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Vendredi 30 octobre 2026, retrouvez Daniel Baal (Président, Crédit Mutuel) dans FACE À THOMAS HUGUES, une émission présentée par Thomas Hugues.
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00:08Bonjour à toutes et à tous, chaque semaine sur Bsmart4Chain, je reçois un ou une chef d'entreprise pour un
00:14face-à-face de 28 minutes.
00:16Quelle est leur stratégie ? Comment relever les défis majeurs de ce siècle ? Qu'attendent-ils du futur locataire
00:22ou de la future locataire de l'Elysée aujourd'hui ?
00:25Et je reçois Daniel Ball, le président du Créon Mutuel, qui est mon invité, Banque Mutualiste, qui consacre 15%
00:32de son résultat net au financement de projets environnementaux et sociétaux.
00:41Mon invité c'est Daniel Ball, bonjour.
00:43Bonjour.
00:43Bienvenue, vous êtes le président du Créon Mutuel Alliance Fédérale, on va parler un peu de vous, de votre histoire,
00:49comment vous êtes venu à la banque,
00:52ce lien particulier entre la banque et le cyclisme, parce que c'est aussi votre histoire, le modèle mutualiste du
00:58Crédit Mutuel évidemment.
00:59Mais je voudrais bien commencer par la conjoncture et comment une banque se sort d'une telle période de fragilité.
01:08On est incapable de dire ce que sera la croissance, par exemple, de la France à la fin de cette
01:13année 2026, à l'instant T.
01:15Oui, bien sûr. Dans ce contexte, le rôle de la banque, et en particulier d'une banque coopérative et mutualiste,
01:20est justement de se concentrer sur l'essentiel,
01:24c'est-à-dire d'accompagner ses clients, d'accompagner ses sociétaires.
01:28Et c'est ce que nous faisons vraiment de manière déterminée.
01:33La politique est en panne. Cela fait trois ans que ce pays est dans une indécision, et c'est grave.
01:42Dans une entreprise, on ne pourrait pas se permettre cela.
01:45Et donc, par rapport à ça, il est de notre responsabilité dans les entreprises, et plus particulièrement dans notre entreprise
01:51coopérative et mutualiste,
01:53d'apporter les réponses. Donc, nous n'avons pas cessé de continuer à investir.
01:58Nous avons même acquis, dans cette période, une banque en Allemagne.
02:03Nous avons proposé de nouveaux services à nos sociétaires et clients.
02:07Et surtout, nous sommes très attentifs, très à l'écoute de ce qui se passe sur le terrain, que ce
02:12soit pour les ménages, que ce soit pour les entreprises.
02:15Les ménages sont souvent désorientés.
02:17Leurs conseillers, parce que chez nous, chaque client a un conseiller dédié, est là pour l'accompagner.
02:24Les entreprises, elles sont souvent confrontées à des problèmes de trésorerie aujourd'hui.
02:28Nous ne trouvons pas les solutions, dans tous les cas.
02:31Mais en tout cas, nous essayons de permettre à l'entreprise de passer le cap.
02:36L'exaspération, on ne peut pas dire la colère, notamment autour des enjeux de pouvoir d'achat, de vie chère.
02:41J'imagine que vous, la banque, c'est un réceptacle.
02:43Donc, elles viennent s'exprimer chez vous aussi. Comment vous y répondez ?
02:46Oui, bien sûr que dans l'entretien, qui a même un certain caractère de confidentialité, évidemment, entre le conseiller et
02:57son client, cela est abordé.
03:01Mais bon, on n'a pas toujours les réponses.
03:03Mais en tout cas, ce qu'on doit faire, c'est être à l'écoute et essayer de proposer des
03:07solutions d'accompagnement.
03:08Est-ce que je parlais de croissance ? Est-ce que vous voyez la France s'installer, là, durablement dans
03:12une croissance faible ?
03:14Et est-ce que, si on essaye de mettre un peu d'espoir, vous voyez quand même des leviers, des
03:19moteurs de reprise, là, qui existent ?
03:21D'abord, ce que je veux dire, c'est que dans ce contexte, beaucoup d'entreprises sont extrêmement résilientes.
03:28Bon, après, chez nous, comme chez nos confrères, on note davantage d'impayés, on note davantage de défaillances d'entreprises,
03:37ce qui veut dire, dans les comptes de la banque, un coût du risque de crédit qui augmente.
03:42Malheureusement, c'est tout simplement le reflet de la situation économique actuelle de notre pays.
03:49Ça veut dire que c'est une espèce de prudence généralisée, aussi, que vous ressentez, qui devient peut-être, je
03:54ne sais pas, dangereuse pour l'économie française ?
03:56On le sent, honnêtement, dans les investissements.
03:58Et qu'il s'agisse des entreprises, des professionnels, qui sont très attentistes.
04:04On ne sait pas de quoi demain est fait, donc, malheureusement, on ne fait pas certains investissements qui, pourtant, seraient
04:09utiles.
04:10C'est-à-dire que l'indécision politique dont vous parliez, par capillarité...
04:13Exactement, génère une indécision d'un certain nombre de chefs d'entreprise.
04:16Et encore, ils essayent quand même de faire l'essentiel, mais certains gros investissements ne sont pas faits.
04:21Et on le note également, aujourd'hui, chez les ménages.
04:24Nous n'avons plus eu une demande aussi faible de crédit immobilier depuis très longtemps.
04:30Et ça, c'est très révélateur.
04:32Or, lorsqu'on n'investit plus dans l'immobilier, c'est une partie importante de notre économie qui souffre.
04:42Ça veut dire que c'est dangereux pour notre économie ?
04:44La situation actuelle n'est pas positive pour l'économie.
04:48On a des taux de croissance qui sont faibles.
04:50Et le temps que la machine se remette en route, cela va encore durer.
04:54Et je ne sais pas quand la machine se remettra en route.
04:56On a le sentiment quand même que beaucoup de choses sont gelées au moins jusqu'au mois de mai 2027.
05:04Mais au-delà, parce qu'un nouveau président, une nouvelle majorité, s'il y en a une,
05:10le temps qu'il puisse prendre des mesures qui aient un effet, ça risque de durer jusqu'à fin 2027.
05:17Et ça, c'est un vrai souci pour la France, pour l'économie.
05:21Et quand on dit un souci pour la France et pour l'économie, malheureusement aussi pour sa population.
05:26– Évidemment, vous disiez, alors c'était au mois de septembre, il y a deux mois, un mois et demi,
05:30sur France 5, le niveau de la dette française aujourd'hui est inacceptable.
05:34Le fait qu'il faille la payer cher rend encore cette dette plus difficilement acceptable.
05:39Malheureusement, depuis le mois de septembre, ça s'est encore aggravé.
05:42On a passé les 5% pour, on va dire, le taux auquel la France emprunte pour payer,
05:49pour faire rouler sa dette, comme on dit.
05:52Avec quelles conséquences, là aussi, par capillarité, sur les produits que vous proposez,
05:57sur les crédits que vous proposez ?
05:59– La hausse des taux des emprunts d'État a indirectement également une incidence sur l'ensemble des taux.
06:06Donc effectivement, aujourd'hui, le taux de nos emprunts immobiliers,
06:09le taux des emprunts faits par les entreprises a également un peu augmenté.
06:13Ce qui réduit un petit peu la solvabilité des entreprises et des ménages.
06:19Par conséquent, on a moins de demandes, comme je le disais déjà il y a quelques instants.
06:25Je veux dire, la combinaison de la situation d'inquiétude plus une certaine hausse des taux
06:30ne favorise pas la distribution de crédits.
06:33Ce ne sont pas les banques qui sont frileuses, ce ne sont pas du tout…
06:36On n'est pas dans cette situation.
06:37Au contraire, nous souhaiterions accorder davantage de crédits,
06:41mais lorsqu'il n'y a pas de demande en face, c'est très compliqué.
06:45– Et à quel point ça bloque ou ça freine la capacité de notre pays à prendre des décisions, cette
06:53dette ?
06:54– La dette va être très contraignante.
06:58La dette de l'État va être très contraignante également pour le futur président, le futur gouvernement.
07:05Lorsque vous partez avec un coût des intérêts, un coût de la dette de l'ordre de 100 milliards d
07:12'euros pour 2028,
07:15vous vous rendez compte que vous dépensez déjà pour cela davantage que le budget de l'Éducation nationale.
07:20– Ça devient le premier budget.
07:22– Exactement, que cette dérive des finances publiques qui a été acceptée depuis très longtemps,
07:28finalement, c'est empêcher même les futurs dirigeants de vraiment faire les choses telles qu'ils souhaiteraient le faire.
07:37C'est ne pas permettre à la génération future de s'inscrire dans un contexte positif.
07:45Et c'est pour cette raison que depuis quelques temps, beaucoup d'économistes rendent attentifs à ce niveau de dette
07:51inacceptable.
07:54On a là un projet de budget, un projet de budget qui va encore amener vraisemblablement à un déficit de
08:02plus de 5% du PIB.
08:04Je rappelle juste que les traités européens nous imposeraient normalement de faire 3%.
08:11On en est loin.
08:12– Et on a beaucoup de nos partenaires qui y sont arrivés.
08:14– Absolument, et même des partenaires qu'on considérait comme beaucoup plus fragiles il y a quelques années,
08:20qui ont su prendre les mesures nécessaires de telle sorte à remettre une certaine crédibilité dans leurs finances publiques.
08:27– L'Espagne, le Portugal, pour ne pas les nommer.
08:30Je voudrais qu'on parle un peu de vous, Daniel Ball.
08:33– À la fois.
08:33– Allez, vous avez commencé votre carrière en 1979 au Crédit Mutel en Alsace.
08:38Pourquoi la banque, tiens ?
08:40– Alors pourquoi la banque ?
08:41Je dirais plutôt pour le Crédit Mutuel.
08:43En Alsace, le Crédit Mutuel fait partie de ces institutions.
08:47Bon, deux Alsaciens sur trois sont souvent clients du Crédit Mutuel et de nos filiales.
08:52Donc on est vraiment très implantés.
08:54Donc choisir une belle entreprise alsacienne, le Crédit Mutuel, ça semblait une évidence.
09:00J'ai eu l'occasion un jour d'y faire un stage d'été, puis un stage d'études.
09:06Et puis j'y suis rentré et j'y suis resté.
09:09– Oui, effectivement.
09:10Alors avec un petit passage par le cycliste, la Fédération française des cyclistes.
09:13– Oui, à la Fédération française des cyclistes, j'étais bénévole, j'étais président bénévole
09:18et j'avais continué mon activité professionnelle au Crédit Mutuel.
09:23J'ai eu effectivement un peu plus de deux ans en dehors du groupe lorsque j'étais directeur adjoint du
09:28Tour de France.
09:29– Les leçons, on vous a posé la question des milliards de fois, mais je vais quand même vous la
09:32poser.
09:33Les leçons du sport, du sport de haut niveau que vous avez pratiqué, est-ce que ça vous sert quotidiennement
09:38?
09:38– J'ai pratiqué le sport de haut niveau, j'ai dirigé le sport de haut niveau
09:41et j'ai toujours considéré que le sport est une école d'excellence, une école de solidarité,
09:47une école qui permet l'inclusion.
09:51Je retrouve ça complètement quand je suis au Crédit Mutuel.
09:55– Oui, donc ces valeurs-là, elles perdurent.
09:59Vous êtes devenu président de Crédit Mutuel Alliance Fédérale en avril 2024.
10:04Alors vous étiez déjà directeur général, qu'est-ce qui change le plus ?
10:07– Être directeur général, c'est vraiment avoir tous les jours les mains dans le cambouis.
10:15C'est être vraiment très actif.
10:17J'avais comme président Nicolas Théry qui était un visionnaire
10:22qui m'a tous les jours apporté de nouvelles idées.
10:26En tant que président, je dois être celui qui apporte de la vision,
10:31celui qui également est souvent le porte-parole.
10:35Je suis le représentant des sociétaires, je suis élu par les représentants des sociétaires.
10:40Donc j'ai une vraie responsabilité également dans le débat, dans le débat public,
10:44pas le débat politique.
10:45Je n'ai pas affaire de politique politicienne.
10:48– Vous n'avez la tentation de temps ?
10:49– Non, pas du tout, surtout pas.
10:51Par contre, par rapport au sujet qui pèse, par exemple la dette,
10:56par exemple la situation économique,
10:58en prenant position, en indiquant ce qui nous semble devoir être fait,
11:03finalement on apporte une protection au Crédit Mutuel, à nos sociétaires.
11:09C'est leur intérêt qui doit prévoir, et aussi à la société.
11:12Et les choix que nous avons faits au Crédit Mutuel, entreprise coopérative,
11:16donc qui appartient à ce sociétaire, de bien sûr être utile au sociétaire,
11:21mais aussi d'être utile à la société, font qu'évidemment on est un intervenant dans le débat public.
11:26– Évidemment, on parlera de ce dividende sociétal que vous avez créé,
11:30qui permet de reverser ces 15%, c'est ça, des bénéfices, du résultat net chaque année.
11:37Un dernier mot sur le fait d'être président d'un groupe pareil,
11:4282 000 salariés, 33 millions de clients sociétaires.
11:46Est-ce qu'on est plus seul quand on est président que quand on est directeur général ?
11:52– D'une certaine manière, oui, parce qu'on n'a pas toute l'équipe des cadres directement à ses
11:57côtés,
11:58mais en même temps on est un petit peu plus libre,
12:00on est un petit peu plus libre de son organisation.
12:03Cela étant, même si je suis président,
12:06je reste extrêmement proche de l'équipe de la direction générale,
12:10et il me semble utile que nous puissions régulièrement échanger
12:15sur les grandes orientations et les décisions qui sont prises dans le groupe.
12:19– Alors, autre citation, ça date d'il y a un an,
12:22vous disiez une entreprise ne peut être solidaire que si elle est performante.
12:26On va parler de ce, à la fois le modèle mutualiste,
12:29et puis les choix qui ont été faits avec ce dividende sociétal.
12:33Déjà sur la performance, comment il se porte le groupe aujourd'hui ?
12:37– Le groupe se porte bien, nous sommes aujourd'hui la Banque France
12:40qui a la meilleure efficacité opérationnelle.
12:43Ça tient à notre mode d'organisation, complètement décentralisé,
12:48avec des niveaux de responsabilité au plus bas, à proximité du terrain.
12:54Et ça c'est extrêmement important, ça nous donne une capacité
12:57de répondre très rapidement à nos sociétaires et clients,
13:00ça nous permet de prendre les décisions les plus adaptées là où on est.
13:03Et c'est ce qui explique notre parfaite efficacité sur le plan opérationnel.
13:09– Oui, avec effectivement un produit net bancaire au 30 juin 2026,
13:13de près de 10 milliards d'euros, plus 11,8%.
13:16On a commencé l'interview en parlant d'un contexte économique incertain,
13:21d'une croissance à taux, etc.
13:23Comment vous réussissez à être aussi performant dans un contexte économique comme celui-là ?
13:27– Le contexte économique nous pénalise surtout sur la croissance de l'activité,
13:32donc c'est bien d'avoir un produit net bancaire qui progresse.
13:34Bon, on a évidemment un effet de l'évolution de la marge financière
13:39compte tenu de l'évolution des taux, ça c'est évident.
13:41Après, on est un petit peu pénalisé aujourd'hui par le coût du risque de crédit,
13:45mais pour le reste, nos équipes restent extrêmement engagées
13:49et on a toujours une stratégie de développement, de développement en France,
13:54dans certaines régions comme notamment en Alsace,
13:57nous avons des parts de marché très très importantes,
14:00mais dans d'autres régions, nous sommes encore véritablement
14:03en période de développement et de gain de parts de marché.
14:06– Dans quelle région ?
14:07– Notamment toute la partie sud de la France,
14:10mais également une région très riche qui est l'île de France.
14:15– Donc c'est là que vous concentrez vos efforts aujourd'hui ?
14:17– Oui absolument, on concentre très largement les efforts sur l'île de France
14:20et sur le sud de la France, parce que dans d'autres régions,
14:23on est beaucoup plus présent.
14:24– Alors ce dividende sociétal, qui consiste à consacrer une partie du résultat
14:29de Crédit Mutuel et Alliance fédérale
14:30au financement de projets environnementaux et sociétaux et solidaires,
14:342025, 622 millions d'euros consacrés aux dividendes sociétales,
14:39pour 2026, vous annoncez 633 millions d'euros,
14:42ça fait combien depuis le lancement ?
14:44– Ça fait plus d'un milliard et demi depuis le début,
14:50un milliard et demi qui sont consacrés effectivement,
14:53soit à des financements d'entreprises qui sont très innovantes
14:58dans le domaine environnemental et sociétal,
15:00dans de la consolidation de biodiversité
15:03avec l'acquisition de forêts,
15:05dans des actions que nous faisons au profit de nos sociétaires
15:08et de nos clients, qui ont un coût et qu'on impute à ce dividende sociétal,
15:12comme par exemple la suppression du questionnaire de santé
15:16pour les personnes de telle sorte,
15:18à ce qu'il n'y ait plus de discrimination dans l'accès au crédit,
15:21que l'on soit en bonne santé ou non,
15:23et puis un très important accompagnement de la vie associative,
15:28que ce soit en mécénat ou en partenariat,
15:30parce que nous avons la conviction que les associations
15:33sont vraiment aujourd'hui très importantes
15:37pour la cohésion dans ce pays, pour l'animation des territoires.
15:42– On y reviendra aux associations,
15:43mais sur les entreprises, ça veut dire que vous allez accompagner
15:47des entreprises sans attendre forcément
15:49un retour sur investissement classique, c'est ça ?
15:53– Exactement.
15:54Généralement, lorsqu'on investit dans une entreprise,
15:56lorsqu'on investit en fonds propres dans une entreprise,
15:59on attend un rendement du capital.
16:02Lorsque nous agissons avec le dividende sociétal,
16:05nous n'attendons pas cela.
16:06Par contre, ce que nous attendons,
16:08c'est un retour en termes d'impact,
16:10notamment en termes d'impact environnemental,
16:14par exemple en matière de CO2,
16:16ou également en matière de biodiversité.
16:19– Plus difficile à calculer d'ailleurs, la biodiversité.
16:22– Oui, bien entendu.
16:23Mais si on n'investit pas,
16:25on ne peut évidemment pas avoir d'impact.
16:27Mais lorsqu'on a un projet,
16:30évidemment, l'entrepreneur que nous avons en face de nous
16:32nous dit quelles sont ses attentes.
16:35Ce que nous faisons lorsque nous investissons,
16:37évidemment, c'est de vérifier.
16:40Lorsqu'on est normalement au capital d'une entreprise,
16:43on regarde systématiquement les résultats financiers de l'entreprise,
16:46là on regarde les résultats en matière d'impact.
16:48Cela étant, on ne néglige pas l'élément financier.
16:51– Alors c'était la question que je voulais vous poser,
16:52parce que pendant combien de temps ?
16:53Ça ne sert à rien d'accompagner une entreprise
16:55qui ne sera pas viable.
16:57Donc il y a un moment où il faut se poser cette question.
16:59– Absolument, c'est tout le choix qu'on doit faire.
17:01C'est quand même de l'argent qui appartient aux sociétaires
17:04que nous investissons,
17:06ce n'est pas pour que ce soit en pure perte.
17:08Donc nous sélectionnons de manière rigoureuse les dossiers,
17:12car il s'agit évidemment d'accompagner des entreprises qui sont viables.
17:17Elles ont aujourd'hui des process nouveaux,
17:20des process parfois complètement exceptionnels,
17:23pour lesquels il va falloir un certain temps jusqu'à la maturité.
17:27Et pendant la maturité, il est normal qu'on accompagne.
17:30– Avec le dividende sociétal, il y a aussi des produits bancaires,
17:34vous citiez l'abandon du questionnaire de santé,
17:38mais il y a des produits bancaires à destination des plus fragiles,
17:41mais ça, ça existait déjà avant ?
17:45– Ça existait, on y met beaucoup plus d'argent.
17:48Aujourd'hui, quand on fait un prêt à 0% pour les étudiants,
17:53ce sont parfois des prêts qui vont jusqu'à 25-30 000 euros, à 0%.
17:57Donc ça, c'est un vrai coût qui est imputé aux dividendes sociétales.
18:00On a fait une immense campagne pour inciter nos sociétaires et clients
18:04à acheter des vélos.
18:06Et ce n'est pas parce que j'ai été président
18:07de la Fédération française de cyclisme avant.
18:09C'est tout simplement pour les inciter,
18:12avec un prêt à 0% jusqu'à 6 000 euros.
18:15Pour les associations, c'est le compte avec la carte
18:19et le conseiller gratuit, plus une assurance RC des dirigeants.
18:24Donc c'est vraiment des mesures très concrètes
18:26qui sont prises pour amener à une transition
18:30ou pour faire preuve de solidarité.
18:32– Justement, sur les associations qui subissent une baisse
18:37des financements, financements publics, financements locaux,
18:43vous suppléer ou vous ne pouvez pas tout faire quand même ?
18:47– Alors, on ne peut pas tout faire.
18:48Et déjà, je veux dire une chose importante.
18:51Nous n'avons pas à intervenir lorsque les pouvoirs publics se désengagent.
18:57Je veux dire, une association qui vient nous voir en disant
18:59« On a besoin de vous parce que la collectivité ou l'État se désengage »,
19:04ce n'est pas un critère.
19:05Ce qui nous intéresse, c'est au contraire d'intervenir en complémentarité.
19:09Ce qui nous plaît beaucoup quand on soutient une association,
19:13c'est l'effet de levier.
19:15L'effet de levier qui est dû à l'action des bénévoles.
19:18Lorsqu'on met un euro dans une administration publique,
19:21on a un euro en retour.
19:23Lorsqu'on met un euro dans une association,
19:26on a évidemment cet euro qui fructifie,
19:29mais surtout, l'effet de levier des bénévoles
19:32permet de renforcer 3, 4, 5 fois le montant de la somme investie.
19:38– Donc, c'est de l'argent bien investi.
19:39– C'est vraiment la conviction que nous avons.
19:42– Il faudrait que l'argent public continue de décémer pour les associations.
19:47– Ah oui, clairement.
19:47Mais là aussi, lorsqu'on intervient aux côtés d'une association,
19:52on regarde l'intérêt du projet,
19:54on regarde le sérieux de la situation,
19:55on regarde si elle est structurée,
19:57on intervient là aussi en recherchant l'impact.
20:01– Vous présidez la fédération bancaire française depuis…
20:04– J'y ai présidé pendant un an.
20:05– Oui, c'est ça, ça tourne tous les ans.
20:06C'est septembre 2025, ça vient de se terminer.
20:09– C'est une présidence le 1er septembre dernier.
20:11– Alors, le secteur bancaire,
20:13ça vaut pour Crédit Mutuel Alliance fédérale,
20:15mais je voudrais qu'on parle,
20:16qu'on consacre un chapitre important quand même sur l'IA,
20:20l'arrivée de l'IA et les conséquences.
20:23Évidemment, la première question,
20:24et celle qu'on doit vous poser prioritairement,
20:26c'est l'emploi.
20:27On en est où aujourd'hui ?
20:29– Là, je suis très clair,
20:30et en interne, le langage que nous tenons,
20:33c'est que ceux qui estiment que l'IA
20:35n'aura pas d'impact sur l'emploi
20:38racontent des bêtises.
20:39Ça aura évidemment un impact.
20:42Après, le vrai sujet,
20:43c'est comment on anticipe cet impact sur l'emploi.
20:48Pour nous, les choix sont faits.
20:51C'est investir encore plus
20:53que nous le faisions depuis longtemps en formation,
20:56de telle sorte à ce que les équipes
20:59puissent travailler de nouvelle manière.
21:02L'IA, c'est pas un sujet d'informaticien.
21:05L'IA, c'est un sujet qui concerne
21:07tous les dirigeants de l'entreprise.
21:08Il s'agit de remettre en cause des process,
21:11il s'agit de remettre en cause des organisations,
21:14il s'agit de permettre à tous les collaborateurs
21:17d'utiliser de nouveaux outils.
21:19Et en le faisant, et en anticipant,
21:22nous espérons ne jamais être obligés
21:24de faire un plan social,
21:25mais au contraire, de pouvoir permettre
21:27aux collaborateurs d'avoir de nouvelles missions.
21:30Et quand je parle de nouvelles missions,
21:32je parle même de missions de développement.
21:34Le fait d'être plus efficace,
21:37je n'hésite pas à dire,
21:39le fait d'avoir sur certaines tâches
21:40davantage de productivité,
21:43et pour une banque comme la nôtre,
21:44qui veut encore se développer,
21:46en France et en Europe,
21:48un excellent moyen d'augmenter ses revenus.
21:51Mais est-ce que vous embauchez encore des juniors ?
21:53C'est une question qu'on pose aussi
21:54au cabinet de conseil, par exemple.
21:55C'est-à-dire que souvent,
21:57les tâches qui étaient dévolues
21:58à ces jeunes salariés, jeunes diplômés,
22:01lient à l'effet.
22:03Vous savez, en 1979,
22:05j'ai été embauché comme gratte-papier.
22:06Ben oui.
22:07Clairement...
22:08En Russie, on a tous démarré comme ça.
22:10Voilà. Aujourd'hui, évidemment,
22:11ce genre de fonction n'existe plus.
22:14Donc, tous les métiers évoluent.
22:16Donc, évidemment, au moment où on embauche,
22:18nous devons avoir en tête
22:20l'évolution du métier.
22:22C'est notre responsabilité.
22:23Mais il n'y a pas une génération perdue,
22:25pardon, on vous interrompt.
22:26Ou le risque d'une génération perdue.
22:27Je ne crois pas qu'il y ait une génération perdue.
22:30Il pourrait y avoir une génération perdue
22:32si on n'accompagnait pas cette génération.
22:34Or, chez nous, le choix est clair.
22:36L'investissement dans la formation
22:38est essentiel pour permettre
22:41à l'ensemble des collaboratrices et collaborateurs
22:44de ne pas être victimes du remplacement par l'IA,
22:47mais de bénéficier de l'accompagnement grâce à l'IA.
22:50Et côté client, qu'est-ce que ça change déjà ?
22:53Ça change beaucoup.
22:54Ça change beaucoup.
22:55Vous avez des clients qui viennent voir le conseiller aujourd'hui
22:58en ayant beaucoup plus d'informations qu'il en avait avant.
23:01Depuis l'ère de l'Internet, il était très informé.
23:04Aujourd'hui, il est extrêmement bien informé.
23:07Vous avez des clients qui vont voir nos conseillers
23:09en ayant carrément la réponse à la question
23:12qu'ils vont poser à leur conseiller
23:13et qui vont challenger le conseiller.
23:15Ce qui montre également pour nous
23:17la nécessité de former toujours mieux les collaborateurs.
23:21Donc ça change effectivement la donne.
23:23Ça nous met dans une situation encore plus concurrentielle.
23:26On est aujourd'hui dans une activité
23:29où la concurrence,
23:31ce ne sont pas seulement les autres banques classiques
23:34comme nous sommes.
23:36Oui, ce qu'on appelle les néobanques notamment.
23:37Les néobanques, mais également d'autres intervenants sur le marché.
23:41Et donc ça nous donne une exigence encore plus forte
23:44et une nécessité d'investir toujours.
23:46Et ça vous oblige à accélérer la transformation numérique encore ?
23:49Ça c'est évident.
23:52Nous allons l'année prochaine terminer notre plan stratégique actuel
23:55qui s'appelle Ensemble Performance Solidaire
23:56qu'on a écrit en 2022-2023.
23:59L'IA était présente,
24:01mais on a vu pendant les 4 ans de ce plan
24:03une accélération de l'IA.
24:04Et dans le nouveau plan dont nous venons de commencer la construction,
24:08évidemment l'IA est en première priorité
24:12dans ce que l'on doit faire,
24:14et notamment en matière de process et en matière d'organisation.
24:16Avec une question, on va terminer en parlant d'Europe.
24:22Comment garder une forme de souveraineté française et européenne
24:25sur ces questions-là ?
24:26Parce qu'on est quand même assez dépendant de technologies américaines,
24:30ou chinoises, mais enfin bon, à choisir.
24:31Lorsqu'on parle de souveraineté européenne,
24:34il faut effectivement toujours avoir en tête
24:36que sur un certain nombre de sujets,
24:38on restera toujours dépendant.
24:39Après, c'est comment élimiter notre dépendance.
24:42Nous allons plus loin.
24:45Tout ce que nous faisons en IA,
24:47nous le faisons en travaillant uniquement sur un cloud privé.
24:51Nous ne sortons absolument aucune donnée.
24:54Alors bien sûr, on utilise certains prestataires de services,
24:58mais jamais nos données ne sortent.
25:02Parfois, ça nous fait avoir 3 ou 6 mois de retard,
25:06parce qu'on ne va pas aussi vite.
25:08Mais je préfère que nous ayons 3 ou 6 mois de retard,
25:11mais que nous soyons toujours sécurisés sur nos données,
25:14et surtout que nos clients soient sécurisés
25:17sur l'utilisation de leurs données.
25:18Lors de l'Assemblée générale du Crédit Mutuel en juin 2016,
25:21vous aviez insisté sur ces enjeux européens, justement.
25:25Est-ce que le modèle bancaire mutualiste,
25:29il s'exporte ou est-ce qu'il doit s'exporter ?
25:33Écoutez, il y a d'autres exemples de banques coopératives et mutualistes,
25:38et notamment celles qui ont été initiées par celui qu'on considère
25:41comme notre fondateur, Frédéric-Guillaume Raiffeisen,
25:43notamment en Allemagne, notamment en Autriche,
25:46notamment aux Pays-Bas,
25:47où la plus grande banque, Rabobank,
25:50est au départ une organisation coopérative.
25:53Là-bas, tout a été fusionné en une seule structure,
25:57alors que nous, nous tenons à avoir notre réseau
25:59de caisses locales de Crédit Mutuel.
26:00Et j'étais récemment au Québec
26:03pour rendre visite à nos amis du mouvement Desjardins,
26:07qui ont la même philosophie de fonctionnement
26:10et la même efficacité opérationnelle.
26:13Est-ce qu'on va terminer là-dessus, il nous reste une minute.
26:15Est-ce qu'il faut, puisqu'on parle d'Europe,
26:18simplifier ?
26:18Est-ce qu'il faut moins de contraintes réglementaires
26:20sur le secteur bancaire ?
26:21Clairement. Aujourd'hui, on a...
26:24C'est un handicap en matière de compétitivité de l'industrie.
26:29Alors, la régulation, la supervision est indispensable.
26:33Et si aujourd'hui, les banques françaises,
26:36les banques européennes sont réputées être extrêmement solides,
26:40c'est bien parce que depuis la crise de 2008,
26:42les moyens ont été mis en œuvre.
26:44Après, il s'agit juste de ne pas aller trop loin,
26:46de ne pas exiger toujours davantage de fonds propres immobilisés,
26:51parce qu'à un moment, cela est contre-productif,
26:54cela est contre-productif,
26:55et nuit même à la création de nouveaux fonds propres
26:59par les richesses qui seront dégagées par l'activité.
27:02Quel type de mesures il faudrait simplifier ?
27:06C'est un ensemble de mesures
27:08où constamment, par des petites décisions,
27:12on impose aux banques davantage d'immobilisation de fonds propres.
27:16Par exemple, dans un domaine
27:17qui concerne le financement de l'immobilier
27:20où les banques françaises ont une grande maîtrise,
27:23ont un coût du risque extrêmement faible,
27:26les contraintes de fonds propres
27:27qui sont mises en place n'ont juste pas de sens.
27:30Merci beaucoup Daniel Bâle
27:32et à bientôt sur Bsmart4Change.
27:35Merci à toutes et à tous
27:36de votre fidélité à la chaîne des audacieuses
27:38et les audacieux.
27:40Je vous dis à très vite sur Bsmart.
27:41Salut.
27:41Sous-titrage Société Radio-Canada
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