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La question des retraites renvoyée à plus tard, un.e chef.fe du gouvernement dans 48 heures et trois urgences pour un gouvernement technique ? Décryptage des annonces de Sébastien Lecornu au 20h de France 2 par Émilio Meslet, journaliste politique à l'Humanité.
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NewsTranscription
00:00Comment sortir de l'impasse ? C'est la question à laquelle Sébastien Lecornu devait répondre ce mercredi 8 octobre
00:05au JT de 20h de France 2.
00:07L'humanité l'a regardée et l'ex-premier ministre recyclé en négociateur par Emmanuel Macron pour recoller les morceaux
00:13du vase qu'il a lui-même cassés
00:14a exposé aux Français ses pistes de sortie de crise après avoir consulté la quasi-totalité du spectre politique hors
00:21-RN.
00:22Il y a les filles, c'est une énième pagaille, cette fois qui a été provoquée par sa nomination, puis
00:28sa démission surprise lundi matin.
00:30Alors qu'est-ce que le président de la République peut désormais faire ? Il a maintenant toutes les cartes
00:34en main.
00:35Essayons d'analyser à chaud la prise de parole de Sébastien Lecornu.
00:38Et ce qu'il faut retenir, c'est en réalité que d'abord, Sébastien Lecornu, en fait, il ne peut
00:43pas faire d'annonce.
00:45On serait même tenté de dire que ce n'est pas parce qu'on n'a rien à dire qu
00:47'on doit fermer sa gueule.
00:49Si on en vient à citer un film des années 1970, Sébastien Lecornu s'est avancé en tant qu'ancien
00:54premier ministre des missionnaires.
00:55C'est d'ailleurs comme ça qu'il a commencé l'entretien, mais surtout en tant que négociateur, enrôlé par
01:00Emmanuel Macron pour essayer d'éviter une dissolution.
01:03En tout cas, c'est ce qu'on croit comprendre.
01:06Il est arrivé au bout de ses 48 heures de discussion, quasiment sans annonce.
01:12Sinon, une seule, celle qu'il a transmise au président de la République avant de rejoindre le Palais de France
01:182,
01:18c'est-à-dire de dire que la dissolution, la perspective, s'éloigne.
01:22Car selon lui, il y a plusieurs blocs, mais en tout cas une majorité absolue qui refuse une nouvelle dissolution
01:29et qui serait prête à s'accorder sur un budget commun.
01:33Il parle notamment de cette gauche qui met des conditions, mais il est persuadé qu'un chemin est possible.
01:38Il s'est dit optimiste et donc qu'un premier ministre pourrait être nommé dans les 48 heures.
01:43Voilà l'annonce de Sébastien Lecornu qui s'est ensuite transformé en un mur pour répondre aux questions de Léa
01:49Salamé.
01:51On n'a pas eu beaucoup d'informations supplémentaires, si ce n'est qu'ils sont dans l'impasse
01:58et que Sébastien Lecornu l'a bien compris.
02:02Donc, il dit que la classe politique doit changer de méthode et qu'en moins de ce dalle, lui, par
02:07contre, sa mission est terminée.
02:08Il est arrivé au bout de ce qu'il avait à dire, donc il ne sera pas le prochain premier
02:13ministre d'Emmanuel Macron.
02:16Alors, tout ce cirque pour finalement donc pas grand-chose.
02:21Il assure que chacun doit faire des bougées, mais a priori, ceux qui sont pour l'instant moins en possibilité,
02:27ou en tout cas ceux qui annoncent ne pas faire de bouger significatif, c'est les macronistes.
02:35Et en la personne de Sébastien Lecornu, il a encore montré que son camp, même s'il appelait à des
02:39ouvertures,
02:40s'arc-boutait, exemple parmi d'autres, celui de la réforme des retraites qui est devenue absolument emblématique depuis 2023.
02:47Depuis quelques heures maintenant, les lignes commencent à bouger chez les macronistes.
02:53On a vu Elisabeth Borne qui a annoncé vouloir suspendre la réforme des retraites, sa propre réforme des retraites.
03:00Tout ça pour pouvoir permettre à la France d'avoir une stabilité.
03:04Et bien Sébastien Lecornu agite à la fois la menace du coût que pourrait coûter une telle mesure.
03:13Il dit 3 milliards en 2027 et en même temps, il dit qu'en réalité, les macronistes ne pourront pas
03:18échapper à une nouvelle discussion sur la question des retraites.
03:23Alors il a dit, je le cite, qu'il n'est pas là pour faire des annonces, mais on aura
03:27du mal à dire qu'il ne faut pas de débat.
03:29Mais pour lui, en réalité, ce débat aurait dû être celui de la présidentielle.
03:32Mais dit-il, il faudra trouver un chemin pour ce débat.
03:36Ça ne veut pas dire qu'il admet qu'il faut faire des concessions, d'autant plus qu'il s
03:43'arc-boute encore une fois les macronistes sur la question budgétaire.
03:495% de déficit, c'est la barre qu'il faut passer selon eux, alors qu'aujourd'hui nous sommes
03:53à 5,4%.
03:56Il dit concrètement qu'il n'y a pas de schéma où on n'est pas à moins de 5
04:02% pour des raisons de crédibilité.
04:04Or, la gauche aujourd'hui dit que ce chemin proposé par les macronistes dans le budget déjà de François Bayrou,
04:09qui, je le rappelle, a été en quelque sorte censuré par l'Assemblée nationale avant même qu'il ait pu
04:14être présenté,
04:15c'était justement la brutalité austéritaire de ce gouvernement.
04:18A priori, les macronistes ne sont pas prêts encore à faire de réels compromis, y compris sur la justice fiscale.
04:25Donc, si la perspective de dissolution s'éloigne, est-ce qu'il faut le croire ?
04:30Sébastien Lecornu, sur parole, on a l'impression qu'il essaye à nouveau de ménager la chèvre et le chou
04:36dans l'espoir de mettre tout le monde autour de la table, autour d'une grande coalition.
04:41Officiellement, il dit de l'écarter, que personne ne veut de compromission, et c'est pour ça que lui-même,
04:46en tant que Premier ministre, n'avait pas fait de débauchage.
04:49Ce qui est compliqué dans ce qu'il raconte, c'est par contre, c'est qu'on a l'impression
04:53qu'ils sont quasiment tous d'accord pour s'entendre autour d'un budget.
05:01Mais pourtant, ils ne sont pas d'accord sur les problématiques.
05:05C'est d'ailleurs tout l'objet du débat politique depuis plusieurs semaines, plusieurs mois.
05:10C'est que d'un côté, la droite, Macron y compris, évidemment, est de dire qu'il y a un
05:14problème de dépense.
05:15Il dit qu'il y a un problème de dépense, et donc il faut couper dans ses dépenses.
05:19La gauche dit que c'est un problème avant tout de recette.
05:21Et a priori, dans les négociations qu'il a dû mener à Matignon mardi et mercredi, il n'a pas
05:28réussi à mettre tout le monde d'accord.
05:30Donc on a du mal à voir comment il pourra ménager tout le monde pour obtenir cette fameuse, pas coalition,
05:39mais cette fameuse entente, en tout cas, pour passer un budget.
05:43Il a expliqué aussi ce qui explique, selon lui, les raisons de la crise.
05:49Les raisons de la crise et qui l'ont poussé au départ.
05:52Il explique que c'est donc un problème de militant qui pousse aux lignes les plus dures et qu'il
05:57a un regret, une intime conviction.
05:59C'est que tout cela doit amener un changement de méthode, y compris dans la nomination de la prochaine équipe
06:05gouvernementale.
06:06Si je le cite, il a eu une intime conviction, c'est que l'équipe à venir doit être déconnectée
06:12des ambitions pour 2027,
06:14puisque la présidentielle, et je cite selon lui, l'éléphant dans la pièce, et qu'elle empêche, en réalité, le
06:18jeu politique de se faire normalement,
06:19parce que les ambitions des uns et des autres bloquent les possibilités d'entente entre les uns et les autres.
06:25Alors, est-ce qu'on se rapproche de la nomination d'un Premier ministre de gauche ?
06:28Parce que c'est aussi toute la question.
06:30Encore une fois, Sébastien Lecornu ne pouvait pas faire d'annonce, puisqu'il n'est pas président de la République,
06:34et donc il renvoie à Emmanuel Macron la balle.
06:38En l'occurrence, il dit que c'est au président de la République de le faire en fonction des rapports
06:44de force.
06:45Et pourtant, dans la même phrase, il dit qu'en revanche, il y a quand même 210 députés,
06:49ceux qui constituent l'ancien socle commun qui est aujourd'hui quand même pourrissant, on va dire,
06:56depuis le départ de Bruno Retailleau.
06:57Enfin, il n'a pas le temps de partir avant la démission, mais en tout cas, il a provoqué la
07:00démission de Sébastien Lecornu.
07:02Il appelle ça une plateforme de stabilité.
07:05Drôle d'expression pour un Premier ministre qui a dû démissionner exactement 14h et 26 minutes après avoir composé son
07:13propre gouvernement.
07:14Ils essaient encore de prendre le drapeau de la stabilité, de faire croire aux Français qu'ils sont les personnes
07:20stables.
07:21Je rappelle, nous en sommes à trois premiers ministres en un an, un tout petit peu plus d'un an.
07:27Donc, c'est compliqué, lorsqu'on est à l'origine du cercle, de se réclamer de la stabilité.
07:31La gauche, en face, elle continue de réclamer Matignon.
07:35Elle dit que le président de la République doit respecter le résultat des urnes.
07:38Et ça, on voit bien qu'ils essaient de mettre la pression, les macronistes,
07:44pour que la gauche renonce, en tout cas, qui aujourd'hui est en position de force,
07:48renonce à quelques-uns de ses totems,
07:50notamment les questions de justice fiscale et, encore une fois, la réforme des retraites.
07:55Alors, est-ce que la gauche, puisque c'est la question, arrivera à Matignon ?
07:59On le verra dans les 48 heures, mais on a le sentiment que Sébastien Lecornu pousse davantage pour une solution
08:07dite technique,
08:08avec des ministres, un Premier ministre, qui ne soit pas forcément issu des appareils partisans,
08:15justement pour éviter la question de 2027.
08:17C'est le serpent de mer.
08:18On voit d'ailleurs dans l'opinion, lorsqu'il y a des sondages,
08:21que les Français seraient davantage enclins à accepter une solution d'un Premier ministre
08:24qui vient de la société civile, voire un chef d'entreprise,
08:27mais en tout cas, qui leur semble être en dehors du jeu partisan.
08:30C'est aussi un signe de la défiance à l'égard du monde politique.
08:34Mais en tout cas, on sent bien que Sébastien Lecornu, s'il avait ta chaudeur,
08:38peut-être qu'il trancherait pour cette solution,
08:40comme si d'ailleurs les technocrates qui pourraient être amenés à un autre gouvernement
08:44d'ailleurs n'avaient pas d'opinion politique.
08:50Est-ce qu'on y voit plus clair ?
08:51Après la prise de parole de Sébastien Lecornu,
08:56on peut dire qu'effectivement, a priori, pour l'instant,
09:00la dissolution ne devrait pas intervenir dans les 48 heures.
09:04Qu'il a remis de toute façon toutes ses propositions au président de la République,
09:08qui va devoir se dépêtrer avec une Assemblée nationale de toute façon
09:12complètement morcelée.
09:15La donne n'a pas changé et seule une dissolution pourrait changer cette donne politique.
09:19Donc, est-ce que la dissolution est à l'ordre du jour ?
09:23A priori, elle est difficilement écartable.
09:26Pour autant, elle n'est pas non plus à exclure,
09:31puisque Sébastien Lecornu ne dit pas qu'il y a un accord entre toutes les formations qu'il a reçues.
09:34Il dit qu'il y a une voie de passage.
09:36Il dit précisément qu'un chemin est possible.
09:43Ça me semble aujourd'hui compliqué au vu des positions des uns et des autres,
09:47ne jamais dire jamais.
09:49Ce qui pourrait clarifier les choses, c'est un gouvernement de gauche,
09:53comme le réclament les socialistes, les écologistes et les communistes,
09:56qui ne serait ni censuré par la France insoumise,
09:58ni par le camp présidentiel.
10:01Certains écologistes sont optimistes.
10:03Ils m'ont dit par exemple qu'à partir du moment où le président de la République les nommerait,
10:07cela s'imposerait aux macronistes, qui sont en réalité extrêmement divisés.
10:09On l'a encore vu aujourd'hui sur la question des retraites.
10:14Par contre, on voit que la France insoumise voit aussi
10:16que la perspective d'une dissolution s'éloignait
10:23et de la nomination d'un potentiel gouvernement de gauche.
10:26Et on a vu l'ensemble de la France insoumise à l'issue de la prise de parole
10:30de Sébastien Lecornu tweeter.
10:32Sébastien Lecornu dit qu'on ne peut trancher aucun sujet
10:35avant l'élection présidentielle de 2027.
10:37Solution, faisons l'élection présidentielle tout de suite.
10:39Le pays n'a pas de temps à perdre.
10:42Donc on voit que les insoumis, eux, sont toujours dans leur stratégie
10:46de cibler le président de la République
10:48pour obtenir soit sa démission, soit sa destitution.
10:51On a vu que c'était aussi l'option privilégiée par Édouard Philippe
10:55et son camp, une partie de la droite,
10:57qui demande à Emmanuel Macron de renoncer au pouvoir.
10:59Et même l'hebdomataire Lepoint, pourquoi pas,
11:01qui appelle Emmanuel Macron à partir.
11:04A priori, il ne démissionnera pas.
11:06Sébastien Lecornu n'a pas l'air alarmiste
11:08quant à la pression qui s'abat sur le chef de l'État.
11:10Il a dit, s'il faut que je retrouve cette citation,
11:13mais que, en gros, ce n'était pas le moment
11:16pour que le président de la République s'en aille.
11:20Vous ne pouvez pas dire autre chose, puisqu'il est en réalité
11:22le seul des ministres à avoir été présent
11:25pendant les huit ans du gouvernement,
11:26s'il est l'obligé d'Emmanuel Macron.
11:29Mais en tout cas, ce n'est pas ce vers quoi on se dessine.
11:32Donc tout ça pour vous dire, à la fin,
11:34on n'y comprend pas forcément beaucoup plus
11:37à la situation politique.
11:40Les discussions vont continuer,
11:42notamment entre les députés macronistes et la gauche.
11:47On a vu Gabriel Attal, ces derniers jours,
11:49essayer absolument d'obtenir qu'il n'y ait pas de dissolution,
11:52même en poussant un gouvernement de gauche,
11:56même si, d'ailleurs, lui-même ne tient pas son groupe.
11:58Il l'a dit à Olivier Faure et Marine Tondil
12:00lorsqu'ils se sont vus lundi soir dans les locaux de TF1,
12:03dans une loge maquillage.
12:05Il ne tient pas son groupe.
12:07Donc, c'est-à-dire qu'il ne peut aujourd'hui,
12:08rien ne dit que la gauche ne serait pas censurée
12:11par les macronistes.
12:13Ce qui, d'ailleurs, à cette gauche qui veut gouverner,
12:16ne pose pas forcément de problème.
12:17Ils se disent que, de toute façon,
12:18s'ils veulent les censurer,
12:19ils le feront sur des mesures populaires dans l'opinion,
12:22c'est-à-dire la taxe du QMEN
12:23ou l'abrogation de la réforme des retraites,
12:24et que, de fait, ensuite,
12:26ils iraient dans de nouvelles élections
12:29avec ce capital politique.
12:31Voilà ce qu'il fallait retenir
12:32de l'intervention de Sébastien Lecornu.
12:34La suite au prochain épisode,
12:35comme il est de coutume de dire.
12:37Et d'ici là, n'hésitez surtout pas
12:39à vous abonner à l'Humanité.