- il y a 8 heures
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00:01Europe 1, il est 18h15, bonsoir et bienvenue si vous nous rejoignez, j'accueille mes débatteurs du soir, Gilles Boutin,
00:10journaliste en politique économique au Figaro, bonsoir Gilles, bonsoir Hélène, ainsi que Michel Fayad, analyste politique et géopolitique, bonsoir Michel,
00:17nous accueillons Céline Imard, députée européenne et vice-présidente des Républicains, bonsoir, bonsoir Hélène, alors portée par vous, pour le
00:25PPE, la résolution sur l'entrisme islamiste et l'influence des frères musulmans
00:29a été adoptée par 381 voix contre 167, la majorité réunissait le PPE, le CR, les Patriotes pour l'Europe
00:36et Renew, les socialistes, les Verts et la gauche radicale ont très majoritairement voté contre, sans grande surprise, le texte
00:43demande la fermeture de la porte des institutions à ces organisations, le traçage de l'argent européen ou encore le
00:49renforcement des contrôles sur les visas délivrés aux personnes liées aux frères musulmans, Céline Imard vous parlez d'un vote
00:55historique mais cette résolution n'est pas contraignante, qu'est-ce qui peut changer concrètement ?
00:59Quelle est la portée de cette résolution ?
01:29Une volonté extrêmement forte qui est de dire que ces entités-là, c'est dehors, on leur ferme la porte
01:34et on ne peut plus être naïf sur leur financement, donc au niveau des institutions si vous voulez, plus personne
01:41ne peut agir comme auparavant en fermant un petit peu les yeux, et ça c'est vraiment, ça a beaucoup
01:47bruissé si vous voulez dans les couloirs de Bruxelles, à la commission ils ne pourront plus faire comme avant, ça
01:53c'est certain.
01:53Mais alors, vous affirmez qu'il n'y aura plus un seul euro d'argent public pour les islamistes, comment
01:57on le garantit alors que la commission elle-même ne sait pas vraiment combien elle verse à ces structures ?
02:02On se souvient des révélations du Figaro sur le Fémiso, notamment très récemment, où on se rendait compte qu'en
02:06fait ils recevaient toujours de l'argent, alors que manifestement à la commission, tout le monde a l'air d
02:10'y être opposé.
02:11Bien sûr, et moi j'avais mis le doigt aussi sur les financements qui ont été donnés à l'université
02:16de Gaziantep, il y a Erasmus, il y a eu énormément de choses qu'on voit, et le vrai sujet
02:20c'est qu'aujourd'hui la commission doit répondre dans les trois mois pour nous dire comment exactement elle compte
02:27mettre en place cette traçabilité.
02:57Ah oui, d'accord.
02:58qui respecte les valeurs de l'Union Européenne, et puis c'est machine à cash qui peut s'ouvrir dès
03:03lors que dans des appels à projets c'était écrit diversité ou inclusion.
03:06Aujourd'hui la commission sait très bien, et ce sera à elle de nous présenter un plan pour assurer la
03:11traçabilité complète avec les bénéficiaires, les sous-traitants, les sous-bénéficiaires, jusqu'au destinataire final.
03:18Alors vous venez de citer l'université de Gaziantep en Turquie, vous avez également cité, me semble-t-il, dans
03:22le Figaro des fonds Erasmus qui étaient versés à Alshark Forum.
03:26Combien d'autres cas vous soupçonnez aussi de financements comme ça, et puis pourquoi la commission n'a rien vu
03:32? Est-ce que vous pensez qu'il y a des personnes qui ont sciemment caché certains financements,
03:35ou alors c'est juste un manque de travail et en réalité quelque chose qui relève de l'incompétence ?
03:39Non, le problème c'est que je ne peux rien soupçonner, et le problème c'est que la commission ne
03:44peut rien soupçonner non plus.
03:45Et c'est là qu'est le scandale démocratique. Si vous voulez, aujourd'hui vous avez 30 000 fonctionnaires à
03:50la commission qui sont répartis en 30 directions générales.
03:53Chacun a ses lignes budgétaires, chacun a son budget, ses appels à projets, c'est ça qui est dingue.
03:59C'est qu'aujourd'hui la commission n'est pas en mesure de nous donner une vision consolidée.
04:02C'est-à-dire qu'on a certainement aussi des commissaires qui ne savent pas exactement combien sa propre dégé
04:08donne à qui.
04:09Donc là c'est un coup de pied dans la fourmilière que met le Parlement, en disant vous ne pouvez
04:12plus continuer comme avant.
04:13Vous devez revenir vers le Parlement pour nous donner des méthodes de traçabilité, de vision consolidée des fonds
04:19qui puissent dire l'argent des citoyens européens à qui il va et vers qui.
04:23Et vers les entités, les individus liés aux frères musulmans, liés à l'entrisme, c'est plus possible.
04:29Gilles Boutin.
04:30Oui bonsoir, je reviens à votre résolution. Ce texte est accusé d'être islamophobe par la gauche, par vos collègues
04:36eurodéputés de gauche.
04:37J'aimerais savoir, d'une part, avez-vous pu discuter avec certains de ces eurodéputés
04:43pour tenter de les convaincre ou à minima de les comprendre et que vous disent-ils ?
04:48Et autrement, que répondez-vous à cette accusation plus générale d'islamophobie ?
04:53Céline Imard.
04:54Oui, très bonne question. Alors non, je n'ai pas parlé avec les députés d'extrême-gauche, des verts et
05:00des socialistes
05:01pour la bonne et simple raison qu'ils n'ont pas voulu discuter et ils ont tout de suite boycotté
05:05le texte
05:06et les négociations afférentes au motif que dans le titre, il est écrit
05:10« Stratégie contre l'entrisme islamiste et contre les frères musulmans ».
05:14Et sans avoir lu la résolution, on est déjà en train d'étiqueter tous ceux qui ne pensent pas comme
05:19eux
05:19de fasciste ou d'amalgame ou d'islamophobe. Donc moi, dans ces conditions, je ne discute pas non plus.
05:25Ils ne veulent pas discuter, je ne discute pas. Je tiens à rappeler que dans les premiers paragraphes de la
05:30résolution,
05:31il est nettement écrit, développé et noir sur blanc, c'est vraiment un point fondamental de la résolution,
05:38que nous disons que nous nous attaquons non pas à l'islam et non pas aux musulmans
05:42qui pratiquent leur religion de manière tout à fait pacifique, mais que nous nous attaquons
05:48à l'entrisme islamiste en tant que projet politique pour l'Europe
05:51qui vise en fait à faire passer des mesures, la charia ou des mesures de leur religion
05:56par-dessus les lois de nos États, en tant qu'entrisme.
05:59Et c'est nettement spécifié dans le texte de la résolution.
06:02Donc si la gauche s'amuse à traiter d'islamophobe et de fasciste,
06:05tous ceux qui veulent s'attaquer à ces sujets,
06:08qui continuent à faire la politique de l'autruche, circuler, il n'y a rien à voir,
06:12pas du tout, il n'y a pas de problème de séparatisme, il n'y a pas de problème d
06:15'entrisme.
06:15Moi je crois que l'histoire jugera très très sévèrement ces députés de gauche
06:19et ces groupes politiques qui refusent de voir quels sont véritablement les problèmes
06:23qui minent nos sociétés occidentales et européennes.
06:26Alors vous mentionnez l'extrême gauche, évidemment c'est des réflexions dont on s'attendait
06:29de la part par exemple de Manon Aubry, mais il y a également Nathalie Loiseau
06:32dont le groupe a voté le texte, qui est mis en garde contre un amalgame
06:36entre entrisme et notamment terrorisme.
06:38Qu'est-ce que vous lui répondez à Nathalie Loiseau ?
06:40On a eu beaucoup l'occasion d'échanger avec Nathalie Loiseau
06:44puisque c'était la négociatrice que j'ai eue avec moi sur ce texte
06:48pour son groupe des centristes au Parlement européen.
06:51Donc elle, elle a mis en garde contre effectivement cet amalgame
06:54et preuve en est qu'il n'y a pas d'amalgame dans le texte
06:57puisqu'elle l'a massivement soutenu et massivement voté par son groupe.
07:02Donc là-dessus, on a eu une majorité extrêmement claire au Parlement européen
07:05qui nous donne du poids.
07:07On a voté avec tous les groupes à notre droite, avec le PPE à 100% et avec Rignou.
07:11Et c'est pour ça que c'est fort.
07:13Parce que le fait qu'on ait obtenu cette majorité aussi avec les centristes,
07:17les autres institutions et notamment la commission en termes de signal politique,
07:22là c'est vraiment très très clair.
07:24C'est-à-dire qu'elle le prend vraiment comme un signal extrêmement puissant.
07:27C'est la première fois qu'au niveau européen,
07:29il y a un texte contre l'entrisme et contre les frères musulmans.
07:33Encore une fois, l'Union des droites a fonctionné au Parlement européen
07:36et comme elle ne fonctionne absolument pas en France,
07:38c'est vrai que sans leur voix, que ce soit du centre
07:40ou même par exemple de groupes comme l'ECR ou des Patriotes pour l'Europe,
07:44le groupe du Rassemblement National, le texte ne passait pas.
07:46Est-ce que ça prouve qu'encore une fois,
07:48le cordon sanitaire existe peut-être un petit peu moins au Parlement européen
07:51et qu'en fait, en bonne conscience, vous êtes capable de vous parler
07:53pour justement essayer de faire avancer les choses ?
07:55Manifestement, c'est quelque chose que l'Assemblée Nationale ne parvient pas à faire.
07:58Oui, mais moi c'est quelque chose que je fais, que j'assume de faire.
08:01Le cordon sanitaire, je ne sais pas ce que ça veut dire
08:04parce qu'on est face à des députés qui sont élus.
08:07Moi, je suis désolée, mais on respecte les résultats de la démocratie dans les urnes.
08:11Tous les députés que j'ai avec moi au Parlement européen sont élus.
08:14On a par ailleurs au Parlement 720 députés de 27 nationalités différentes.
08:18Donc si on n'est pas capable de passer par-dessus des clivages
08:21pour aller réunir au-delà des groupes, au-delà des nationalités,
08:25des personnes avec qui on peut trouver des points communs et des intérêts
08:28en fait pour défendre ce qu'on croit, pour défendre les Français,
08:32pour défendre notre programme, pour défendre l'intérêt général,
08:35eh bien on n'y arrive pas.
08:36Donc moi je dirais que cette logique de cordon sanitaire au Parlement européen,
08:41traditionnellement, elle n'a pas sa place parce qu'on est dans un échiquier ultra complexe,
08:44je vous le disais, à 27 nationalités, à 8 groupes politiques.
08:48Et si on veut faire avancer des textes, si on veut gagner des batailles,
08:52eh bien on discute avec tout le monde.
08:54Michel Fayad.
08:55Oui, il y a aussi, vous savez, le groupe CCIF qui avait été dissous en France,
09:00qui a été reconstitué en Belgique, CCIB, et puis en Europe, CCIE.
09:06Que Raphaël Arnaud a fait venir à l'Assemblée nationale.
09:08Voilà, et qui, je crois même, a réussi à venir une fois au Parlement européen, je crois.
09:12Et qui parle justement d'islamophobie dont on parlait tout à l'heure.
09:16Et qui, comment est-ce qu'on pourrait faire qu'un groupe qui est interdit en France,
09:21le soit aussi au niveau de l'Europe et au niveau de la Belgique ?
09:26Céline Imar.
09:27C'est exactement ce qu'on demande à la Commission,
09:29c'est-à-dire qu'on trace très bien dans la résolution qu'aujourd'hui nous avons à faire
09:32à des groupes qui agissent en constellation, qui agissent en toile d'araignée,
09:36et qui agissent de manière masquée.
09:37C'est-à-dire que vous n'avez pas des associations qui écrivent sur leur front
09:40une étiquette « frères musulmans », « salut, c'est moi ».
09:43Non, non.
09:43Ils ont des stratégies qui sont beaucoup plus élaborées et beaucoup plus dissimulées.
09:47Donc, c'est difficile de les appréhender,
09:50notamment au niveau des visas de la liberté de circulation,
09:53parce que quand on arrive à les faire interdire dans un pays,
09:55ils vont se reconstituer avec une association, avec un non-différent,
10:00avec des entités par avant, etc., dans d'autres pays.
10:03Et donc, c'est pour ça que c'était important d'agir au niveau européen,
10:06parce que ces entités-là ont une capacité de mobilité, de reconstitution,
10:10pour échapper aux législations en vigueur dans un État membre.
10:13Après, voilà, c'est ce qu'on demande à la Commission de faire.
10:16C'est d'agir, bien sûr, on l'a dit, sur le fait de leur fermer les portes
10:19des institutions de manière physique, parce qu'ils sont très présents.
10:22Deux, c'est sur les financements.
10:24Et trois, on leur demande d'agir sur la liberté de circulation,
10:27sur les visas et sur la traçabilité de ces entités.
10:30Et c'est pour ça qu'il faut que la Commission se bouge.
10:32En fait, ce vote, c'est une grande victoire qui est historique,
10:36mais c'est comme si on arrivait sur une course
10:38et qu'on se place sur la ligne d'arrivée.
10:40Enfin, on rentre dans la course et on se place au début de la course.
10:43Mais maintenant, il faut atteindre le point final de la course.
10:46C'est-à-dire qu'il y a des parcours d'obstacles,
10:48il y a des haies, il y a tout ce que vous voulez.
10:50Et là, il va falloir qu'on marque à la culotte, entre guillemets,
10:53la Commission et les institutions pour qu'elles agissent
10:56en fonction de ce que leur demande le texte.
10:58Donc, c'est à la fois la fin d'un parcours,
11:00parce que je vous assure que porter cette résolution
11:02avec un vote au Parlement, ça n'a pas été simple.
11:04C'est à la fois une belle victoire, une belle première,
11:07mais ce n'est que le début aussi d'une course
11:09où pour la première fois, on se positionne
11:11et où il va falloir que tout le monde joue le jeu.
11:14Alors rapidement, Céline Imar, il ne nous reste plus que quelques secondes,
11:17mais pour prendre un petit peu de hauteur,
11:18le Qatar et la Turquie sont des partenaires de l'Europe.
11:20La Turquie est membre de l'OTAN.
11:21Est-ce que vous pensez que l'Europe a quand même le courage
11:24d'affronter ses partenaires sur ce genre de financement ?
11:27Je ne sais pas, parce que là, je pense qu'on a un réel problème
11:30au niveau du Conseil des États membres.
11:32Tant que nous aurons des personnes comme Pedro Sanchez,
11:35qui sera chef du gouvernement espagnol,
11:36ou Emmanuel Macron, qui sera chef du gouvernement en France
11:39et qui donc représentera dans les instances européennes,
11:43respectivement, la voix de la France et de l'Espagne,
11:44c'est certain que pour moi, aujourd'hui,
11:46il n'y aura pas d'unanimité au Conseil
11:48ou même de majorité extrêmement forte
11:51pour aller, comme vous dites,
11:54à la source des problèmes de financement
11:56et d'ingérence étrangère.
11:57C'est ça. Un très très grand merci, Céline Imar,
11:59députée européenne et vice-présidente des Républicains,
12:02d'être venue dans Europe 1 Soir.
12:03Dans un instant, avec Michel Fayad et avec Gilles Boutin,
12:06nous parlerons de cette primaire socialiste.
12:08On peut vous annoncer que Raphaël Glucksmann a gagné à 66%.
12:12Ça y est, au premier tour.
12:13Donc, il n'y aura pas de second tour.
12:14On en parle dans un instant sur Europe 1.
12:16A tout de suite.
12:17Europe 1 Soir.
12:1918h-20h.
12:20Hélène Roux.