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  • il y a 10 heures
Sport, culture, santé, féminisme, éducation, solidarité internationale… : les associations sont essentielles au vivre ensemble et pourtant, le gouvernement continue de réduire leurs enveloppes. Au programme : encore un milliard de moins si le budget Lecornu pour l'année 2026 est adopté.

Pour en comprendre les impacts, nous avons donné la parole à celles et ceux qui travaillent au quotidien dans ces associations : Jean-Baptiste Jobard, coordinateur du Collectif des associations citoyennes (Cac), créé en 2010 et qui regroupe par exemple la Cimade, Attac ou le planning familial : des associations et des réseaux associatifs qui luttent pour une société plus solidaire, démocratique, écologique… Et Auriane Dupuy, chargée de plaidoyer à la fédération nationale des Centres d'information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF). Créé en 1972, ces centres accompagnent les femmes pour favoriser l'autonomie, l'accès au droit et l'insertion socio-économique, et luttent pour l’égalité entre les femmes et les hommes.

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Transcription
00:01Le secteur associatif représente près de 1,8 million d'emplois en France et 20 millions de bénévoles.
00:06Alors qu'il assure comme il peut les missions de services publics que délaisse l'État, les associations sont en
00:11crise.
00:1290 000 emplois sont menacés à court terme.
00:15Sport, culture, santé, féminisme, éducation, solidarité internationale.
00:19Les associations sont essentielles au vivre ensemble et pourtant le gouvernement continue de réduire leur enveloppe.
00:24Encore un milliard de moins si le budget de Le Cornu est adopté.
00:28On a donc voulu donner la parole à celles et ceux qui travaillent au quotidien dans ces associations.
00:33Avec nous à ma gauche Jean-Baptiste Jobard, vous êtes coordinateur du collectif des associations citoyennes.
00:38Bonjour, merci d'être là.
00:40Le CAC a été formé en 2010 et regroupe par exemple l'Astimad, Attaque, le Planning Familial,
00:45bref tout un tas d'associations et de réseaux associatifs qui luttent pour une société plus solidaire, démocratique, écologique, etc.
00:53A côté de vous à votre gauche, Oriane Dupuis, bonjour.
00:55Bonjour.
00:56Merci aussi d'être ici. Vous êtes charlée de plaidoyer à la Fédération Nationale des CIDFF,
01:01donc les Centres d'Information sur les Droits des Femmes et des Familles.
01:04Ça a été créé en 1972 et ces centres accompagnent les femmes pour favoriser l'autonomie, l'accès aux droits
01:11et l'insertion socio-économique
01:12et globalement qui luttent pour l'égalité entre les femmes et les hommes.
01:16Alors on sait que, évidemment, vous êtes très nombreux, très nombreuses derrière vos écrans à faire partie d'associations comme
01:23beaucoup de Français françaises.
01:25Donc surtout, n'hésitez pas à témoigner tout au long de l'échange de vos propres expériences associatives
01:33et de ce qui est en train de changer dans potentiellement vos associations, étant donné les coupes budgétaires.
01:38Je n'ai pas présenté aussi, mais Eugénie Barbeza, journaliste à l'Humanité, à l'Urbrique Capital Travail, qui va
01:42mener avec nous cette interview.
01:44Bonjour Eugénie et bienvenue.
01:46Je le disais, selon une enquête du mouvement associatif, le budget Lecornu prévoit encore un milliard en moins pour le
01:52secteur associatif.
01:53Alors ce n'est pas dit comme ça, mais globalement, quand on fait le compte, c'est un milliard.
01:57Donc est-ce que ces coupes budgétaires sont sans précédent ?
01:59Ou est-ce que c'est finalement la continuité d'une politique libérale en vigueur depuis plusieurs dizaines d'années
02:05?
02:05Peut-être Jean-Baptiste, Auréano, comme vous...
02:09Peut-être pour ouvrir le bal, dire qu'en fait, c'est une continuité, évidemment.
02:12C'est-à-dire qu'en fait, on voit qu'on est sur un virage d'un néolibéralisme de plus
02:15en plus dur, de plus en plus autoritaire aussi, on en parlera sûrement,
02:18mais qui s'est d'abord manifesté sur le plan financier et budgétaire.
02:22Et d'ailleurs, c'est la raison pour laquelle le cas qui a été créé en 2010,
02:24parce qu'il y avait déjà de grosses, grosses inquiétudes qui n'ont fait que se renforcer.
02:28Et là, ce à quoi on insiste, c'est une accélération, une intensification.
02:31Mais ça n'a rien de nouveau.
02:33Ce qui est nouveau, en fait, c'est finalement que c'est de telle ampleur que la prise de conscience
02:38est peut-être un peu plus généralisée.
02:40D'ailleurs, Auréane, peut-être, vous voulez réagir ?
02:42Oui, peut-être. Pour compléter, sans avoir cette vision de long terme qu'aurait peut-être le CAC,
02:47mais à la fois, on est sur une situation qui est inédite.
02:50Enfin, nous, pour le réseau des CIDFF, typiquement, la crise financière qu'on a connue cette année,
02:55elle était inédite et elle a donné lieu à des mobilisations qui étaient, elles aussi, inédites.
03:00Mais de fait, en fait, le budget qui nous attend là, c'est pas en soi une nouveauté qu'il
03:05y ait des restrictions.
03:06Nous, rien que sur l'année 2025, on a compté 1,8 million de baisse de subvention.
03:10Donc c'est pas une nouveauté du projet de loi de 2026.
03:13C'est déjà des baisses de subvention qu'on connaît déjà et qui sont, pour le coup, inédites, effectivement, dans
03:18l'histoire,
03:18la grosse histoire d'un réseau comme le nôtre.
03:21Alors justement, le 11 octobre dernier, vous vous êtes mobilisés, tout le mouvement associatif,
03:25à l'appel du mouvement associatif, qui est une association d'associations,
03:29vous vous êtes mobilisés de manière assez inédite.
03:33Tout type d'associations étaient présentes, 350 événements en France.
03:37On voit les images de ce qui s'est passé, notamment à Paris.
03:42Le mot d'ordre, c'était ça, ne tient plus.
03:44Qu'est-ce qui a motivé que vous vous mettiez ensemble,
03:47que vous oubliez totalement vos différences pour être sous ce mot d'ordre commun ?
03:53Je vais y aller.
03:54Je crois effectivement que c'était hyper important
03:56qu'il puisse y avoir une mobilisation de l'ensemble du secteur associatif,
04:01au-delà d'être important, c'est historique.
04:03C'est extrêmement rare qu'il y ait cette unité-là, on va dire, du champ associatif,
04:07du côté des associations féministes, en tout cas,
04:10elle avait déjà eu lieu sur les volets financiers, sur la question de la crise,
04:14le fait qu'on n'a pas assez les moyens, on travaille beaucoup ensemble.
04:16Mais c'est important aussi pour pouvoir à la fois politiser
04:19et montrer le caractère systémique, justement, de la situation
04:23et le fait que si les associations disparaissent,
04:25que le cri d'alarme d'une association n'est pas un cri isolé,
04:29ce n'est pas parce que les CIDFF disent qu'on n'a pas les moyens qu'elles sont seules
04:32à ne pas en avoir.
04:33C'est pareil pour le planning familial, c'est pareil pour des associations d'éducation populaire,
04:37des associations qui sont sur les questions sportives ou que sais-je.
04:41C'est vraiment une situation générale.
04:43Déjà, nous, ça nous met du baume au cœur de savoir qu'on n'est pas seuls là-dedans.
04:46Mais c'est aussi important pour pouvoir porter le message auprès de l'opinion publique,
04:50auprès des politiques, et de pouvoir dire, là, on a un problème,
04:53on a un État qui donne des missions à des associations
04:55et des moyens qui ne sont pas là pour pouvoir les faire.
04:57Et les premières personnes qui vont souffrir de ça, en fait,
05:00c'est les gens qui vont pousser les portes des associations
05:02pour pouvoir avoir de l'aide ou simplement faire du vivre ensemble.
05:06Ça concerne aussi les associations qui se donnent elles-mêmes des missions, Jean-Baptiste Chobard.
05:09Tout à fait.
05:10Et puis, peut-être pour revenir sur cette mobilisation effectivement assez inédite,
05:14le 11 octobre dernier, ce que je disais, c'est que c'est un processus
05:16et qu'on peut se rappeler que dans l'histoire, ça a été rare, en fait,
05:19les moments où le monde associatif s'est mobilisé comme ça.
05:22Il y a quand même un précédent historique qu'on aime bien rappeler
05:25parce que c'est quelque chose qu'on oublie vite.
05:28Mais sur le premier mandat d'Emmanuel Macron,
05:30il y a quand même eu le plus grand plan de licenciement de l'histoire de France
05:33avec 260 000 emplois et des supprimés.
05:35Donc 40% dans le milieu associatif.
05:37Ça a été une véritable saignée, en fait, dans le monde associatif.
05:40Et à cette occasion-là, il y avait déjà eu une mobilisation,
05:42alors pas de l'ampleur de celle qu'on a vécue le 11 octobre,
05:45mais qui était importante parce qu'elle était aussi très, très unanime
05:49dans un milieu associatif qui est caractérisé par une hétérogénéité très grande.
05:52Et donc faire l'unité politique, ce n'est pas évident.
05:54Le gouvernement a au moins réussi deux fois à la faire.
05:59C'est impressionnant.
06:01Et justement, en parlant du gouvernement,
06:03peut-être dire quand même qu'après le 11 octobre, il y a eu le 13 octobre.
06:05C'est-à-dire, il y a eu la présentation du budget qui était, en fait, un immense bras d
06:11'honneur à cette mobilisation.
06:12Parce qu'en fait, à l'heure où le mouvement associatif, sans majuscule,
06:16avec la majuscule, se mobilise à cette hauteur-là,
06:19la réponse qui lui est donnée qu'en Twitter, c'est un budget qui renvoie le message
06:24qu'en fait, le gouvernement n'en avait rien à faire dans cette mobilisation.
06:27Ça veut dire qu'il faut aller créer chez nous dans la mobilisation.
06:30D'ailleurs, c'est ce qu'on essaie de faire, nous, au CAC,
06:32puisqu'on a lancé en février dernier déjà les soulèvements associatifs.
06:35Parce qu'on pense qu'à une situation exceptionnelle, il faut des mesures exceptionnelles et des ripostes exceptionnelles.
06:40En tout cas, bravo pour la mobilisation.
06:42Je vais vous demander, Oriane Dupuis, en quelques mots,
06:44si vous pouvez nous dire comment les centres d'information sur les droits des femmes et des familles
06:48travaillent concrètement sur le terrain.
06:50Et en fait, en quoi les coupes budgétaires qui vont arriver vont impacter vos actions ?
06:55Je pense que la première chose à dire, c'est qu'on ne travaille pas seul.
06:59C'est-à-dire qu'on travaille avec tout un autre tissu d'association,
07:02on travaille avec le planning familial,
07:03on travaille avec Solidarité Femmes qui gère le 39-19 pour les femmes victimes de violences conjugales.
07:08Donc on travaille comme ça avec beaucoup d'associations féministes.
07:11Au niveau des CIDFF, ça va être essentiellement des juristes,
07:14des travailleuses sociales, des psychologues qui vont recevoir les femmes
07:19parce qu'elles ont une question.
07:20Ça peut être, je suis en train de divorcer,
07:21j'aimerais savoir quels sont mes droits par rapport aux pensions alimentaires
07:23ou je suis dans une situation de violence.
07:27comment je peux faire face à la justice et quels sont mes droits ?
07:29Et donc on va avoir des professionnels qui vont tout simplement recevoir ces femmes,
07:33les informer, leur dire, voilà, voilà tout ce que vous pouvez faire,
07:36voilà, quels sont vos droits ?
07:37Et par le biais d'un maillage, on aime bien utiliser ce mot-là,
07:40mais c'est vraiment ça, se rediriger les unes les autres,
07:43Solidarité Femmes va s'occuper des questions d'hébergement d'urgence,
07:46le planning familial va être plus en mesure de gérer les questions d'IVG.
07:49Et dans les territoires où le planning familial ne peut pas,
07:51et bien c'est le CIDFF comme dans la Somme qui va gérer le numéro vert.
07:54On travaille vraiment ensemble pour pouvoir informer les femmes.
07:57Et en fait ce qui se passe, c'est que comme on a des baisses de subventions,
08:00on est dans une situation financière qui est critique et qui est vraiment inédite.
08:05Et on parlait des mobilisations, on a eu nous-mêmes une semaine de mobilisation inédite
08:08parce qu'à crise inédite, mobilisation inédite de fait.
08:12En fait c'est des permanences qui ferment, notamment en milieu rural.
08:16C'est, je pense, en Bretagne, le CIDFF qui va fermer son antenne à Morlaix.
08:22A Morlaix, si on habite à Morlaix, on ne peut plus aller voir l'antenne du CIDFF
08:25dans un milieu rural.
08:27Et bien là où on avait une permanence qui a été tenue par une juriste,
08:30et bien la permanence a fermé, la juriste a été licenciée.
08:33Ça fait peut-être 1000 femmes sur le territoire qui ne peuvent plus être accompagnées
08:36et probablement des femmes victimes de violences,
08:39donc qui vont rester chez elles et qui ne pourront pas être accompagnées.
08:42Donc sortir en fait de ce mécanisme-là des violences, ça frappe particulièrement,
08:47on va dire, quand on parle là de violences,
08:48mais c'est aussi le cas sur des questions d'accès à l'autonomie économique
08:52pour des femmes aussi étrangères qui essayent de pouvoir accéder à leurs droits,
08:56à des titres de séjour.
08:57C'est vraiment tout ce maillage-là qui essaye d'accompagner les femmes,
09:00qui est en train de dépérir et surtout dans les territoires ruraux.
09:03C'est ça qui est quand même particulièrement problématique,
09:06sachant qu'on a 50% des féminicides qui ont lieu dans les territoires ruraux.
09:09Il faut aussi rappeler ce chiffre-là.
09:10Alors même que ces dernières années, on avait l'impression depuis MeToo
09:13d'une libération de la parole, à minima d'une libération de l'écoute.
09:16Donc ça veut dire qu'il y a de plus en plus de femmes qui ont envie et besoin de
09:19parler.
09:20Et donc au même moment, on est en train de fermer les espaces pour les accueillir.
09:23C'est ça, c'est pas une impression.
09:24En fait, nous, dans nos statistiques, on voit en fait cette augmentation.
09:27On n'a jamais eu autant de femmes qui viennent pousser la porte d'un CIDFF.
09:32C'est même avant, la première question que posaient les femmes
09:34quand elles venaient dans les CIDFF, c'était les questions de droits de la famille.
09:37Maintenant, c'est les violences sexuelles.
09:38C'est devenu le sujet prioritaire.
09:40Et on a même des endroits, je vais prendre le cas du CIDFF du Vaucluse, par exemple, à Avignon.
09:44Elle, c'est plus 50% de demandes de femmes victimes de violences.
09:48Dans les Alpes-Maritimes, c'est plus 84%.
09:50Donc c'est énorme en fait.
09:50On a une explosion parce qu'on dit aux femmes de parler,
09:53parce qu'elles se sentent plus à l'aise de le faire
09:55et qu'on est peut-être aussi plus connues en tant qu'association
09:58comme étant une ressource pour les femmes.
10:00C'est une très bonne chose.
10:01Mais derrière, on n'a pas les moyens de le faire.
10:03Donc on est obligé de refuser des femmes.
10:04Et ça, c'est pas possible.
10:05Est-ce que vous avez une estimation des chiffres sur le nombre de juristes,
10:09par exemple, que vous allez devoir supprimer, faute de moyens ?
10:12Est-ce que vous avez comme ça des chiffres pour que les gens aussi se rendent compte
10:14de ce que concrètement, là vous parlez de Morlaix, vous parlez du Vaucluse.
10:17Est-ce que vous avez une petite estimation de ce que ça va avoir comme impact,
10:20ces coupes budgétaires ?
10:20On a déjà l'estimation, effectivement, depuis le début de l'année,
10:23je ne l'ai pas mentionné, mais rien que pour notre réseau,
10:25et je parle vraiment juste pour nous,
10:26parce que ça concerne en fait aussi les autres associations féministes.
10:29Depuis janvier, c'est une cinquantaine de postes qui ont été supprimés.
10:33C'est notamment des postes qui sont le plus souvent occupés par des femmes,
10:37plutôt des métiers précaires, des métiers qui sont difficiles,
10:40au contact de femmes victimes de violences,
10:42avec une situation de risque aussi,
10:44parce que s'occuper d'une femme victime de violences,
10:46c'est aussi être confrontée potentiellement aux auteurs à un moment donné.
10:49Et c'est en termes d'offres, on va dire, de services qu'on peut faire.
10:53C'est un quart des CIDFF, donc 25 CIDFF quand même,
10:56qui ont dû fermer des permanences, tout simplement les supprimer.
10:58Et autant dans une grande ville,
11:00on peut peut-être un peu moins se rendre compte de l'impact,
11:02mais dans un département, quand il y a une association qui gère le truc
11:06et qui a une permanence à un endroit,
11:08et bien en fait, c'est plein de villages,
11:10où il y a plein de personnes et plein de femmes qui n'ont plus de solution,
11:13parce qu'aussi on a des problèmes de mobilité, etc.
11:15Donc c'est vraiment, ça crée des zones blanches totales d'égalité,
11:18notamment dans des territoires où le risque de féminicide est vraiment très accru.
11:22Vous parlez de la situation du CIDFF,
11:24mais vous disiez aussi que c'est une situation que rencontre finalement la majorité des associations.
11:28Peut-être, Eugénie, tu peux nous faire un petit point sur ce que veulent dire ces coupes budgétaires
11:32et les conséquences qu'elles ont en France de manière un peu plus globale.
11:36Juste avant, je voudrais préciser que là, on a enfin ce chiffre qui sort,
11:40qui frappe de 90 000 emplois en moins.
11:42Mais ce que vient de dire Auriane, c'est que c'est deux postes, trois postes,
11:45et souvent, ce plan de licenciement qui n'est pas le premier,
11:49en fait, il est passé complètement sous les radars.
11:52L'idée de se mobiliser aussi, je pense, c'est aussi de faire masse
11:55et de montrer que c'est énorme, c'est 10% de l'emploi privé en France,
11:59quand même, le secteur associatif.
12:00Donc, c'est beaucoup de monde, et tu l'as rappelé en début d'émission,
12:05et c'est vraiment quelque chose qui a des conséquences,
12:08comme tu viens de le dire.
12:11Mais alors, du coup, il y a plein de baisses qu'on ne comprend pas dans ce projet.
12:15C'est 26% des crédits du programme Jeunesse et Vie associative, par exemple.
12:20C'est une réduction de 541 millions sacrifiés pour le développement local,
12:27alors même qu'on est dans l'injonction qu'on fait aux gens d'aller travailler,
12:32d'aller s'insérer, mais on ne leur donne pas les moyens de le faire.
12:35C'est 40% du budget à l'économie sociale et solidaire.
12:40C'est encore 70 millions contre l'aide internationale.
12:44L'UMI, tu reviendras, mais déjà, il y avait eu 2 milliards l'an passé.
12:48C'est 16 millions d'euros, par exemple, au fonds de soutien à l'expression radiophonique,
12:53qui gère toutes les radios associatives, qui est vraiment parfois l'unique source de financement
12:58de ces radios qui sont un élément de la démocratie.
13:01Mais c'est aussi, il faut voir ce que représentent les associations.
13:05Il y a quand même, en termes de santé, les associations sont là quand l'État n'est pas là.
13:10C'est 90% des établissements qui accueillent des enfants handicapés qui sont des associations.
13:16Ça, on ne le sait pas forcément.
13:18C'est 40% des crèches.
13:19Et heureusement, parce que sinon, c'est les crèches privées, dont on a déjà parlé ici,
13:23qui sont des vraies catastrophes.
13:25Les EHPAD, c'est pareil.
13:26C'est 30% des EHPAD et ça devrait même être plus.
13:28Enfin, si ce n'est pas des EHPAD publics, gérés par les associations,
13:31ça évite les dérives qu'on a connues avec PowerPA, etc.
13:34Et c'est même 10% des hôpitaux.
13:37Donc, du coup, la question que je voudrais peut-être poser à Jean-Baptiste Jobard,
13:42c'est qu'on voit que l'État délègue complètement ses missions,
13:46des missions de service public aux associations.
13:49Et du coup, la question qu'on peut se poser quand on regarde la loi de 1901,
13:52ce n'est pas ça, le rôle des associations.
13:53Donc, est-ce qu'il n'y a pas un petit hiatus, là ?
13:55Si, alors clairement, dans l'optique où l'État délègue sans les moyens
14:00et donc précarise et construit un service public low cost avec le monde associatif,
14:06là, il y a un vrai problème.
14:08Et alors, nous, on n'arrête pas de dire, au cas que notre travail,
14:10c'est de défendre les libertés associatives,
14:12mais on défendra bien les libertés associatives,
14:14si on conçoit ça en même temps que la lutte contre le démantèlement des services publics.
14:18C'est un seul et même combat pour défendre l'action publique
14:21contre l'extension continue du domaine du marché, en fait.
14:25Après, il y a une place particulière de l'action associative dans cette action publique.
14:28Et ça a été dit sur cet exemple du handicap,
14:31c'est une place de défrichage et d'aiguillon.
14:34Et c'est extrêmement important parce que c'est permis par, tout simplement,
14:38la capacité à interpeller les pouvoirs publics, de différentes manières.
14:42Et ce qu'on constate, c'est que cette capacité d'interpellation des pouvoirs publics,
14:47elle est de plus en plus mise à mal.
14:48C'est-à-dire que c'est une liberté associative fondamentale,
14:51c'est une liberté démocratique fondamentale.
14:53Et avec d'autres, on a créé un observatoire des libertés associatives
14:56pour documenter le fait que, progressivement,
14:58il y avait un recul de plus en plus fort, en fait, de ces libertés associatives.
15:01Et donc, les associations ont beaucoup plus de mal à jouer ce rôle d'aiguillon des politiques publiques.
15:06Et c'est là où il y a un problème.
15:07Est-ce que c'est pas lié aussi à leur mode de financement ?
15:09Parce qu'on voit qu'en 2010, 40% du financement, c'était de la subvention de fonctionnement,
15:14c'est-à-dire sans contrepartie.
15:15Et puis que ça a baissé.
15:17Aujourd'hui, on est à à peine 20%.
15:19Et parfois, c'est substitué par des appels à projets,
15:21voire par de la commande publique,
15:23où les associations changent de statut et deviennent des prestataires de services.
15:26Du coup, avec un muselage un petit peu logique.
15:30Tout à fait.
15:31Alors, dans un autre registre que celui de la mobilisation,
15:33on a assisté il y a quelques mois à un temps fort, en fait, pour le monde associatif,
15:36qui était le premier rapport du CESE sur le financement du monde associatif.
15:40Et en fait, le titre est très éloquent.
15:42Ça s'appelait « Financement du monde associatif, une urgence démocratique ».
15:45Et c'est important parce que ça peut paraître comme technique, en fait.
15:49Comment est-ce qu'on contractualise entre une association et une collectivité publique ?
15:53En réalité, c'est des choix politiques très, très forts.
15:55Il y a deux possibilités.
15:56Soit on fait confiance aux citoyens et à leur initiative.
15:58Et à ce moment-là, on privilégie la subvention.
16:01Parce que c'est l'initiative de terrain qui est soutenue, etc.
16:05Soit c'est plutôt de la commande publique,
16:07c'est-à-dire c'est les pouvoirs publics qui définissent ces politiques publiques
16:11et qui demandent aux associations d'être exécutantes de cette politique publique.
16:15Alors nous, on a un mot pour ça, c'est la prestatisation.
16:19Les associations deviennent prestataires de politiques publiques,
16:21souvent décidées sans elles.
16:22Et alors on a une phrase qu'on répète tout le temps,
16:24c'est que quand on est prestataire, c'est plus difficile d'être protestataire.
16:26C'est-à-dire que ce phénomène de transformation du financement public,
16:31c'est un phénomène de dépolitisation à bas bruit.
16:35Et c'est ça qui est en train de ressurgir un petit peu,
16:38le fait que les citoyens ont moins la main pour s'occuper de ce qu'ils regardent,
16:43intervenir dans la vie de la cité, c'est-à-dire de faire de la politique.
16:45Et donc, juste pour compléter,
16:49c'était d'autant plus courageux et intéressant que vous soyez tous ensemble le 11,
16:55parce que ces politiques où il y a des appels à projets,
16:58où des marchés, les associations sont en concurrence sur ces marchés.
17:02Tout à fait.
17:04Et juste parce qu'on parle rarement de sport,
17:06mais le secteur des associations sportives est particulièrement touché,
17:10il y a 25% des associations qui relèvent du domaine du sport,
17:13donc un quart du secteur associatif, c'est quand même émorne.
17:16Je pense que tout le monde ici, autour de la table, à un moment,
17:18a fait partie d'un club de badminton, de handball ou que sais-je.
17:23Ou de pétanque.
17:24Ou de pétanque.
17:25On sous-estime la pétanque.
17:26Il y a 40 000 associations sportives qui sont employeuses dans le secteur,
17:30donc c'est vraiment très important.
17:31On voit bien que ça s'accompagne, de toute façon,
17:33d'un désengagement de l'État sur le sujet du sport depuis les Jeux Olympiques.
17:36Alors, on dit beaucoup, bah oui, mais c'était les crédits liés au jeu,
17:39et là, c'est normal que ça baisse.
17:40Mais en fait, quand on regarde dans le détail,
17:42il y a une vraie volonté de se retirer,
17:44de mettre à mal les associations sportives,
17:46parce qu'il y a une vision très élitiste du sport,
17:49qui donne de l'argent, on va dire, au meilleur,
17:51et à l'inverse, le sport amateur souffre énormément.
17:55Pourtant, on sait que dans le sport, pour un euro investi,
17:58ça permet d'en faire économiser 13 à l'État,
18:01puisque c'est moins d'écrans, moins de problèmes de santé, etc.
18:06En dehors du sport, et de manière générale,
18:08vous, comment vous comprenez le message du gouvernement ?
18:11Pourquoi est-ce qu'il fait un tel choix,
18:13quand il y a autant d'arguments en face,
18:16pour dire, mais non, bien sûr qu'il faut donner de l'argent aux associations ?
18:18Comment est-ce que vous le comprenez, le message du gouvernement ?
18:20On ne le comprend pas.
18:21On ne le comprend pas.
18:25Le seul élément de compréhension, c'est le court-termisme d'une politique.
18:30Vous avez parlé aussi, au début, de néolibéralisme,
18:34est-ce que finalement, nous ici, on explique pourquoi c'est rentable,
18:39mais finalement, ce n'est pas forcément les priorités ?
18:42Oui, et en même temps, je souligne quand même un point,
18:45c'est que c'est extrêmement important, ces arguments économiques,
18:48et en même temps, il faut faire attention,
18:50parce que justement, nous, tout notre travail,
18:52c'est de lutter contre la marchandisation du monde associatif,
18:54et ça passe par justement la manière dont on arrive à rendre compte
18:57de ce qui compte vraiment.
18:58Et ce qui compte vraiment, ce n'est pas que ce qui se mesure en termes d'euros.
19:01Et donc, tout ce qui est incantifiable, c'est extrêmement important.
19:06Ça pose finalement la question de qu'est-ce que la richesse,
19:08et comment est-ce que les associations contribuent à la richesse ?
19:10Moi, j'aime bien cet exemple des associations sportives,
19:12parce que nous, on s'appelle le collectif des associations citoyennes,
19:15parce qu'on rassemble des associations qui sont conscientes
19:18de leur inscription dans la citoyenneté, dans la vie publique.
19:22Et en même temps, il y a beaucoup d'associations sportives
19:24qui n'ont pas forcément développé cette conscience-là,
19:26et qui ont un rôle énorme, en fait, de lien social,
19:28et en ça, elles sont politiques, évidemment.
19:31On va avancer un petit peu, et on va continuer à essayer de comprendre
19:34et de détricoter l'argumentaire de la droite et de l'extrême droite.
19:37On va écouter un petit passage, ça ne dure vraiment pas longtemps,
19:40mais peut-être que ça va vous énerver.
19:41C'est Charles Consigui, qui était aux Amphi, face à Manuel Bompard, justement.
19:46Quand on verse 25 milliards d'euros par an aux associations,
19:50excusez-moi, moi je vous fais 25 milliards d'euros d'économie là-dessus.
19:56Voilà, en plus, il bégaye, il ne sait pas parler.
19:58Bref, Auriane, quand vous entendez ce genre de rhétorique,
20:02de dire de toute façon, on donne trop aux associations,
20:04est-ce que vous avez l'impression que c'est un argumentaire
20:06qui se renforce, qui se développe,
20:07que vous entendez de plus en plus de dire
20:10on donne trop aux associations, c'est inutile,
20:12nous on enlève tout et on fait des économies là-dessus ?
20:14Je dirais que c'est surtout un argumentaire qui est inentendable
20:16parce que nous, au quotidien, on voit qu'on n'a pas les moyens
20:18pour faire quelque chose, qu'on n'a pas décidé de faire nous-mêmes
20:21parce que ça nous fait plaisir et qu'on se dit
20:23tiens, si on s'inventait une mission,
20:24c'est une mission qui a été donnée, attribuée par l'État.
20:27L'État nous a dit, vous allez mettre en place ces actions-là,
20:29vous allez être le rouage essentiel de toutes les politiques
20:33qu'on va mettre en place pour lutter contre les violences,
20:35vous allez intervenir dans les établissements scolaires
20:38pour pouvoir faire de l'éducation à l'égalité.
20:40Donc on nous donne cette mission.
20:41Donc la logique voudrait qu'on ait exactement les moyens qu'il faut
20:45pour pouvoir mener ces missions.
20:47Et ce n'est pas le cas aujourd'hui, c'est ça en fait,
20:48qu'on ne comprend pas.
20:49Donc nous, on n'a pas trop donné certainement d'argent aux associations.
20:54Je ne parlerai pas pour toutes les associations,
20:56chaque secteur sait de quoi il a besoin,
20:58mais en tout cas, nous, les faits parlent d'eux-mêmes en fait.
21:01On a une explosion des demandes, on a des subventions qui baissent,
21:05les calculs ne sont pas bons.
21:07Il y a quelque chose qui ne marche pas entre les deux.
21:09Et ce n'est pas que ça nous fait plaisir de dire ça,
21:12c'est que derrière, c'est des femmes qui sont impactées,
21:13que ce soit des salariés qui se retrouvent licenciées.
21:17Et on ne s'engage pas dans une association féministe,
21:20que ce soit pour y travailler, que ce soit en tant que bénévole.
21:22On ne s'engage pas dans des associations comme ça
21:24pour licencier des femmes ou pour en refuser.
21:25C'est un non-sens total qui crée de la souffrance,
21:28qui crée de la compréhension.
21:30Et derrière, c'est des femmes, notamment en situation hyper difficile,
21:33victimes de violences, qui se retrouvent sur le carreau.
21:35Et comment on peut accepter ça en fait ?
21:36Eugénie ?
21:37Oui, juste pour parler de l'extrême droite un peu plus,
21:40il y a aussi des attaques directes de l'extrême droite
21:42contre certaines associations.
21:44Et les associations féministes, pardon, en font partie.
21:49Elles sont notamment ciblées pour permettre aux femmes
21:53d'avoir leur libre choix d'avorter, par exemple.
21:57Et je sais que le planning a été ciblé,
22:00mais vous aussi sans doute.
22:01Comment vous vivez ça ?
22:02Et comment, vous me disiez en préparant cette émission,
22:05vous êtes parfois en concurrence avec d'autres associations
22:08financées par l'extrême droite
22:09qui promeuvent d'autres choix que le vôtre ?
22:13Je pense qu'un point important,
22:15c'est qu'on a aussi au niveau des associations
22:17les yeux assez rivés sur les municipales à venir,
22:20parce qu'on sait que ça a des impacts.
22:21On sait que quand une collectivité est dirigée
22:24par l'extrême droite, potentiellement,
22:26il y a des financements qui ne sont pas les mêmes
22:28pour les associations, il y a des actions qui peuvent être menées,
22:30d'autres non.
22:31Donc on est extrêmement alerte là-dessus.
22:33Et en fait, on a aussi déjà nous-mêmes,
22:36que ce soit notre association,
22:37que ce soit d'autres associations,
22:39des alertes, je pense au cas des Alpes-Maritimes,
22:42où on nous a indiqué qu'une association
22:46était apparue sur le territoire
22:48qui vise à accompagner les femmes victimes de violences.
22:50Et en fait, cette association a été créée
22:51par une jeune femme qui a été victime de violences
22:55de la part d'un homme qui était visé par une OQTF.
22:58On sait que c'est des associations
23:00qui vont apparaître sur le territoire.
23:02On sait que c'est déjà le cas sur les questions d'IVG.
23:04C'est plus connu, on va dire,
23:05et c'est plus documenté.
23:06Donc on a aussi plus de facilité à y faire face.
23:09Mais on a des territoires, je pense, au Hauts-de-Seine,
23:11où on a des associations qui existent
23:13dans le but de lutter contre la séparation des couples,
23:16parce qu'elles constatent que les mères isolées sont précaires.
23:18Et bien, on va éviter qu'elles se séparent.
23:20Elles ne seront plus précaires.
23:21C'est bien pratique.
23:22Et donc voilà, en fait, c'est ça le risque qu'on a.
23:24C'est qu'on a des associations
23:25qui exercent une mission d'intérêt général.
23:28Elles mettent en oeuvre les politiques publiques,
23:29donc les politiques de l'État,
23:30les politiques qu'on vote à l'Assemblée nationale.
23:32Elles mettent en oeuvre ces politiques-là.
23:34Elles n'ont pas forcément les moyens de le faire.
23:36Donc elles ne les font plus.
23:37Mais derrière, il y a des associations qui sont ultra-financées,
23:40qui n'ont pas de problème à naître,
23:41parce qu'on a des Pierre-Édouard-Sterrain
23:43ou qu'on a d'autres, en tout cas,
23:46des milliardaires réactionnaires,
23:48en tout cas, qui sont d'une certaine idéologie,
23:51on va dire, mais qui sont anti-choix,
23:52qui sont anti-droit,
23:53et qui vont permettre que viennent ces associations sur le territoire.
23:57Et donc, le risque qu'on a, nous,
23:59c'est le risque de privatisation, en fait,
24:02des droits des femmes.
24:03Et quand on parle de privatisation,
24:05on parle d'associations qui,
24:06quand elles vont recevoir des femmes,
24:07ne vont pas leur demander si elles sont victimes de violences,
24:08ne vont pas leur permettre de sortir d'un domicile
24:11où elles peuvent survivre des violences,
24:12vont peut-être les empêcher de quitter d'ailleurs
24:14un conjoint violent,
24:16comme ça peut être le cas avec ces associations
24:18qui luttent contre la séparation des couples.
24:19Donc c'est vraiment un vrai danger.
24:20Ce n'est pas uniquement,
24:21on risque d'avoir des zones blanches d'accès aux droits
24:24parce que des associations disparaissent,
24:25et qu'il y en a d'autres, en fait,
24:26qui n'ont pas de problème à s'installer
24:28et qui vont prendre cette place,
24:29qui vont désinformer les femmes
24:30et qui vont, enfin, ça va être un fléau en fait,
24:33qui ont les moyens,
24:34qui n'ont pas de problème,
24:36qui ne vont pas accompagner toutes les femmes d'ailleurs.
24:37Il faut aussi le dire,
24:38nous c'est quelque chose qui est extrêmement important
24:39dans les CIDFF,
24:40c'est cette notion d'accueil inconditionnel,
24:42d'où qu'on vienne,
24:43quelle que soit notre nationalité,
24:45quelle que soit notre origine,
24:46peu importe,
24:47on accompagne et on essaye d'amener vers l'autonomie,
24:50qu'elle soit économique,
24:51qu'elle soit sociale,
24:52peu importe.
24:53Mais donc, il y a vraiment ce danger-là
24:54d'avoir une toute autre politique,
24:56en tout cas,
24:56en faveur des femmes,
24:58si je puis dire,
24:59qui sera mise en place,
25:01et c'est dangereux.
25:02Il y a aussi,
25:02vu qu'on parle de l'extrême droite,
25:05je pense qu'ici,
25:05on sait tous aussi à quel point
25:08l'extrême droite médiatique et politique
25:10attaque très très fortement
25:11le milieu associatif
25:12qui va aider les personnes migrantes
25:14ou les personnes réfugiées,
25:15effectivement aussi,
25:16par rapport à la solidarité internationale,
25:18enfin,
25:18il y a vraiment des attaques immenses,
25:20des cabales médiatiques,
25:21parfois,
25:22qui vont cibler
25:23telles et telles associations.
25:24On sait que Bruno Retailleau
25:26a pris aussi beaucoup de mesures
25:28avec des menaces.
25:29Alors, notamment,
25:29on peut penser,
25:30pour prendre un exemple un peu récent,
25:32les CRA,
25:32donc les centres de rétention administrative,
25:34où les associations qui interviennent
25:36sont régulièrement menacées
25:38par les politiques d'extrême droite
25:39et les médias
25:40qui les pointent du doigt en permanence
25:41et menacées de se voir retirer
25:45leurs subventions,
25:45mais aussi de ne plus pouvoir accéder,
25:47en fait, aux CRA.
25:48Et il y a énormément, en fait,
25:49de pressions qui sont mises,
25:50de menaces même.
25:51Et donc, ça, c'est quelque chose aussi,
25:52enfin, c'est encore un autre secteur
25:54qui est particulièrement visé.
25:56Et là, en fait,
25:56le fait que ce soit aussi offensif,
25:59on va dire,
25:59au niveau médiatique,
26:01est-ce que vous pensez
26:02que ça peut peut-être
26:04faire que les personnes,
26:06peut-être,
26:06acceptent ce qui est en train de se passer
26:07ou ne voient pas
26:08ce qui est en train de se passer
26:09parce que c'est justifié,
26:10on va dire,
26:10un peu en permanence ?
26:11Je ne sais pas ce que vous en pensez.
26:12– Je pense que c'est ça,
26:13en fait,
26:14la stratégie gagnante,
26:15malheureusement,
26:16de l'extrême droite.
26:18Il y a eu tout un travail de fait,
26:19là,
26:19sur une comparaison
26:20avec d'autres pays européens
26:21qui ont déjà basculé
26:22sur des régimes autoritaires,
26:23en Pologne,
26:24en Italie,
26:25en Hongrie,
26:25évidemment,
26:26etc., etc.
26:26et ce que nous disaient
26:27nos homologues acteurs associatifs
26:29de ces pays-là.
26:30D'abord,
26:31c'est un peu désespérant
26:32parce qu'ils nous disaient
26:33arrêtez de vous demander
26:34si l'extrême droite
26:35va arriver au pouvoir
26:35mais demandez-vous quand
26:37et demandez-vous surtout
26:38si vous êtes prêts.
26:39C'était un peu leur discours
26:40et puis surtout,
26:41ils nous renvoyaient le fait
26:41que,
26:42en quelque sorte,
26:43si la bataille de l'opinion publique
26:46a été gagnée par l'extrême droite
26:47au moment où ils arrivent,
26:48ça va être beaucoup plus dur.
26:49C'est-à-dire qu'on voit
26:50que les libertés associatives
26:51sont d'abord entamées
26:52par de la disqualification,
26:54par de la délégitimation,
26:56par le discours, en fait.
26:57Quand on parle d'associations
26:59complices de passeurs,
26:59d'éco-terrorisme, etc.,
27:01c'est cette petite musique
27:02qui se propage
27:03et qui prépare le terrain,
27:04en fait,
27:04à des entraves
27:05de plus en plus dures.
27:06Et ça, en fait,
27:07c'est une rhétorique
27:07qui est quand même commune
27:09à l'extrême droite,
27:11à toute une série
27:12de multinationales aussi,
27:14je pense au procès Bayon, etc.
27:16Et puis, effectivement,
27:18à des pouvoirs publics
27:19qui, souvent,
27:21laissent faire, en fait,
27:23ces attaques-là
27:24qui sont de plus en plus problématiques.
27:26Donc, voilà.
27:27Juste peut-être signaler,
27:28parce que c'est important,
27:29on a co-créé
27:30cet observatoire
27:30des libertés associatives
27:31et on peut le saisir
27:33quand il y a une attaque
27:34et notamment pour documenter,
27:35mais surtout pour être accompagné
27:36et ne pas laisser
27:38les associations démunies.
27:39C'est un outil qui existe
27:40et qui demande
27:41qu'à être saisie.
27:42Il y a un site internet ?
27:43Oui,
27:43observatoire des libertés associatives,
27:45vous tombez directement dessus,
27:46je ne sais plus exactement.
27:48Je ne sais pas combien de temps
27:48il nous reste.
27:49Il nous reste à peu près
27:50cinq minutes.
27:50Eh bien, il faut parler
27:51des solutions.
27:52Oui, voilà.
27:54On a dressé un tableau
27:55très sombre
27:55et très inquiétant,
27:56mais des solutions existent,
27:58Eugénie ?
27:58Oui,
28:00pour pérenniser
28:01le financement
28:02des associations,
28:03je ne sais pas,
28:04on peut peut-être
28:05faire une petite liste,
28:06mais puis aussi,
28:07aller voir du côté
28:08de l'étranger,
28:09on sait qu'il y a
28:10des endroits,
28:11on va tous aller immigrer
28:11en Belgique,
28:12là, bientôt.
28:13Rejoindre Thierry-Douard-Sperrin,
28:14c'est ça, Eugénie ?
28:15C'est ça.
28:16Où ça se passe
28:17un peu mieux.
28:18Oui.
28:19En Belgique,
28:20par exemple,
28:20je commence,
28:21la Belgique,
28:24en même temps,
28:25c'est ambivalent,
28:25parce qu'ils se sont pris,
28:27eux,
28:27ils ont eu leur loi
28:28de 1900 à 1921,
28:29il y a eu un énorme virage
28:31il y a 2-3 ans
28:33avec la mise en place
28:34du CSA,
28:36Code des sociétés
28:37et des entreprises,
28:37c'est-à-dire que les sociétés,
28:38enfin,
28:39les entreprises
28:39et les associations
28:40ont été mises
28:41dans le même sac.
28:42Donc là,
28:43on est sur la marchandisation
28:43du monde associatif.
28:45en revanche,
28:46il y a encore,
28:47c'est un peu comme
28:47le village gaulois
28:48d'Astérix,
28:48il y a des moments
28:50où on résiste,
28:51il y a au moins 2 politiques publiques
28:52en Belgique
28:53où ça résiste,
28:53la politique de l'éducation
28:55populaire,
28:56avec un décret
28:57qui date déjà
28:58de plusieurs années
28:59et qui est malgré tout
29:00assez solide
29:01et qui vraiment assume
29:02en fait
29:02de financer
29:03les associations
29:04pour ce qu'elles sont
29:05quand elles sont
29:05des contre-pouvoirs.
29:06Je le dis parce que
29:07c'est quelque chose
29:07qui est devenu inconcevable
29:08en France
29:09et donc c'est une énorme
29:10source d'inspiration
29:11qui d'ailleurs
29:12est travaillée actuellement
29:13parce que l'enjeu
29:14du rapport CESE
29:15c'est qu'il n'y ait pas
29:16simplement ce rapport,
29:17c'est qu'on arrive
29:17à le transformer
29:18en projet de loi
29:19et donc c'est quelque chose
29:20qui est au travail
29:20en ce moment.
29:21Et du côté des associations
29:22féministes en Belgique,
29:23c'est mieux aussi ?
29:25Alors il faudrait regarder
29:26un peu plus spécifiquement
29:27mais elles ont effectivement
29:29mis en place en Belgique
29:31un module,
29:31un dispositif précis
29:33pour les associations féministes,
29:35une formule de loi
29:36de financement pluriannuel
29:37pour les assos féministes
29:38et LGBTQIA+.
29:41Je dirais surtout
29:42que dans les solutions
29:43qu'on a,
29:43ça tombe bien,
29:44on se parle,
29:44on est en plein débat budgétaire
29:45et donc en fait
29:46les solutions
29:47elles se trouvent aussi
29:47dès maintenant.
29:48C'est dans les débats,
29:49c'est ce qui peut être voté
29:51par les parlementaires
29:52notamment pour pouvoir
29:53améliorer le budget.
29:54Nous on a avec les autres
29:55assos féministes
29:56porté plusieurs propositions,
29:58le fait par exemple
29:58de permettre
30:01qu'il y ait
30:02une juriste
30:03par département
30:03en plus,
30:04ça, ça se finance,
30:05ça coûte de l'argent,
30:06ça coûte aller 5 millions d'euros
30:07pour une raison comme le nôtre
30:08qui soit capable
30:09d'accompagner
30:10des victimes de violences sexuelles
30:11parce qu'on est à premier tout
30:13et qu'on n'a toujours pas
30:14mis en place
30:14de politiques
30:15qui permettent
30:16de vraiment répondre
30:17aux besoins
30:17des victimes de violences sexuelles.
30:19On a fait plein de demandes
30:19le fait de financer
30:21peut-être l'éducation
30:22à la sexualité.
30:23On a un programme,
30:24il faut aussi pouvoir le financer
30:25pour que ça puisse être mis en oeuvre.
30:26Donc, des propositions,
30:28on en a.
30:29On a pu en discuter
30:31juste avant.
30:32C'est marrant
30:33parce que vraiment,
30:34là, au moment où on se parle
30:35justement au Sénat,
30:37ils étaient en train
30:38de voter définitivement
30:40une loi
30:40pour inscrire
30:41la question du consentement
30:42dans la définition du viol.
30:44Et tous les débats
30:46étaient assez d'accord
30:46sur le fait que
30:47c'est une manière
30:48de mettre fin
30:49à la culture du viol
30:50et de mieux condamner
30:51les violences,
30:51de mieux accompagner
30:53les victimes,
30:54mais que ça ne peut pas
30:54se faire sans le soutien
30:55aux associations.
30:57Il serait logique
30:58qu'on est là
30:59ce soir au Sénat
31:00ce vote sur le texte
31:01et que demain,
31:02on n'est pas des votes
31:03à l'Assemblée nationale
31:05et au Sénat
31:05qui viennent soutenir
31:06ces associations
31:08comme les nôtres.
31:08Mais c'est aussi le cas
31:09pour d'autres secteurs.
31:11Évidemment,
31:12il y a des choses
31:13qu'on peut changer par la loi,
31:14il y a des choses
31:14qu'on peut changer
31:15par les budgets.
31:16On est en plein débat.
31:16On peut dire,
31:17on n'est quand même
31:17pas très loin des municipales.
31:19Il y a aussi
31:19beaucoup de financements locaux,
31:22les outils existent.
31:23Le financement pluriannuel
31:24par la subvention,
31:26ça n'a pas disparu.
31:28Ce n'est pas interdit.
31:29C'est même très,
31:30très, très autorisé.
31:31Tout à fait.
31:32Et il y a quelque chose
31:33d'intéressant,
31:33je trouve,
31:33dans le rapport CESE,
31:34c'est qu'ils ne demandent
31:35pas simplement plus de subvention,
31:36en quelque sorte,
31:36ils demandent mieux
31:37de subvention.
31:38Et une des préconisations
31:40qu'on porte
31:40dans le cadre
31:40de ces municipales,
31:41c'est notamment
31:42des commissions mixtes paritaires
31:43pour démocratiser
31:44l'attribution de subvention.
31:46Autrement dit,
31:46si c'est le fait du prince,
31:48si c'est décidé comme ça
31:49de manière bilatérale,
31:50ça favorise,
31:51on le sait très bien,
31:52le clientélisme, etc.
31:54Et donc, en fait,
31:54nous, ce qu'on propose,
31:55c'est de mettre
31:56de l'intelligence collective
31:57dans la décision
31:58de savoir où va l'argent,
31:59où vont les subventions.
32:00Et ça donnera, je pense,
32:02des chances supplémentaires
32:02que ça aille au bon endroit
32:03et peut-être de la défendre mieux,
32:05justement, cette subvention.
32:06Est-ce qu'il y a une prochaine date
32:07de mobilisation
32:08qui est prévue
32:08ou pas encore
32:09pour les associations ?
32:10Pas encore,
32:11à ma connaissance.
32:13Non, après,
32:13de notre côté,
32:14c'est évident
32:15que la question des moyens
32:16sera aussi
32:16et parmi les mots d'ordre
32:17qu'on a
32:18pour les manifestations
32:19du 25 novembre
32:19parce que pour pouvoir
32:21lutter contre les violences
32:22et accompagner les victimes,
32:23il faut un tissu associatif
32:24qui tient
32:24et des assos
32:25qui sont en mesure
32:26de répondre aux besoins
32:27de ces femmes.
32:28Donc, ça fait pour le coup
32:28partie des revendications
32:30qu'on a
32:30et qu'on affichera aussi fièrement
32:32lors des manifestations.
32:33Peut-être dernier mot,
32:34si on souhaite vous rejoindre,
32:36vous soutenir,
32:37vous apporter du soutien,
32:37où est-ce qu'on peut vous retrouver ?
32:39Est-ce que vous avez
32:39des sites internet ?
32:40Est-ce que vous avez
32:40des permanences ?
32:41Peut-être que c'est le moment
32:42de faire votre auto-promo.
32:44Exactement.
32:45Jean-Baptiste, je veux voir.
32:46Tout est sur le site internet
32:47www.associationemployelle-citoyennelacres.net
32:52Là, on peut suivre
32:53toute l'actualité
32:54et participer.
32:55C'est-à-dire que le CAQ,
32:56c'est un espace de travail ouvert
32:57et donc bienvenue
32:59à tous ceux
32:59qui veulent avoir pris
33:01sur l'évolution
33:01du monde associatif.
33:02Auriane Dupuis.
33:03Et de notre côté,
33:04pour nous soutenir,
33:04ça peut être
33:05nous suivre sur les réseaux sociaux.
33:06Donc, c'est soit CIDFF,
33:07soit FNCIDFF
33:08sur Instagram,
33:09sur TikTok,
33:10sur Twitter,
33:10qu'en sais-je.
33:11Ça peut être faire des dons.
33:13accessoirement
33:13pour pouvoir soutenir
33:14le travail
33:15que font les salariés
33:17et les élus
33:18de nos associations.
33:19Et puis surtout,
33:20on a un site internet
33:21avec un onglet
33:22Trouver mon CIDFF
33:23et si on en a besoin
33:25parce qu'on est victime
33:26de violence au même,
33:27parce qu'il y a
33:28une copine qu'il est,
33:29une soeur,
33:29une collègue
33:30ou qu'on a d'autres questions
33:31même sur d'autres sujets,
33:32pas hésiter en tout cas
33:33à aller pousser ses portes.
33:35Il y a encore heureusement
33:36des salariés,
33:37des professionnels
33:38qui sont là
33:38pour accompagner
33:39absolument toutes les femmes.
33:40Donc, n'hésitez pas
33:41à vous en servir.
33:42C'est là pour vous.
33:43Merci.
33:43Un dernier mot,
33:44juste, voilà,
33:45pour ceux qui aiment
33:46encore lire.
33:47Il y a deux livres
33:48que je voudrais signaler.
33:48Il ne l'a pas dit
33:49parce qu'il est modeste,
33:50mais Jean-Baptiste Jeubard
33:51a écrit
33:51Une histoire des libertés associatives.
33:53C'est ce petit livre.
33:54Je le montre à la caméra.
33:55Oui, on doit le voir.
33:56Et puis, un autre livre,
33:58Quel monde associatif
33:59pour demain.
34:00C'est un collectif
34:01que je vous montre
34:02également.
34:03Merci.
34:03Voilà, merci pour les recos,
34:05Eugénie.
34:05Merci Jean-Baptiste Jeubard,
34:06je le rappelle,
34:07vous êtes coordinateur
34:07du collectif des associations
34:09citoyennes.
34:10Et Auriane Dupuis,
34:10vous êtes charlée de plaidoyer
34:11à la Fédération nationale
34:12des centres d'information
34:13sur les droits des femmes
34:14et des familles,
34:14le CIDFF.
34:15Merci beaucoup à tous les
34:16d'avoir répondu à nos questions.
34:18On se retrouve dans la rue
34:18le 25 novembre.
34:19Exactement.
34:20Peut-être avant, peut-être avant.
34:22Et merci aussi à Eugénie Barbéza,
34:24journaliste au service
34:24Capital Travail de l'Humanité.
34:26Merci.

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