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Retour sur les interventions au 40ᵉ dîner du Crif, où Sébastien Lecornu rejette la qualification de « génocide » à Gaza, l’assimile à une relativisation de la Shoah et appelle à la démission de Francesca Albanese. Il défend également la criminalisation de l’antisionisme. Avec Gaël De Santis et Pierre Barbancey.

0:00 Les prises de parole au dîner du Crif
1:20 Lecornu rejette la qualification de "génocide à Gaza"
8:37 Pour Lecornu, parler de génocide = relativiser la Shoah
13:01 Lecornu réclame la démission de Francesca Albanese
15:05 Lecornu veut criminaliser l'antisionisme
18:39 La situation à Gaza
20:58 La disparition de Leïla Shahid

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Transcription
00:00Le dîner du CRIF s'est tenu le jeudi 19 février avec un millier de participants.
00:05Comme d'habitude, c'est un moment politique, ponctué par plusieurs interventions.
00:10A noter surtout ce qu'a dit le Premier ministre Sébastien Lecornu.
00:14Il a déclaré qu'on ne pouvait pas parler de génocide à Gaza,
00:18que c'était une inversion accusatoire qui relativisait la Shoah.
00:22Il a demandé la démission de la représentante spéciale de l'ONU pour la Palestine, Francesca Albanese.
00:27Enfin, il a annoncé que la loi Yadant, qui sous couvert de lutte contre l'antisémitisme,
00:34limite la critique de la politique israélienne, passerait en avril au Parlement.
00:39De son côté, le président du CRIF, Jonathan Harfi, a utilisé la tribune pour diaboliser une partie de la gauche.
00:47La FI, selon lui, représente un danger existentiel pour les Juifs français.
00:52Et quant à la CGT, qui avait critiqué un concert de l'orchestre philharmonique israélien,
00:58il a déclaré qu'à la CGT, on ne fait jamais la grève de la haine d'Israël.
01:03Pour parler de tout cela, on reçoit Pierre Barbancé, qui est grand reporter de l'Humanité,
01:10connaisseur du Proche-Orient et de la Palestine,
01:14qu'il a visité à de nombreuses reprises à l'occasion de ses reportages.
01:21Peut-être que pour commencer, on peut commencer par un extrait du discours de Sébastien Lecornu,
01:30précisément sur son rejet de la qualification de génocide à Gaza.
01:36Vouloir un État palestinien en appelant en même temps à la disparition d'Israël,
01:42ce n'est pas défendre la paix.
01:44C'est appeler à l'effacement d'un peuple, c'est appeler une fois de plus à sa destruction.
01:48Le mot est dur, mais il faut parfois employer les mots justes.
01:52Il existe aujourd'hui une stratégie sémantique, celle qui consiste à retourner l'accusation,
01:59à déposséder les Juifs de leur histoire, les faire passer de victimes à bourreaux,
02:06parler de génocide à Gaza, pour leur arracher la mémoire de la Shoah,
02:12pour relativiser, pour inverser.
02:15Vous le savez, les conventions de Genève interdisent de viser les populations civiles.
02:21Il y a une guerre et il peut donc y avoir des crimes de guerre.
02:24Le droit international s'applique à tous.
02:26Et ce qui s'est produit à Gaza soulève des questions très graves au regard du droit international.
02:31Ce que fait l'actuel gouvernement israélien en Cisjordanie contrevient aussi au droit international.
02:36Mais l'instrumentalisation politique du droit n'est pas davantage acceptable.
02:39Lorsque la représentante spéciale des Nations Unies tient des propos en compagnie de représentants du Hamas ou de l'Iran,
02:47cela décrédibilise profondément la parole internationale.
02:51La France en tire alors les conséquences et demande donc sa démission.
02:57Rappelons, rappelons, un fait simple, 20% de la population israélienne est arabe-palestinienne.
03:072 millions de citoyens, 150 000 en 1948, 1 million en 2000, 2 millions aujourd'hui.
03:17« Employer le mot génocide n'est pas neutre. C'est une arme politique. Ce n'est pas un diagnostic
03:25juridique établi par une juridiction internationale.
03:29Et la guerre des mots prépare la guerre contre les personnes. Elle désigne les cibles. »
03:35On vient de voir cet extrait du discours du Premier ministre Sébastien Lecornu au dîner du CRIF sur la qualification
03:46de génotide.
03:47Pierre, qu'est-ce que t'inspire les propos du Premier ministre ?
03:52Ça m'inspire beaucoup de choses et d'inquiétudes en réalité.
03:57La première, c'est que le Premier ministre de la France ne tient absolument pas compte du droit international, visiblement.
04:05Puisque, comme on le sait, à la fin de l'année 2023, l'Afrique du Sud a posé devant la
04:13Cour internationale de justice
04:14la question du génocide perpétré par Israël dans la bande de Gaza.
04:24La Cour internationale de justice n'a pas rejeté du tout la demande de l'Afrique du Sud, ce qui
04:29aurait pu être possible,
04:32mais a effectivement estimé qu'il y avait un certain nombre de paramètres, d'éléments
04:37qui permettraient de penser qu'il y a possibilité de génocide
04:41et donc a lancé une enquête dans ce sens-là, une enquête qui est en cours.
04:46Et en attendant les résultats de cette enquête, qui peut prendre effectivement beaucoup de temps,
04:51elle a demandé à Israël de sursoir un certain nombre d'opérations, justement pour éviter ce génocide.
04:57C'est peut-être du bon sens et malheureusement il s'agit de populations civiles,
05:03il s'agit d'hommes, de femmes, d'enfants, de vieillards qui ont été soumis,
05:08qui ont continué à être soumis à des bombardements israéliens
05:13et qui s'appuient d'abord sur la définition donnée par l'ONU du génocide.
05:19Il ne s'agit pas de l'extermination totale d'une population,
05:22mais d'abord d'exterminer une partie de cette population
05:27et surtout de l'empêcher de vivre sur son territoire.
05:30On est exactement dans ce cas-là.
05:32Et le fait que le Premier ministre, d'un coup de plume, balaye cette accusation de génocide
05:40est très inquiétante, d'autant plus qu'un certain nombre d'organisations israéliennes
05:45de défense des droits de l'homme, comme Beth Selem par exemple,
05:48parlent également de génocide, Amnesty International parle de génocide.
05:53Donc écarté de cette manière-là, ce mot de génocide est très très grave à mon avis
05:59parce que c'est essayer de mettre des bâtons dans les roues de la justice internationale.
06:04La deuxième chose, c'est que rappelons que la Cour pénale internationale,
06:08qui est un autre instrument du droit international,
06:11a mis un mandat d'arrêt pour crime de guerre et crime contre l'humanité,
06:15contre Benjamin Netanyahou.
06:17Et la troisième chose, enfin, et c'est peut-être encore plus dangereux,
06:22c'est que Sébastien Lecornu, dans son intervention,
06:27en réalité considère qu'Israël est le représentant de tous les juifs du monde.
06:33Or, ce n'est pas le cas.
06:35Israël est un État, un État comme les autres,
06:37où effectivement, d'ailleurs il le rappelle lui-même dans son intervention,
06:41il y a une majorité de juifs en Israël,
06:45mais il y a aussi une minorité, 20%, qui ne sont pas juifs.
06:49Et en faisant cela, je pense qu'il déplace le curseur,
06:54mais Emmanuel Macron l'avait fait lui-même,
06:56en invitant Benjamin Netanyahou, le Premier ministre israélien,
07:01lors d'une commémoration de la rafle du Veldiv,
07:05qui avait eu lieu par les nazis à Paris,
07:07comme si Benjamin Netanyahou, en tant que Premier ministre d'Israël,
07:10avait quelque chose à voir et était le représentant des juifs du monde.
07:14Eh bien non, les Français juifs ne sont pas spécialement tenus par l'État d'Israël,
07:20ils sont en France et dépendent de l'État français.
07:26Deuxièmement, ou quatrièmement plutôt,
07:29la critique d'Israël n'est pas une critique antisémite.
07:33La critique d'Israël, c'est une critique qui est faite
07:35contre une politique menée par un gouvernement.
07:38Et le CRIF, le Conseil représentatif des institutions juives de France,
07:43où est intervenu Sébastien Lecornu,
07:46est d'ailleurs complètement viré par rapport à certaines années.
07:50Le CRIF se fait le défendeur incontournable de la politique israélienne.
07:56Quoi que fasse Israël, le CRIF pense qu'il doit le défendre.
07:59Je rappelle qu'il y a une quinzaine, vingtaine d'années de cela,
08:03le président du CRIF s'appelait Théo Klein.
08:06Et Théo Klein était un homme progressiste,
08:09un homme humaniste,
08:10et qui était le premier à critiquer les politiques d'Israël.
08:14contre la politique israélienne,
08:17perpétuer l'occupation,
08:19continuer la colonisation,
08:20et empêcher la création d'un État de Palestine.
08:23Je crois qu'il faut regarder tout ça à cette aune-là,
08:27et que Sébastien Lecornu prend des positions aujourd'hui
08:31qui sont très très dangereuses,
08:33et qui se rapprochent évidemment de celles de l'extrême droite française.
08:36Et il dit qu'utiliser, employer le terme de génocide serait une arme politique,
08:44que ça relativiserait la mémoire de la Shoah.
08:48Qu'est-ce qu'il y a derrière cette argumentation ?
08:52Écoutez, moi je pense que personne ne nie évidemment la Shoah.
08:58Ceux qui ont nié la Shoah sont à regarder dans l'extrême droite.
09:03Cette extrême droite française, celle qui est issue de Maurras et de Léon Daudet.
09:08C'est elle qui est aujourd'hui, pendant des années, a nié.
09:12En fait, je rappelle que Jean-Marie Le Pen a fait ce petit mot
09:17sur un détail de l'histoire,
09:19en parlant des camps de concentration,
09:21et des camps d'extermination des Juifs.
09:23C'est le même Jean-Marie Le Pen qui pensait être un bon mot
09:28à partir du nom du ministre Michel Durafour,
09:31Durafour crématoire, disait-il.
09:34Personne ne nie la Shoah.
09:35Donc il faut rappeler non seulement dans ce qui s'est passé,
09:37mais dans les fondements qui ont amené la Shoah,
09:40c'est-à-dire ceux qui ont défendu aussi le troisième Reich hitlérien,
09:44ceux qui criaient plutôt Hitler que le Front populaire.
09:48Il n'est absolument pas question, en dénonçant la politique israélienne génocidaire
09:55menée à Gaza, ou de nettoyage ethnique en Cisjordanie,
09:58de nier la Shoah.
10:00La Shoah a existé, c'est un drame terrible,
10:03c'est un génocide qui a été perpétré contre les Juifs en Europe.
10:08Il ne s'agit pas de ça aujourd'hui en Palestine,
10:11il s'agit de la volonté d'un gouvernement mené par la droite
10:14et l'extrême droite israélienne,
10:16dénoncée, y compris par une partie de la droite israélienne
10:20et de la gauche israélienne,
10:22comme étant une politique génocidaire.
10:24Tu parlais des liens justement
10:27entre l'antisémitisme et l'extrême droite.
10:29On peut noter d'ailleurs qu'il y a un revirement étonnant
10:33de la part d'Israël,
10:34mais ça s'explique peut-être par une affinité de courants de pensée.
10:39Israël reçoit très souvent les dirigeants de l'extrême droite européenne,
10:42comme Victor Orban, hier les Polonais,
10:45ou y compris a fait une opération de recyclage
10:49pour les partis de Giorgia Meloni ou de Matteo Salvini en Italie.
10:54Voilà, ils attaquent beaucoup sur la gauche,
10:57mais il y a une grande mensuétude envers les extrêmes droites européennes
11:01de la part du gouvernement israélien.
11:05Bon, tu as montré qu'il y avait une forme quelque part de déni
11:09de la part du Premier ministre,
11:11mais pourquoi est-ce qu'il fait ça ?
11:14Pourquoi la France ne se met pas à la pointe
11:18de la défense du droit international dans cette affaire ?
11:22C'est une véritable question,
11:24mais je rappelle qu'Emmanuel Macron
11:27avait été déjà intervenu
11:30en argant du fait que de nommer ce qui se passait à Gaza
11:35s'est relevé de la problématique des historiens.
11:39Or, un certain nombre d'historiens et d'hommes et de femmes politiques en France
11:46ont rappelé que non, il ne s'agit pas d'attendre l'histoire.
11:49C'est comme si on voulait attendre la fin de ce qui se passe,
11:52que les génocides soient totalement réalisés,
11:55pour dire « Ah oui, c'était un génocide ».
11:58Eh bien, les populations qui ont été génocidées
12:00n'en ont strictement rien à faire.
12:03Aujourd'hui, en se positionnant de cette manière,
12:06Sébastien Lecornu prend un rendez-vous terrible avec l'histoire
12:11et surtout, il essaye de se positionner politiquement
12:14par rapport à ce qui se passe au Moyen-Orient
12:17et cela sans aucun débat dans le pays.
12:20Et il s'acconquine aujourd'hui avec l'extrême droite,
12:23ce qui n'a strictement rien d'étonnant.
12:25Je rappelais tout à l'heure que l'extrême droite française,
12:28quoi qu'elle fasse, est aujourd'hui une héritière des idées de Maurras et de Léon Daudet.
12:35Nous sommes nous, et notamment journalistes à l'humanité
12:38et l'humanité en tant que journal, fondé et créé par Jean Jaurès.
12:43Jean Jaurès qui était un député, qui était un Dreyfuseur,
12:47lui qui a défendu le capitaine Dreyfus
12:49parce qu'il a été exclu de l'armée, accusé d'espionnage,
12:52parce qu'il était juif.
12:54Or, les soutiens de Maurras et de Léon Daudet,
12:57l'extrême droite française, a toujours été anti-dreyfuseur.
13:00– Très bien.
13:02Le Premier ministre également, il a demandé la démission de Francesca Albanese,
13:07rapporteur spécial pour la Palestine de l'Organisation des Nations Unies.
13:11On l'avait reçu d'ailleurs à la dernière fête de l'humanité.
13:14Pourquoi est-ce qu'elle est devenue une sorte de bouc émissaire
13:19de la part des soutiens d'Israël ?
13:23– Francesca Albanese, que nous avons eu l'honneur et la joie
13:28de recevoir la dernière fête de l'humanité,
13:31est devenue un bouc émissaire tout simplement
13:33parce que Francesca Albanese a décidé d'utiliser le droit international
13:38et d'utiliser sa position de commissaire pour les droits de l'homme de l'ONU,
13:43poste à laquelle elle a été recondue il y a quelques mois d'ailleurs,
13:47preuve que son travail a été apprécié par ses pairs,
13:53des Nations Unies.
13:55Elle utilise le droit international pour nommer les choses,
13:58pour nommer un chat un chat, comme on dit de manière populaire,
14:04et qu'elle regarde les faits, elle regarde ce qui se passe,
14:07et elle regarde les choses dans son ensemble.
14:09Elle regarde ce qui s'est passé à Gaza,
14:11elle regarde ce qui se passe en Cisjordanie,
14:14elle regarde les processus qui sont en cours,
14:16c'est-à-dire celles de l'occupation israélienne
14:20des territoires palestiniens qui se renforcent,
14:22elle regarde la colonisation qui n'arrête pas de se poursuivre,
14:26et elle écoute et elle reprend les déclarations des dirigeants politiques israéliens,
14:32notamment celles du Premier ministre Benyamin Netanyahou,
14:36et des unions prises par la TESET, le Parlement israélien,
14:41qui dit et redit qu'il n'est pas question qu'il y ait la création d'un État de
14:46Palestine.
14:46Donc voilà ce que Francesca Albanese pointe du doigt,
14:50et alerte non seulement les autorités des Nations Unies,
14:55mais également le monde entier pour qu'il y ait une intervention,
14:58pour que le droit international soit respecté.
15:01Sans respect du droit international, c'est la loi de la jungle.
15:04Merci.
15:07Il a abordé une autre question, le Premier ministre,
15:09à savoir l'avenir de la loi Yadant.
15:11La loi Yadant, c'est une loi qui s'ouvre de lutte contre l'antisémitisme,
15:17limite les possibilités de critiquer la politique de l'État d'Israël,
15:22mais également de s'exprimer librement sur ce que fait la résistance palestinienne.
15:30Ça fait longtemps que ce type de législation est dans les tuyaux.
15:36Oui, mais ça va de pair.
15:38Cette loi Yadant, qui je le rappelle,
15:43est députée des Français d'étrangers de cette zone-là,
15:47mais visiblement comme son prédécesseur Meir Habib,
15:52anti-palestinien avéré, méprisant et insultant,
15:57y compris vis-à-vis des femmes,
15:59comme ça s'était passé à l'Assemblée nationale,
16:02lorsqu'il s'est évoqué d'un certain nombre de députés femmes de la gauche,
16:09du Parti communiste et de la France insoumise.
16:12Ça va dans ce même sens.
16:14Essayer de criminaliser toute tentative de critique de la politique israélienne.
16:23Il ne s'agit pas sous couvert en réalité de lutte contre l'antisémitisme.
16:27Ils veulent baillonner les voix qui critiquent la politique menée par Benjamin Netanyahou
16:35et sa majorité d'extrême droite.
16:38Tout ça est très dangereux.
16:40D'abord parce que l'antisémitisme est encore une réalité malheureusement en France et en Europe
16:45et nous n'avons de cesse de le dénoncer, y compris dans les colonnes de l'humanité.
16:51Et personne ne le nie.
16:52Et ce combat contre l'antisémitisme doit se poursuivre.
16:56Mais de la même manière, le combat contre le racisme en général,
16:59le combat contre la désignation de ceux qui sont étrangers,
17:02de ceux qui n'auraient pas la bonne religion,
17:06tout ça va de pair.
17:09Et cette loi Yadant, elle-même qui ne s'intéresse en réalité qu'à cette partie de sa circonscription,
17:18qui va même jusqu'en Italie d'ailleurs, dont elle n'a jamais un mot,
17:21elle ne représente absolument pas les Français de Chypre ou de l'Italie,
17:26ne s'intéresse qu'à cette question-là.
17:28Et je crois que si on lit attentivement ce qui est contenu dans ce projet de loi
17:34qui pourrait passer au mois d'avril,
17:37en réalité c'est la parole de critique de la politique israélienne
17:42qui serait aujourd'hui criminalisée.
17:44C'est comme si, en voulant dénoncer la politique menée par Donald Trump,
17:50on nous accusait de nous en prendre à l'ensemble des citoyens des États-Unis.
17:58Et donc on voudrait nous empêcher de critiquer la politique menée par Donald Trump.
18:02Il s'agit exactement de la même chose aujourd'hui,
18:05avec un argument très vicieux qui serait
18:09« Critiquer Israël, ce serait être antisémite ».
18:12Eh bien, il y a un certain nombre et beaucoup de Juifs en France,
18:16comme partout dans le monde,
18:17j'étais encore il n'y a pas très longtemps aux États-Unis,
18:20à New York, à Philadelphie et dans d'autres villes,
18:23beaucoup d'Américains juifs sont des très grands critiques de la politique israélienne
18:29et disent eux-mêmes que la politique menée par Benjamin Netanyahou
18:34n'a strictement rien à voir avec la philosophie des Juifs.
18:38Merci.
18:39Cette semaine, il y a des chiffres qui sont sortis,
18:42à savoir la revue scientifique The Lancet a fait un état
18:48en regardant le nombre de morts de personnes manquantes à Gaza.
18:53Ils font une évaluation de 75 000 victimes,
18:56alors que du côté du ministère de la Santé de Gaza,
19:01on était plutôt à 50 000, 55 000.
19:03En gros, il y a tout un tas de morts qui n'étaient pas recensées.
19:07On en est où de la situation à Gaza ?
19:11Est-ce qu'il y a encore des attaques ?
19:14Comment ça se passe au jour le jour ?
19:17Écoutez, malgré le cessez-le-feu qui avait été annoncé au mois d'octobre,
19:22en réalité, Israël continue.
19:24Alors, dans une intensité moindre, évidemment,
19:29mais Israël en instaurant ce qu'ils ont appelé une ligne jaune
19:33à l'intérieur de la bande de Gaza qui file du nord au sud
19:37et qui divise la bande de Gaza entre l'Est et l'Ouest.
19:41L'Est, donc, qui est tenu encore par l'armée israélienne
19:46et qui représente 53 % de la bande de Gaza,
19:51une bande de Gaza qui est quasiment totalement détruite.
19:55Soit les immeubles ont été complètement abattus,
19:58les écoles ont été abattues, les universités ont été abattues,
20:01les lieux de culte ont été abattus, les hôpitaux ont été abattus.
20:05C'est dans ce contexte-là.
20:07Et pourtant, les choses continuent.
20:09Il y a chaque jour plusieurs Palestiniens qui sont tués.
20:13Nous avons encore publié dans l'Humanité un reportage
20:16de notre correspondante sur place,
20:19qui est une Palestinienne,
20:20qui est témoignée et qui faisait témoigner des Palestiniens
20:24de ce qui se passait autour de cette ligne jaune
20:27où tout Palestiniens qui s'en approche est une cible
20:30pour les snipers israéliens,
20:32sans compter les bombardements qui ont lieu quasiment chaque jour.
20:35Et je ne parle pas encore du sud de cette bande de Gaza
20:38où tout le sud, en fait, est encore totalement sous contrôle israélien,
20:43c'est-à-dire avec la frontière avec l'Égypte.
20:46Et donc, la population palestinienne aujourd'hui,
20:49qui vient de commencer le Ramadan,
20:52aujourd'hui ne parvient pas à retrouver un semblant de normalité.
20:57Et mercredi, on a perdu une grande dame
21:01qui venait souvent à la fête de l'Humanité.
21:04Je parle de Leïla Shahid.
21:06C'est l'ancienne ambassadrice de Palestine en France.
21:12Quels souvenirs tu en as, Pierre ?
21:14Tu l'as côtoyé, tu l'as vu à de nombreuses reprises.
21:20C'est une...
21:22Pour moi, personnellement, c'est une très, très grande tristesse.
21:25C'est une grande perte de personnalité.
21:31Vous savez, quand vous rencontrez quelqu'un qui est comme Leïla Shahid,
21:34c'est quelqu'un qui vous enrichit en permanence,
21:38qui n'est pas...
21:41qui vous apporte tout le temps,
21:43qui est dans le débat, dans le débat,
21:46comme on sait l'avoir en Méditerranée,
21:48qui n'est pas le débat où quelqu'un parle,
21:50et puis il ne faut pas interrompre,
21:52et puis on attend l'intervention suivante, etc.
21:55C'est des véritables débats vivants,
21:58où on partage les opinions,
22:00où on peut même s'engueuler,
22:01ça peut même monter très fort.
22:03Mais dans le fond,
22:04on avait cette même chose au cœur,
22:08cette même chose au cœur,
22:09qui est la paix au Proche-Orient,
22:11la paix pour les peuples,
22:13la paix pour les peuples palestiniens,
22:15évidemment,
22:16et la construction de son État,
22:17la création de son État,
22:20et puis aussi pour le peuple israélien,
22:22qui n'en peut plus aussi,
22:24de cet état de fait,
22:26même si tous ne s'en rendent pas compte.
22:28Et Leïla Shahid,
22:29c'était une ouverture intellectuelle,
22:33qui a toujours débattu,
22:35qui s'est toujours battu contre l'antisémitisme,
22:37qui a toujours dénoncé l'antisémitisme.
22:40Leïla Shahid,
22:41qui allait toujours à la confrontation en parole,
22:44y compris avec des ambassadeurs israéliens,
22:48je pense à Elie Barnavi notamment,
22:52c'était ça,
22:53faire vivre politiquement un vrai combat,
22:55ce combat dans lequel elle s'était engagée
22:57dès ses 18 ans,
22:58après la guerre des Six Jours,
23:00et la fête de l'humanité,
23:02je pense qu'un certain nombre de gens
23:03qui le regardent,
23:05peut-être pas les plus jeunes,
23:06se souviennent toujours de Leïla Shahid
23:09dans les allées de la fête de l'Huma,
23:11avec un mot pour tout le monde,
23:13dès qu'on l'a salué,
23:14un sourire,
23:16et puis les débats avec elle absolument extraordinaires,
23:19ou même quand on animait le débat,
23:21je me souviens personnellement,
23:22animer les débats,
23:23je n'arrivais plus à tenir le débat,
23:25puisque c'est elle qui distribuait la parole,
23:29mais il y avait toujours une profondeur
23:32et une volonté d'expliquer,
23:34et jamais être ni dans la caricature,
23:36ni dans la simplification,
23:38parce qu'elle savait elle-même
23:39que le combat qu'elle menait
23:42était d'une complexité rare,
23:45et que cette complexité
23:47nécessitait de l'explication,
23:49de la compréhension,
23:50et aussi de l'intervention populaire.
23:53Et c'est toujours ce qu'elle a toujours développé,
23:56et notamment,
23:56y compris dans ses relations
23:57avec le Parti communiste français,
24:00qui date de plusieurs décennies,
24:02et pour lequel elle a toujours eu
24:03un très grand respect.
24:04Merci Pierre pour ce bel hommage.
24:07Donc je vous invite à consulter
24:10le site de l'Humanité,
24:12à acheter le journal pour retrouver
24:14quand nous faisons des reportages
24:16sur la Palestine,
24:17et pour voir tout le reste
24:19de notre production.
24:20Bonne journée à tous.

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