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Vendredi 2 octobre 2026, retrouvez Fabrice Jollant (Président, UNPS), Liova Yon (Coordinateur, 3114 Paris Ile-de-France) et Philippe Courtet (Professeur de psychiatrie, Université de Montpellier) dans SANTÉ FUTURE, une émission présentée par Alix Nguyen.
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00:08Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans Santé Futur, votre rendez-vous dédié à l'innovation et à l
00:12'avenir de la santé.
00:14En France, les dernières données disponibles font état de 8 744 personnes mortes par suicide en 2024.
00:22Dans le même temps, près de 100 000 hospitalisations pour gestes auto-infligés ont été enregistrées sur l'année.
00:29Mais selon l'âge et le sexe, ces chiffres recouvrent des situations très différentes.
00:34Alors, qui sont aujourd'hui les populations les plus vulnérables ? Comment repérer une crise suicidaire ?
00:38Et surtout, comment agir avant le passage à l'acte ?
00:41Pour en parler, je reçois Fabrice Jolan, professeure de psychiatrie à l'université Paris-Saclay,
00:47chercheur en suicidologie et président de l'Union nationale de prévention du suicide.
00:52À ses côtés, Lyo Vaillon, coordinateur francilien du 31-14, le numéro national de prévention du suicide.
01:00Et puis, comment parler de ce qui se passe après une tentative de suicide ?
01:04Comment retrouver un équilibre, reconstruire des liens et reprendre le cours de sa vie ?
01:08Camille Rewal a donné la parole à Olivier. Elle nous fera découvrir son témoignage.
01:12Enfin, dans la pépite santé, je reçois Before Anyone Else, une application gratuite destinée aux 12-17 ans pensées pour
01:20les aider
01:21à mieux identifier leur état émotionnel et à ne pas rester seul face à une situation de crise.
01:26Le professeur Philippe Courtais, qui a participé à son développement, sera mon invité.
01:35Bonjour et bienvenue à tous les deux.
01:37Bonjour.
01:38Fabrice Jolange, je commence avec vous. Si l'on prend un peu de recul sur ces chiffres, au cours des
01:42dernières décennies,
01:43la mortalité par suicide a nettement reculé en France. C'est ce que vous me disiez en préparant cette émission.
01:47Mais cette baisse à long terme ne suffit pas à décrire la situation. Je le disais en introduction, en 2024,
01:538 744 personnes sont mortes par suicide en France. Qu'est-ce que ce chiffre nous dit de la situation
01:58?
01:59Alors ça, c'est le chiffre officiel. Il faut quand même garder en tête que c'est un chiffre qui
02:02est très largement sous-estimé.
02:04Les chiffres de suicides sont toujours plus faibles que la réalité, pour différentes raisons que je ne vais pas détailler
02:09ici.
02:10Donc on est probablement autour de 9 à 10 000 suicides. Comme vous venez de le dire, quelque chose qui
02:15n'est pas bien connu de l'ensemble de la population,
02:18c'est que ce chiffre baisse depuis une quarantaine d'années. Alors c'est une bonne nouvelle.
02:23Mais depuis 2017, il stagne un peu. Ce qui nous inquiète beaucoup. On se demande est-ce que cette baisse
02:31va pouvoir se poursuivre ?
02:33Et pourquoi finalement cette baisse s'est arrêtée depuis une bonne dizaine d'années ?
02:40Le chiffre de suicide, vous l'avez dit aussi, reflète des réalités extrêmement différentes.
02:48Quand on parle de suicide et de suicide abouti, c'est vraiment différent des tentatives de suicide.
02:52Ça correspond globalement à des populations qui sont quand même très très différentes.
02:56Le suicide touche trois hommes pour une femme en France.
03:01C'est à peu près le cas partout dans le monde.
03:03Les hommes se suicident plus que les femmes.
03:05Et c'est plutôt une population plus âgée.
03:08En nombre absolu, c'est plutôt des adultes d'âge moyen.
03:12Et si on regarde en taux, c'est plutôt des hommes âgés qui meurent le plus de suicides.
03:18Ce qui n'est pas le cas des tentatives de suicide.
03:19C'est une population beaucoup plus jeune et beaucoup plus féminine.
03:23Oui, à l'inverse, les hospitalisations pour gestes auto-infligés concernent majoritairement les femmes.
03:29C'est ça.
03:30Alors les gestes auto-infligés, c'est la manière de mesurer le phénomène.
03:34Officiellement, ça correspond à des tentatives de suicide et des gestes non suicidaires également.
03:38Et effectivement, ça touche beaucoup plus de jeunes femmes et notamment d'adolescentes.
03:44Depuis très longtemps, on observe un pic de ces gestes autour de 16 ans,
03:48qui est un pic qui nous interroge beaucoup.
03:50Qu'est-ce qui se passe à 16 ans ?
03:51C'est l'âge de l'entrée au lycée notamment.
03:55Alors bien sûr, c'est l'âge des ruptures sentimentales,
03:58de différents événements aussi difficiles.
04:05Mais ce pic existe depuis très très longtemps.
04:08Il a été observé même dans les années 70.
04:11Et il touche principalement les jeunes filles, beaucoup moins les jeunes garçons.
04:15Luevaillon, comment explique-t-on cet écart entre les profils de votre point de vue ?
04:19Alors, je n'ai pas de réponse univoque à votre question.
04:27Que vous observez ?
04:28Une des pistes, c'est le choix des méthodes utilisées.
04:34Par exemple, on a remarqué que les jeunes filles utilisaient plutôt,
04:38ou les femmes d'une manière générale, utilisaient plutôt des moyens de mettre fin à séjour,
04:44moins létaux, des méthodes qui aboutissent moins au décès.
04:49Une autre explication qui est assez générale, je dirais, en psychiatrie,
04:54c'est que les hommes demandent moins d'aide.
04:57On voit moins les hommes et les jeunes hommes se tourner vers les dispositifs d'aide,
05:02qu'ils soient téléphoniques ou autres.
05:03Ça peut rendre compte en partie des différences, notamment de sexe ratio,
05:08c'est-à-dire entre les hommes et les femmes.
05:09Et alors justement, est-ce qu'on repère et atteint ces différentes populations de la même façon ?
05:15Non, pas du tout. C'est pour ça qu'il est absolument indispensable de bien décrire ces populations
05:21et de ne pas les confondre.
05:23Alors évidemment, il y a une donnée très largement répliquée,
05:27qui est de faire une tentative de suicide un facteur de risque de mourir ultérieurement de suicide.
05:31Mais c'est un facteur de risque statistique.
05:33La plupart des gens qui ont fait une tentative de suicide ne mourront pas de suicide quand même.
05:38Mais le fait que ce soit des populations très très différentes
05:42impliquent aussi des actions extrêmement différentes.
05:45Ce n'est pas pareil, évidemment, d'essayer d'atteindre une population de jeunes adolescentes lycéennes
05:50ou des hommes âgés, notamment endeuillés ou qui sont dans des situations de souffrance physique, etc.
05:59Ou qui doivent quitter leur logement parce qu'ils ne peuvent plus vivre seuls.
06:03Vous voyez, on a des situations extrêmement différentes
06:05qui appellent des stratégies de prévention extrêmement différentes.
06:10Et on parle beaucoup de, vous l'avez dit, de dégradation de la santé mentale des jeunes.
06:15Mais derrière cette expression très générale,
06:18qu'est-ce qui relève spécifiquement du risque suicidaire ?
06:22Alors les chiffres montrent que depuis une dizaine d'années,
06:26il y a une augmentation des fréquences d'idées suicidaires et de tentatives de suicide,
06:31ces gestes auto-infligés dont vous parliez tout à l'heure,
06:33chez les jeunes femmes.
06:34Donc une dizaine d'années, depuis le milieu des années 2010,
06:38et c'est une augmentation qui s'est aggravée au moment de la pandémie à Covid,
06:43mais qui n'est pas due uniquement à la pandémie à Covid,
06:46qui avait commencé avant.
06:49Ce n'est pas ce qu'on observe pour le suicide abouti.
06:52Encore une fois, il faut bien dissocier les deux.
06:53Ce sont les gestes auto-infligés, les idées suicidaires,
06:57mais pas les suicides qui conduisent au décès.
07:02Et ça touche préférentiellement, quasi exclusivement, les jeunes femmes.
07:09Cette augmentation, elle se fait en parallèle à une augmentation des dépressions,
07:14qui est un très gros facteur de risque de gestes suicidaires.
07:17Donc on repère finalement un élément important,
07:21puisque c'est une cible de traitement, de diagnostic et de traitement.
07:26La grande question pour nous, c'est pourquoi ces dépressions explosent,
07:30comme ça chez les jeunes.
07:32Et là, on n'a pas d'explication très très claire.
07:35Alors il y a évidemment...
07:36Est-ce que pas encore assez de recul ?
07:37Pas assez de recul, c'est difficile aussi à montrer,
07:40évidemment, en population générale, des causes.
07:45Il y a un coupable idéal en ce moment, vous le savez,
07:47c'est les réseaux sociaux numériques.
07:50Il y a des données montrant qu'effectivement,
07:52la consommation des réseaux sociaux numériques chez les jeunes
07:56est associée à la dépression.
07:58Évidemment, le pessimisme, l'éco-anxiété.
08:03Est-ce que le réchauffement climatique joue là-dedans ?
08:05Mais alors pourquoi ça ne toucherait qu'une seule population ?
08:08Est-ce qu'il y a des données aussi sur le lien entre la pollution ?
08:13Oui, il y a un climat anxiogène global.
08:14Il y a un climat anxiogène global.
08:17Est-ce que ça touche plus les jeunes ?
08:18Voilà, c'est pour l'instant plus des points d'interrogation
08:21ou des hypothèses que des choses pour lesquelles on est absolument certain.
08:25L'Yau Vaillon, le 31-14 est encore un dispositif récent.
08:29Il a été lancé en 2021.
08:31Mais avec quelques années de recul désormais,
08:33est-ce que vous voyez déjà évoluer les profils des jeunes qui vous appellent ?
08:37Alors, on ne sommes pas en mesure tout à fait de décrire avec précision
08:44le profil des appelants, comme vous demandez dans votre question.
08:48Ce qui est sûr, c'est que le 31-14 est un dispositif
08:50qui est maintenant très bien identifié des jeunes.
08:53Pour plein de raisons.
08:54Il y a eu beaucoup de communication à l'intention de cette population.
08:57L'éducation nationale a aussi aidé à la diffusion de ce numéro.
09:00Les établissements scolaires ?
09:01Absolument, il y a eu des campagnes d'affichage assez largement.
09:06Les infirmières scolaires, les psychologues scolaires, les médecins scolaires,
09:09pour ceux qui restent, relaient également cette structure.
09:13Il y a eu énormément de communication sur les réseaux autour du 31-14.
09:17Et donc, clairement, c'est un outil que se sont bien appropriés les jeunes,
09:22donc globalement les moins de 20 ans et moins de 25 ans.
09:25Une grande partie de la prévention repose sur le repérage.
09:30Mais une crise, je veux dire, on l'a dit, ne se présente pas nécessairement de la même façon.
09:34Est-ce qu'on sait, aujourd'hui, identifier suffisamment tôt les risques ?
09:38Alors, on sait identifier des signaux d'inquiétude, des signaux d'alerte chez les patients,
09:46des modifications de comportement, des modifications du sommeil, des modifications alimentaires.
09:51Pour ce qui est des populations étudiantes ou des lycéens,
09:54les modifications des résultats scolaires ou du rendement scolaire
09:57sont des signaux qui, pris un par un, ne sont pas spécifiques d'une inquiétude
10:04et d'annonciateur d'un passage à l'acte.
10:06Mais dans le cadre de l'évaluation d'une situation par un professionnel,
10:10ça fait partie des éléments qui, convergents, peuvent inquiéter et donc permettent d'agir.
10:18Et il se pose la question aussi du premier interlocuteur.
10:20Le médecin généraliste, si ce n'est pas le 31-14, j'entends les urgences, l'école, l'entourage.
10:26Où est-ce que se situe la principale difficulté aujourd'hui ?
10:29Alors, la principale difficulté est que la personne qui souffre ne soit pas seule.
10:33C'est-à-dire qu'elle trouve un interlocuteur, quel qu'il soit,
10:37susceptible de relayer l'information comme quoi il va mal, qu'il a besoin d'aide,
10:42ça a des traces psychiques.
10:44Le 31-14 est un relais possible.
10:48Oui, avec donc, je précise, ce sont des professionnels formés ?
10:51Absolument, c'est une ligne professionnelle d'écoute, d'évaluation, d'orientation.
10:56C'est confidentiel, c'est évidemment gratuit.
11:00Les patients peuvent appeler plusieurs fois.
11:02Et on peut appeler pour soi-même ou bien quelqu'un de son entourage,
11:05que ce soit de l'entourage amical, affectif, ou bien son entourage même professionnel.
11:10Les professionnels qui ne sont pas spécialisés en psychiatrie ou en santé mentale
11:14sont aussi invités à appeler en cas d'inquiétude.
11:17Certains généralistes appellent, les médecins scolaires également.
11:20Et alors justement, lorsqu'on vous appelle, jusqu'où va votre intervention ?
11:23Alors, jusqu'où, en fonction de la situation.
11:27C'est-à-dire qu'il y a une évaluation qui est vraiment personnalisée de chaque situation.
11:32Il y a de nombreux appels qui vont être des appels de conseils,
11:34d'écoute, de conseils, de guidances, comme on dit dans notre domaine,
11:38pour des parents, par exemple, qui peuvent être inquiets.
11:40Ça va parfois être une technique très spécifique de professionnels
11:45qui est la désescalade de crise, c'est-à-dire des techniques relationnelles,
11:48des techniques dans l'échange, c'est vraiment une...
11:50Il y a une technicité de tout ça.
11:52Ce ne sont pas des conversations téléphoniques,
11:53ce sont des vrais entretiens professionnels
11:56qui permettent de faire baisser la tension psychique,
11:59de faire céder les idées suicidaires.
12:00Et finalement, dans un nombre assez restreint de situations,
12:03le recours à des services de secours, comme le SAMU, par exemple,
12:08mais c'est moins de 10% des situations.
12:10La plupart du temps, c'est l'appel téléphonique,
12:14l'échange va permettre de faire céder un moment de tension.
12:18Fabrice Jolant, un dispositif comme le 3114
12:20permet d'ouvrir une porte d'entrée supplémentaire,
12:23mais encore faut-il qu'il y ait une prise en charge derrière.
12:25Est-ce que l'enjeu aujourd'hui, c'est encore de créer de nouveaux points d'accès ?
12:30Oui, alors j'irais même un peu plus loin,
12:33la question en amont,
12:35qui rejoint celle que vous avez posée sur la crise suicidaire.
12:38D'abord, il faut l'identifier, cette crise.
12:40Alors effectivement, 3114 est formidable.
12:43Date de 2021, il y a avant et après 2021.
12:47Alors il y avait des lignes téléphoniques anonymes,
12:49mais c'était un petit peu différent.
12:51On est ravis d'avoir le 3114.
12:53Ceci dit, il faut aussi que les gens appellent.
12:57Et on sait qu'il y a la moitié des gens avec des idées suicidaires
12:59qui font appel, qui en parlent spontanément.
13:02Et puis il y a la moitié qui ne vont pas en parler spontanément.
13:04Alors je crois qu'aujourd'hui, on n'est plus, il y a 30 ans,
13:07quand on commençait finalement,
13:09quand on a commencé évidemment la grande aventure de la prévention du suicide,
13:13il y avait un tabou très très fort sur le suicide.
13:15On ne pouvait pas en parler,
13:16on n'a pas pu sortir ou très difficilement
13:18un rapport au Conseil économique et social en 1993.
13:22Aujourd'hui c'est différent, ce tabou est quand même pas mal tombé.
13:26Et je pense qu'on est à l'ère de pouvoir enseigner à tout le monde
13:32à poser la question des idées suicidaires.
13:34Donc on a un copain qui ne va pas bien,
13:36on a un collègue qui montre des signes de difficultés,
13:39de souffrances, quelle que soit l'origine.
13:41Et donc c'est souvent les hommes qui échappent le plus au opéra.
13:43Et on en parlait, les hommes en parlent beaucoup moins facilement.
13:47Mais c'est une question d'âge, d'isolement, de territoire.
13:49Ils vont s'arrêter d'isolement, de différentes choses,
13:52de personnalités qui font qu'on va en parler spontanément
13:55ou alors on va juste montrer des signes indirects.
13:57Et donc c'est là qu'il faut que l'entourage,
13:59que ce soit la famille, que ce soit les collègues,
14:00que ce soit un voisin, que ce soit un ami d'une association de sportives,
14:06apprennent à poser la question des idées suicidaires.
14:08Elle est embarrassante, mais elle n'est pas si compliquée que ça.
14:12Tu ne vas pas bien actuellement ?
14:14Est-ce que tu...
14:14Trouvant un endroit calme pour en parler.
14:17Tu me dis que tu souffres beaucoup de cette situation.
14:20Est-ce que ça a été au point d'avoir des idées suicidaires ?
14:23On attend la réponse.
14:25Alors ça, ça va être essentiel.
14:27Pour aller chercher ces gens qui ont des idées suicidaires,
14:30pour différentes raisons, parce qu'ils ont honte,
14:32parce qu'ils se sentent coupables, parce qu'ils ont peur des conséquences,
14:34ne vont pas en parler spontanément.
14:35Donc il nous faut tous, en tant que citoyens,
14:38apprendre à poser cette question,
14:40et à pouvoir l'accueillir aussi.
14:42Parce que combien de personnes sont allées voir quelqu'un
14:44et n'ont pas eu la réponse ?
14:45Ou la réponse a été allée, t'inquiète pas, ça va passer.
14:47Et donc c'est quoi ? C'est d'orienter, finalement ?
14:49Et ensuite, on appelle le 31-14.
14:51Ensuite, on prend la personne par la main et dit
14:53écoute, il y a un numéro qui s'appelle le 31-14,
14:55appelons-le ensemble.
14:56Le 31-14 reçoit les appels des personnes en crise suicidaire,
14:59mais aussi de l'entourage.
15:01Et ça, c'est important de le dire.
15:02Alors, ça c'est vraiment la première étape.
15:05Que les gens puissent rentrer dans le système d'aide,
15:08mais on sait bien que tout le monde ne rentre pas dans le système d'aide,
15:10et parfois, il faut attendre un geste suicidaire
15:14pour que la prise en charge s'opère à partir des urgences.
15:20Il y a moyen à peut-être agir avant tout acte,
15:23parce que tout acte, même si tous ne conduisent pas à la mort,
15:26est quand même une prise de risque difficile.
15:29Et puis, ça va être aussi un acte souvent traumatique
15:31pour pas mal de monde.
15:33Donc, prévenons tout acte suicidaire.
15:35Et ceci suppose de repérer ces situations de crise suicidaire,
15:39ces pensées suicidaires, ce qui suppose donc
15:41d'aller chercher parfois activement
15:45ces pensées.
15:47Il ne faut pas en avoir honte, il faut qu'on apprenne à le faire.
15:49Une dernière question avant de passer à la chronique de Camille.
15:52Du côté de la recherche,
15:54qu'est-ce qu'on comprend encore mal
15:56aujourd'hui dans le passage de la souffrance psychique
15:59à la crise suicidaire ?
16:01Il y a beaucoup de choses qu'on ne comprend pas,
16:02mais effectivement, vous venez de parler de passage,
16:04c'est très important.
16:05C'est qu'est-ce qui fait ces transitions
16:07entre la souffrance et les idées suicidaires ?
16:10Qu'est-ce qui fait la transition
16:11entre les idées et les actes suicidaires ?
16:13Tous les gens et les idées suicidaires ne passent pas à l'acte.
16:15Qu'est-ce qui fait que certains actes suicidaires
16:17soient létaux ou moins létaux ?
16:18On a parlé des moyens suicidaires,
16:20qui est un gros facteur.
16:21Il y a une recherche très importante
16:24sur le plan clinique, épidémiologique,
16:27neurobiologique aussi.
16:28Il y a des facteurs cérébraux qui sont en jeu.
16:31Ceci dit, moi j'ai beaucoup étudié ces facteurs.
16:33Je pense que ça se passe dans le cerveau,
16:37mais le cerveau est d'une telle complexité
16:38que ce n'est pas demain qu'on aura des biomarqueurs
16:41qui vont nous aider, même si on est tenté de le dire.
16:46Il y a, je pense aussi, une recherche
16:48très intéressante en termes d'intervention.
16:52Sur la recherche épidémiologique,
16:53on a identifié beaucoup de facteurs de risque.
16:56Aujourd'hui, on identifie des facteurs de risque
16:57qui peuvent être moins puissants,
16:59mais très fréquents.
17:00On sait par exemple que la précarité
17:01est un gros facteur de risque suicidaire.
17:03On sait que l'isolement social,
17:05qui est au niveau individuel,
17:07n'est pas un gros facteur comparé à la maladie mentale,
17:09qui est un très gros facteur de risque suicidaire,
17:11mais c'est un facteur très très répandu.
17:14Probablement qu'il joue beaucoup sur les chiffres de suicide,
17:16au niveau de la population.
17:18Il y a cette étude,
17:19il y a cette recherche individuelle
17:21qui est très importante
17:22sur les mécanismes psychologiques,
17:24cliniques qui conduisent aux actes suicidaires.
17:26Et puis, il y a toute une recherche à mener aussi
17:28en termes de population.
17:29Finalement, quelles sont les populations à viser,
17:33et quel type d'intervention pour elles.
17:36Merci beaucoup messieurs.
17:37Restez avec nous.
17:37On passe tout de suite à la chronique de Camille.
17:44On vient de parler de prévention, de repérage,
17:47mais il y a aussi tout ce qui se joue
17:48après une tentative de suicide.
17:51Camille, tu as rencontré Olivier,
17:53et il t'a raconté la crise,
17:54mais surtout, ce qui vient ensuite.
17:56Exactement.
17:56Il qualifie ce chemin d'un entonnoir.
17:59C'est d'ailleurs le nom d'un poème qu'il a donné,
18:00où il tente d'expliquer
18:01ce qui se passe dans la tête, dans la vie,
18:03quand on ne voit plus d'issue.
18:06Pour Olivier, tout s'est déclenché
18:08avec un événement dans sa vie personnelle en 2004,
18:11pour lequel il a entamé un suivi psychologique
18:13qui a fait ressortir des traumas.
18:15On l'écoute.
18:16C'est comme une boîte de Pandore qui s'ouvre,
18:18avec toutes les mauvaises choses qui refont surface.
18:21J'ai été victime de pédophilie pendant mon enfance.
18:25Il y a aussi des actes de maltraitance.
18:28Ce qui a vraiment été perturbant,
18:32ce qui a vraiment été un gros souci,
18:36c'est vraiment ce rapport au corps lié à la pédophilie.
18:41Ça a commencé à se traduire par des idées suicidaires
18:44sur le trajet domicile-travail.
18:50Je me souviens que je traversais une colline boisée
18:56et sur le bord de la route, il y avait des allées de platane.
19:02Chaque matin, c'était à se demander lequel je peux prendre.
19:06C'est comme si on était au bout d'une pente
19:10et que la glissade devient tellement accrue,
19:15tellement rapide
19:19qu'on abandonne.
19:22J'ai abandonné.
19:23J'ai laissé ton léger.
19:25Et puis, forcément, à partir de ce moment-là,
19:28il y a tout qui part.
19:32Olivier parle de sa tentative de suicide en 2011
19:34comme celle qu'on retient.
19:35Mais il m'évoquait aussi tout ce qu'il appelle
19:37les tentatives fantômes.
19:38C'est les nombreuses fois où il a imaginé,
19:40voire même visualisé l'acte suicidaire.
19:42Depuis, il s'en est sorti grâce à une thérapie
19:45qui lui a aidé à mettre en place des garde-fous
19:47pour savoir quand ça va mal.
19:49Et c'est la raison pour laquelle Olivier insiste
19:51sur le fait de lever les tabous.
19:53Le fait d'avoir traversé une crise suicidaire,
19:56d'avoir fait une tentative de suicide,
19:58ça reste, oui, un marqueur dans une vie.
20:00Ce n'est pas une trace indélébile.
20:02Il n'y a pas marqué sur le front
20:04de ceux qui ont fait des tentatives de suicide.
20:06de « attention, personne suicidaire ».
20:08Non, il y a vraiment cette possibilité
20:12de pouvoir s'en sortir.
20:15Ça reste un marqueur, ça reste un passé.
20:17À partir du moment où on est dans l'acceptation
20:21de ce passé, que ce soit l'acceptation des traumas,
20:24que ce soit l'acceptation d'avoir traversé
20:28une crise suicidaire,
20:30il y a vraiment la possibilité de rebondir
20:33et de devenir une sorte d'autre personne,
20:38de transformer ce qu'on pensait être
20:42des fragilités en sensibilité.
20:44En France, il y a près de 200 000 tentatives de suicide.
20:50Le suicide fait encore trois fois plus de décès
20:53que la sécurité routière.
20:55Le seul moyen pour une personne qui est en crise suicidaire,
20:58c'est de pouvoir parler.
20:59Plus tôt on la détecte, plus tôt on en parle,
21:03plus il est facile de s'en sortir.
21:05Et plus il est facile de construire des choses
21:09pour être bien et améliorer sa santé mentale.
21:13Donc aujourd'hui, comme le précise Olivier,
21:15il existe de nombreux relais pour en parler.
21:17Vous avez évoqué de nombreuses fois le 31-14.
21:20Du coup, question pour Liova Ayon,
21:22avec le 31-14 notamment,
21:25comment éviter les rechutes suite à une tentative ?
21:28Alors il y a de nombreux ingrédients pour éviter les rechutes.
21:32D'abord, le témoignage d'Olivier est très émouvant.
21:34Il indique qu'on peut se sortir d'une situation de crise suicidaire,
21:37aller mieux.
21:39Ça, c'est très important.
21:40Dans les ingrédients, il y a la question du lien.
21:44Garder un lien, un lien avec les autres,
21:47un lien avec le soin,
21:48pour ceux qui nécessitent un traitement.
21:51Un lien social,
21:52ce sont des ingrédients très importants
21:55qui contribuent à limiter le risque de récidive.
21:58Il y a des dispositifs spécifiques aussi qui existent,
22:01comme Vigilance,
22:01qui permet de garder un lien avec le soin psychiatrique,
22:04d'un dispositif qui rappelle et prend des nouvelles par téléphone,
22:07après un geste suicidaire,
22:09et qui fonctionne bien sur la prévention de la récidive.
22:11Et c'est un cas récurrent,
22:13les personnes qui vous appellent au 31-14
22:16pour des cas de rechute ?
22:19Ça fait partie des situations qu'on a régulièrement.
22:22Quelque chose à ajouter ?
22:25Non, juste pour souligner que les témoignages
22:26de personnes qui ont vécu ces expériences
22:28sont absolument indispensables.
22:30Je pense aussi aux témoignages des personnes
22:32qui ont perdu un proche de suicide,
22:34qu'on a oublié pendant très très longtemps
22:37et qui ont des choses très très importantes à dire.
22:40Il faut les écouter,
22:41puis il faut s'appuyer dessus aussi pour faire de la recherche.
22:43On parlait de recherche tout à l'heure,
22:44les chercheurs s'inspirent de ces témoignages aussi
22:47pour aller creuser.
22:50Et puis souligner ce qu'a dit Liova,
22:54que ce témoignage, je le rappelle,
22:55qu'il y a de l'espoir aussi.
22:57Alors si on peut prévenir les passages à l'acte,
22:59c'est très important.
23:00Quand ça arrive, malheureusement,
23:02tout ne s'arrête pas non plus.
23:03C'est aussi l'occasion de travailler sur soi,
23:07aller chercher ses sensibilités dont il parle
23:11et puis pour préparer la suite de sa vie.
23:16Merci beaucoup Camille pour ce très beau témoignage
23:20et merci à tous les deux
23:21d'avoir été les invités de Santé Futur,
23:23Fabrice Joland et Liovaillon.
23:25Merci d'avoir été avec nous.
23:31Et pour nous présenter cette pépite santé,
23:33nous retrouvons à distance Philippe Courtet,
23:35professeur de psychiatrie, fondateur de Bay Before Anyone Else,
23:39un projet porté par la Fondation Fondamentale.
23:42Bonjour Philippe Courtet.
23:44Bonjour.
23:45Bay est une application gratuite
23:47destinée aux adolescents de 12 à 17 ans.
23:49L'idée, c'est de les aider à mieux identifier
23:50leurs propres signaux d'alerte
23:52et à demander de l'aide lorsque leur État se dégrade.
23:55Pourquoi avoir choisi de mettre cet outil
23:58directement entre les mains des adolescents ?
24:02Alors, pour plusieurs raisons.
24:04La première, on en parle beaucoup,
24:06la santé mentale des jeunes, des adolescents,
24:10enfin en tout cas des jeunes d'une façon générale
24:12et particulièrement dégradée.
24:15les enquêtes baromètres,
24:17les enquêtes de santé publique France, etc.
24:19nous montrent que cette population
24:22présente très fréquemment un état de mal-être profond
24:25qui se manifeste par des idées de suicide
24:27chez un tiers d'entre eux.
24:29Et on a pu rapporter,
24:32dans une étude qu'on est en train de publier
24:34à l'Université de Montpellier,
24:35que depuis octobre 2020,
24:37il y a eu une augmentation particulièrement importante
24:40des tentatives de suicides,
24:41et notamment sévères,
24:42chez les jeunes femmes,
24:44chez les adolescents de moins de 25 ans.
24:46Donc il était important de déployer des ressources.
24:49Et le smartphone est un outil,
24:52le prolongement de notre main,
24:53ou de notre cerveau,
24:54à nous tous,
24:55mais particulièrement chez les jeunes.
24:56Donc c'est un outil familier
24:58que l'on espère bénéfique
25:01pour ce champ de la prévention du mal-être
25:04et des crises suicidaires.
25:05Et alors, lorsqu'un jeune,
25:07une jeune ouvre baie,
25:09qu'est-ce qu'il y trouve ?
25:09Qu'est-ce qu'elle, il y trouve ?
25:11Alors, l'idée est de coupler
25:15la possibilité pour le jeune
25:17d'évaluer son état émotionnel,
25:20de façon à identifier ce qui ne va pas,
25:24d'identifier la survenue
25:26d'une crise suicidaire
25:28en train de se constituer,
25:29en train de s'aggraver,
25:31et pour arriver à un deuxième élément
25:33qui est essentiel,
25:34c'est l'intervention,
25:35proposer de façon embarquée
25:37dans l'application
25:37un plan d'action,
25:39un plan de sécurité
25:39qui aura été préparé en amont
25:41par le jeune
25:43avec l'aide d'un professionnel de santé
25:45et ou de ses proches.
25:47Donc, c'est vraiment
25:47essayer d'identifier
25:49une crise suicidaire
25:50et surtout d'apporter les ressources
25:52qui lui permettront
25:53d'apaiser sa crise
25:55et aussi d'avoir anticipé
25:58les personnes de contact
25:59qui pourront l'aider
26:01lorsqu'il les appellera
26:02en cas de crise.
26:03L'idée générale,
26:04c'est que quand on est
26:05dans une crise suicidaire
26:06déjà constituée,
26:08on a du mal à réfléchir,
26:09on a du mal à savoir
26:11comment agir.
26:12Et donc, il est important
26:13d'anticiper
26:13en ayant préparé
26:14un plan d'action
26:15qui sera mis en action
26:18lors de la survenue
26:20ou de l'arrivée
26:20d'une crise suicidaire.
26:22Et alors, justement,
26:22comment est-ce que B
26:23essaie de réduire
26:24cette distance
26:25entre le moment
26:26où un adolescent
26:27perçoit un signal
26:28et celui où il parle
26:29à quelqu'un
26:30et vers qui
26:31les orientez-vous ?
26:34Alors, l'élément essentiel
26:35vraiment est que
26:36l'application permet
26:38d'avoir en elle
26:40embarqué ce plan d'action
26:41qui aura été
26:42préalablement constitué.
26:44Donc, si l'adolescent
26:47réalise les auto-évaluations
26:49qui lui sont proposées
26:50et qu'il signale
26:51qu'il ne va pas bien,
26:52paf, le plan d'action
26:53va apparaître.
26:54Et là,
26:54vont apparaître
26:55un panel de ressources
26:57qu'il aura lui
26:57préalablement établi.
26:59Qu'est-ce qui me permet
27:00de m'apaiser
27:01lorsque je ne vais pas bien
27:02des ressources internes,
27:03des ressources externes
27:04et éventuellement,
27:06si vraiment
27:07il y a plus d'urgence,
27:08un écran va apparaître
27:10avec les contacts
27:11qui auront été
27:12prédéfinis
27:12de personnes
27:13qui seront susceptibles
27:15de l'aider
27:16éventuellement
27:17jusqu'au numéro d'urgence.
27:18Mais l'idée est vraiment
27:19d'avoir un panel
27:20d'actions
27:21qui permettront
27:21aux jeunes
27:22d'agir
27:23sur sa crise suicidaire.
27:25C'est-à-dire
27:25qu'il est acteur,
27:27lui permettre
27:27avec cet outil
27:28d'être acteur
27:29de la résolution
27:31de sa crise suicidaire
27:32mais aussi
27:33de pouvoir appeler
27:34les secours
27:36en cas d'urgence.
27:38Philippe Courtet,
27:39une rapide
27:40et dernière question.
27:41Philippe,
27:42B est encore
27:43un outil récent.
27:44Quel recul
27:45est-ce que vous avez
27:45aujourd'hui
27:46sur son utilisation
27:47auprès des adolescents ?
27:50C'est quelque chose
27:51que l'on va analyser.
27:52Effectivement,
27:53l'appli a été lancée
27:54avant l'été
27:55et c'est quelque chose
27:56qui est extrêmement important.
27:57La première chose,
27:59c'est qu'on n'a pas fait
27:59d'études contrôlées,
28:00randomisées,
28:01etc.
28:01Mais l'application
28:03possède en elle
28:04un plan d'action
28:05dynamique
28:08élaboré
28:08par les jeunes
28:09avec les proches
28:10et en collaboration
28:12avec les professionnels.
28:13On sait que ça,
28:14ça fonctionne
28:14dans la prévention
28:15du suicide.
28:16On espère
28:17que ce plan d'action
28:18embarqué
28:18dans l'application
28:20pourra être utile.
28:21On avait des données
28:22préliminaires
28:24antérieures
28:25dans une étude
28:25réalisée
28:26chez les adultes
28:27à partir de 18 ans
28:28qui nous montrent
28:29que ce type d'application
28:30peut être utile
28:32en cas de crise suicidaire,
28:33est utilisable.
28:35Donc,
28:36on a de l'espoir
28:37que cet outil
28:38apporte un plus
28:39en permettant
28:41aux jeunes
28:42en difficulté
28:43d'avoir un outil
28:44leur permettant
28:45d'être un acteur
28:46de la résolution
28:47de la crise.
28:47Merci beaucoup.
28:49Merci Philippe Courthet,
28:50professeur de psychiatrie
28:51et fondateur
28:52de Bay Before Anyone Else.
28:54À très bientôt
28:55sur Bsmart for Change.
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