00:00Avec Eric Ayer, bonjour Eric, directeur du département analyse et prévision de l'OFCE.
00:05Donc après les émeutes du week-end, Moody's qui va rendre son verdict vendredi,
00:09pourrait revoir la note de la dette française, est-ce qu'on risque une nouvelle sanction ?
00:12Oui, on risque d'être dégradé, mais vous voyez, ce ne sont pas les événements de ce week-end
00:16qui vont le plus peser dans cette décision.
00:19Vous voyez, globalement, si on regarde les agences de notation aujourd'hui,
00:23et notamment Moody's, et qu'on essaie de savoir exactement ce qu'elles disent sur les finances publiques,
00:28elles nous disent aujourd'hui qu'elles nous notent 17 sur 20, ça veut dire quoi ?
00:32C'est-à-dire qu'elles jugent que la dette française est de haute qualité.
00:36Et vous voyez, si elles venaient à nous dégrader vendredi, on passerait à 16 sur 20,
00:40c'est-à-dire qu'elles rejoindraient ces deux homologues, Standard & Poor's et Fitch,
00:44et que globalement, la dette publique passerait de dette de haute qualité à qualité moyenne supérieure.
00:50Donc vous voyez, il n'y aurait rien de grave, elles diraient simplement que les finances publiques se dégradent,
00:54mais l'État reste un emprunteur de bonne qualité.
00:57Mais vous voyez, ce qui est intéressant, c'est plutôt que les marchés sont beaucoup plus sévères que les agences
01:01vis-à-vis de la France,
01:03puisque vous voyez, l'Espagne est à 14 sur 20, l'Italie est à 11 sur 20, et la Grèce
01:09à 9 sur 20,
01:10et pourtant, ils empruntent beaucoup moins cher que la France aujourd'hui.
01:14Et donc, ça veut bien dire que les marchés aujourd'hui mettent une prime de risque,
01:17il y a les fondamentaux économiques, et une prime de risque liée à la crise à la fois politique,
01:22et maintenant, à la crise sociale.
01:24Et donc, vous voyez, le monde a un peu changé avant 2008, c'était les agences qui faisaient le marché,
01:30maintenant, les marchés sont en avance, et donc, même si Moody's venait à nous dégrader vendredi,
01:34il ne serait que très peu d'impact sur les taux, parce que c'est déjà intégré dans les marchés.
01:40Mais ces événements risquent-ils de faire déraper le budget 2027 ?
01:43Oui, alors, il y aura forcément un coût direct, un coût lié au fait qu'il faut réparer les bâtiments,
01:48il va falloir indemniser les commerçants, il va falloir absorber une partie des pertes liées à la fermeture,
01:53mais vous voyez, si vous prenez un ordre de grandeur vis-à-vis de ces émeutes,
01:57et prenons ce qui s'est passé au moment des Gilets jaunes, c'est-à-dire fin 2018, début 2019,
02:01ça a coûté au budget de l'État 271 millions d'euros.
02:05Donc, c'est une somme, mais ce n'est pas ça qui fait déraper le budget.
02:08Donc, ce qu'on attend avec un peu plus d'inquiétude, c'est la réponse du gouvernement vis-à-vis
02:13de cette crise sociale,
02:15et la crise liée au pouvoir d'achat et au problème des lycéens.
02:18Et donc, selon cette réponse, ça peut faire déraper le budget.
02:21Mais rappelons-le, on l'avait déjà dit lors d'une chronique précédente,
02:25aujourd'hui, avec le projet de loi de finances, le gouvernement dispose d'une petite marge.
02:30Cette marge, elle est de 9 milliards.
02:32Comment on arrive à ce calcul ?
02:33Et bien, rappelons-le, avec ce projet de loi de finances, le gouvernement propose 40 milliards d'efforts dès 2027,
02:40alors que la trajectoire européenne nous imposait 31 milliards d'efforts à minima.
02:46Donc, vous voyez, là, le gouvernement dispose de 9 milliards.
02:48Attention, ces 9 milliards, ce n'est pas une cagnotte.
02:51Si on l'utilise, les déficits seront supérieurs.
02:54Mais vous voyez, on resterait tout de même dans la trajectoire européenne,
02:57et c'est ça qui importe.
02:58Et donc, globalement, toute l'équation est là.
03:01C'est utiliser une partie de ces 9 milliards pour répondre à la crise sociale,
03:05mais sans laisser entendre au marché qu'on renoncerait à notre trajectoire de consolidation des finances publiques.
03:12Oui, on se souvient que le gouvernement avait annoncé 10 milliards au moment des gilets jaunes pour calmer la colère.
03:17On est à peu près dans la même échelle, la même fourchette.
03:20Merci à vous, Éric Ayer, directeur du département analyse et prévision de l'OFCE.
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