:07Il y a une constance, c'est quelque chose que j'ai toujours eu, aussi loin que je me souvienne.
00:12C'est que mon cerveau n'a pas de bouton off, je ne peux pas juste l'arrêter.
00:21Si je devais comparer mon cerveau à quelque chose, ce serait plutôt à un feu d'artifice
00:26avec des idées qui partent dans tous les sens, qui explosent.
00:33C'est un peu comme de l'eau qui bout.
00:35En fait, ma tête, c'est aussi un medley.
00:40C'est un peu comme des racines, des lianes qui partent un peu dans tous les sens.
00:47Tout est connecté, tout fait écho à chaque chose.
00:54Et puis le soir arrivant, je suis fatiguée, j'ai envie de m'endormir,
00:59mais ce n'est pas possible, ça cogite là-dedans, ça tourne, ça tourne, ça tourne.
01:02On continue de réfléchir, de bouillir, et oui, c'est compliqué.
01:07C'est tout le temps la fête dans mon cerveau, même la nuit, et c'est fatiguant.
01:12Chloé, Ajar, Geneviève, Ludovic sont comme moi neurodivergents.
01:18Quand on parle de neurodivergents, il faut comprendre que nos cerveaux ne fonctionnent pas tout à fait comme ceux des
01:25autres.
01:26Nous avons tous été détectés au potentiel intellectuel.
01:30Pour certains, ajoutés à un trouble de l'attention, parfois aussi un trouble du spectre autistique.
01:38HPI, TDAH, TSA, neurodiversité, atypisme.
01:43Ces sigles ont le mérite de mettre des mots sur des sensations que pour la plupart nous avons ressenties depuis
01:49l'enfance.
01:51Mais alors, qu'est-ce que ça veut dire vraiment ?
01:55Plus on en parle, plus le flou grandit.
01:58Peu importe les étiquettes, une chose est sûre.
02:02On porte en nous ce décalage, net, tenace.
02:08Cette impression d'être toujours un peu à côté, hors des clous.
02:13Une sensation qui colle à la peau, même si on finit par l'apprivoiser.
02:18En les rencontrant, j'ai voulu comprendre comment chacun vivait ce sentiment de décalage au quotidien.
02:26HPI, c'est un terme que l'on entend de plus en plus souvent.
02:30En France, cela veut dire qu'on a un QI supérieur à 130.
02:34Mais la définition est discutée, souvent mal interprétée et pathologisée.
02:40Ce qui n'est ni un trouble, ni une maladie fait débat.
02:58Est-ce que le cerveau des HPI est différent ?
03:01Que se passe-t-il vraiment à l'intérieur ?
03:04Ce sont des questions qui travaillent également Chloé.
03:16Qu'est-ce qu'on peut voir concrètement par l'IRM au niveau du cerveau ?
03:20L'IRM nous permet d'avoir un grand nombre d'informations sur le cerveau.
03:24Par exemple, ici, vous voyez cette première image, qui est une image anatomique du cerveau.
03:30Dans ce cortex se trouvent les neurones que vous voyez sur ces images ici.
03:35Ils sont 87 milliards et ils sont connectés par à peu près 1000 connexions.
03:41Donc, ça fait un million de milliards de connexions.
03:46C'est un réseau absolument fantastique.
03:49Donc, c'est compréhensible qu'on ait du mal un petit peu à le comprendre.
03:54Et ces connexions entre ces différentes régions du cerveau, du cortex,
04:00vont être faites par les axones que l'on voit ici.
04:04Et puis, autour, vous voyez, de ces axones, il y a une petite couche blanche,
04:08qu'on appelle la myéline,
04:09et qui va permettre à la conduction de l'influx nerveux d'aller plus vite.
04:13Donc, on peut très bien imaginer que cette myéline soit plus efficace
04:19et que la conduction soit plus efficace dans certains cerveaux que dans d'autres cerveaux.
04:25Et ça, on peut le regarder par IRM.
04:28Et donc, par IRM fonctionnel, on va voir les connexions.
04:34Chaque milliseconde, on va voir les connexions qui se passent entre les différentes régions.
04:38Et par IRM de diffusion, on va pouvoir étudier la substance blanche
04:45et ces axones qui forment la substance blanche.
04:48Et donc, quelle est la qualité de la connexion, de la connectivité dans le cerveau.
04:53Donc, qu'est-ce qu'on peut dire sur mon cerveau ?
04:55On peut dire que votre cerveau, il a une meilleure connectivité.
04:59Donc, ces réseaux cérébraux sont plus denses, plus nombreux.
05:04Et en plus, ils fonctionnent plus rapidement.
05:06Donc, c'est bien un cerveau très particulier.
05:30Le fait d'être dans Le Noir, avec certaines musiques, parfois ça m'apaise vraiment.
05:38Même dans ces moments d'apaisement, je ne me laisse pas emporter par les idées,
05:42mais je ne m'arrête pas de réfléchir pour autant.
05:44Simplement, c'est une réflexion qui ne me fatigue pas.
05:49Environ 20% de la population serait neurodivergente et présenterait une spécificité cognitive,
05:56telle que le HPI, au potentiel intellectuel, le TDAH, trouble de l'attention avec ou sans hyperactivité,
06:04le TSA, trouble du spectre autistique, ou encore un trouble dys, tel que la dyslexie.
06:11Certaines personnes en cumulent plusieurs, l'une pouvant masquer l'autre.
06:16Beaucoup sont en manque de diagnostics complets et sérieux.
06:20Il est souvent difficile d'attribuer tel ou tel décalage au bon responsable.
06:25Des particularités qui ne disparaissent pas à 18 ans,
06:29alors que deviennent ces adultes au profil atypique, une fois dans la vie active ?
06:39J'ai commencé dans le marketing avant, la communication, la vente,
06:44j'ai monté plusieurs entreprises, j'ai été directeur financier aussi.
06:47Et en fait, je me suis assez vite rendu compte que j'ai peut-être des capacités particulières du fait
06:52du HPI,
06:53mais j'ai aussi des besoins.
06:56Moi, par exemple, notamment du fait de mon TDAH, j'ai besoin de calme.
07:01Donc je travaille systématiquement avec mon casque sur les oreilles,
07:05à l'exception près de lorsque je suis seul dans mon bureau,
07:10où là je maîtrise mon environnement sonore.
07:14Mais si je prends un autre exemple qui me concerne,
07:17dans mon bureau, je ne peux pas regarder la fenêtre.
07:21Il faut absolument que je regarde un mur,
07:23sinon ça créerait beaucoup trop de sources de distraction.
07:27Quand j'ai exprimé mes besoins dans certaines organisations,
07:33en fait, il n'y avait pas d'ouverture.
07:35J'ai ressenti qu'il n'y avait pas d'envie de la part des organisations
07:41de s'adapter aux collaborateurs.
07:43C'était systématiquement aux collaborateurs, aux salariés,
07:46de s'adapter à son environnement et à l'entreprise.
07:50Et c'est une des raisons, pour ne pas dire la première,
07:53qui m'a donné envie d'être DRH, c'est d'être à la manœuvre,
07:58d'être la personne qui peut influencer l'organisation
08:02pour qu'elle change sa façon de se comporter.
08:15Quand je commençais un métier,
08:17il y avait l'excitation de l'apprentissage du début.
08:20Et puis, au bout de quelques semaines,
08:21je commence à voir comment ça se passe,
08:23à comprendre le mécanisme.
08:24Une fois que j'ai fait une fois l'exercice,
08:26ça ne m'intéresse plus.
08:28Et là, c'est le moment où je me disais,
08:29il faut que je change de travail, il faut que je démissionne.
08:31Le soir, je rentrais vraiment épuisée.
08:35Ce n'était pas de la fatigue d'une tâche difficile,
08:39ce n'était même pas de la fatigue mentale d'avoir beaucoup réfléchi.
08:42C'était vraiment la fatigue de l'ennui.
08:45Et je ne pouvais plus rien faire.
08:46Je rentrais chez moi et j'étais allongée.
08:50Pour pouvoir repartir au travail le lendemain,
08:52ça me demandait un effort considérable pour me remotiver
08:56et refaire partir mon corps pour une journée de plus.
08:59que ça atteignait vraiment ma santé mentale
09:01et donc tout ce que ça impactait derrière.
09:12Alors, j'ai fait beaucoup de métiers.
09:15Commerce internationale, grande distribution,
09:17c'est qu'il peut être boucher.
09:18C'est-à-dire que demain, je pourrais très bien être bouchère.
09:22Chef d'entreprise, artisan taxi,
09:26et puis travailleuse sociale, ça fait cinq.
09:30Une fois que j'avais compris comment fonctionnaient les choses
09:32et que je m'étais perfectionnée dedans,
09:33il y a un espèce de plafond de verre.
09:35Je me dis, bon, et qu'est-ce qu'il y a derrière ?
09:37Bon, on fait quoi ?
09:38On va peut-être changer de métier.
09:40Les quelques personnes qui sont au courant que je suis HPI
09:43se comptent sur les doigts d'une main,
09:46deux collègues.
09:48Pas besoin forcément de hurler sur les toits,
09:52et encore moins au travail.
09:54Parce qu'au travail, j'avais aussi peur
09:57que ce soit interprété comme une personne
09:59qui se trouve des excuses.
10:04Tu peux écouter l'autre,
10:07puis les situations,
10:09tant que travailleur social,
10:11conseiller,
10:12et puis tout en étant juste dans ce que tu dis,
10:16en visant en ligne droite, en fait.
10:20Nous, on va se torturer un petit peu
10:21à se dire, tiens, peut-être que là,
10:23on va être traversé par pas mal de choses.
10:27Et toi, ces choses-là, en fait,
10:30tu les as en tête,
10:32mais tu vas au but, en fait.
10:33Tu ne vas pas te prendre la tête,
10:35en fin de compte.
10:36Il y a quelque chose comme ça,
10:37d'un raccourci,
10:38mais un raccourci bienveillant.
10:41Et puis, salvateur aussi.
10:44Et puis toi, tu as une façon de te détacher
10:46qui fait que, du coup,
10:48toi, tu t'arrêtes, ça te surprend.
10:50Tu te dis,
10:50« Wow, elle est cote, celle-là,
10:51ou elle n'a pas de car. »
10:52Et puis, en fin de compte,
10:55avec le recul et puis le temps,
10:57tu te dis,
10:57« Mais non, en fin de compte,
10:58elle a raison. »
11:00Il y a forcément
11:00un revers de la médaille, non ?
11:01Ce n'est pas accessible à tout le monde.
11:03Ce que je trouve dur,
11:05c'est qu'en face,
11:08on va dire une fois sur deux,
11:10c'est conflictuel, du coup.
11:13Ça génère du conflit.
11:14Oui.
11:16Quasi systématiquement,
11:17ou presque,
11:18c'est vraiment des histoires
11:19de fonctionnement.
11:21le modèle de fonctionnement
11:23que je viens questionner.
11:24Et paradoxalement,
11:25ça pointe ce qui ne va pas.
11:27Et c'est très délicat.
11:29Et c'est là où il peut y avoir
11:31des frictions.
11:32Mais après,
11:33je pense que ça dépend
11:34des personnes en face aussi,
11:36parce que,
11:36moi, par exemple,
11:38ta manière de travailler,
11:40j'y souscris complètement
11:41parce que ça ne me choque pas du tout.
11:43Effectivement,
11:44tu peux peut-être être vue
11:45comme une personne
11:46un peu psychorigide.
11:47parce qu'en fait,
11:48t'es tellement carré,
11:49tu sais tellement là
11:50où tu veux aller
11:52que tu vas dire,
11:53il faut faire comme ça,
11:54comme ça,
11:55voilà,
11:55il faut s'orienter vers ça.
11:58Et puis, du coup,
11:58de l'extérieur,
11:59ça peut être vu comme
12:01ah ben,
12:01elle est bornée,
12:02elle est là,
12:03elle me donne des ordres,
12:04etc.
12:05Alors que je pense
12:06que c'est juste,
12:08tu vois les objectifs,
12:09tu sais exactement
12:10ce que tu veux,
12:11là où tu veux aller.
12:13Et puis voilà,
12:14les gens ne perçoivent pas
12:15forcément ça comme ça.
12:16ils le prennent pour eux-mêmes.
12:18C'est un peu compliqué.
12:23Avant d'être autrice
12:24et dessinatrice,
12:25j'étais analyste,
12:26j'étais de l'analyste
12:27stratégique économique
12:27et du conseil en organisation.
12:30C'était un environnement
12:31où je pouvais avoir
12:32des idées
12:33qui semblaient
12:34sorties de nulle part
12:35alors que pour moi
12:35c'était extrêmement logique
12:36et ça allait de soi.
12:38Et j'avais du mal
12:39à expliquer
12:40comment j'avais eu
12:40cette idée-là
12:41et donc du mal aussi
12:43à faire adhérer
12:44à cette idée.
12:45Donc ça,
12:45ça a été un peu difficile
12:46au travail.
12:54Dans ces moments-là,
12:55ce que ça me fait ressentir
12:57d'être en décalage,
12:58c'est un sentiment
13:00d'enfermement,
13:01c'est un sentiment de...
13:03Je crois qu'il y a
13:04quelque chose
13:04qui est lié aussi
13:04à la confiance
13:05et à l'impression
13:06qu'on ne croit pas
13:07en mes capacités
13:10et comme je ne suis pas
13:11quelqu'un
13:11qui a énormément
13:12non plus confiance en moi,
13:13d'un coup,
13:14je vais donner beaucoup
13:15de crédit à ça
13:19et je me dis
13:19« Ah oui,
13:19bon, peut-être
13:20qu'effectivement... »
13:21Parce qu'en fait,
13:22c'est comme si d'un coup,
13:24j'avais quelque chose
13:24de très grand
13:26parce que les idées
13:27montent, montent, montent,
13:28montent, montent.
13:29Comme un building,
13:29en fait.
13:30On prend l'ascenseur,
13:31on monte tout en haut
13:32et puis d'un coup,
13:33on me dit
13:33« Non, mais pas du tout.
13:35Et alors là,
13:36vraiment,
13:36l'ascenseur,
13:37il descend très vite
13:37et l'atterrissage
13:38est compliqué.
13:39Je me sens mal,
13:40je me sens inférieure,
13:43je pense.
13:46Jusqu'à présent,
13:47j'étais coordinatrice
13:48d'événements culturels
13:49dans des associations
13:50et aujourd'hui,
13:52je ne sais pas trop
13:52comment définir mon métier
13:54parce que je suis un peu
13:55en transition.
14:00Même si la société
14:01s'éveille à la neurodiversité,
14:03au travail comme à l'école,
14:04l'objectif encore aujourd'hui
14:07est de rentrer
14:08dans des codes précis.
14:10Mais derrière
14:11les spécificités
14:12qui parfois se superposent,
14:15il y a des façons singulières
14:16de voir le monde,
14:17une manière particulière
14:19de le ressentir
14:20et de l'imaginer.
14:21et du monde,
14:50on s'il m'a dit,
14:51de l'imaginer
14:51qui se superposent
15:21All along it was familiar faces that ran away from me
15:31Les remarques que j'ai pu avoir en face, c'est
15:34Ah t'as pas vu ça, t'as pas compris ça
15:37Heureusement que t'es HPI quoi
15:39Tu vois ce que je veux dire ?
15:41C'est-à-dire tolérance zéro en face
15:42En tant qu'HPI, t'as intérêt à être assuré à 100%
15:46Mais non en fait, je suis HPI et je bug devant une notice Ikea
15:50C'est pas parce qu'on a un super QI qui crève le plafond qu'on est doué partout
15:54Moi je me sens pas surdoué
15:57Je me sens pas surdoué
15:59A la limite, effectivement, au potentiel intellectuel
16:02J'aime l'idée du potentiel
16:04Parce que ça évoque l'idée qu'il y a des possibilités, qu'il y a un potentiel
16:09Après on choisit de l'exploiter ou pas
16:11Il y a des évidences
16:13Mais on peut aller toujours plus loin
16:14Moi je pense qu'on est juste différents
16:21J'ai passé un test de QI, on m'a dit que j'étais HPI
16:25Qu'est-ce que ça veut dire exactement ?
16:26Et est-ce que vous, je sais que vous les appelez autrement
16:28Est-ce que vous pouvez en dire un petit peu plus ?
16:31Alors oui, on les appelle autrement
16:33Alors HPI, ça veut dire haut potentiel intellectuel
16:37Et ça qualifie souvent des gens qui en effet ont un haut QI
16:42Mais on a voulu nous employer un autre terme
16:46Parce que tous ces termes, ils nous semblaient pas complètement adaptés
16:50Parce que très souvent, vraiment quand plein de professionnels donnent la définition de haut potentiel intellectuel
16:56Eh bien, il y a le QI qui vient systématiquement
17:00Et pour nous, c'est quand même, ça peut être autre chose
17:03Et ça va au-delà du QI
17:05Et donc c'est pour ça que j'ai proposé, qu'on a proposé ce terme de philocognitif
17:10Donc philocognitif, un philocognitif c'est très simple
17:13C'est quelqu'un qui a une forte appétence, philo, qui aime
17:18Qui a une forte appétence pour la cognition, pour tout ce qui est de la cognition
17:23C'est-à-dire pour le domaine de la pensée et de la connaissance
17:27Et le philocognitif, il a besoin en permanence d'avoir son cerveau stimulé
17:32D'apprendre des choses et d'apprendre, de comprendre et de connaître
17:37Oui, je me reconnais tout à fait, vous avez décrit mes week-ends et mes soirées
17:41Seules à lire et apprendre des choses
17:44Quand on me demande une passion, parfois j'ai du mal à répondre
17:48En fait, j'ai fini par répondre
17:50Ma passion, c'est d'apprendre des choses, mais des choses différentes à chaque fois
17:54Donc je n'ai pas un sujet forcément en particulier
17:56Mais c'est vraiment l'apprentissage que j'aime vraiment
17:59Et dont j'ai besoin tous les jours
18:00Exactement
18:01Et on sait aujourd'hui, et c'est important de le dire
18:03Que les hauts potentiels intellectuels ou les philocognitifs
18:08Le sont très, dès leur naissance, très rapidement
18:13Et le seront tout au cours de leur vie
18:16Mon cerveau ne sait pas rester sans réponse
18:19Je ne sais pas faire
18:20C'est viscéral
18:22J'ai besoin de comprendre
18:23Je vais te donner un exemple tout bête
18:25Ça peut être de la voiture
18:28Pourquoi elle fait de la fumée blanche ?
18:29Et pourquoi des fois elle fait de la fumée grise ?
18:31Et puis des fois c'est de la fumée noire
18:32Pourquoi ?
18:35Je remets en question les choses facilement
18:37Et je les interroge en permanence
18:39Je crois que c'est assez pénible parfois pour mon entourage
18:46J'ai la sensation que mon cerveau est un puits sans fond
18:50Il est sans cesse en demande d'être alimenté
18:53Mais il est sans fond
18:53Quand j'ouvre une page de Wikipédia
18:56Généralement, le danger est devant moi
19:00Je ne vais pas me recoucher en fait
19:01Ça c'est à peu près sûr
19:03Je vais arriver sur une page de Wikipédia
19:05Parce que j'ai eu une idée à un moment donné
19:07Et puis je fais ma recherche
19:10Je lis
19:12Ah, je tombe sur une autre idée
19:13Bon, j'ouvre le lien dans un autre onglet
19:16Pour terminer
19:16Et puis je continue
19:19Bon ok, j'ai fini ce que j'avais à faire
19:20J'ai ouvert l'autre onglet
19:22Dans l'autre onglet, paf
19:24Il y en a encore un autre lien que j'ai envie d'ouvrir
19:26Là il faut que je fasse un choix
19:28Est-ce que je me laisse porter ?
19:32Ou non, il faut que je me rendorme ?
19:34Donc Wikipédia est à la fois mon meilleur ami
19:36Et peut-être mon meilleur ennemi aussi
19:38Parce qu'il nourrit cette pensée divergente
19:42Là ce côté, paf, ça part, ça part, ça part
19:45Sur une nuit
19:46Le nombre d'onglets
19:48De pages Wikipédia que j'ai pu ouvrir
19:49Mais ça peut être en plusieurs centaines
19:55Arrêter mon cerveau
19:56Mais ça, ce serait le rêve
19:58J'aimerais tellement qu'il ne me réveille pas
20:00Toutes les nuits
20:00J'aimerais tellement qu'il me naisse juste
20:02Parfois tranquille
20:05Rebondir d'une idée à une autre en permanence
20:08Voir, observer une situation
20:10Et systématiquement me mettre à imaginer
20:13La solution, la piste d'amélioration
20:15Le truc en plus, le truc mieux
20:19Non mais juste parfois j'aimerais vivre
20:21La situation telle qu'elles sont
20:26J'y arrive presque
20:28Parfois c'est très excitant
20:29De sentir qu'il y a une espèce de
20:31Il y a plein de choses qui se passent
20:33Et plein d'idées qui traversent
20:34Et on fait des liens
20:35Et c'est super
20:37Et d'autres moments
20:37Ça m'empêche de réfléchir sur d'autres choses
20:39Ça parasite
20:40J'ai souvent quelque chose
20:41Souvent quelque chose
20:43Qui vient parasiter dans mon cerveau
21:00Il y a vraiment des moments
21:02Quand je suis en groupe
21:03Où je m'échappe en fait
21:04Je ne suis plus là
21:08Alors soit je ne suis plus là du tout
21:09Et je suis vraiment dans ma tête
21:11Soit je suis en observation
21:13Et je suis une ethnographe de ma soirée
21:15Et j'observe vraiment des détails
21:18Des trucs
21:18Et là ça mouline vraiment
21:24Et je note tout
21:25Je note tout ce qui se passe
21:26Comment le citron rebondit à côté de la paille
21:30Comment chacun porte sa montre
21:32Relève ses manches
21:35Et je trouve que plus on se rapproche des gens
21:37Plus il y a quelque chose de beau
21:39Plus on rentre un peu
21:41En eux
21:46J'adore ce truc un peu tacheté
21:48Je ne sais pas si j'aime le léopard
21:49Parce que
21:50Non je crois que j'aime le léopard
21:52D'ailleurs tout à l'heure
21:53J'ai croisé Noémie
21:54Elle avait un short léopard
21:57Et j'ai trouvé super beau
21:59Mais bon c'est un peu terrible
22:00De dire qu'il y a des animaux qui meurent
22:01On reproduit les animaux
22:03C'est complètement une réappropriation culturelle
22:06On ne devrait pas forcément faire ça
22:07Parce qu'il n'y a aucun sens
22:08Parce qu'en Occident
22:10D'un coup on s'en va avec du léopard
22:12Ça n'a aucun sens
22:13Et pourtant c'est à la mode
22:15J'adore cet arbre
22:16Et les lumières que Cyril a mis dedans
22:19Elles fonctionnent trop bien
22:20Sur cette fois
22:21Je vois le sang de l'arrière sauvage
22:22Et là j'adore
22:24C'est très dur d'éteindre le cerveau
22:28En tout cas de le mettre en veilleuse
22:30Pour qu'il soit un peu moins bruyant
22:31Et en particulier
22:34De ne pas revivre
22:35Chaque moment de la journée
22:37En me disant
22:37Mais pourquoi j'ai répondu ça
22:39J'aurais pu dire ça
22:40Ou ça
22:40Et ça
22:41Et là quand telle personne m'a dit ça
22:43En fait
22:44Qu'est-ce que ça voulait vraiment dire
22:45C'était quoi son intention derrière
22:47Peut-être que j'ai mal interprété
22:50Et qu'est-ce que je vais faire à manger demain
22:51Ah tiens ça me fait penser
22:52Qu'il faut que je
22:53Enfin voilà
22:58Même s'il n'est pas démontré
23:00Qu'hyper-émotivité
23:01Et hypersensibilité
23:03Sont liées au haut potentiel
23:05Tous les quatre
23:06En sont dotés
23:18On me disait toujours
23:19Que j'étais très sensible
23:20Que j'étais trop sensible
23:21Et c'est quelque chose que je comprenais pas
23:23Et donc vraiment
23:24Avec des émotions extrêmement intenses
23:26Qui faisaient qu'elle prenait toute la place
23:29Il m'arrive de me sentir trop
23:30D'avoir notamment des émotions trop intenses
23:47Je suis très sensible
23:49Au sens propre du terme
23:51Le bruit
23:52Le son
23:54J'ai une hypersensibilité à ça
23:56Une moto qui passe
23:57Et qui fait un bruit insupportable
23:59Moi je le vis dans tout mon corps
24:00C'est physiquement insupportable
24:02Après j'ai du
24:02J'ai un côté misophone
24:06Donc je supporte pas les petits bruits
24:08Les bruits de bouche
24:11Les petits bruits réguliers
24:14Je sais pas
24:14Ça m'hérisse
24:17Le corps
24:28Je sais pas
24:33Sous-titrage Société Radio-Canada
25:03J'ai dû passer les repas toute seule, séparée vraiment dans une autre pièce.
25:07Je mangeais toute seule à midi parce que c'était trop de bruit, trop de gens, trop de stimulation pour
25:12moi.
25:13Et en fait, ça me déclenchait, alors pour le coup, des crises autistiques vraiment très fortes.
25:20Et donc, ça me demande, même dans ces cas-là, même les bouchons d'oreille ou le casque anti-bruit,
25:25ça ne suffit pas.
25:26Ça me demande vraiment de m'isoler.
25:27Pour l'entourage, ce n'est vraiment pas évident de ne pas vivre ça comme un rejet ou comme on
25:35fait trop de bruit pour elle.
25:37Oui, ça m'envahit quand je suis dans mon bureau et que j'entends une personne qui est 3-4
25:42bureaux plus loin.
25:44Si je m'écoutais, je pense que j'irais travailler dans la cave au boulot.
25:48Mais non, consciemment, j'ai fait le choix de travailler avec un binôme qui partage mon bureau, avec qui j
25:53'échange et je discute, ainsi de suite.
25:56Mais c'est fait de façon active et consciente, en me disant, voilà, c'est ça qu'il faut faire
26:00pour être sociable.
26:18Sous-titrage Société Radio-Canada
26:37C'est parti.
27:17Sous-titrage Société Radio-Canada
27:30Les parades que j'ai trouvées pour l'arrêter, parce que c'est des parades.
27:34J'ai remarqué qu'en jouant aux échecs, alors déjà, ça me procure un plaisir inouï, mais palpable, je le
27:39sens.
27:40Je pense que je dois sécréter de la sérotonine et de toutes les hormones de plaisir possibles quand je joue
27:45aux échecs.
27:46Parce que mon cerveau, j'ai l'impression qu'il est en mode repos.
27:51On imagine un fil, un espèce de grabouillon, tout noir.
27:55C'est tout comme ça.
27:57Et donc ça, c'est mes pensées qui font, quand elles ne sont pas déliées.
28:05Et bouger mon corps, ça me permet de délier tout ça.
28:09Une autre méthode que j'ai chaque fois que je peux, c'est la musique.
28:14Intuitivement, je sais que je vais trouver la musique, le groupe, le style qui va correspondre à ce que j
28:21'ai besoin de ressentir à ce moment-là.
28:25Et juste ça.
28:27Juste deux, trois coups.
28:28Les deux, trois coups suivants.
28:29Et ainsi de suite.
28:30Deux, trois coups.
28:31Hop, l'autre personne joue.
28:32Deux, trois coups.
28:34Et...
28:35Ça baisse en régime.
28:37Un cerveau ultra connecté, ça permet de capter des signaux faibles.
28:42D'avoir des intuitions et des idées qui paraissent sorties de nulle part.
28:46De quoi nous donner la sensation d'être parfois vraiment bizarre.
28:51Quand je pense, c'est un tumulte.
28:54C'est plein de bruit qui parfois ont des couleurs différentes.
28:58Ça s'associe en fait.
29:00La couleur, le son, l'image.
29:44Le jour où j'ai compris que les gens ne voient pas le temps.
29:48Ça pour moi c'était...
29:50Ah bon, tu ne vois pas le temps ?
29:51Bah si.
29:52Enfin voilà.
29:53Le temps et les chiffres.
29:55Dans mon esprit, c'est une vraie carte.
29:57Ici je te disais que pour moi 39,45 c'est en haut à gauche.
30:01Juste au-dessus, il y a 19,18.
30:03Et puis à l'arrière de 19,18, un peu en haut, c'est le XIXe siècle.
30:09Et puis il y a plein de choses qui viennent se poser dessus.
30:11Les événements.
30:12Et puis tout en bas à droite, on va voir, je ne sais pas, des années 50, les années 60,
30:17les essais nucléaires, des choses comme ça.
30:20Et puis en bas à gauche, c'est les débuts des années 80.
30:23La chute du communisme, la burde de Berlin, tout ça.
30:25Et puis juste avant ces événements, ma naissance, 87.
30:29Mais c'est visuel tout ça en fait, c'est une vraie carte.
30:31Pendant que je te parle, je la vois, c'est une vraie carte.
30:34Je peux te dire, la météo de mon premier jour d'école par exemple,
30:39je revois la couleur des feuilles, des arbres, de ces deux, trois arbres qui étaient en face de l'école.
30:45En fait tous ces événements, perception, ils sont rattachés sur cette carte aussi.
30:51Tout ça, quand je reçois un PV, je le lis une fois et je le pose.
30:56Parce qu'il suffit que je vois juste la date butoir du paiement et en fait,
31:00elle se fixe automatiquement et je la vois s'approcher au fur et à mesure que le temps passe.
31:05Je la vois physiquement s'approcher sur ma carte parce qu'en fait, ma carte,
31:09quand je lis, je la visualise, je suis aussi dessus au fur et à mesure.
31:15On m'a toujours dit que j'étais atypique et que j'étais un peu un extraterrestre,
31:20que je venais d'une autre planète.
31:23Avec mon mari, on a beaucoup de situations où l'un comme l'autre,
31:28on se dit mais t'es vraiment bizarre quand même.
31:31Le fait de prendre les choses de façon littérale,
31:34c'est-à-dire qu'il y a quelques jours, il m'a demandé si je pouvais lui apporter deux,
31:38trois amendes.
31:40Et bien j'ai passé dix minutes dans la cuisine à me dire
31:43est-ce qu'il en veut deux, est-ce qu'il en veut trois, est-ce qu'il en veut
31:45deux ?
31:45Qu'est-ce que je fais ? Est-ce que deux ou trois, c'est deux ou trois ?
31:47Alors j'aurais pu lui poser la question, mais ça m'est pas venue à l'idée.
31:50Je lui en ai amené trois en me disant au pire s'il en veut que deux, il en mangera
31:53deux.
31:54Et il m'a dit mais t'es vraiment bizarre, quand on dit deux ou trois amendes,
31:57ça veut dire une poignée quoi, pas juste vraiment trois.
32:00Et pour moi c'était inconcevable.
32:01Et il y a plein de petites choses comme ça.
32:05Notre façon de penser, pour nous, elle est naturelle.
32:08Et donc on a ce sentiment que les autres pensent aussi comme nous.
32:13Et quand on se confronte au fait que la plupart des gens ne pensent pas comme nous,
32:18notre première réaction instinctive, c'est de commencer par penser que les autres sont bizarres.
32:23Mais quand il y en a beaucoup qui nous disent juste à nous qu'on est bizarres,
32:27alors là, ma peur se renverse et je me dis, non mais est-ce que je suis inadapté socialement ?
32:33Est-ce que je vais arriver à vivre dans ce monde ?
32:40J'ai un souvenir de quand j'étais petite et quand j'étais dans le métro.
32:45J'avais un petit cahier sur lequel je notais toutes les bribes de conversation avec le contexte.
32:53Et donc j'avais ensuite toutes mes notes et tout le monde se demandait pourquoi je notais.
32:58Alors je disais que c'était parce que j'aimais bien ou parce que ça m'aidait à inventer des
33:01histoires.
33:02Et en fait, c'était pour les ressortir dans des situations similaires que je pouvais rencontrer
33:08parce que j'ai toujours eu cette angoisse immense de ne pas réussir à lire le moment, ne pas savoir
33:14quoi dire.
33:15C'est-à-dire que le philo cognitif, il se place tout le temps en position méta.
33:20Ça veut dire la position méta, c'est qu'on est là en train de s'analyser,
33:25là je suis en train de m'analyser, en train de parler.
33:28Ça, c'est la position méta.
33:31Ça vous est sûrement arrivé, Chloé, c'est que le philo cognitif, il pense à ce qu'il va dire
33:36avant de le dire
33:39et du coup, il pense à la réaction de l'autre avant même de parler
33:45et finalement, du coup, il ne va pas dire ce qu'il veut dire.
33:47C'est exactement ce que je fais là.
33:50Puisque tu ne rentres pas dans les corps, puisque tu ne réfléchis pas pareil,
33:53puisque ton fonctionnement, ce n'est pas ça qu'on demande, on finit par douter de soi.
33:59J'ai l'impression aussi que je me suis un peu contenue avec le temps
34:04sur le fait de développer face aux autres tout ce qui se passe dans ma tête.
34:10Déjà parce que c'est compliqué, parce que parfois ça va plus vite que ce que ma bouche est capable
34:14de dire.
34:17Et parce que...
34:19Parce qu'en fait, je crois qu'il y a quand même un moment où c'est un peu...
34:25Ce n'est jamais très agréable dans le regard des autres, cette impression d'être tellement en décalage.
34:32Et en fait, je pense que parfois même par gêne, les personnes en face vont dire
34:37« Oh là là, tu tapes des délires » ou « Tu vas trop loin ».
34:41Mais ce n'est pas trop loin dans le sens « Waouh ! »
34:43C'est tout de suite, il y a quelque chose d'assez péjoratif.
34:59« J'ai grandi dans l'idée que s'il y avait quelqu'un qui devait subir des reproches, c
35:04'était moi.
35:05Parce que j'étais trop, parce que j'étais différent.
35:08Donc les autres étaient plus respectables que moi, finalement. »
35:12C'est en se confrontant aux autres que le décalage peut parfois être ressenti comme un problème.
35:18Instinctivement, on cherche à s'adapter, quitte à se suradapter.
35:22On bricole, on compense, on se contorsionne, on fait un peu comme on peut.
35:28Pour Ludovic, avant d'avoir décodé son fonctionnement,
35:32il y eut un moment où il n'était plus possible de gérer.
35:36Quand j'étais ado et que je ne me comprenais pas bien,
35:39il y a eu plein de fois où j'ai eu des envies vraiment très noires,
35:44pour les termes de suicidaire, sans problème.
35:50Et c'était à cause de mon cerveau, parce que je ne le connaissais pas.
35:54À l'âge de 11 ans, j'avais eu ce diagnostic qui disait que j'avais un QI qui crevait
36:00le plafond.
36:01Mon père, un bon ingénieur, mais un peu, désolé, mais bas de plafond,
36:06il a juste eu un chiffre et il a fait « Waouh ! »
36:10« Ok, donc tu ne vas nous ramener que des vins. »
36:13Et le psy de l'époque n'a pas pris le temps de lui expliquer.
36:17D'ailleurs, il n'a pas pris le temps de me l'expliquer non plus.
36:20Je vivais avec le poids de mes camarades qui me disaient tout le temps
36:25« Arrête de lever la main, arrête de donner les bonnes réponses, laisse-nous parler, laisse-nous du temps. »
36:32J'avais la réponse, parce que j'avais déjà lu, parce que j'avais compris, j'avais déduit.
36:38Le premier à lever la main, c'était toujours moi.
36:40Pas pour écraser les autres, ça ne m'avait jamais traversé l'esprit, jamais.
36:45Mais juste, l'instituteur pose une question, j'ai la réponse, je lève la main.
36:49Et je ne comprenais pas.
36:52Je n'avais pas le logiciel, en fait, pour décrypter tout ça,
36:58pour arriver à comprendre ce qui était normal, ce qui ne l'était pas.
37:04Je faisais des efforts pour laisser de la place aux autres.
37:11Et pour autant, en fait, il m'avait déjà catalogué.
37:16Il voyait bien que je ne répondais plus.
37:19Il disait « Alors, tu ne réponds plus, on ne mérite plus ton intelligence, en fait. »
37:25Je me souviens, ça me revient comme ça, de ces remarques-là.
37:30Je ne comprenais pas, j'étais en train de faire des efforts.
37:35Je faisais un pas vers eux.
37:37J'avais compris leurs problèmes et je ne comprenais pas le décalage.
37:41Mais c'est ça qui était difficile pour moi.
37:43C'est qu'on me prête des intentions que je n'avais pas.
37:45Et j'avais beau l'expliquer, en long, en large, en travers,
37:49dans toutes les couleurs et toutes les langues, on ne comprenais pas.
37:52C'était injuste ?
37:54C'était une forme d'injustice, oui.
37:56C'était de...
37:59Ça me remêlait à l'air mal à l'œil, tiens.
38:05J'étais arrivé à la conclusion que moi,
38:10pas que ma tête, mais moi,
38:12je n'étais pas fait pour vivre dans le monde.
38:14Le monde se porterait mieux sans moi.
38:18C'était altruiste, quelque part.
38:26, dans le monde...
38:52Mais c'est pas einfach.
39:03Quand la psychologue m'a annoncé les résultats et que j'apprends que je suis HPI, j'ai pleuré lors
39:15de ce rendez-vous instinctivement.
39:17C'était aussi une libération. Enfin, c'est ça, en fait. J'ai pleuré. Je ne saurais pas dire pourquoi.
39:28De joie, certainement.
39:30De joie, mais aussi vraiment d'avoir les mots qui soient posés. C'est un peu comme une personne qui,
39:37pendant des années, n'arrive pas à poser un diagnostic sur quelque chose.
39:40Et puis là, on me dit, en fait, c'est ça. Ça change. Il y a une prise de conscience.
39:45Une prise de conscience. Et tout d'un coup, d'avoir des scènes du passé, des moments, des situations avec
39:52des professeurs ou dans le milieu professionnel, etc., qui reviennent et ils disent, mais en fait, c'est ça.
39:59Maintenant, je comprends. A posteriori. Et je pense que c'est tout ça qui a fait naître cette émotion que
40:05je me suis mise à pleurer. Enfin, je comprends.
40:10Depuis mon premier diagnostic, j'ai compris qu'il y avait un mode de fonctionnement différent. Et j'ai eu
40:15cette chance d'être diagnostiqué tôt. Dans mon cas, c'est 39 ans de travail. J'en ai 50.
40:22L'étiquette HPI, j'en ai eu besoin. C'est vraiment une case dans laquelle on se met. C'est
40:27une case jacuzzi un peu. On se repose, on respire un coup. Et puis ensuite, on sort de la case
40:31et on continue son chemin avec davantage d'outils dans son sac à dos parce qu'on a appris ce
40:36que c'était.
40:38Et la case ou l'étiquette TSA et TDAH, ça fait la même chose pour moi.
40:41Le pourquoi, le pourquoi. Ce qui est intéressant aujourd'hui, c'est le comment. Enfin, comment je le vis, comment
40:47je le transcende. Qu'est-ce que j'en fais ?
40:50C'est une super question de savoir quel est l'intérêt de connaître tout ça. Ça nous apprend à savoir
40:56comment aller bien dans son fonctionnement. Ça nous apprend à savoir comment réagir et comment utiliser ce qui peut être
41:05notre force au mieux.
41:06Donc, c'est quand même super important de se connaître mieux. C'est super important de savoir qu'on est
41:14philocognitif et que ce n'est pas une anomalie, mais c'est quand même une différence.
41:19Et ça, ça compte beaucoup. Connaître sa différence et savoir l'employer au quotidien, ça vaut de l'or.
41:25Quand je repense à mon ancien moi, c'est un sentiment du gâchis. Le gâchis, le temps. Le temps gâché
41:31dans l'ignorance de cet élément particulier.
41:34Le temps gâché à essayer de décortiquer les choses, mais pas avec les bons outils, pas la bonne lecture.
41:40Je me sens en décalage, mais je ne souffre pas de ce décalage aujourd'hui. Ce qui n'était pas
41:45le cas à l'époque, en fait.
41:46Vraiment, avant, et je pense que quand j'ai consulté les psychologues, je me sentais en décalage et je souffrais
41:50de ce décalage.
41:51parce que je n'avais pas compris qu'on avait le droit de ne pas être comme les autres.
41:56Aujourd'hui, je suis beaucoup plus sûre de moi. C'est-à-dire qu'un point donné, j'observe, j
42:04'analyse, une fois, deux fois, ok, c'est bon.
42:06Quand il y a des désaccords, j'entends l'autre, j'écoute l'autre, mais je n'essaye plus de
42:11prouver que j'ai raison.
42:13Le fait que moi, je sache que j'ai raison, me suffit.
42:20Quand notre spécificité cesse d'être un sujet, car on l'a comprise et acceptée, c'est un soulagement.
42:28Pour autant, ça ne veut pas dire que tout est réglé.
42:38Il y a quelque chose que je n'assume pas. Je ne sais pas encore trop expliquer pourquoi.
42:43Mais je pense qu'il y a quelque chose que je n'assume pas parce que je trouve qu'aujourd
42:46'hui, c'est pas encore assez compris.
42:56Et je reviens à cette histoire d'étiquette. Après, on met une étiquette et on n'en sort pas.
43:03Et moi, je voudrais être autre chose que ça. Je suis aussi ça. C'est une partie de mon fonctionnement.
43:08Je ne suis pas que ça.
43:11C'est une partie de mon fonctionnement.
43:43C'est une partie de mon fonctionnement.
44:32Jusqu'à mes 34 ans, j'avais des difficultés relationnelles.
44:38Je ne peux pas dire que j'avais des amis jusqu'à mes 34 ans.
44:46Un copain, une copine, mais une relation d'amitié profonde, je n'y arrivais pas.
44:56Et c'est à partir du moment où j'ai compris mon fonctionnement que j'ai commencé de manière consciente
45:04à aller contre ça.
45:07Oui, je trouve du plaisir à rester seule et je me t'alimente et ça me suffit très largement.
45:15C'est là où j'ai commencé à me dire qu'une relation d'amitié, c'est aussi ça, aussi
45:19ça, aussi ça.
45:20C'est prendre des nouvelles régulièrement.
45:24Être sensible au temps qui passe.
45:27De dire, ça fait une semaine que je n'ai pas eu de ces nouvelles.
45:29Ah, elle vient d'avoir un enfant.
45:31Ou tiens, lui ou elle n'est pas très bien.
45:34Il a été chez le dentiste et se fait repérer la veille.
45:37Et ainsi de suite.
45:38Donc jusqu'à mes 34 ans, je me sentais seule sur cet aspect-là.
45:44Et depuis que j'ai commencé à faire des choses de façon consciente.
45:48Eh bien oui, ça fait un bien fou.
45:50En tant que neuroatypique, on a forcément des droits et des devoirs.
45:56Notre premier devoir, c'est d'accepter qu'on fait partie d'un collectif.
46:00On n'est pas tout seul dans ce groupe.
46:03Même si on a un travail qui nous permet de travailler de façon autonome,
46:09on va travailler à un moment ou à un autre avec d'autres collègues.
46:13C'est une obligation.
46:15C'est important dans ce cas-là de comprendre qu'on a une part d'effort à faire.
46:26Je ne vais pas aller acheter mon pain en disant
46:28« N'oubliez pas, je suis HPI ».
46:32Mais par contre, je pense que dans le travail, c'est quand même un enjeu...
46:37un enjeu majeur.
46:40En tant que neurodivergent, on est régulièrement tiraillé.
46:44Quand faut-il parler ou ne pas parler de son fonctionnement particulier ?
46:49Comment ne pas passer pour une personne en recherche d'excuses ou d'identité narcissique ?
46:55Comment être sûr de ne pas être réduit à des clichés ?
47:01Ne pas en parler et ne pas s'assurer que mes besoins seront entendus et satisfaits,
47:09c'est me mettre en danger et c'est potentiellement me mettre en situation d'échec.
47:16Le prérequis, c'est de savoir en parler.
47:17C'est de se connaître, d'avoir fait ce travail sur soi.
47:24Si la réponse est « Ah oui, mais on a du mal à vous comprendre »,
47:32ne commençons pas à travailler ensemble.
47:35Et c'est mieux.
47:37C'est mieux pour vous et c'est mieux pour moi.
47:38J'ai quitté mon travail, mais plus que ça, je crois que j'ai quitté une manière de travailler
47:44avec l'envie d'être dans d'autres formes de travail.
47:48J'allais dire plus libre, je n'étais pas non plus enfermée avant,
47:51mais en tout cas, plurielle, dans des formes plurielles.
47:56J'ai fini par construire mon activité autrice et dessinatrice
48:00pour à la fois intégrer mes contraintes de santé
48:03et ce qui faisait que j'allais m'épanouir, en tout cas pas m'ennuyer,
48:07faire un projet de A à Z pour tout contrôler.
48:10J'ai l'impression d'avoir un cerveau qui veut tout contrôler.
48:12Je n'en suis pas fière, mais oui, j'ai l'impression d'avoir ce cerveau-là.
48:17La neurodiversité est encore un sujet qui est méconnu
48:20et pas forcément très bien traité.
48:22C'est quelque chose sur lequel on n'est pas formé en tant que RH,
48:26on n'est pas formé en tant que dirigeant.
48:28Et encore une fois, parfois, même les collaborateurs eux-mêmes
48:32ne savent pas qu'ils ont un mode de fonctionnement qui est différent.
48:36Chaque fois que j'ai eu l'occasion d'embaucher ou de reconnaître
48:40des personnes comme étant neurodivergentes,
48:44d'un coup, il y a comme une libération qui se fait
48:48et ce potentiel va vraiment se révéler au bénéfice de l'entreprise.
48:56La société est au balbutiement de la prise en compte des neuroatypismes.
49:01Comme Ludovic, Ajar, Geneviève et Chloé,
49:05j'ai accepté mes particularités avec leur lot d'originalité,
49:09sans en faire une identité ni les porter en étendard.
49:15Souvent, je m'amuse à me poser la question.
49:17Si on me donnait le choix, est-ce que je garderais mon cerveau ?
49:21Franchement, non.
49:22Si j'avais le choix, je t'assure que je voudrais d'un truc plus tranquille,
49:25plus pépère.
49:26Je ne me poserais pas la question ou je serais...
49:30Ouais, je...
49:31Je ne me ferais pas de nœud au cerveau, quoi.
49:34Je pense que j'aurais pris un cerveau classique
49:36parce qu'il est tout à fait adapté au monde dans lequel on vit, quoi.
49:40Moi, je me dis toujours merci d'avoir ce cerveau-là
49:42parce que je ne sais pas faire autrement.
49:44Il y a de la vie, je ne sais pas comment expliquer,
49:46mais vraiment, je trouve ça vivant.
49:50Et je trouve que c'est plein de ressources.
49:52Donc, je le vis vraiment de façon positive.
49:54Et vraiment, ça apporte un dynamiste,
49:56mais ça me permet de jamais m'ennuyer.
49:59Je crois que mon cerveau, ça devient un ami.
50:02Ça a toujours été un ami.
50:03Ça n'a jamais été un ennemi.
50:05Mais ça devient un ami
50:07où j'ai un peu plus de tendresse pour lui
50:09parce qu'effectivement, je le connais un peu mieux.
50:12Mais aussi parce que ça fait 34 ans qu'on vit ensemble
50:14et qu'au bout d'un moment, on commence à s'apprivoiser.
50:17Il faut juste que parfois, il arrête un peu de parler.
50:21Si j'avais le choix
50:24de...
50:26de ne pas avoir ce cerveau
50:27et d'en avoir un plus standard,
50:31je garderais mon cerveau.
50:35parce que...
50:37OK, c'est pas facile tous les jours.
50:40Ça m'a demandé beaucoup d'efforts.
50:42Je pense que ça continuera de m'en demander.
50:45Mais mon cerveau, il me permet de voir tellement de choses.
50:48Je suis...
50:49Oui, encore une fois, je suis reconnaissant.
50:54Je remercie mon cerveau pour ça
50:55et je le garde.
50:58Voilà.
50:59C'est bien là-haut.
51:00Reste là-haut.
51:10Sous-titrage Société Radio-Canada
51:39Sous-titrage Société Radio-Canada
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