00:00Bonjour Bertie. Bonjour. Alors Edouard Philippe a dévoilé son projet de réforme des retraites hier, qu'est-ce que vous
00:04en retenez ?
00:05Écoutez, effectivement il est sorti du bois hier et c'est important à plusieurs titres.
00:09D'abord parce qu'évidemment il s'agit d'un des favoris pour la présidentielle, parce qu'il joue gros
00:14politiquement sur ce sujet impopulaire,
00:16mais aussi parce que du fait de son positionnement sur cette question depuis des années,
00:20on attendait de lui qu'il fixe en quelque sorte la borne haute du débat sur la réforme des retraites,
00:25la proposition la plus exigeante.
00:28Alors la sienne c'est quoi ? C'est un report de l'âge légal à 65 ans, une durée
00:32de cotisation portée à 45 ans,
00:34une dose de capitalisation obligatoire, un retour du système à l'équilibre prévu entre 5 et 10 ans.
00:40Le tout atténué par la promesse qu'un tiers des français pourront partir plus tôt, notamment pour des raisons de
00:45pénibilité.
00:46Donc c'est carré, c'est plutôt rigoureux et donc politiquement risqué.
00:50Bah oui c'est ça, est-ce qu'on peut se faire élire en demandant aux français de travailler plus
00:53longtemps ?
00:54Écoutez, ce qui compte c'est peut-être aussi le contexte.
00:56Je m'explique alors pas, le timing est un petit peu étrange, il consiste à présenter une réforme des retraites
01:01un jour de mobilisation sociale.
01:02Bon, passons.
01:04Je parle plutôt du contexte financier.
01:06Hier, vous l'avez dit sur cette antenne, les taux français ont atteint 4,8% à 10 ans.
01:12L'écart avec l'Allemagne c'est maintenant 120 points de base.
01:15Alors je ne veux pas cacher l'ambiance, mais aujourd'hui l'hypothèse d'une crise financière n'est plus
01:19tout à fait théorique.
01:20C'est clair, les investisseurs regardent la France.
01:23Pour les candidats, en tout cas ceux qui peuvent gagner ou qui pensent qu'ils peuvent gagner,
01:27cette hypothèse de crise, elle veut dire que leur capacité à agir, à gouverner, peut être anéantie au jour 1
01:33de leur mandat.
01:34Alors, et peut-être même avant d'ailleurs.
01:36Donc ils doivent donner des gages.
01:38Regardez même ce qui se passe au Rassemblement National.
01:40La règle d'or, le programme de 125 milliards d'euros d'économie.
01:43Alors Marine Le Pen, elle campe encore sur sa réforme des retraites à contresens de l'histoire, avec un retour
01:48à 62 ans.
01:49Mais Jordan Bardella lui dit qu'il peut ramener le coût de cette réforme à zéro.
01:54Voilà, il donne des gages, même s'ils sont probablement insuffisants.
01:58Et donc on peut dire que les marchés pèsent sur la campagne ?
02:00La question que je me pose, c'est est-ce que cette ambiance de plomb, la dette, les taux, la
02:04crise énergétique, la menace russe,
02:06est-ce que ça va rendre les candidats à des programmes plus démago ou moins démago ?
02:10La première option, elle est tout à fait possible.
02:12On peut voir fleurir l'échec carburant, les propositions de baisse de taxes dans tous les sens, etc.
02:17Mais il existe aussi une petite possibilité pour que chaque point de base que prend le taux à 10 ans
02:23en ce moment
02:23donne une petite prime, un petit point de bonus au sérieux.
02:27Et le sérieux, c'est une réforme des retraites, une vraie, parce que le plus dingue dans cette histoire de
02:31réforme des retraites
02:32qui nous obsède depuis des années et qu'on ne fait pas ou qu'on suspend,
02:35c'est qu'en fait c'est l'étape la plus facile du redressement des comptes publics.
02:38Ça a été fait ailleurs, la démographie, le dicte, c'est mécanique et ça rapporte gros.
02:43Ça rapporte gros, mais ça ne rapporte pas assez.
02:46Il y a tout le reste à faire, la santé, l'emploi, l'État, le millefeuille territorial,
02:50et j'en passe, et quand on a 340 milliards d'euros à emprunter l'an prochain sur les marchés,
02:55dans les conditions que l'on sait, on n'a vraiment plus le temps d'attendre.
02:58C'est presque facile finalement de faire cette réforme des retraites à côté de tout ce qui reste.
03:02Merci Berthi Bayard du Figaro.
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