00:00Avec Ludovic de Sauté. Bonjour Ludovic.
00:02Bonjour Brigitte.
00:02Alors il y a une expression que nous n'entendons plus dans les discours sur le budget 2027
00:06alors qu'elle était omniprésente il y a un an.
00:08Une sorte d'effacement total. De quoi on parle ?
00:11Alors oui, il y a une chose assez frappante quand on regarde les exercices budgétaires à un an d'intervals.
00:15La valse des expressions et la valse des interdits.
00:18Rappelez-vous, à l'été 2026, alors que se préparait le précédent budget,
00:22nous étions plongés dans le concept d'année blanche au programme.
00:26Donc gel des dépenses de l'État, pas de revalorisation de certaines prestations sociales,
00:32désindexation des retraites.
00:33L'idée avait le mérite d'être claire, à défaut d'être ambitieuse,
00:36mettre le pays sur pause pour un an pour économiser.
00:40Une année est passée, la situation de la France ne s'est pas franchement améliorée
00:43mais les ressorts présentés hier pour le budget 2027 rappellent furieusement la recette de 2026.
00:50Sauf que le vocabulaire a changé Brigitte, on ne parle plus d'année blanche.
00:54Le gouvernement préfère parler de désindexation, de gel, de maîtrise des dépenses,
01:00de reconduite, de stabilisation.
01:02Bref, on tourne autour du pot pour un projet de budget qui sent pourtant un plein nez la déblanche.
01:07Mais chut, le concept a été totalement écarté, manu militari, des éléments de langage.
01:12Mais alors Ludovic, quelles sont les raisons qui motivent ces bannissements ?
01:16Alors une première, c'est évidemment la présidentielle,
01:18qui s'invite évidemment dans chaque décision budgétaire.
01:21Une année blanche, c'est un dispositif global, assumé comme tel,
01:25qui engage politiquement celui qui le porte.
01:28François Bayrou en a fait l'expérience, amère.
01:31Sébastien Lecornet, lui, présente un budget 2027 qu'il dit réversible,
01:35donc susceptible d'être modifié par la future majorité.
01:39Difficile dans ces conditions de figer noir sur blanc une année blanche,
01:43juste avant une présidentielle,
01:45et de fermer par la même occasion la porte au débat parlementaire.
01:48Mais il y a surtout une deuxième raison, beaucoup plus préoccupante.
01:52La situation française n'est plus du tout la même.
01:55L'an dernier, l'année blanche était présentée comme une mesure exceptionnelle
01:58pour répondre à une situation exceptionnelle.
02:01Aujourd'hui, le problème reste exceptionnel.
02:04Mais pour une toute autre raison, il est devenu structurel, systémique.
02:08La dette continue de progresser, la charge de la dette flambe,
02:11l'inflation galope, la croissance s'essouffle.
02:14Autrement dit, la France ne peut plus gagner du temps indéfiniment.
02:17Aujourd'hui, ce dont la France a besoin, c'est de traiter ses problèmes de fond,
02:21pas d'une année blanche qui reste une éphémère parenthèse annuelle.
02:25Vous savez, un peu comme un élève qui a décidé de donner un coup de collier
02:28au dernier trimestre après avoir échoué aux deux premiers,
02:31alors que les inscriptions par cours sub sont terminées.
02:34Alors on peut changer les mots, on peut remplacer année blanche
02:36par stabilisation, désindexation ou maîtrise,
02:39mais les marchés, eux, ne financent pas le vocabulaire.
02:42Ils regardent une trajectoire, attendent une véritable infection budgétaire,
02:45un changement de cap, et avec un taux français qui s'approche depuis hier des 5%,
02:50les marchés ont montré qu'ils n'achètent pas, mais alors vraiment pas du tout,
02:54cette année blanche maquillée grossièrement pour se fondre dans le décor
02:58et apparaître comme un effort structurel, de quoi nous promettre une année noire.
03:03Oui, donc on ne leur fait pas aux investisseurs, et à vous non plus,
03:05Ludovic Desautés.
03:07Merci, une chronique à retrouver un podcast en replay sur l'application BFM Business.
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