- il y a 2 jours
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00:22La cicatrice que j'ai sur le front, ça ne me dérange pas de la voir.
00:28Ça me rappelle que j'ai survécu.
00:33J'ai envisagé une fois de la faire retirer, mais j'ai décidé de la garder, pour me
00:39souvenir de ne plus jamais revivre ça.
00:44Ça me rappelle aussi mon combat.
00:48Ça a été une mauvaise période de ma vie, mais j'en suis sortie et j'ai survécu.
01:02Quand j'ai appris la vérité, ça a été horrible.
01:06C'était un prédateur en série.
01:11Ça aurait pu être moi.
01:13C'est ça qui est dur.
01:15Je l'ai vu pointer une arme sur moi.
01:19Quand j'ai appris qu'il était mort, ça a été un immense soulagement pour moi, après
01:26toutes ces années.
01:28Il ne peut plus faire de mal à personne.
01:32C'est un premier coup.
02:11Stafford et moi, on s'est rencontrés par hasard.
02:13Une amie à moi connaissait son meilleur ami.
02:16Ils voulaient sortir ensemble, alors ils nous ont invités pour se donner du courage.
02:24On s'est mis à discuter et on s'est rendu compte qu'on avait plein de choses en commun.
02:29J'aimais son sens de l'humour.
02:31Il me faisait rire.
02:32On adorait la musique.
02:34A l'époque, j'avais 20 ans, il en avait 27.
02:37Il m'a dit qu'il était en train de divorcer, qu'il avait deux enfants.
02:41Il était mécanicien à son compte, il réparait des voitures, il avait son propre garage.
02:51Il m'a invité à sortir et j'ai accepté.
02:55À partir de là, on a commencé à se voir de façon plus régulière.
03:01Et puis, je suis tombée amoureuse.
03:10J'étais jeune, naïve et crédule.
03:16Et je n'aurais jamais imaginé que quelqu'un veuille me faire du mal.
03:22Que quelqu'un qui prétendait m'aimer, veuille s'en prendre à moi.
03:45Quand on s'est rencontrés, il habitait avec sa famille.
03:50Je suis allée chez lui un soir.
03:52Il était au sous-sol en train de faire une lessive.
03:56Moi, j'étais dans sa chambre allongée sur le lit, en train de regarder la télé.
04:01Sa mère est entrée et elle m'a dit, laisse-le tranquille, il doit rester avec sa famille.
04:11J'en revenais pas.
04:16Pourquoi me dire une chose pareille ?
04:19Ça n'avait pas de sens.
04:21Je me suis dit que c'était parce que le divorce n'était pas encore prononcé.
04:25Qu'elle espérait peut-être qu'il se remette avec sa femme.
04:34Au moment où j'allais partir, il est remonté du sous-sol.
04:37Sonia !
04:39Sonia, attendez.
04:47Ta mère ne veut pas de moi ici.
04:48Je m'en vais.
04:55Il m'a dit d'attendre.
05:00Je l'ai entendu crier sur sa mère.
05:06Il a continué de l'insulter et de lui crier dessus.
05:18Il est revenu et je me suis dit que c'était bizarre.
05:32J'ai pas été élevée comme ça.
05:36On n'insulte pas ses parents.
05:38J'ai apprécié qu'ils prennent ma défense, mais j'ai pas aimé qu'ils s'en prennent à sa
05:42mère de cette façon.
05:45Pour moi, c'était vraiment un manque de respect.
06:07Au bout d'un an de relation, on s'est installés ensemble.
06:12Et c'est là que j'ai commencé à m'interroger.
06:25Un jour, on a eu une conversation.
06:29On discutait et il m'a dit qu'il s'était passé quelque chose de grave des années auparavant.
06:43On avait retrouvé le corps d'un homme dans le coffre d'une voiture.
06:48La personne avait été brûlée.
06:51La police est venue le voir parce qu'il connaissait la victime.
06:59Ils l'ont interrogée.
07:02Mais comme il n'avait aucune preuve contre lui, ça s'est arrêté là.
07:13Je veux que tu saches, au cas où tu en entends parler, que je n'ai rien fait.
07:21Pour moi, c'était quelque chose de perturbant.
07:25C'était une expérience traumatisante qu'il avait vécue.
07:29Il avait été accusé de quelque chose qu'il n'avait pas fait.
07:42Avec le recul, quand j'y repense, j'en ai presque la nausée.
07:49Des années plus tard, j'ai appris que cette histoire n'était qu'un mensonge.
07:55Une jeune femme avait été retrouvée brûlée à l'arrière d'une voiture.
08:01Et ce n'était pas n'importe quelle fille.
08:04Elle avait 17 ans et c'était sa petite amie de l'époque.
08:10Il a été soupçonné parce que c'était le dernier à l'avoir vue vivante.
08:14Elle venait de lui annoncer qu'elle était enceinte.
08:18Et personne ne l'a plus jamais revue après.
08:22Donc, ça n'avait rien à voir avec ce qu'il m'avait raconté.
08:27Je n'aurais jamais cru qu'il soit capable de faire ça.
08:35Si j'y avais cru, je ne serais pas restée.
08:56On a organisé un réveillon du Nouvel An chez nous, avec des amis et de la famille.
09:02À la fin de la soirée, on a ramené une de mes cousines chez elle.
09:06À l'allée, Stafford a pris un autre chemin que celui que j'aurais pris.
09:16Je lui ai demandé pourquoi il passait par là.
09:21Et il a vrillé.
09:26Il m'a dit, je fais ce que je veux, laisse-moi faire.
09:32Je ne comprenais pas pourquoi il s'énervait autant pour une simple question.
09:41J'ai dit, ok, et je suis restée silencieuse pendant le reste du trajet.
09:49Une fois à la maison, il est revenu sur l'incident.
09:56Il m'a dit de ne pas le contredire.
09:58Et ça s'est transformé en énorme dispute.
10:07Il m'a poussé sur le lit.
10:10Il s'est mis sur moi.
10:13Son regard est devenu...
10:18Je ne sais pas si vide est le bon mot.
10:21Mais je ne le reconnaissais plus.
10:24C'était Dr. Jekyll et Mr. Hyde.
10:26J'avais peur.
10:28Et soudain, il m'a mis un coup de tête.
10:33Il m'a ouvert le front.
10:35J'étais en pleurs.
10:36Je hurlais.
10:38Je n'arrivais pas à croire ce qu'il venait de me faire.
10:43Et je suis allée dans la salle de bain pour me nettoyer.
10:46En revenant dans la chambre.
10:49Il m'a regardé.
10:53Et il m'a immédiatement demandé pardon.
11:02Oh ma chérie, je suis désolée.
11:05Je ne recommencerai plus.
11:07Pardonne-moi.
11:08Je t'en prie.
11:12Moi, j'étais sous le choc.
11:13Comment avait-il pu me faire ça ?
11:16Mais il n'arrêtait pas de répéter qu'il était désolé.
11:22Je lui ai pardonné.
11:23Je lui ai dit, on va faire comme s'il ne s'était rien passé et on va passer à
11:27autre chose.
11:29Mais il ne faut pas que ça se reproduise.
11:30C'est bon.
11:33C'est bon.
11:39La cicatrice que j'ai sur le front, c'est ce qui reste du coup de tête que Stafford m
11:45'a donné.
11:48C'est un souvenir indélébile de ce premier acte de violence.
12:03Je revois encore sa rage, sa colère.
12:12Je ne veux plus jamais revoir ça.
12:26En apparence, on formait un beau couple.
12:30On avait une belle relation.
12:32On s'amusait bien tous les deux.
12:36Mais en réalité,
12:41c'était très tendu entre nous.
12:44Tout n'était qu'illusion.
12:46Ça ne fonctionnait pas entre nous.
12:49On était malheureux au fond.
12:54Mais ça ne se voyait pas de l'extérieur.
13:11Je n'aimais pas ses horaires de travail imprévisibles.
13:14Il travaillait de plus en plus tard.
13:18Parfois, il rentrait à la maison à 23h ou à 1h du matin.
13:22Ou il ne rentrait pas du tout.
13:26Je n'aimais pas ça.
13:28Je lui demandais pourquoi il devait travailler aussi tard.
13:31Je ne savais jamais quand il allait rentrer.
13:34Les autres rentrent chez eux pour aller retrouver leur famille.
13:36Pourquoi lui ne le faisait pas ?
13:44Il me disait « J'ai telle ou telle voiture à réparer.
13:47Je travaille encore sur ça.
13:49Ensuite, je dois aller là-bas pour voir la voiture de quelqu'un. »
13:52Ce genre de choses.
13:55Il était à son compte.
13:57Il avait sa société.
13:59Alors, il y avait toujours une raison.
14:14Stafford était ma première relation adulte.
14:17Je l'ai cru.
14:21Avec le temps, c'est devenu normal.
14:25« Oh, il n'est pas là.
14:28Il est encore au garage. »
14:32Je disais ça tout le temps.
14:35Il est encore au garage.
14:47C'est le journal intime que je tenais.
14:54« Jeudi 14 février 2002. »
14:58« Quel bel Saint-Valentin. »
15:01« C'est ça. »
15:04Stafford n'est pas rentré hier soir.
15:06Bien sûr, je l'ai appelé plusieurs fois,
15:09mais sans réponse.
15:11C'est terrible de ne pas savoir où se trouve quelqu'un
15:13et de s'inquiéter de ne pas le voir rentrer.
15:23Ce jour de Saint-Valentin,
15:27je l'attendais.
15:29Il était censé rentrer à la maison,
15:30mais il n'est jamais venu.
15:34Le lendemain matin,
15:35j'étais en colère.
15:39« T'es pas rentré.
15:40Tu m'as pas prévenu.
15:41T'étais où ? »
15:46Il m'a répondu que sa tante était à l'hôpital
15:49et qu'il était allé la voir.
15:52Je ne savais pas s'il me disait la vérité.
15:58Alors, comme souvent,
16:00il a retourné la situation.
16:03Et il m'a dit que j'étais égoïste
16:06de vouloir qu'on soit ensemble
16:08alors qu'il était avec sa tante
16:10et qu'il prenait soin d'elle.
16:18« Je devenais la méchante.
16:22Je devenais celle
16:23qui était la source de nos problèmes.
16:26Et c'était à moi
16:27de changer de comportement
16:28pour que ça aille mieux.
16:32Si je faisais un peu plus attention
16:34à ses sentiments,
16:37ça irait mieux.
16:39Il m'a convaincu
16:40que j'avais tort
16:42et que je ne voyais pas
16:44au-delà de mes désirs.
16:53Jeudi 19 février,
16:56on s'est enfin réconciliés.
16:59J'ai enfin compris
17:00que je me laissais emporter
17:01par mes émotions.
17:04Je n'ai pas voulu faire abstraction
17:06de mes sentiments
17:06et voir qu'il s'occupait
17:08de sa tante.
17:11Aujourd'hui,
17:12je comprends
17:13qu'il me faisait croire
17:14que c'était ma faute,
17:18que j'étais trop émotive
17:21et que je me laissais aveugler
17:22par mes émotions.
17:26J'ai commencé à penser
17:27comme il voulait
17:28que je pense
17:29et pas comme je pensais réellement.
17:33C'est là
17:34qu'il a commencé
17:36à me manipuler
17:38mentalement.
17:51Il a commencé
17:52à me rendre
17:55responsable
17:56de son comportement.
17:58Je me souviens
17:59une nuit,
18:00il était
18:01une ou deux heures
18:02du matin.
18:03On dormait.
18:04Il s'est levé.
18:06Il n'a pas dit un mot
18:08et il a claqué la porte.
18:11Quand il a claqué
18:12cette porte,
18:13tout a tremblé.
18:15Ça m'a réveillée.
18:16Je ne savais pas
18:17ce qui se passait.
18:18Je l'ai appelée.
18:19Je lui ai demandé
18:19ce qui n'allait pas.
18:26Il m'a dit
18:26« Tu sais ce que tu as fait. »
18:28Je n'avais rien fait.
18:29Je lui ai dit
18:29« Qu'est-ce que tu racontes ? »
18:31« Qu'est-ce que j'ai fait ? »
18:34Il m'a dit
18:34que je m'étais tournée.
18:37que je lui étais montée dessus
18:39et que j'avais dit
18:40le nom d'un autre homme.
18:44« De qui as-tu parlé
18:45dans ton sommeil ? »
18:47« Tu vois quelqu'un d'autre ? »
18:49« Dis-moi qui c'est. »
18:51« Je n'en revenais pas. »
18:58Ça n'avait pas de sens.
19:00Je ne fréquentais pas
19:01d'autres hommes.
19:03Mais tout ce que je savais,
19:05c'était ce qu'il m'avait dit.
19:07J'ai commencé à me poser des questions.
19:08Peut-être qu'il y avait quelque chose
19:10dont je n'étais pas consciente
19:11et qui ressortait dans mon sommeil.
19:14J'ai commencé à me dire
19:15« J'ai un problème. »
19:17« J'ai besoin d'aide. »
19:18« Ça ne va pas. »
19:20« Stafford ? »
19:24Depuis, j'ai compris
19:25que ce qu'il faisait à l'époque,
19:28c'était pour me manipuler.
19:30Il manipulait mon esprit
19:31pour que je doute
19:33de ma propre santé mentale.
19:39et il a fait ça
19:40à de nombreuses reprises.
19:43Il y a encore des questions
19:45aujourd'hui
19:45auxquelles je n'aurai jamais
19:46de réponse.
19:48Je ne saurais jamais
19:49si certaines choses
19:50étaient vraies ou pas.
19:52Et je dois continuer
19:54de vivre en sachant
19:55que je n'aurai jamais
19:56de réponse.
20:02« 28 octobre 2002. »
20:06Je fais des choses
20:07dans mon sommeil
20:08que je ne peux pas expliquer.
20:10Malheureusement,
20:11je ne m'en souviens jamais.
20:13Il faut que j'y remédie
20:14et vite.
20:1822 novembre.
20:19C'est arrivé de nouveau.
20:22« Je parle dans mon sommeil
20:25et je fais des choses
20:26sans m'en rappeler. »
20:30Stafford est parti
20:31à 4 heures du matin
20:32aujourd'hui.
20:33Il était en colère.
20:35« Qu'est-ce qui ne va pas
20:36chez moi ? »
20:37« Je ne comprends pas. »
20:39Et ça me fait peur.
20:43Ça a beau être moi
20:44qui ai écrit ça,
20:45comme je ne suis plus
20:46la même personne,
20:48quand je lis ces lignes,
20:51j'ai de la peine pour elles.
20:54Je ne peux qu'être dépité.
20:56Parce que
20:59je vois ce qui se dessine.
21:03La manipulation.
21:07Il voulait être sûr.
21:10Que je reste là
21:11où il me voulait.
21:13Sous sa coupe.
21:21Quand on s'est rencontré,
21:23il m'a dit
21:23qu'il était séparé
21:24et que sa femme et lui
21:25étaient en train de divorcer.
21:31Un jour,
21:33Stafford m'a appelé
21:33pour me dire
21:34qu'il s'était blessé
21:35à la main au travail
21:36et qu'il devait aller aux urgences.
21:37Je lui ai demandé
21:38où il était
21:39pour que je le rejoigne.
21:40Non, ne viens pas.
21:41Mais j'y suis allée quand même.
21:44Quand je suis arrivée,
21:47il était avec sa femme.
21:52Ils étaient assis.
21:53Ils attendaient
21:54les papiers du médecin.
21:59alors je me suis assise
22:00en face d'eux.
22:06Il ne m'a pas adressé un mot.
22:09Il m'a regardé
22:09comme s'il ne m'avait jamais vue avant.
22:12Moi, je le regardais
22:13et un moment,
22:13je lui ai dit
22:14« Bonjour ».
22:19Il n'a pas répondu.
22:22Sa femme me regardait.
22:26J'ai vu dans les yeux
22:27de Stafford
22:27qu'il avait peur
22:28de me dire quoi que ce soit.
22:29C'était bizarre.
22:31J'attendais de voir
22:31ce qu'il allait dire.
22:33Alors,
22:34je suis restée assise
22:35en train de les regarder.
22:36Gentiment,
22:37calmement,
22:38j'ai plus rien dit.
22:41Ce qui m'a traversé
22:41l'esprit,
22:42c'était qu'ils étaient
22:43toujours ensemble.
22:44Je n'arrêtais pas
22:45de me dire ça
22:45dans ma tête.
22:47Pourtant,
22:47il m'avait dit
22:47qu'il ne la supportait plus.
22:48Il se passe quoi là,
22:49en fait ?
22:51Stafford Shaw,
22:52nous sommes prêts pour vous.
22:53Ils l'ont appelé
22:54pour lui donner ses papiers.
22:56Il s'est levé
22:58et ils sont partis.
23:00Je suis sortie derrière eux.
23:04Je l'ai appelé,
23:05j'ai dit
23:05« Stafford ».
23:06Il s'est retourné.
23:08Je lui ai dit
23:08« Tu veux dire que
23:09tu vas faire comme
23:09si tu ne me connaissais pas ? »
23:12Il m'a dit
23:12« Sonia, rentre ».
23:14Je lui ai demandé
23:14ce qui se passait.
23:15Il a répété
23:16« Sonia, rentre ».
23:20J'en revenais pas.
23:21Mais j'ai pris ma voiture
23:22et je suis rentrée.
23:26En arrivant à la maison,
23:27j'ai empilé
23:28tout ce qui était à lui
23:29à côté de la porte.
23:31Je voulais pas vivre
23:32ce genre de choses.
23:37Et puis,
23:37il est rentré.
23:42Je lui ai demandé
23:44s'ils étaient toujours ensemble.
23:46Bien sûr que non.
23:47Tu sais que je ne la supporte plus.
23:53Il m'a dit
23:54que comme le divorce
23:55n'avait pas encore été prononcé,
23:57il était encore
23:58sur l'assurance de sa femme.
23:59Donc, il a dû l'appeler
24:00pour qu'elle apporte
24:01les papiers.
24:06Alors,
24:07je lui ai demandé
24:08pourquoi il m'avait caché
24:09qu'elle serait là.
24:10Il aurait pu me dire
24:12qu'elle viendrait.
24:18J'étais dans le déni total.
24:22À tous les niveaux.
24:35Un matin,
24:37il était tôt.
24:38Il devait être
24:397 ou 8 heures du matin.
24:41On a sonné à la porte.
24:43Il est allé ouvrir
24:46et je l'ai entendu dire
24:47« Qu'est-ce que tu fais ici ? »
24:48J'ai regardé par la fenêtre
24:49et j'ai reconnu sa femme.
24:55Elle lui a dit
24:56« Alors, c'est ça ?
24:58Ton travail de nuit ? »
25:00Je suis restée là
25:01à me demander
25:02« Travail de nuit ? »
25:03De quoi elle parle ?
25:04Quel travail de nuit ? »
25:07Il l'a fait partir.
25:12Quand il est revenu,
25:14je lui ai demandé
25:15ce qu'elle voulait.
25:19Il n'avait pas l'air surpris
25:20de la voir là.
25:22Et il a changé de sujet.
25:24Il a dit
25:25qu'il irait lui parler
25:25pour s'assurer
25:26qu'elle ne reviendrait pas.
25:30D'accord,
25:32mais ça commençait
25:33à faire son chemin là-haut.
25:35Il y avait bien une raison
25:36qui faisait que cette femme
25:37le cherchait.
25:42Et s'il ne s'entendait pas,
25:45pourquoi elle voulait savoir
25:45où il était ?
25:51On se disputait
25:52et il m'a lâché
25:55qu'il était divorcé.
26:00« Tu es divorcée ?
26:02Depuis quand ?
26:04Pourquoi tu ne me l'as pas dit ? »
26:06Il m'a dit
26:06« Je suis enfin divorcée.
26:08On va pouvoir être ensemble. »
26:12Il m'a dit
26:13ce que je voulais entendre.
26:14Elle n'est plus jamais revenue
26:15chez nous.
26:16Mais ce qu'elle avait dit
26:17est resté dans un coin
26:19de ma tête.
26:20Qu'est-ce que ça signifiait ?
26:34On a organisé une fête
26:35pour nos fiançailles
26:36et le mariage
26:37commençait à se dessiner.
26:38On pouvait enfin
26:39être ensemble.
26:40Et puis un jour,
26:41on s'est disputé.
26:43et il m'a dit
26:44qu'il n'était pas divorcé.
26:48Il était assis
26:49sur le bord du lit
26:50et il s'est mis
26:52à pleurer,
26:53à bafouiller
26:54quelque chose
26:55au sujet de nous
26:56et de sa famille.
26:58Puis il a dit
26:58qu'il voulait mourir.
27:00Je veux mourir.
27:05On avait un revolver
27:06à la maison.
27:07Il l'a sorti.
27:10Il a mis une balle
27:12dans le revolver.
27:13Il a pointé l'arme
27:14sur sa tête
27:15au niveau de la tempe.
27:19Je lui ai dit
27:20« Stafford, arrête.
27:22Arrête ça. »
27:26Je le suppliais
27:27de poser cette arme
27:28et la clique.
27:29Il a appuyé.
27:35Après ce clic,
27:37j'ai continué
27:37à lui dire d'arrêter.
27:38Je t'en prie,
27:39arrête.
27:39Tu veux vivre.
27:40Tu ne veux pas mourir.
27:44Il disait que si.
27:45Il a armé
27:46le revolver à nouveau.
27:52Il l'a levé.
27:54Il a appuyé
27:54sur la détente.
27:59J'étais pétrifiée.
28:01Je n'arrêtais pas
28:01de lui répéter
28:02« Arrête, Stafford, arrête. »
28:05Il a levé l'arme
28:06à nouveau.
28:07Et cette fois,
28:09quand il a appuyé
28:10sur la détente,
28:12il l'a pointé sur moi.
28:19Je n'en revenais pas
28:21qu'on en soit arrivés là.
28:23Ce n'est pas possible.
28:25Ça ne peut pas être vrai.
28:30J'ai couru dans le couloir.
28:32Il a tiré.
28:34Je me suis dit,
28:36ce n'est pas vrai.
28:38J'ai fait demi-tour.
28:40J'ai regardé dans la chambre.
28:42Il était toujours assis
28:43au bord du lit.
28:45J'ai regardé le plafond
28:46juste au-dessus de moi.
28:48La balle était logée
28:49dans le plafond.
28:50Je lui ai dit,
28:51« T'as voulu me tirer dessus ? »
28:59Il était assis
29:00et il pleurait.
29:06Je suis allée vers lui
29:08et je l'ai pris dans mes bras
29:09pour le consoler.
29:12Ses larmes étaient fausses.
29:16Ça faisait partie
29:17de son plan
29:18pour me manipuler
29:20et me faire rester.
29:24J'étais la victime
29:25et je me retrouvais
29:27à le réconforter.
29:31On s'est assis
29:32et on a parlé
29:33pour essayer de comprendre
29:35ce qui n'allait pas chez lui,
29:36pourquoi il faisait tout ça.
29:38C'était un excellent manipulateur.
29:41Il savait très bien
29:43ce qu'il devait faire
29:44pour Mamadoué.
29:56Je n'étais jamais allée
29:58dans son garage.
30:00Il me l'avait décrit
30:01et j'imaginais
30:03ce à quoi
30:04il devait ressembler.
30:07Mais je n'y étais jamais allée.
30:11On avait appris
30:12que sa femme
30:13avait emmené
30:13ses enfants quelque part.
30:16Il avait entendu dire
30:17qu'elle avait déménagé,
30:18mais il ne savait pas
30:19où ils étaient.
30:22Je lui ai dit
30:23que j'allais essayer
30:23de les retrouver.
30:25Je suis allée sur Internet
30:27pour faire des recherches.
30:29Il m'avait dit
30:31qu'il ne savait pas
30:34où étaient ses enfants.
30:36Alors je voulais
30:37les retrouver
30:39pour lui faire plaisir.
30:42et j'ai tapé son nom
30:44à elle
30:44et je suis tombée
30:45sur une adresse.
30:48Je suis allée sur place.
30:51Quand je suis passée
30:52devant la maison,
30:53j'ai vu un garage.
30:56En voyant ce garage
30:58et en repensant
30:59à la façon
31:00dont il m'avait décrit
31:01le sien,
31:02l'image que j'avais
31:04dans la tête
31:04se retrouvait
31:06juste devant moi.
31:08C'était son garage.
31:11C'est là que j'ai eu
31:12comme
31:14une illumination.
31:15Ils étaient
31:16encore ensemble.
31:19Ils devaient faire
31:20des allers-retours
31:20entre elle et moi
31:21et il était là.
31:25Je me suis
31:26sentie trahie.
31:28C'était une trahison.
31:29Alors je me suis garée
31:30au bout de la rue
31:32et j'ai attendu
31:33de voir
31:34si j'apercevais
31:34quelqu'un entrer
31:35ou sortir de la maison.
31:36je n'ai vu personne
31:38mais j'en avais vu
31:39assez pour savoir
31:40qu'il avait
31:40une double vie.
31:42Deux familles,
31:44deux vies,
31:45deux foyers,
31:46j'étais la maîtresse.
31:55Alors,
31:56ce soir-là,
31:57j'ai rassemblé
31:58absolument
31:58toutes ses affaires
32:00et j'ai tout mis
32:01devant la porte.
32:03Quand il est rentré,
32:04il m'a dit
32:04« Qu'est-ce que c'est que ça ? »
32:08Je lui ai dit
32:09que j'avais trouvé
32:09son garage.
32:10Il a écarquillé
32:11les yeux.
32:12Il était surpris
32:13mais ça n'a pas duré.
32:15Il est vite passé
32:16sur la défensive.
32:18Il a retourné
32:18la situation
32:19en me disant
32:20qu'il ne me l'avait pas dit
32:21parce que la maison
32:22était au nom de sa femme
32:23mais qu'elle n'y habitait pas.
32:27Il m'a dit
32:28qu'il louait
32:29le garage
32:29derrière la maison.
32:31J'avais envie
32:31de le croire
32:32mais mon instinct
32:34me disait
32:34que ça ne collait pas
32:35et qu'il n'était pas
32:36honnête envers moi.
32:37Désormais,
32:38j'étais à la recherche
32:39de la vérité.
32:40C'est moi
32:52qui payais
32:52la facture
32:53de téléphone portable.
32:54Au moment
32:56de la régler
32:57j'ai remarqué
32:58qu'il y avait
32:59plusieurs numéros
32:59qui revenaient souvent.
33:02L'un d'eux
33:03était celui
33:04de sa femme.
33:06Et il y avait
33:07aussi un autre numéro
33:08qui apparaissait
33:09plusieurs fois
33:11notamment vers
33:11une heure du matin.
33:13C'était bizarre.
33:16Alors
33:16pendant qu'il dormait
33:18j'ai pris son portable
33:20et j'ai fouillé dedans.
33:22J'ai découvert
33:23le nom
33:23qui correspondait
33:24au numéro.
33:26Le nom était
33:27Morgan.
33:29J'ai décidé
33:30que j'allais l'appeler
33:32pour savoir
33:32qui c'était.
33:34J'étais un peu
33:35nerveuse.
33:36J'étais pas sûre
33:36de ce que j'allais lui dire.
33:42Je me suis pas présentée.
33:43J'ai juste dit
33:44que j'étais une amie.
33:46Je lui ai demandé
33:46si elle connaissait
33:47Stafford.
33:48Elle m'a dit oui.
33:49C'était son mécanicien.
33:50Je l'ai remercié.
33:52J'ai raccroché.
33:54Je savais
33:55que c'était pas tout.
34:06Elle a dû lui dire
34:07que j'avais appelé.
34:09Le lendemain,
34:10il était fâché
34:11contre moi.
34:14J'avais un nœud
34:15à l'estomac.
34:16Je sentais
34:17qu'il allait se passer
34:19quelque chose.
34:21Je savais pas quoi.
34:24mais ce serait pas bon.
34:30Alors,
34:31quand j'étais dans la cuisine,
34:32j'ai sorti un couteau
34:33et je l'ai posé
34:34sur le plan de travail
34:35pour me protéger.
34:41Il s'est approché de moi
34:43et il s'est mis
34:45à me hurler dessus
34:47pour avoir appelé
34:48ses clients.
34:52« Ce ne sont pas tes affaires. »
34:54Alors,
34:55je lui ai dit
34:55« Je crois que c'est
34:57plus qu'une cliente.
34:58Pourquoi tu l'appelles
34:59en pleine nuit
35:01et à longueur de journée
35:03si c'est juste
35:04une cliente ? »
35:08Là,
35:10il a vu le couteau
35:11posé sur le plan de travail.
35:12Il m'a dit
35:13« Quoi ?
35:14Tu comptais me poignarder ? »
35:17Puis,
35:18il a commencé
35:18à me frapper
35:19au corps
35:20et au visage.
35:21Moi,
35:22j'essayais de me protéger
35:24la tête
35:24et le visage
35:25mais il a continué
35:27à me frapper.
35:28J'ai fini
35:29par tomber par terre.
35:31Il était au-dessus de moi
35:33au sol.
35:36Je lui disais
35:37d'arrêter,
35:38de s'écarter.
35:39Son regard
35:40était plein de haine
35:41et à ce moment-là,
35:43il a dit
35:44« Je devrais te poignarder. »
35:52Il a pris le couteau
35:54et il l'a planté
35:55juste à côté
35:56de mon oreille.
36:00Là,
36:01j'ai réussi
36:02à le repousser.
36:03Il s'est passé
36:04quelque chose
36:05dans mon cerveau.
36:08Je me suis révoltée.
36:10J'avais plus peur.
36:12J'étais en colère.
36:15Il m'a regardée
36:17droit dans les yeux
36:18et il m'a dit
36:19« Si j'avais un flingue,
36:21je te tuerai. »
36:22Je lui ai répondu
36:23« Je m'en fiche. »
36:26J'avais enfin
36:28cette force
36:29dont je manquais
36:31jusque-là.
36:32Et puis,
36:33il s'est mis à pleurer.
36:34Il est tombé
36:35à genoux.
36:36Il m'a supplié.
36:42Je l'ai regardée.
36:44Je ne suis pas allée
36:45vers lui
36:46comme je le faisais
36:47d'habitude.
36:49J'avais plus
36:49pitié de lui.
36:52Je ne ressentais
36:53plus rien
36:53pour lui.
37:02Ce sont
37:04les photos
37:05de moi
37:06qui ont été prises
37:08le jour
37:09où je suis partie.
37:13Ça me fait mal
37:14de les voir.
37:16Ça me rappelle
37:17la douleur
37:19que je ressentais
37:21à l'époque.
37:22J'étais en miettes,
37:24brisées,
37:25usées.
37:27J'étais une femme battue.
37:32Je ne pensais pas
37:33qu'il était capable
37:33de ça.
37:37Que la personne
37:38que j'aimais
37:40était capable
37:42de faire
37:43autant de mal.
37:46On m'a accordé
37:47une ordonnance
37:48de protection
37:48permanente
37:49pendant un an.
37:50Il n'est pas allé
37:51en prison.
37:54Il a dû suivre
37:55des cours
37:56de contrôle
37:56de l'agressivité.
37:57C'est la dernière fois
37:59que je l'ai vue.
38:11Le 29 mai 2015,
38:13c'était un vendredi.
38:16Je venais de sortir
38:17du travail.
38:18J'allais à la salle
38:19de sport.
38:21Et sur la route,
38:22il y a eu
38:23un ralentissement.
38:24Je me suis demandé
38:25pourquoi on était
38:26arrêtés.
38:28En avançant,
38:30j'ai vu une voiture
38:33au milieu
38:34de la route.
38:36Tout l'avant
38:37de la voiture
38:37était détruit.
38:40Je me suis mise
38:41à pleurer.
38:42j'étais en pleurs
38:44et une sensation
38:45étrange
38:46m'a envahie.
38:51Je ne comprenais pas
38:52pourquoi je pleurais.
38:55Quelques minutes plus tard,
38:56j'ai reçu un appel.
38:59C'était un ami
39:00qui me demandait
39:01si j'avais vu les infos.
39:03Et il m'a dit
39:05« Staff a eu
39:06un accident.
39:07Je crois
39:08qu'il est mort. »
39:10Aux infos,
39:11ils ont dit
39:12qu'il avait tué
39:13deux autres personnes.
39:17Sa petite amie
39:19avait
39:21été retrouvée morte.
39:22Alors,
39:24j'ai demandé
39:27si elle s'appelait
39:28Morgan.
39:29Et il m'a dit
39:30oui.
39:46J'ai appris
39:47qu'il avait tué
39:47Morgan et leur bébé.
39:50Il les a abattus
39:51dans leur sommeil.
39:52Chesterfield police
39:53say phone records
39:54prove Shaw
39:55admitted he killed
39:57Rogers
39:57and their
39:58one-year-old daughter
39:59Leah.
40:11C'est une photo
40:13de l'accident
40:15que j'ai vu.
40:18Je me souviens
40:19de ce jour-là.
40:22Je suis passée
40:24à côté de l'accident
40:26sans savoir
40:27qui c'était.
40:30J'ai vu
40:30l'endroit
40:33où il est mort
40:36et où il a
40:38emporté
40:38deux vies
40:39avec lui.
40:42Quand j'ai appris
40:44qu'il était mort,
40:47j'ai enfin
40:48pu respirer
40:50à nouveau.
41:03Il vivait encore
41:04une double vie.
41:07Il est retourné
41:08vers sa famille
41:11mais il a continué
41:12de voir une autre
41:13femme à côté.
41:16Le lendemain,
41:18avec des amis,
41:19on est allé
41:20à une veillée.
41:31Je me sentais coupable
41:33d'avoir survécu.
41:35J'étais encore là.
41:41alors qu'elle n'en ont.
41:46Je me suis culpabilisée
41:50d'être
41:51encore en vie
41:57et de m'en être sortie.
42:00ça aurait pu être moi.
42:02C'est ça
42:03qui est dur.
42:04Je l'ai vu
42:04pointer une arme
42:06sur moi.
42:14Je me sentais coupable
42:16de n'avoir rien dit
42:17à l'époque
42:18et de ne pas avoir
42:19parlé à Morgane
42:20le jour où je l'ai appelée.
42:22si j'avais dit
42:23quelque chose
42:25si je lui avais
42:26expliqué
42:27le
42:29le genre d'homme
42:30qu'il était.
42:33C'était un monstre.
42:35Je n'ai pas d'autres mots
42:36pour le décrire.
42:37Un monstre.
42:47Parlez-en.
42:48Ne vous taisez pas.
42:49Voilà ce qui arrive
42:51quand on se tait.
42:52Si je n'étais pas partie,
42:54est-ce que ça aurait été moi ?
42:56Si on avait eu
42:57des enfants ensemble,
42:59est-ce que ça aurait été nous ?
43:09J'en ai fait
43:10une mission personnelle
43:11d'éduquer les femmes
43:13et les filles
43:14sur les violences conjugales.
43:17L'éducation,
43:19c'est le seul moyen
43:20d'arrêter ça.
43:22Trop de gens
43:23ont perdu la vie.
43:25C'est plus possible.
43:27Il faut que ça s'arrête.
43:30Je veux
43:32que les gens voient
43:33les signes.
43:34Ce n'est pas toujours
43:36simple de partir.
43:38Mais on n'est pas
43:39condamnés à souffrir
43:40en silence.
43:41Je dois continuer
43:42à parler,
43:43à faire pression,
43:44à aider.
43:46Parce qu'il y a
43:47beaucoup de gens
43:47qui ont besoin d'aide.
43:48On n'est pas
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