00:00Vous allez nous décrire un équilibre juridique assez délicat que cette visite va illustrer.
00:05Peut-être on commence avec tout simplement les données juridiques et pratiques.
00:09Je rappelle évidemment qu'on parle de loi libérale, dont celle de 1905,
00:13qui ont acquis de hautes luttes, cette séparation très vertigineuse dans les détails,
00:17justement, entre le républicain, l'État et l'Église.
00:21Et d'abord une question de cadre qu'on a déjà évoquée,
00:24mais qui est cette visite qui n'est pas une visite de chef d'État,
00:27qui n'est pas une visite officielle, et de ce fait ça sécurise un petit peu ce cadre juridique,
00:31étant donné que de ce fait il n'y a pas de dîner, il n'y a pas de réception
00:34véritablement.
00:35C'est une visite apostolique avec une prudence en plus quand même,
00:39puisque justement chaque institution qui reçoit, ville, région,
00:43doit donner le sentiment de ne pas soutenir le culte.
00:47On voit que le terrain est particulièrement glissant.
00:50Et on a un premier contentieux, on en parlait tout à l'heure avec Quentin.
00:54Exactement, le tribunal administratif de Strasbourg,
00:56qui rend une décision de référer le 11 septembre,
01:00assez, comment dire, dans un équilibre instable qu'est celui de notre droit.
01:04On sait que la ville de Metz a participé pour 250 000 euros autour de cette visite,
01:09et notamment la location des écrans géants.
01:11Et là, toute la complexité, c'est de se dire finalement,
01:14l'Alsace-Moselle n'est pas dans un régime juridique qui est celui de la loi 1905,
01:18ce qui est une réalité.
01:19Mais pour autant, le tribunal administratif va tout de suite chercher un autre argument,
01:23c'est celui du motif d'intérêt général.
01:25Et devinez où est-ce qu'il le trouve, Thomas, cet intérêt général ?
01:27L'engouement dont on parlait.
01:29Les retombées économiques, exactement.
01:32Donc finalement, on se rend compte que c'est la popularité du pape
01:36qui sauve l'état d'une petite frontière avec la laïcité,
01:39sur laquelle on voit que le tribunal administratif est assez mal à l'aise.
01:42Alors, couite de Lourdes, couite de Paris,
01:43où justement le régime juridique n'est donc pas le même.
01:46Les institutions sont dans une grande circonspection
01:50pour organiser cet événement sans soutenir religieusement cette manifestation.
01:55Et puis, il y a une personnalité ou une autorité
01:57qu'il va falloir surveiller un peu plus que les autres.
01:59Alors, elle, elle va vraiment faire attention à ce qu'elle fait
02:01et c'est le président de la République.
02:03Chacun de ces gestes est examiné.
02:06Pure neutralité religieuse en tant que représentant de l'État.
02:09Pas de génuflexion, pas de communion,
02:12ni de baiser de l'anneau papal, conformément à la tradition.
02:15Poignée de main et possibilité d'assister à la messe.
02:17Vous savez comment on appelle ça ?
02:18La jurisprudence du général de Gaulle, en fait.
02:20Qu'est-ce qu'il disait ?
02:21Qui disait « La République ne communie pas ».
02:23Ah là, je ne me souvenais pas de cette citation.
02:25Et que répondre aux accusations d'une laïcité à géométrie variable ?
02:30Que c'est mal comprendre la loi de 1905
02:32qui, au fond, ne sépare pas l'État du religieux,
02:36en tout cas uniquement dans la manifestation de l'État,
02:38mais pas dans la manifestation de la religion.
02:40Puisque nous avons, depuis notre déclaration des droits de l'homme,
02:43un libre exercice des cultes,
02:45qui est plein et entier,
02:46gardé par Aristide Briand en 1905 de très haute lutte.
02:49Et de ce fait, la polémique avec l'espace parisien bouclé
02:53n'illustre pas véritablement une contradiction juridique,
02:56mais une différence d'interprétation.
02:58Neutralité de l'État n'égale absolument pas
03:00absence du religieux sur le territoire.
03:02Donc, vous le voyez, république et laïcité ne s'opposent pas.
03:05Tout est affaire de nuances locales,
03:07de gestes interdits,
03:08qui nous prouvent toute la délicatesse qui s'impose
03:11pour un dialogue politique et religieux totalement apaisé.
03:13Merci beaucoup Anne-Charlène.
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