- il y a 7 heures
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00Europe 1, le journal permanent.
00:03Europe 1, il est 18h30, le journal permanent, c'est avec Frédéric Joncheret.
00:07Bonsoir Frédéric.
00:07Bonsoir Hélène, bonsoir à tous.
00:08Tensions et affrontements dans plusieurs villes de France,
00:11mais aussi scènes de pillage et de dégradation en marge de la mobilisation sociale.
00:15Des centaines d'interpellations ont été munées jusqu'ici dans tout le pays,
00:19dont 191 à Paris, 90% des interpellés sont majeurs.
00:24Des faits particulièrement graves qui ont été observés à Marseille, Lyon, Grenoble,
00:28Pau, Montpellier ou encore Toulouse, sans oublier donc la capitale.
00:32Outre le cortège à Paris qui a défilé dans le calme et s'est terminé vers 17h,
00:36plusieurs cortèges sauvages ont cherché à en découdre,
00:38comme à République où c'est encore le chaos.
00:41La CRS8 spécialisée dans la lutte contre les violences urbaines
00:44a été déclenchée dans le secteur des Halles à proximité de Châtelet
00:47face à la grande mobilité de ces cortèges non déclarés.
00:50Notez qu'à Lyon, une antenne de l'Office du tourisme a été saccagée,
00:53détruite par les flammes.
00:54Les pompiers ont été empêchés d'y accéder.
00:56Un magasin était également incendié.
00:58Plusieurs autres pillés, dont un fleurisse ou encore un magasin de vêtements.
01:02A Saint-Etienne, la main d'un manifestant a été arrachée par une grenade policière.
01:06La victime aurait tenté de la ramasser.
01:08Côté réaction, les revendications sociales légitimes
01:11ont une nouvelle fois été prises en otage par l'extrême-gauche
01:14et les discours des députés de Jean-Luc Mélenchon déplore Marine Le Pen.
01:18Et Marine Tondelier appelle le gouvernement à revoir vite sa doctrine du maintien de l'ordre.
01:22Pour la patronne des écologistes, ça finit par être une atteinte aux libertés publiques
01:26et ça met tout le monde en danger, les manifestants et les policiers.
01:29Merci Frédéric.
01:30On vous retrouve à 18h45 pour le journal permanent.
01:33Europe 1 Soir, 18h, 20h, Hélène Roué.
01:37Toujours avec mes débatteurs Raphaël Steinville et Antonin André.
01:40Nous accueillons le maire de Marseille.
01:42Bonsoir Benoît Payan, vous êtes le maire de Marseille.
01:45Alors que s'est-il passé dans votre mairie aujourd'hui ?
01:47D'abord, ce qui s'est passé, c'est que ça a commencé par un commissariat de police municipale sur
01:52la Canebière, sur le 42 Canebière.
01:54Nous avions évidemment demandé hier soir des forces de police parce que c'est un point stratégique
02:00et que nous savions que c'était un point sensible afin qu'il soit mis en sécurité par les forces
02:06de l'ordre.
02:06Malheureusement, ça n'a pas été fait et ce qui devait se passer, s'est passé.
02:10C'est-à-dire que le 42 Canebière a été cassé, vandalisé, massacré par des voyous, par des casseurs, par
02:16des black blocs
02:17qui sont entrés dans ce commissariat et puis qui ensuite se sont dirigés vers d'autres lieux, certains vers la
02:24mairie.
02:25À la mairie, il y avait un cordon de CRS qui a procédé à un premier tir de sommation de
02:31bombes lacrymogènes.
02:32Encore une fois, ça n'était ni des lycéens, ni des manifestants, mais des casseurs.
02:36Et puis, je ne sais pas ce qu'il s'est passé. Il y a eu un mouvement de CRS
02:38qui a permis aux casseurs d'entrer dans la mairie
02:43puisque la mairie n'était plus protégée. Donc, ils sont entrés dans une première salle que nous n'utilisons pas.
02:50Il y a eu quelques dégradations. Le pire étant pour moi, bien évidemment, le fait qu'ils aient fait tomber
02:54une marianne au sol,
02:57une vitre cassée, quelques tables retournées, pas plus. Il n'en demeure pas moins que cette violence, elle est insupportable,
03:04incalifiable
03:05et qu'au moment où je vous parle, je ne sais d'ailleurs toujours pas si ces casseurs ont été
03:10interpellés.
03:11J'espère qu'ils ont été interpellés parce que s'ils ne le sont pas, ça veut dire qu'ils
03:15sont encore dans ma ville
03:16et qu'ils sont en train de dégrader autre chose que la mairie.
03:19Des commerces, des bus, des camions de police, des camions de pompiers et ça, c'est insupportable.
03:25Ce que je trouve encore plus insupportable, c'est que ces vidéos utiles, parce que ce n'est rien d
03:30'autre que des abrutis,
03:31des imbéciles, des voyous, des vidéos utiles, viennent salir des revendications qui peuvent être légitimes
03:37de lycéens ou de professeurs qui veulent manifester dans le calme et qu'on les assimile.
03:44Et cet après-midi, ce que je crains, c'est que ces voyous-là viennent en plein milieu de la
03:48manifestation
03:49pour tout pourrir, pour tout salir, parce que c'est ce qu'ils veulent en réalité.
03:53Ils ne veulent pas que les revendications soient entendues.
03:56Eux, ce qui les intéresse, c'est de brûler et c'est de casser.
03:59Or leur place, ni ni dans une manifestation, ni dans les rues de Marseille.
04:02Mais ce matin, et je vais au bout, ce matin, il n'y avait qu'une seule compagnie de CRS
04:06dans ma ville.
04:07Vous entendez ? Une compagnie de CRS.
04:09Mais donc ça, c'est la responsabilité de qui ? C'est ça qu'on essaye de comprendre.
04:12Pourquoi les forces de police, justement, n'étaient manifestement pas au bon endroit ?
04:15Vous poserez la question à celles et ceux qui en ont la charge et la responsabilité.
04:20Je me suis exprimé sur votre antenne, il y a un an, pour dire que le choix de supprimer un
04:26préfet de police de plein exercice à Marseille
04:28était d'une irresponsabilité terrible.
04:32Aujourd'hui, on en paie les conséquences.
04:33Vous imaginez Marseille, deuxième ville de France.
04:36Marseille qui a connu des moments de criminalité organisée, de narcotrafic,
04:41qui en connaît encore la décision qui a été prise.
04:43C'est d'enlever un préfet de police.
04:45Aujourd'hui, elle se paye cash.
04:47Donc c'est directement la responsabilité du gouvernement, en fait.
04:49C'est ça que vous nous dites ?
04:51Le gouvernement, pour tout vous dire, ce matin, dès que j'ai eu les premières difficultés,
04:56j'ai eu le chef de l'État, le Premier ministre et les ministres de l'Intérieur
04:59qui m'ont tout de suite appelé et qui ont été extrêmement réactifs
05:03en envoyant des forces supplémentaires.
05:05C'est-à-dire qu'on passe d'une compagnie de CRS à trois compagnies de CRS
05:10et de deux forces sans torse d'après-midi.
05:14Donc le gouvernement, lui, vous imaginez bien que ça n'est pas au Premier ministre
05:18de compter le nombre de policiers qu'il faut à Marseille.
05:22Donc j'espère que le temps viendra pour moi.
05:24Je ne suis pas dans la polémique.
05:25Moi, je veux que cet après-midi, le calme revienne,
05:28qu'aujourd'hui, le calme revienne dans les rues de Marseille.
05:31Et que surtout, on ne confonde pas.
05:33Parce que c'est le but du jeu, et que ce soit sur votre antenne ou ailleurs,
05:37d'autres viendront à ma place, à votre micro, pour dire
05:40« Regardez les manifestants, ce sont des casseurs.
05:42Regardez la jeunesse de ce pays, ce qu'elle fait. »
05:44Non, les manifestants ne sont pas des casseurs.
05:47Non, bien sûr, mais on ne peut pas nier, c'est vrai que c'est violon.
05:49Ceux qui cassent, ce sont des voyous.
05:50Mais qui vous parle de la nier ? Je vous parle de la condamner, moi.
05:53Et je vous dis même que j'espère qu'on ne les a pas laissés tranquilles sortir de ma mairie.
05:57J'espère qu'ils ont été interpellés.
05:58J'espère qu'ils ont été déférés devant un juge aujourd'hui.
06:01Oui, c'est ça. J'allais vous demander quelle réponse judiciaire vous espérez désormais ?
06:05La plus ferme possible.
06:07Vous avez eu Emmanuel Macron au téléphone.
06:09Qui a appelé qui ?
06:10Et qu'est-ce que vous vous êtes dit à ce moment-là ?
06:11Vous avez juste demandé des cortèges de CRS supplémentaires ?
06:13Oui, évidemment, moi, je n'entends pas parler d'autre chose.
06:16Le sujet, c'était est-ce que la ville de Marseille est correctement sécurisée ?
06:21C'est un sujet qui revient sans cesse.
06:23Je me suis déjà exprimé sur le fait que je considérais
06:27que Marseille manquait d'effectifs.
06:29J'ai d'ailleurs dit sur une antenne concurrente à la vôtre
06:33qu'il y avait sept voitures de police secours
06:35pour une ville qui fait cinq fois Lyon en surface.
06:38Évidemment, j'ai eu des cris d'orfraie
06:40de la part de certains responsables politiques
06:43pour dire que ça n'était pas vrai.
06:44Pourtant, c'est les mêmes personnes qui me demandent à moi,
06:47à la police municipale, de faire du maintien de l'ordre.
06:50C'est interdit dans le code de la sécurité intérieure.
06:54La force doit rester à la loi.
06:56La loi, c'est l'état de droit.
06:57Le droit, c'est la République.
06:59On demande à la police municipale de mettre des casques,
07:02des matraques et des boucliers.
07:03On en est là, dans la sixième puissance du monde,
07:05dans la deuxième ville de la sixième puissance du monde.
07:07Donc ça, ça n'est pas supportable.
07:09Et je pense que le gouvernement l'a entendu.
07:12Benoît Payan, il y a la mairie de Lille aussi,
07:13nous l'avons appris cet après-midi,
07:15qui a été prise d'assaut.
07:16Notamment, c'est à peu près la même histoire que la vôtre.
07:18On attend évidemment d'en savoir un petit peu plus.
07:20Qu'est-ce que vous dites, effectivement, au maire de Lille ?
07:22Est-ce que vous avez le sentiment que le gouvernement...
07:24Toute ma solidarité, bien évidemment, pour les Lillois,
07:26pour le maire de Lille,
07:29parce que c'est les mairies,
07:30mais parce que c'est aussi des pompiers,
07:32parce que c'est aussi des lycéens qui sont pris à partie,
07:34parce que c'est aussi des commerçants,
07:35parce que c'est aussi des policiers,
07:37parce que ce sont les fondements de la République
07:40que ces gens-là essaient de mettre à bas.
07:42Quel message vous souhaitez passer au fort de l'ordre ?
07:44Ils n'ont pas de revendication.
07:45Ils n'ont pas de revendication politique.
07:47Il n'y a pas de revendication politique.
07:50Leur seule ambition, c'est d'avorter le chaos.
07:53Leur seule ambition, c'est de faire taire les petits,
07:55c'est de faire taire les lycéens,
07:56c'est que ça n'existe pas,
07:58c'est de pourrir ces revendications-là, en fait.
08:01C'est de confondre des revendications justes et légitimes.
08:06J'ai dans ma jeunesse, moi-même, manifesté.
08:08Pour autant, je n'ai pas pris d'assaut,
08:10mais jamais de la vie.
08:11Ça ne se passait pas, en fait.
08:13Ça ne pouvait pas se passer.
08:14Quel message vous souhaitez passer aujourd'hui aux forces de l'ordre,
08:16et notamment de Marseille ?
08:17On imagine que vous les soutenez, évidemment.
08:19Elles sont en train d'énormément souffrir aujourd'hui.
08:22Mais les forces de l'ordre, elles ont besoin.
08:24Vous savez, les forces de l'ordre,
08:25moi, je n'ai pas envie qu'elles deviennent de la chair à canon,
08:27comme je n'ai pas envie que les lycéens deviennent,
08:29et que les petits deviennent de la chair à canon, en fait.
08:31Parce que, qu'est-ce que c'est le but du jeu, en fait ?
08:33Un affrontement permanent entre les forces de l'ordre et les jeunes ?
08:36Qu'est-ce que c'est la doctrine d'emploi des forces de l'ordre aujourd'hui ?
08:38Au moment où je vous parle, je n'en sais rien.
08:40Qu'est-ce qui va se passer si, chez moi, dans ma ville,
08:42ou n'importe où en France,
08:43des casseurs s'introduisent dans des cortèges,
08:46et qu'on demande aux forces de l'ordre de tirer des grenades ?
08:49Qu'est-ce qui va se passer ?
08:50On va blesser un petit, on va finir par en tuer un ?
08:52On va éborner un jeune de 17 ans ou de 18 ans
08:55qui manifeste tranquillement,
08:56parce qu'il demande simplement des conditions d'apprentissage dignes ?
09:00Ce n'est pas ma conception dans la publique, c'est ça ?
09:02Il y a aussi eu des ordres contradictoires qui venaient de Beauvau.
09:04On sait également que LFI souffle énormément sur l'hybré.
09:07Est-ce que quand vous avez des cadres qui expliquent que la police tue ?
09:10Évidemment, vous avez aussi,
09:11ils vont quelque part, je veux dire,
09:13encreiner justement ces jeunes-là qui vont être endoctrinés
09:15justement dans cette pensée absolument anti-police.
09:18En fait, vous savez, c'est des excuses trop difficiles, ça.
09:23Être endoctriné...
09:24Quand on a 30 ans et qu'on casse,
09:29on est responsable de ce qu'on fait, en fait.
09:31Et je ne dédouane personne.
09:33Moi, je ne dédouane personne.
09:35Donc, quand on rentre dans une mairie,
09:36qu'on s'en prend un policier,
09:38qu'on s'en prend un professeur,
09:39qu'on s'en prend un pompier et qu'on casse,
09:41on n'a pas de revendications politiques.
09:43On ne suit pas un mouvement politique.
09:45On suit sa propre connerie, pardonnez-moi de l'expression.
09:47On est un abruti, on est un délinquant, on est un voyou.
09:50Un grand merci, Benoît Payan,
09:52d'être venu sur Europe 1, d'être venu à notre micro.
09:55Évidemment, beaucoup de courage,
09:56alors que vous avez vécu un événement assez traumatisant
09:59pour Marseille et pour tous les Marseillais.
10:00Merci, Benoît Payan.
10:01Merci.
10:03Vous écoutez Europe 1, il est 18h40.
10:05Antonin André, comment vous réagissez à ces propos
10:07qui sont quand même très virulents du maire de Marseille ?
10:09On sait aussi qu'à Lille, il s'est passé à peu près
10:11exactement la même chose.
10:13Emmanuel Macron a appelé Benoît Payan.
10:14Je vous ai vu réagir quand effectivement
10:16Benoît Payan a parlé de justement
10:18une seule force de CRS qui était...
10:20Donc, il y a quand même eu un raté quelque part.
10:21Ce qui est spectaculaire, c'est l'indignation à la fois
10:23de ces élus qui sont eux-mêmes surpris en fait
10:25par l'échelle d'une violence qu'on avait...
10:27Même si le Premier ministre avait un peu alerté,
10:29jamais on n'aurait imaginé voir la maire de Marseille
10:32prise d'assaut, l'Office du tourisme de Lyon
10:34qui a flambé littéralement au milieu de la ville.
10:37Et sur la question du maintien de l'ordre sur Marseille,
10:40c'est vrai que ça pose question.
10:41Une compagnie de CRS pour sécuriser la deuxième ville de France
10:44qui est beaucoup plus étendue que Lyon par ailleurs,
10:47il y a certainement effectivement des enquêtes
10:49et des réponses à apporter sur ce qui a dysfonctionné à Marseille.
10:52Mais j'allais vous dire, en dehors de Marseille,
10:54je n'ai jamais assisté moi à un tel niveau de déchaînement de violence
10:57dans les images que j'ai vues aujourd'hui,
10:59à la fois à Paris, à la fois à Lyon, à la fois à Rennes,
11:02à la fois à Lille, à la fois à Marseille,
11:04à Nice, qui est une ville qui jusqu'ici est quand même plutôt épargnée,
11:07c'est une ville de droite, plutôt tranquille,
11:09plutôt âgée d'ailleurs, de moyenne d'âge.
11:11Et bien, Place Masséna à Nice,
11:13affrontement entre des CRS et des Black Blocs,
11:15enfin moi, on y reviendra peut-être,
11:17mais j'ai quand même vu beaucoup de gens,
11:18j'ai pas vu beaucoup de lycéens s'affronter aux forces de l'ordre.
11:20Et ça donne le sentiment quand même général
11:23d'une France qui bascule effectivement dans le chaos
11:25et qui est très angoissante, disons-le.
11:28Moi, j'ai des enfants qui vivent à Paris,
11:29qui ont 12, 17 et 20 ans,
11:31et je peux vous dire que le père de famille que je suis
11:32est assez angoissé de voir dans quel cadre de vie
11:35ils évoluent aujourd'hui.
11:36Ce sera très intéressant, évidemment,
11:38de voir également l'âge des personnes
11:40qui ont été interpellées pour déterminer
11:41s'il y en a certains qui sont peut-être des lycéens.
11:44Il est 18h42, on reste ensemble,
11:46Raphaël Saint-Ville et Antonin André,
11:47pour décrypter les événements de la journée
11:49et les événements en cours.
11:50A tout de suite sur Europe 1.