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  • il y a 14 minutes
L'Humatch c'est quoi ? Une question au cœur de l'actu, deux invités et un débat de fond, arguments contre arguments.

Pour la première de 2026, le sujet est apparu comme incontournable : est-on vraiment condamné à se préparer à la guerre ? Pour en parler nous recevons Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences-Po Paris, chercheur spécialiste des relations internationales. Notamment auteur "L'art de la paix", en octobre 2024 et de "Par-delà la puissance et la guerre" à paraître le 14 janvier. Et nous accueillons également le Général Patrick Dutartre, ancien pilote de chasse notamment comme chef de la patrouille de France, conseiller au Quai d'Orsay et désormais consultant et conférencier.

Un débat animé par Juila Hamlaoui et Vadim Kamenka.

00:00 Présentation du débat
02:13 Résumé en images de la propagande US aux Venezuela
04:30 Que disent les déclarations de Trump du nouvel impérialisme US
08:28 Une opération exemplaire ?
13:05 Intervention au Mali
14:37 Réaction d’Emmanuel Macron : une erreur ?
16:35 La position de la France et les suites au Venezuela
21:50 Génocide à Gaza : ou est le droit Inter ?
27:40 Sanctions contre Israel
31:47 Une intervention imminente en Iran ?
41:17 Groenland :Les projets de Donald Trump
53:25 Ukraine : Macron propose d’envoyer 6000 soldats sur place
1:01:46 Le budget français de la défense
1:09:26 Campagne de recrutement lancée par Emmanuel Macron : sacrifier la jeunesse ?
1:16:17 Encore un espoir pour la paix ?

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Transcription
00:00:01Bonjour et bienvenue à toutes et tous pour ce nouvel U-Match.
00:00:05Alors petit rappel du concept pour commencer, une question au cœur de l'actu,
00:00:09deux invités et un débat de fonds, argument contre argument.
00:00:12Alors pour cette première émission de l'année 2026, le sujet nous est apparu incontournable,
00:00:17un peu à cause de Donald Trump qu'il faut bien l'avouer,
00:00:20parce qu'à peine les voeux d'usage prononcés, le président des Etats-Unis a fait basculer le monde dans
00:00:26la sidération
00:00:26en ordonnant le bombardement de Caracas et le kidnapping du président vénézuélien Nicolas Maduro.
00:00:34Opération Absolute Resolve, droit international, impérialisme états-unien,
00:00:39jeu de l'Europe et de la France dans ce nouveau concert,
00:00:42voilà quelques-unes des questions que l'on va aborder dans l'heure et quart qui vient,
00:00:46tout en essayant de démêler le nœud du problème.
00:00:48Est-on vraiment condamné à se préparer à la guerre ?
00:00:51Alors pour animer cette émission avec moi, j'ai à mes côtés le chef du service monde de l'humanité,
00:00:57Vadim Kamenka. Bonjour Vadim.
00:00:58Bonjour Julia.
00:00:59Et juste avant d'entrer dans le vif du sujet, je vous présente nos deux invités.
00:01:04On accueille aujourd'hui Bertrand Baddy. Bonjour.
00:01:06Bonjour.
00:01:07Vous êtes professeur émérite à Sciences Po, chercheur spécialiste des relations internationales.
00:01:14Vous avez notamment écrit L'art de la paix en octobre 2014.
00:01:17Vous nous direz d'ailleurs si elle vous paraît encore possible,
00:01:22tandis que le 14 janvier, vous publiez un nouvel ouvrage intitulé
00:01:26« Par-delà, la puissance et la guerre ».
00:01:28Face à vous, on accueille le général Patrick Dutartre.
00:01:32Bonjour.
00:01:33Bonjour.
00:01:34Vous avez eu une longue carrière de pilote de chasse,
00:01:37notamment comme chef de la patrouille de France.
00:01:40Et vous avez exercé des responsabilités au sein de l'état-major de l'armée de l'air,
00:01:45mais aussi en tant que conseiller au Quai d'Orsay.
00:01:47Aujourd'hui, vous êtes désormais consultant et conférencier.
00:01:51Alors maintenant que les présentations sont faites, je le disais à l'instant,
00:01:55depuis un peu plus d'une semaine maintenant, une question nous brûle les lèvres.
00:01:59Avec le Venezuela, le monde a-t-il basculé dans la réalité alternative de Trump ?
00:02:03Le président de la première puissance mondiale a en tout cas voulu frapper un grand coup.
00:02:08On en regarde le résumé en image de la com' américaine.
00:02:32Sous-titrage Société Radio-Canada
00:03:00Alors que disent ces images de l'intention de Donald Trump pour vous, général Dutartre ?
00:03:04Je crois qu'il avait prévenu, en fait, il a une fixation sur Nicolas Maduro pour le Venezuela, sur le
00:03:13trafic de drogue.
00:03:14Qu'est-ce que disent ces images ?
00:03:17C'est que les États-Unis, les seuls, peuvent faire aujourd'hui, sur l'impulsion de Donald Trump,
00:03:23un peu ce qu'ils veulent sur la planète.
00:03:25Et bien sûr, on va discuter du fond, j'imagine, sur le plan technique, c'était les seuls à être
00:03:33capables d'aller chercher comme ça un chef d'État.
00:03:37Alors évidemment, il est discuté, on va en discuter, de M. Maduro.
00:03:43Mais oui, personne ne peut s'opposer à lui aujourd'hui dans ce genre d'opération.
00:03:50Évidemment, franchement, discutable sur le plan du droit international.
00:03:54Et d'un autre côté, Nicolas Maduro, on peut discuter aussi de sa légitimité.
00:04:00Donc évidemment, c'est des choses qu'on va aborder, je pense, avec M. Badi.
00:04:05C'est le seul à être capable de faire ça.
00:04:07C'est vrai qu'il y a d'autres actions depuis que le président Trump est arrivé.
00:04:11Il impose quelque part sa vision du monde, sa loi.
00:04:15Aujourd'hui, il n'y a malheureusement plus de droit international.
00:04:18Il n'y a que droit du plus fort.
00:04:19Celui qui a montré l'exemple quelque part, et on ne peut pas forcément l'approuver, évidemment,
00:04:24c'est lorsque le président Poutine a envahi l'Ukraine.
00:04:28– Justement, M. Badi, cette démonstration de force pour le monde,
00:04:32et en particulier pour l'Amérique latine,
00:04:34on l'a vu, il y a aussi une volonté de faire main-bas sur le pétrole vénégélien.
00:04:38Que disent finalement les déclarations de Donald Trump
00:04:41du nouveau visage, finalement, de l'impérialisme américain ?
00:04:44– Alors, il y a en même temps du nouveau et de l'ancien.
00:04:48Il ne faut quand même pas oublier que la pratique de l'intervention,
00:04:51elle est extrêmement ancienne, et surtout quand elle se rattache aux États-Unis,
00:04:55mais pas seulement d'ailleurs.
00:04:56– Mais ce qui est très intéressant,
00:04:59j'aimerais bien d'ailleurs entendre du point de vue du général Dutard sur ce point,
00:05:02c'est que l'histoire de la guerre a profondément évolué
00:05:06dans sa grande continuité, si je puis m'exprimer ainsi.
00:05:09C'est-à-dire qu'avec la guerre froide,
00:05:10est apparu un genre nouveau qui s'appelle la guerre d'intervention.
00:05:14C'est-à-dire, contrairement à la guerre de confrontation,
00:05:17on ne va pas directement attaquer l'adversaire principal,
00:05:20on va le contourner en attaquant ce qu'à l'époque on appelait grossièrement la périphérie
00:05:26des acteurs secondaires.
00:05:29Et dans un premier temps, la fameuse théorie des dominos
00:05:33avait conduit par exemple les États-Unis à intervenir au Vietnam,
00:05:37et puis ces guerres d'intervention ont peu à peu muté,
00:05:42sont à peu à peu transformées en guerre de stabilisation.
00:05:45C'est-à-dire, il s'agit simplement d'intervenir là où il y a du désordre,
00:05:49de manière à le réduire.
00:05:50Et la France est experte dans ce domaine,
00:05:53la France-Afrique, c'est ça en quelque sorte,
00:05:55et jusqu'à récemment le conflit du Sahel.
00:05:58Et puis il y a eu un troisième temps,
00:06:00qui a profondément marqué l'histoire contemporaine des États-Unis,
00:06:04qui est la guerre de conversion, le fameux « regime change ».
00:06:07C'est-à-dire, on intervient, en Irak par exemple,
00:06:10pour changer de régime, parce que le monsieur qui est en place était mauvais,
00:06:13il faut le remplacer par quelqu'un qui respecte nos valeurs.
00:06:18Ce qui est nouveau, d'un certain point de vue,
00:06:21avec cette intervention au Venezuela,
00:06:24c'est que la puissance est coupée de toutes les préoccupations
00:06:29qu'il a caractérisées à travers ce défilé de guerre que je viens de nommer.
00:06:32C'est-à-dire, elle n'a plus de considération stratégique,
00:06:37comme c'était le cas dans la guerre du Vietnam,
00:06:40stratégiquement, ça ne sert pas à grand-chose, cette intervention,
00:06:42elle n'a plus de soucis ou de préoccupations en termes de valeurs,
00:06:49c'est-à-dire la démocratie, maintes et maintes fois ces derniers jours,
00:06:53M. Trump a montré que ce n'était pas du tout son problème, n'est-ce pas ?
00:06:57Vous dites, et vous n'avez pas tort,
00:07:00qu'on peut rattacher cela à une volonté de prédation,
00:07:05notamment des ressources pétrolières,
00:07:06mais là non plus, il ne faut pas exagérer,
00:07:08les États-Unis n'ont pas un besoin vital de nouvelles sources pétrolières.
00:07:13Le pétrole vénézuélien, ce n'est pas non plus ce qu'il y a de plus rentable
00:07:18et de plus profitable sur le plan, justement, de visée impériale.
00:07:24Donc c'est la force pour la force.
00:07:27Alors c'est ce que le général a dit,
00:07:28et je suis tout à fait d'accord avec lui sur ce point,
00:07:30et sur sans doute beaucoup d'autres d'ailleurs,
00:07:33c'est-à-dire montrer qu'on est les maîtres du monde.
00:07:37Et moi, ça, il y a une phrase récente de Donald Trump
00:07:40qui m'a beaucoup frappé,
00:07:41c'est « Recevant un chef d'État »,
00:07:43je ne me rappelle plus lequel, pour dire la vérité,
00:07:46ces derniers mois, il a dit,
00:07:49dans le bureau ovale de la Maison Blanche,
00:07:50« Regardez ce lieu, c'est ici que se décident
00:07:54de toutes les affaires du monde ».
00:07:56Et ça, c'est en quelque sorte le nouveau credo,
00:08:01la puissance pour la puissance,
00:08:03qui corresponde, un, à une demande sociale
00:08:06d'un peuple américain qui se sent bafoué,
00:08:08humilié par la mondialisation,
00:08:10et deux, c'est aussi une stratégie de gouvernement,
00:08:12il ne faut pas l'oublier.
00:08:12Ce n'est pas seulement quelque chose de psychologique,
00:08:15de quelqu'un qui fantasmerait sur la puissance.
00:08:18Alors, à propos de cette intervention,
00:08:20le côté opérationnel en lui-même,
00:08:22Général Duterte, vous disiez également cela
00:08:24après l'intervention sur « C'était à vous ».
00:08:27On vous écoute.
00:08:28Sur cette opération militaire,
00:08:30vous nous disiez tout à l'heure,
00:08:31il n'y a que les États-Unis qui sont en capacité de faire ça,
00:08:33c'est un sans-faute.
00:08:34Oui, tout à fait, mais c'est surtout
00:08:36en raison de la proximité,
00:08:38des opérations spéciales que l'on peut conduire
00:08:40avec différentes formes,
00:08:41par la fois par les Israéliens,
00:08:43même les Français, même les Britanniques,
00:08:44peuvent faire certaines choses,
00:08:46mais là, de par son ampleur,
00:08:48c'est-à-dire engager des dizaines,
00:08:50une dizaine de navires, 150 avions,
00:08:53simultanément, une mission extrêmement interarmée,
00:08:56et la force Delta qui est intervenue
00:08:58pour aller retirer Maduro et son épouse,
00:09:02c'est la pointe,
00:09:03c'est simplement la pointe du glaive,
00:09:04donc il y a tout le glaive autour,
00:09:06avec une préparation absolument incroyable.
00:09:09Quand vous dites « incroyable »,
00:09:10il faut peut-être juste raconter ce qui s'est passé,
00:09:12ils avaient reproduit le palais présidentiel
00:09:13dans le Kentucky ?
00:09:14Absolument, plusieurs sites,
00:09:16plusieurs scénarios avaient été envisagés,
00:09:17c'est extrêmement bien organisé,
00:09:19à partir du moment où la directive,
00:09:21en ce sens, Trump avait été claire là-dessus,
00:09:24je veux être capable d'attraper Maduro chez lui.
00:09:28Alors on vous laisserait réagir,
00:09:29mais d'abord Bertrand Maddy,
00:09:30on se sent peut-être un petit peu moins enthousiaste
00:09:32face à cette efficacité opérationnelle
00:09:34déployée par les USA,
00:09:36est-ce qu'elle vous inquiète ?
00:09:38Elle m'inquiète énormément
00:09:40pour une raison très simple,
00:09:42c'est que l'histoire,
00:09:43c'est pas moi,
00:09:44l'histoire a montré de façon totale,
00:09:47c'est-à-dire qu'il n'y a pas de contre-exemple,
00:09:49qu'une intervention
00:09:52qui n'est pas conséquentialiste
00:09:54dans sa stratégie,
00:09:56c'est-à-dire qui ne raisonne pas,
00:09:59qui ne pense pas à toutes les conséquences possibles,
00:10:02et notamment qui ne pense pas
00:10:04à la manière dont les sociétés concernées
00:10:07peuvent réagir,
00:10:08pas dans le très court terme,
00:10:10mais dans le moyen et à force de le long terme,
00:10:12est une opération qui a déjà échoué.
00:10:16Regardez l'intervention en Libye, 2011,
00:10:19regardez l'intervention en Irak, 2003,
00:10:22regardez l'intervention en Somalie, 1992,
00:10:27il y aurait beaucoup d'autres exemples,
00:10:29et la même chose pour l'intervention en Ukraine
00:10:32de M. Poutine,
00:10:34qui en bon dictateur,
00:10:36ignorait complètement le paramètre social,
00:10:38comment de simples humains pourraient résister
00:10:42à la troisième armée du monde,
00:10:43mais on pourrait dire la même chose
00:10:45pour la France au Sahel et en Afrique,
00:10:47c'est-à-dire cette façon
00:10:49d'ignorer la dimension sociale de la chose,
00:10:52qui est pourtant la seule qui compte,
00:10:54fait que, évidemment,
00:10:56on peut, et là je suis tout à fait d'accord
00:10:58avec ce que le général Dutard t'a dit,
00:10:59avec beaucoup d'adresses,
00:11:01et de manière très spectaculaire,
00:11:03et ce spectacle était voulu,
00:11:04d'ailleurs je pense,
00:11:05c'était démonstratif,
00:11:06enlever un chef d'État,
00:11:09mais après, mais après.
00:11:11La question politique,
00:11:13c'est mais après.
00:11:15Vous savez, on dit,
00:11:17c'est la grande philosophe suisse
00:11:19que j'aime beaucoup,
00:11:19Jégui,
00:11:20qui dit cette phrase,
00:11:23les gouvernants ont tendance
00:11:25à résoudre les problèmes,
00:11:27mais à ne jamais avoir d'objectif.
00:11:29Voilà un bon exemple.
00:11:30Général Dutard, vous voulez réagir sur le...
00:11:32Oui, mais M. Badi,
00:11:34je suis tout à fait d'accord avec vous,
00:11:35pour la plupart de ces interventions,
00:11:37mais j'ai contre-exemple,
00:11:38le premier contre-exemple,
00:11:39c'est la guerre du Golfe numéro 1.
00:11:41Pourquoi ?
00:11:42Parce que le mandat
00:11:43était extrêmement clair,
00:11:45c'était la première fois
00:11:45dans l'histoire de l'humanité
00:11:46que les cinq membres
00:11:49du Conseil de sécurité de l'ONU
00:11:50étaient d'accord,
00:11:51en fait, grosso modo,
00:11:52l'humanité,
00:11:54toute, sauf un,
00:11:55c'est-à-dire,
00:11:55sauf Saddam Hussein,
00:11:56avait dit,
00:11:57M. Saddam Hussein,
00:11:58vous avez envahi le Koweït,
00:11:59on vous donne jusqu'au 15 janvier,
00:12:031991,
00:12:03si ma mémoire est exact,
00:12:05pour évacuer le Koweït,
00:12:06sinon,
00:12:06on va vous y contraindre
00:12:07par la force.
00:12:09Et là,
00:12:09vous avez raison,
00:12:10il y a quand même une réflexion
00:12:11et le mandat était limité,
00:12:13les objectifs étaient clairs,
00:12:14mais là,
00:12:14vous avez tout à fait...
00:12:15Et donc,
00:12:15ça avait été quand même un succès,
00:12:17c'est-à-dire que
00:12:17l'armée irakienne
00:12:19s'était retirée du Koweït,
00:12:20mais
00:12:22le mandat,
00:12:23ayant été relativement clair,
00:12:24les Américains
00:12:25n'étaient pas allés plus loin,
00:12:26la coalition,
00:12:27dont je fais partie d'ailleurs,
00:12:28n'avait pas été plus loin,
00:12:29ça veut dire que le mandat
00:12:30était bien précis.
00:12:32était clair.
00:12:33Lorsque l'objectif n'est pas clair
00:12:34pour la suite,
00:12:35vous avez raison,
00:12:36les intentions militaires
00:12:37sont extrêmement malsaines
00:12:40parce qu'on ne sait pas
00:12:40où ça va.
00:12:41Il y a un deuxième contre-exemple,
00:12:42si vous le permettez,
00:12:43c'est au Mali.
00:12:44Le Mali,
00:12:45si la France n'était pas intervenue,
00:12:46je dis bien au début,
00:12:48je dis la première opération au Mali,
00:12:50peut-être que les djihadistes
00:12:52seraient rentrés dans Bamako
00:12:53et auraient conquis
00:12:55l'entièreté du Mali.
00:12:56Donc là,
00:12:57mais pour la plupart
00:12:59des autres conflits,
00:12:59je suis d'accord avec vous.
00:13:00Vous avez raison,
00:13:01mon général,
00:13:01c'est deux exemples
00:13:03qui sont tout à fait pertinents.
00:13:05Sur le Mali,
00:13:05d'ailleurs,
00:13:06qu'est-ce que vous en pensez ?
00:13:06Surtout le premier.
00:13:08Simplement,
00:13:09on a ouvert la boîte de Pandore,
00:13:11c'est-à-dire
00:13:13l'intervention de 2003
00:13:14n'était pas la conséquence
00:13:16absolument et totalement logique
00:13:18de l'intervention de 1991,
00:13:20mais le vert était dans le fruit,
00:13:22c'est-à-dire la déstabilisation
00:13:23du système bassiste en Irak,
00:13:27créé un processus de décomposition
00:13:30que personne,
00:13:31ensuite,
00:13:32n'a su gérer.
00:13:33Alors,
00:13:33le Mali,
00:13:33c'est encore pire.
00:13:34Je vous reprends sur ce que vous disiez,
00:13:37parce que ça m'a frappé
00:13:39concernant l'Irak,
00:13:40parce qu'à l'époque,
00:13:42j'étais,
00:13:42après,
00:13:43patron des relations internationales
00:13:44de l'armée de l'air.
00:13:44J'avais rencontré
00:13:45le ministre de la Défense
00:13:47jordanien
00:13:47qui m'avait dit
00:13:50l'intervention américaine
00:13:54en 2003,
00:13:55c'est une énorme bêtise.
00:13:56Pourquoi ?
00:13:57Parce qu'ils ont enlevé,
00:14:00ils auraient dû s'attaquer
00:14:01éventuellement au régime bassiste,
00:14:02mais laisser les structures
00:14:04en place,
00:14:05les structures de fonctionnement
00:14:07du pays,
00:14:07notamment l'armée à l'époque,
00:14:09qui était très structurante
00:14:10dans ce pays.
00:14:11Et,
00:14:12à mon avis,
00:14:12ce qu'on voit aujourd'hui
00:14:13au Venezuela,
00:14:14ça va dans ce sens-là.
00:14:15C'est-à-dire qu'il y a
00:14:16une certaine prudence,
00:14:17alors je ne dis pas
00:14:18qu'on peut cautionner ça,
00:14:19mais une certaine prudence
00:14:20à essayer de ne pas déstabiliser
00:14:21totalement le pays
00:14:22pour que ce pays puisse
00:14:23prendre une orientation
00:14:24peut-être plus démocratique.
00:14:25en matière de caution,
00:14:27vous parliez de l'Irak
00:14:29et du coup,
00:14:29la position de la France
00:14:30était très claire
00:14:31à ce moment-là.
00:14:32Irak 2,
00:14:32il faut bien faire le demi-ordre
00:14:33entre Irak 1 et Irak 2.
00:14:35Aujourd'hui,
00:14:36on a le président de la République,
00:14:37Emmanuel Macron,
00:14:38qui est de sa compter
00:14:39dans sa première réaction,
00:14:40je le précise,
00:14:43que selon l'un et l'autre,
00:14:45c'était une erreur,
00:14:46une faute.
00:14:47C'était calamiteux.
00:14:50Calamiteux.
00:14:51Et je pèse mes mots.
00:14:53D'abord,
00:14:53c'était étrange
00:14:54que le ministre
00:14:56d'Affaires étrangères
00:14:56s'exprime
00:14:57dans un premier temps
00:14:58et le président de la République
00:15:00dans un second temps
00:15:01dans un sens différent
00:15:02du ministre d'Affaires étrangères.
00:15:03Je pense que c'est l'inverse.
00:15:04C'est le président Macron
00:15:04qui a réagi en premier
00:15:05et ensuite, avant ?
00:15:06Non, non.
00:15:06Il y a d'abord eu
00:15:07un communiqué
00:15:07du Quédorsay
00:15:08de Jean-Noël Barraud
00:15:10et il a fallu attendre
00:15:11quelques heures,
00:15:12trois heures,
00:15:12si ma mémoire est bonne,
00:15:13pour que vienne
00:15:14un peu plus,
00:15:15même je crois,
00:15:16un communiqué,
00:15:17enfin,
00:15:17ce n'est pas un communiqué
00:15:18de l'Élysée,
00:15:19c'est un tweet.
00:15:20Bon,
00:15:20ce qui,
00:15:21du point de vue institutionnel,
00:15:22et je suis étonné
00:15:23que ça n'ait pas été
00:15:24mis en évidence,
00:15:26est une aberration.
00:15:27quand un grand enjeu international
00:15:29apparaît,
00:15:30laisser son ministre
00:15:31d'Affaires étrangères
00:15:31durer une chose
00:15:32et dire ensuite,
00:15:34sinon son contraire,
00:15:35en tout cas,
00:15:35quelque chose de tout à fait
00:15:36différent quelques heures après,
00:15:38ça a été déjà une erreur politique
00:15:41et, je dirais, institutionnelle grave.
00:15:43Mais le fait de ne pas avoir eu
00:15:45un mot sur la nature totalement illégale
00:15:50de cette opération,
00:15:53eh bien,
00:15:54s'ajoutant à la mollesse de la réaction
00:15:57lorsque Thierry Breton a été sanctionné,
00:16:00à la mollesse de la gestion du dossier
00:16:03de la guerre commerciale,
00:16:04notamment par Madame von der Leyen,
00:16:07ça veut dire ce jour-là,
00:16:09et c'est un jour noir,
00:16:11que l'Europe a ouvert la porte
00:16:14à une intervention américaine
00:16:16au Groenland.
00:16:17Vous savez,
00:16:18le modèle stratégique trumpien
00:16:20est très simple.
00:16:21à partir du moment où il voit
00:16:23qu'on ne lui résiste pas,
00:16:25il va encore plus loin.
00:16:27Michel Audiard a dit des choses
00:16:29très claires.
00:16:29On reviendra juste un petit peu après
00:16:31sur le Groenland,
00:16:32si vous voulez bien.
00:16:33Juste, on voudrait entendre
00:16:34le général Dutartre
00:16:35sur la position de la France
00:16:38et les suites au Venezuela
00:16:39dont vous semblez dire
00:16:40que c'était plutôt bien géré.
00:16:41Alors, moi, je vous trouve
00:16:41un petit peu dur sur le sujet
00:16:43parce que je trouve que c'était...
00:16:45Oui, et je vois,
00:16:46et je l'entends,
00:16:47je vous respecte, bien sûr.
00:16:49Et moi, je pense que c'était
00:16:51plutôt habile.
00:16:53Alors, évidemment,
00:16:53on n'est pas tous d'accord là-dessus.
00:16:55Mais déjà,
00:16:56que la position de la France,
00:16:57qui est exprime généralement
00:16:58par lequel on sait,
00:16:59qui disent
00:17:00attention au droit national,
00:17:02on n'a pas été très loin.
00:17:04Et c'est vrai que le président Macron,
00:17:05lui, a dit
00:17:06on ne va pas regretter
00:17:09le président Maduro.
00:17:11Donc, en fait,
00:17:12il a dit tout force quand même
00:17:13ce que pas mal de gens pensaient.
00:17:15Alors, peut-être qu'il a...
00:17:16Je ne sais pas s'il n'a pas fait
00:17:17une autre déclaration après
00:17:18en reparlant du droit international.
00:17:20Mais c'est vrai que la position française...
00:17:21Au Conseil des ministres,
00:17:22il a légèrement modifié sa position
00:17:24le 20 juillet.
00:17:25à ce qu'il me semblait.
00:17:25Donc, moi, je pense que la France
00:17:28doit toujours rester
00:17:29parce que c'est sa conviction profonde,
00:17:31même si aujourd'hui,
00:17:31dans ce monde du droit de la force,
00:17:34on n'est pas beaucoup écouté.
00:17:35C'est le respect du droit international.
00:17:37Mais peut-être qu'il faudrait
00:17:38qu'on dise quelques mots
00:17:40sur le droit international.
00:17:41Donc ça, à mon avis,
00:17:42la position française,
00:17:42elle doit rester là-dessus,
00:17:44le droit international.
00:17:45Mais c'est vrai qu'on a un cas de conscience.
00:17:48Souvenons-nous du temps de Kouchner,
00:17:53d'ailleurs,
00:17:54sur le droit d'ingérence dans les pays.
00:17:57Je vous souvenais, à cette époque-là,
00:17:58comme c'était important
00:17:58quand on voit des massacres,
00:18:00et notamment le Rwanda.
00:18:01On se dit, on y va ou on n'y va pas ?
00:18:03On a beaucoup critiqué la France,
00:18:05vous savez, sur le Rwanda.
00:18:06Mais tout le monde observait des massacres,
00:18:08personne n'y allait.
00:18:10Personne n'y allait.
00:18:10Est-ce qu'on n'a pas un droit humanitaire d'ingérent ?
00:18:12C'est une vraie question philosophique
00:18:14pour arrêter ces massacres.
00:18:16Donc, ça pose d'autres questions.
00:18:18Et moi, je pense qu'on devait être fiers à l'époque,
00:18:20il y a beaucoup à dire,
00:18:22sur le fait que la France,
00:18:23toute seule, courageusement,
00:18:24était intervenue pour essayer
00:18:26de cesser ces massacres.
00:18:27Justement, en général,
00:18:28quand on parle de droit d'ingérence,
00:18:31qui d'ailleurs...
00:18:32Je n'ai pas dit que je cautionnais.
00:18:33Je n'ai pas dit que je cautionnais.
00:18:34L'idée apparaît en 1988,
00:18:36c'est-à-dire juste au moment
00:18:37où l'URSS a décidé de s'effondrer.
00:18:40On parlait d'un droit
00:18:42qui n'était pas décidé unilatéralement
00:18:46par la subjectivité d'un dirigeant,
00:18:48mais qui était délibéré
00:18:50par des institutions compétentes.
00:18:53Que le Conseil de sécurité
00:18:55prenne une résolution sous chapitre 7,
00:18:58qui considère que l'usage de la force
00:19:01est nécessaire et légitime
00:19:04pour chasser un dictateur du pouvoir,
00:19:07je vous rejoins tout à fait.
00:19:09Sauf que, là aussi,
00:19:11il faut prendre un certain nombre
00:19:12de précautions.
00:19:12En 2011, la résolution 1973
00:19:15avait ainsi autorisé
00:19:16l'usage de la force
00:19:18contre le régime de Kadhafi.
00:19:21Et on n'était pas assez...
00:19:22Ah, ben oui, le Conseil de sécurité...
00:19:25Et le résultat a été catastrophique.
00:19:28Donc tout ceci est à prendre
00:19:29avec des précautions.
00:19:30Mais moi, ce qui me gêne
00:19:31dans l'intervention...
00:19:32Je vous pose une question là-dessus,
00:19:34mais est-ce que le Président Poutine...
00:19:36Enfin, en 2011...
00:19:37C'est Medvedev.
00:19:37La Russie avait...
00:19:38C'est Medvedev.
00:19:38C'est Medvedev.
00:19:39Medvedev avait donné son accord ?
00:19:41La Russie avait...
00:19:43Alors justement, la Russie,
00:19:44comme la Chine,
00:19:45avait voté cette résolution,
00:19:47qui était d'ailleurs soutenue à l'époque
00:19:49et par la Ligue arabe
00:19:50et par l'Union africaine.
00:19:53Donc c'était quelque chose
00:19:55qui paraissait très consensuel,
00:19:56presque naturel.
00:19:57Et simplement, le grand virage,
00:20:00c'est que tous ces gens
00:20:01qui avaient voté pour
00:20:02se sont sentis trahis
00:20:04lorsque le mandat donné aux intervenants
00:20:08s'était auto-transformé
00:20:10en mandat donné à l'OTAN.
00:20:12Et à ce moment-là,
00:20:15Medvedev,
00:20:15et d'ailleurs la Chine également,
00:20:17mais la Ligue arabe,
00:20:18mais l'Union africaine,
00:20:19ont dit,
00:20:19mais c'est pas ça qu'on voulait.
00:20:20Donc vous voyez,
00:20:21c'est montrer à quel point
00:20:22tout ça est fragile.
00:20:23Mais ce que je voudrais dire,
00:20:25pourquoi c'est dangereux, délicat,
00:20:28cette déclaration d'Emmanuel Macron ?
00:20:30D'abord, elle a été reprise
00:20:31par M. Trump
00:20:33à titre d'auto-propagande.
00:20:36C'est-à-dire, regardez comme j'ai bien fait, etc.
00:20:38Et deuxièmement,
00:20:39nous sommes dans un système international
00:20:43qui a des règles.
00:20:46Le personnage le plus abominable
00:20:49sur la scène internationale
00:20:51doit être traité conformément aux règles.
00:20:54De même que le pire des assassins
00:20:56à l'intérieur d'une société
00:20:58a un certain nombre de droits,
00:21:00de droits de défense,
00:21:01de garantie au moment où il est arrêté, etc.
00:21:04Tout ceci a été violé.
00:21:07Et l'histoire en retiendra cela.
00:21:10C'est-à-dire l'absence de positionnement
00:21:14de l'Europe et de la France en particulier.
00:21:16Je voudrais te donner un exemple
00:21:17qui va dans ce sens.
00:21:18Le 24 février 2025,
00:21:20au troisième anniversaire
00:21:21du conflit russo-ukrainien,
00:21:23les États-Unis ont proposé
00:21:25au Conseil de sécurité
00:21:26une résolution inique,
00:21:28il faut bien l'appeler par ces termes,
00:21:30parce qu'elle ne rappelait même pas
00:21:31le droit à l'Ukraine
00:21:33de disposer de son intégrité territoriale.
00:21:37C'était un cadeau fait par Trump à Poutine.
00:21:40La France et la Grande-Bretagne
00:21:42qui disposent d'un droit de veto
00:21:44ne l'ont même pas utilisé
00:21:46pour bloquer cette résolution.
00:21:47Juste pour poursuivre
00:21:48sur la question du droit international,
00:21:51il y a quand même la question
00:21:52forcément du génocide à Gaza,
00:21:54puisque pendant plus de deux ans,
00:21:56il y a eu des actes,
00:21:58des crimes de guerre
00:21:59et des crimes contre l'humain
00:22:00qui ont été perpétrés.
00:22:01Est-ce que finalement,
00:22:02ce n'est pas ce qui a permis aujourd'hui
00:22:04à la première puissance internationale
00:22:06des États-Unis,
00:22:06de bafouer encore une fois de plus
00:22:08le droit international ?
00:22:09Alors moi, je voudrais rebondir
00:22:10parce que vous posez vraiment
00:22:11peut-être le cœur du problème,
00:22:13c'est ce fameux droit international.
00:22:15Est-ce que le droit international,
00:22:16entre guillemets,
00:22:17parce que d'abord,
00:22:17qu'est-ce que c'est que le droit international ?
00:22:19C'est un certain nombre de pays
00:22:20qui se mettent d'accord sur des règles,
00:22:21des règles du jeu.
00:22:23Or, ça n'engage que les pays
00:22:24qui ont signé ces règles du jeu.
00:22:28Et bien souvent,
00:22:29ce ne sont pas tous les pays.
00:22:31Donc en fait,
00:22:31ce droit international,
00:22:32entre guillemets,
00:22:32a des limites.
00:22:33Mais est-ce que le droit international
00:22:35sur la gouvernance de certains pays
00:22:37doit aller au-delà du droit humain,
00:22:40du droit d'un peuple à disposer de son avenir,
00:22:44mais surtout du respect de l'homme ?
00:22:46La première chose qu'on doit, à mon avis,
00:22:48respecter sur la planète Terre,
00:22:50avant tout droit, entre guillemets, international,
00:22:52c'est le droit à chaque être humain
00:22:54de vivre en paix.
00:22:56Le droit à chaque être humain
00:22:57de vivre en paix.
00:22:58Et comment est-ce qu'on organise ça ?
00:23:01C'est là où il y a le conflit
00:23:02entre le droit à une ingérence ou pas ?
00:23:05Et à mon avis,
00:23:06le droit international
00:23:07devrait prendre en compte
00:23:08la première règle d'or
00:23:11de l'humanité, à mon avis.
00:23:13Et on est bien placé ici pour en parler.
00:23:15L'humanité,
00:23:15c'est le respect de chaque être humain
00:23:17à vivre en paix.
00:23:19C'est justement le...
00:23:20Et vivre libre.
00:23:21On a assisté à un silence assourdissant,
00:23:23on pourrait dire,
00:23:24de la communauté internationale
00:23:25vis-à-vis de ce qui se passait à Gaza
00:23:27de ce point de vue-là.
00:23:28Est-ce que ça,
00:23:28ça permet la bascule selon vous ?
00:23:30Enfin, contribue selon vous,
00:23:32Bertrand Moïse ?
00:23:33Oui, parce que,
00:23:35en général,
00:23:35vous avez raison
00:23:36sur bien des points.
00:23:38Mais quel est le fondement du droit ?
00:23:40Le fondement du droit,
00:23:41c'est de faire passer le principe
00:23:44avant la subjectivité,
00:23:46le libre arbitre
00:23:47de l'acteur individuel
00:23:50et là, en l'espèce du dirigeant.
00:23:52S'il y a des principes du droit,
00:23:54c'est que pour exactement
00:23:56ce que vous dites,
00:23:57c'est-à-dire que les principes
00:24:01soient universellement respectés
00:24:03et non sélectivement respectés.
00:24:06Quand, effectivement,
00:24:08on banalise le massacre
00:24:10de 100 000 humains
00:24:11et peut-être plus à Gaza
00:24:13et que l'on pousse des cris d'orfraie,
00:24:17légitimes par ailleurs,
00:24:18sur les manquements
00:24:19à la démocratie au Venezuela,
00:24:21mais ces cris n'ont même pas été poussés.
00:24:25Trump ne s'est pas embarrassé
00:24:27de sympathie ou d'empathie
00:24:29pour le peuple vénézuélien.
00:24:31Eh bien, on commet une faute énorme.
00:24:33C'est-à-dire que le principe du droit,
00:24:35c'est justement de considérer
00:24:38qu'il y a des choses
00:24:39qui sont supérieures à la volonté
00:24:41et au libre arbitre individuel.
00:24:43C'est la raison pour laquelle,
00:24:45évidemment,
00:24:47le droit international
00:24:47doit être respecté.
00:24:48Mais vous avez totalement raison.
00:24:50Il se heurte violemment
00:24:52à un principe contradictoire
00:24:53qui est celui de souveraineté.
00:24:54C'est-à-dire, moi, je suis souverain,
00:24:55je ne veux pas de votre règle
00:24:56et donc, je ne veux pas de la communauté.
00:24:59Je ne veux pas de la Cour pénale internationale.
00:25:01Je ne veux pas des règlements
00:25:04du traité de Paris
00:25:06sur le changement climatique, etc.
00:25:08C'est vrai.
00:25:10C'est tout à fait vrai, tout ça.
00:25:12Seulement, il reste une chose.
00:25:13Il reste une chose,
00:25:15c'est que si le droit international
00:25:17est mis en échec
00:25:18dans sa capacité d'implémentation,
00:25:21comme disent les anglo-saxons,
00:25:22c'est-à-dire de mise en pratique réelle,
00:25:25en revanche,
00:25:26il lui reste une force extraordinaire
00:25:28qui est sa vertu énonciatrice.
00:25:30C'est-à-dire, lorsqu'on évoque
00:25:32une règle de droit,
00:25:34après, il devient très difficile
00:25:37de pouvoir justifier une attitude
00:25:40qui lui est contraire.
00:25:42Et donc, le rôle des États
00:25:46face à ce qui s'est passé au Venezuela,
00:25:48c'était de dire,
00:25:49ce n'est pas comme ça qu'il convient de faire.
00:25:52Et j'ajoute une chose.
00:25:54Qui a été dit, d'ailleurs, pour la plupart.
00:25:55Oui, mais hélas,
00:25:57pas par le président de la République.
00:25:58Ça a été dit par le ministre
00:25:59des Affaires étrangères.
00:26:00Et moi, je trouve que le communiqué
00:26:01du Quai d'Orsay était excellent
00:26:02de ce point de vue-là.
00:26:03Oui, je suis d'accord avec ça.
00:26:04Tout à fait.
00:26:04Moi, je voudrais revenir à Gaza.
00:26:07Juste, si vous permettez une phrase,
00:26:09c'est qu'à partir du moment
00:26:11où on se détache de cette référence,
00:26:15on ouvre la voie à la validation
00:26:17d'une phrase prononcée par le président
00:26:19des États-Unis il y a deux jours,
00:26:21où il disait, moi, le droit international,
00:26:23ça ne m'intéresse pas,
00:26:25ça ne me contraint pas,
00:26:26je me fie seulement à mon sens de la morale.
00:26:31C'est terrible de dire ça.
00:26:33Imaginez qu'Hitler ait dit ça.
00:26:34Il ne se donnait la peine de le dire,
00:26:36mais il aurait pu le dire.
00:26:37Et voyez ce que ça a donné.
00:26:40Mais vous savez,
00:26:41je suis totalement d'accord avec vous, professeur.
00:26:44Mais je reviens sur Gaza,
00:26:45parce que c'est tellement important.
00:26:47Je veux dire, la première chose
00:26:48qu'on doit regarder,
00:26:49avant même le droit international,
00:26:51c'est le respect des hommes,
00:26:52qu'ils soient de Gaza
00:26:54ou qu'ils soient d'Israël.
00:26:55Il faut que les gens puissent vivre en paix.
00:26:57Et d'ailleurs, à ce sujet-là,
00:26:59la position de la France,
00:27:00vous savez,
00:27:00a été assez honorable,
00:27:03et presque limitée depuis 50 ans,
00:27:05depuis Gérald de Gaulle,
00:27:06qui, à un moment,
00:27:07s'est fâchée très fort avec Israël
00:27:08en disant,
00:27:09mais ça suffit,
00:27:09vous devez respecter aussi
00:27:11le peuple palestinien.
00:27:13Et la position de la France,
00:27:14moi, je l'ai observée,
00:27:15elle a toujours été essayée
00:27:16de trouver un juste équilibre.
00:27:18Elle veut, un, la paix,
00:27:20deux, le respect des droits
00:27:23de part et d'autre.
00:27:24D'ailleurs, la France a toujours considéré
00:27:25que la solution devait être
00:27:27une solution à deux États.
00:27:29Et la troisième chose,
00:27:30l'humanitaire,
00:27:31comment est-ce qu'on peut aider
00:27:32les uns les autres ?
00:27:33Et elle a toujours essayé...
00:27:35Ce serait un très long débat,
00:27:36parce que se pose dès lors
00:27:37la question de la contrainte,
00:27:38puisque la France a pris,
00:27:40effectivement,
00:27:41des positions en faveur
00:27:42de la reconnaissance de la Palestine,
00:27:44sans jamais prendre de sanctions
00:27:47contre Israël
00:27:48pour contraindre
00:27:49des sanctions économiques,
00:27:50le rupture de partenariat,
00:27:52par exemple.
00:27:53Oui, peut-être.
00:27:54Je ne sais pas.
00:27:55C'est très difficile
00:27:56à mettre en œuvre.
00:27:58Mais moi, je crois
00:27:58qu'il faut aller trouver
00:28:00et toujours trouver
00:28:01un juste équilibre.
00:28:01Et ce n'est pas évident du tout.
00:28:03Parce que, d'ailleurs,
00:28:03pour moi,
00:28:04la situation n'est absolument
00:28:04pas satisfaisante
00:28:08depuis le début
00:28:09d'État d'Israël,
00:28:10où on doit trouver
00:28:12une solution à deux États.
00:28:13D'ailleurs, Israël n'a jamais reconnu
00:28:15le droit international
00:28:16et l'ONU.
00:28:17Et je le regrette.
00:28:19Mais la position de la France
00:28:20là-dessus
00:28:20a toujours été assez équilibrée.
00:28:22Moi, il y a une chose
00:28:22qui m'a marqué.
00:28:23Parce que j'ai assisté.
00:28:25Non, mon général.
00:28:25Attalier, j'ai assisté.
00:28:27Une chose importante
00:28:28pour revenir sur Gaza
00:28:31et sur la Palestine.
00:28:33Lorsque Yasser Arafat
00:28:35était très malade,
00:28:36il n'est pas allé en Égypte,
00:28:38il n'est pas allé en Arabie Saoudite,
00:28:39il n'est pas allé en Syrie.
00:28:40Il est venu où ?
00:28:41En France.
00:28:42En France.
00:28:43Pour se faire soigner.
00:28:45Et parce qu'il savait
00:28:45que la France le respectait
00:28:47et on a tout fait
00:28:48pour essayer de le soigner.
00:28:49C'était avant.
00:28:50On va vous laisser réagir
00:28:51Bertrand Badim,
00:28:52mais puisqu'on est
00:28:53sur le Moyen-Orient,
00:28:54Badim, tu voulais poser une question
00:28:55juste comme ça ?
00:28:57On est sur la même thématique.
00:28:58En fait, c'est justement
00:28:58sur la question des peuples
00:28:59puisqu'on a vu quand même
00:29:00tout ce week-end
00:29:01ce qui se passe en Iran.
00:29:02Il y a eu d'énormes manifestations,
00:29:04c'est-à-dire depuis plusieurs semaines.
00:29:05Il y a eu plus de milliers
00:29:06d'arrestations.
00:29:07On évalue à une centaine de morts.
00:29:11Donald Trump, encore une fois,
00:29:13menace d'intervenir militairement.
00:29:15Donc, on est encore sur cette question
00:29:16quand même du droit des peuples
00:29:17et d'ingérence.
00:29:18Mais avant de venir au droit des peuples,
00:29:20je voudrais quand même
00:29:21juste compléter les propos
00:29:23du général Dutard.
00:29:24Moi, je suis d'accord avec vous,
00:29:25mon général.
00:29:27Seulement, la France s'est associée
00:29:29à des sanctions terribles
00:29:30contre l'Iran
00:29:31qui étranglent ce pays.
00:29:33Ce pays souffre le martyre
00:29:35depuis un certain temps
00:29:36pour des raisons liées
00:29:38à l'incurie du gouvernement en place,
00:29:42mais aussi du fait
00:29:43d'une pression extrêmement cruelle
00:29:46de la communauté internationale.
00:29:49Le prix d'un oeuf aujourd'hui à Téhéran,
00:29:52c'est l'équivalent du prix
00:29:54d'une voiture au début de ce siècle.
00:29:55C'est vous dire.
00:29:56Ce pays étouffe.
00:29:58On l'a hyper sanctionné.
00:30:01Et encore récemment,
00:30:02avec les fameux snack-back,
00:30:03on les a complètement.
00:30:06Israël n'a pas fait l'objet
00:30:08d'un début de sanctions.
00:30:09L'Israël, à son compteur,
00:30:11en est à plus de 100 000 morts,
00:30:14dont un taux record
00:30:15de femmes et d'enfants
00:30:17dans tous les conflits.
00:30:18On ne trouve pas ce niveau
00:30:20de 40 % de femmes et d'enfants
00:30:21victimes dans un autre conflit contemporain.
00:30:25Et aucune sanction n'a été prise.
00:30:27Mais il y a un accord
00:30:29dit d'association
00:30:31et de stabilisation
00:30:32avec Israël
00:30:33qui date de 1995,
00:30:36c'est-à-dire l'époque
00:30:36où on était dans le processus
00:30:37d'Oslo,
00:30:39qui a cherché
00:30:40véritablement
00:30:41à le remettre en cause.
00:30:42Vous savez que l'Europe
00:30:43est le principal partenaire
00:30:46d'Israël.
00:30:47C'est-à-dire que si l'Europe
00:30:48avait sanctionné Israël,
00:30:50Israël,
00:30:50sur le plan économique,
00:30:52dépend de l'Europe
00:30:53comme elle dépend
00:30:54des États-Unis
00:30:55sur le plan militaire.
00:30:56Et donc,
00:30:57une sanction de cette nature
00:30:58aurait probablement
00:31:00changé les choses.
00:31:01Ce que a fait l'Europe
00:31:03ressemble un peu
00:31:04à non-assistance
00:31:04à personne en danger.
00:31:06Ceci pour alimenter
00:31:07votre propre argument.
00:31:08Non, non, mais vous avez raison.
00:31:09Mais en même temps,
00:31:10je ne suis pas un spécialiste,
00:31:11mais je crois que l'Europe
00:31:12était celle qui a fourni
00:31:14le plus d'aide.
00:31:15Combien de milliards
00:31:16sont donnés chaque année
00:31:17à la Palestine
00:31:18par l'Europe ?
00:31:19Oui, mais ce n'est pas ça
00:31:20qui arrête un carnage.
00:31:24Ah non, mais en aucun cas
00:31:26je peux cautionner ça.
00:31:26Mais ce que je veux dire,
00:31:28c'est que l'Europe,
00:31:29dans l'histoire,
00:31:30je ne parle pas encore
00:31:30des deux années présentes
00:31:31parce que je trouve
00:31:33que ce conflit
00:31:33devait trouver une solution
00:31:34le plus vite possible
00:31:35et dans l'intérêt de tous
00:31:36et dans la sécurité de tous.
00:31:38Mais l'Europe,
00:31:39depuis 50 ans,
00:31:40a beaucoup de bonnes œuvres
00:31:45humanitaires.
00:31:45Mais moi, je voudrais
00:31:46qu'on revienne sur l'Iran.
00:31:47Quant à l'Iran,
00:31:48justement,
00:31:48est-ce que vous pensez
00:31:49qu'une intervention
00:31:50est imminente ?
00:31:53Alors, c'est possible.
00:31:54J'ai vu les dernières déclarations
00:31:55de cette nuit.
00:31:57Je pense que les Américains
00:31:58vont faire...
00:31:59Trump, voilà une occasion
00:32:00d'essayer de renverser
00:32:03le régime des Mollahs.
00:32:04Alors, il n'y a pas grand monde
00:32:06qui peut cautionner
00:32:06le régime des Mollahs
00:32:07parce que le peuple iranien
00:32:09que j'ai connu aussi,
00:32:11on en a parlé avec M. Badi,
00:32:12M. Badi, en plus,
00:32:14a une origine iranienne,
00:32:15c'est ce que j'ai cru comprendre.
00:32:16Moi, j'étais allé en 1979
00:32:20en Iran,
00:32:21juste avant l'arrivée de Khomeini.
00:32:23Je rappelle que Khomeini,
00:32:24d'ailleurs,
00:32:25a été accueillie en France,
00:32:27comme malheureusement
00:32:28beaucoup après
00:32:29de certains dictateurs
00:32:30qui ont fait
00:32:31un drôle de travail.
00:32:32Mais moi,
00:32:33vous voyez,
00:32:34pour revenir à ça,
00:32:34ce qui me semble extrêmement important,
00:32:36c'est la population iranienne.
00:32:37Et là, M. Badi,
00:32:39je suis tout à fait d'accord avec vous,
00:32:40c'est rarement par l'extérieur
00:32:42qu'on arrive à imposer,
00:32:43si vous voulez,
00:32:44un changement de régime
00:32:45ou une paix durable,
00:32:46c'est par l'intérieur.
00:32:48Alors, la question qui se pose,
00:32:49c'est est-ce qu'on peut aider
00:32:50le peuple iranien
00:32:51à une autodétermination,
00:32:53si vous voulez,
00:32:54beaucoup plus pacifique
00:32:55et qu'on arrête ses sanctions
00:32:56contre, quelque part,
00:32:58le régime iranien.
00:32:59Il faut que ce peuple
00:33:00puisse vivre en paix
00:33:02et en harmonie.
00:33:03Et comment le faire ?
00:33:04C'est la vraie question.
00:33:05Ce n'est pas simple.
00:33:06Alors, c'est vrai que je crois
00:33:08que les États-Unis,
00:33:09j'ai vu la déclaration
00:33:09du président Trump ce matin,
00:33:12fait une pression très importante.
00:33:13Il dit même que les dirigeants iraniens
00:33:15sont prêts à discuter
00:33:16avec l'administration américaine.
00:33:19Je pense que l'avenir est au peuple.
00:33:22Mais est-ce que le peuple
00:33:23pourra s'exprimer
00:33:24dans le régime de Mola ?
00:33:25Moi, je parle de contrôle.
00:33:27Il a essayé depuis 30 ans, 40 ans.
00:33:29Il y a eu des manifestations
00:33:30extrêmement importantes.
00:33:32Elles n'ont pas abouti.
00:33:34Est-ce que là,
00:33:34elles vont aboutir ?
00:33:35C'est une vraie question.
00:33:36Moi, personnellement,
00:33:37je l'espère.
00:33:37Est-ce que vous pensez
00:33:38que Donald Trump va y aller ?
00:33:40Et dans ce cas-là,
00:33:41quelle devrait être, selon vous,
00:33:41la position de la France ?
00:33:43Alors, d'abord,
00:33:46je n'ai jamais su écrire
00:33:47des horoscopes.
00:33:48Donc, ce n'est pas aujourd'hui
00:33:49que je commencerai.
00:33:51Si on écoute ce qu'il dit,
00:33:54ce président des États-Unis,
00:33:57on sent qu'il y a quand même
00:34:02quelques éléments de retenue.
00:34:05la manière dont il a pratiqué
00:34:06au Venezuela,
00:34:07ce n'était pas l'intervention directe.
00:34:10C'était l'action d'un commando.
00:34:12Ce qui est tout à fait...
00:34:13Ce n'est pas « boots on the ground »,
00:34:16comme on disait autrefois.
00:34:18Il y a,
00:34:19il ne faut quand même pas l'oublier,
00:34:21dans la société américaine,
00:34:23deux tendances contradictoires.
00:34:25Et c'est très difficile
00:34:27d'arbitrer entre les deux.
00:34:28Il y a, d'une part,
00:34:29« make America great again »,
00:34:31c'est-à-dire montrer que les États-Unis
00:34:34restent la superpuissance
00:34:36dont on doutait qu'elle existait encore.
00:34:39Et ça, c'est toutes ces démonstrations
00:34:42de force trumpiennes.
00:34:44Mais il y a aussi ce sentiment
00:34:47qu'il ne faut plus intervenir
00:34:50tous les jours à l'extérieur,
00:34:51que ça coûte cher,
00:34:53que ça coûte économiquement,
00:34:54que ça coûte en vie humaine, etc.
00:34:56Il y a ces deux éléments contradictoires
00:34:59entre lesquels il faut bien arbitrer.
00:35:01Il y a, dans l'entourage même,
00:35:03trumpien, ça on le sait,
00:35:04parce qu'il s'exprime,
00:35:05des gens qui disent
00:35:06« non, on n'a pas à aller jouer
00:35:09les gendarmes partout dans le monde ».
00:35:10Comment va-t-il arbitrer
00:35:12entre ces deux tendances ?
00:35:13On n'en sait rien.
00:35:14Moi, je rejoins tout à fait
00:35:15ce que disait le général,
00:35:17c'est-à-dire que
00:35:19je ne connais pas dans l'histoire
00:35:22d'interventions qui,
00:35:23de ce point de vue-là,
00:35:24c'est-à-dire de la mise en place
00:35:26d'un nouveau régime,
00:35:28ce qu'on a appelé autrefois
00:35:28le « régime change »,
00:35:29est abouti à du positif.
00:35:32Et ça me permet de revenir
00:35:34sur le Mali tout à l'heure.
00:35:36Ce qu'on a commencé en janvier 2013,
00:35:39c'est très, très mal terminé.
00:35:41Il suffit de regarder
00:35:41dans quel état est le Mali aujourd'hui.
00:35:44Donc il n'y a pas d'exemple,
00:35:45et ça s'explique très bien,
00:35:46parce que la projection extérieure
00:35:49dans des états
00:35:50qui sont des états profondément malades,
00:35:52l'état iranien, l'état malien,
00:35:55l'état vénézuélien,
00:35:56sont des états décomposés,
00:36:00extrêmement dysfonctionnels
00:36:01de bien des points de vue.
00:36:03Tout ça, ça ne peut pas fonctionner.
00:36:05Et un scénario
00:36:07qui peut se profiler,
00:36:08mais encore une fois,
00:36:10pas d'horoscope,
00:36:11qui est un peu ce qu'il a essayé
00:36:14de faire, Trump, au Venezuela,
00:36:17prélever dans le système actuel
00:36:19des éléments qui pourraient assurer
00:36:22une forme de transition pacifique.
00:36:24Je dis transition parce qu'il faudra bien
00:36:26qu'il y ait quelque chose après,
00:36:27mais on n'en est pas encore là.
00:36:28L'avantage, c'est que s'il n'y a pas
00:36:30d'intervention militaire extérieure,
00:36:32cette transition a toutes ses chances
00:36:34de se réaliser.
00:36:36Alors, ce peut-être des éléments modérés,
00:36:39j'ai hors de ce terme,
00:36:40parce qu'il ne veut rien dire,
00:36:41du régime actuel.
00:36:42Il y en a beaucoup,
00:36:43il ne faut pas oublier.
00:36:44Il ne faut pas oublier
00:36:45que l'actuel président Pézéchian
00:36:47a été élu
00:36:49contre un conservateur.
00:36:51Et s'il a été élu
00:36:52contre un conservateur,
00:36:53c'est parce que le guide
00:36:54n'était pas contre.
00:36:55Donc, ça voulait dire
00:36:56qu'il avait déjà en tête
00:36:57la nécessité de réformer
00:36:59le système de l'intérieur.
00:37:01Ça peut être l'approfondissement
00:37:03de ce processus.
00:37:04Mais je vois,
00:37:06et ça, ça m'inquiète énormément,
00:37:08des pressions très, très grandes
00:37:10d'intervention,
00:37:11d'abord côté israélien.
00:37:12Je ne suis pas sûr que Israël
00:37:14et les États-Unis
00:37:15soient exactement
00:37:16sur la même guerre d'onde
00:37:17de ce point de vue-là.
00:37:18Et aussi,
00:37:19de la part de certains éléments,
00:37:22surtout de l'opposition extérieure,
00:37:23de la diaspora,
00:37:24qui aimeraient bien profiter
00:37:26des fourgons de l'étranger
00:37:27pour rentrer à la maison.
00:37:29Justement, par rapport à Israël,
00:37:30puisqu'on sait qu'il y a eu une guerre
00:37:31il y a encore quelques mois
00:37:32entre Israël et l'Iran,
00:37:34enfin une intervention israélienne,
00:37:35est-ce que par contre,
00:37:36ce certain-là est plus plausible ?
00:37:37C'est-à-dire qu'Israël,
00:37:37aujourd'hui, vu la faiblesse
00:37:38et les manifestations,
00:37:39puisse intervenir avec l'accord
00:37:41des Américains sur place ?
00:37:42Moi, je ne pense pas,
00:37:43parce que c'est extrêmement maladroit,
00:37:44extrêmement mal perçu.
00:37:46Et ce que dit le professeur Badi
00:37:48est tout à fait juste.
00:37:50Je pense qu'il faut trouver
00:37:52un système de pression
00:37:54sur le régime des Mola
00:37:55pour arriver à faire une transition
00:37:57la plus pacifique possible.
00:37:59Mais est-ce que la rue,
00:38:00depuis 35 ans,
00:38:02qui essaye,
00:38:02et on a vu les excès affreux
00:38:05de ce régime des Mola,
00:38:07va laisser la rue s'exprimer suffisamment ?
00:38:10Je crois qu'on est déjà
00:38:11à 200 morts des manifestants.
00:38:12Enfin, je veux dire,
00:38:14les policiers réagissent
00:38:15à balles réelles, quand même,
00:38:17contre les manifestants.
00:38:18Donc, c'est hyper dangereux,
00:38:20évidemment, pour la population.
00:38:21Est-ce qu'il n'y a pas le risque aussi
00:38:22de voir placer quelqu'un
00:38:23depuis l'extérieur,
00:38:24comme le fils du chat,
00:38:25dont on entend pas mal parler
00:38:27ces derniers jours ?
00:38:27Oui, mais bien sûr,
00:38:30il y a un risque.
00:38:33Moi, je pense qu'on n'a
00:38:34qu'une seule directrice
00:38:35en permanence.
00:38:36Quel est l'intérêt,
00:38:39le meilleur intérêt
00:38:40pour les peuples,
00:38:42pour le peuple iranien,
00:38:43qui est un peuple formidable,
00:38:45en fait,
00:38:45qui a une histoire absolument
00:38:46incroyable,
00:38:47et qui a envie de liberté
00:38:50et qu'on le respecte.
00:38:52Qu'on le respecte.
00:38:53Et force est de constater
00:38:55que depuis 45 ans,
00:38:56le régime des Molins
00:38:57a vite dérivé
00:38:58et qu'il n'est pas respecté.
00:39:00Donc, moi, j'espère,
00:39:01franchement,
00:39:02que le peuple,
00:39:04que la rue,
00:39:04va se retourner
00:39:05et décide de son propre avenir.
00:39:09Alors, qu'est-ce que peut faire
00:39:10la communauté internationale ?
00:39:11Moi, je ne pense surtout pas
00:39:12qu'Israël intervienne,
00:39:13parce que ce serait,
00:39:13à mon avis,
00:39:14contre-productif.
00:39:15Je pense non plus
00:39:16qu'il ne faut pas forcément
00:39:17que la force américaine
00:39:21intervienne directement
00:39:22sur le territoire.
00:39:22Par contre,
00:39:23donc, peut-être
00:39:23qu'elle fasse pression
00:39:25sur les dirigeants
00:39:27en disant,
00:39:27bon, écoutez,
00:39:28laissez organiser,
00:39:29je ne sais pas moi,
00:39:30des élections libres,
00:39:31j'en sais rien,
00:39:31quelque chose comme ça,
00:39:33pour qu'on ait une chance
00:39:33d'aboutir.
00:39:34Mais une intervention
00:39:35militaire directe,
00:39:36à mon avis,
00:39:37c'est très mal.
00:39:38Juste vraiment,
00:39:38quelques mots,
00:39:38parce qu'ensuite,
00:39:39il faut qu'on avance.
00:39:39Est-ce que vous partagez
00:39:40ce point de vue,
00:39:41Bertrand ?
00:39:42Oui, moi, tout à fait.
00:39:42Ce que je voudrais dire,
00:39:44c'est que le point de départ
00:39:45de ces manifestations,
00:39:48ce sont des soucis économiques
00:39:51liés à une souffrance sociale
00:39:52énorme.
00:39:53Ce pays est en train
00:39:54de crever,
00:39:55si vous me passez
00:39:56l'expression,
00:39:57parce que non seulement
00:39:59les classes populaires,
00:40:01mais aujourd'hui,
00:40:01les classes moyennes iraniennes,
00:40:03et j'en ai des témoignages
00:40:04très précis,
00:40:05les classes moyennes
00:40:05sont en train de basculer
00:40:07dans l'extrême pauvreté.
00:40:10Donc, l'urgence,
00:40:12on a tendance à l'oublier
00:40:13dans des périodes
00:40:14d'effervescence,
00:40:15elle est économique.
00:40:16C'est-à-dire,
00:40:18il y a un problème
00:40:18d'assistance humanitaire
00:40:20à ce pays,
00:40:22avant même
00:40:22de réfléchir
00:40:24à ce que pourrait être
00:40:25un nouveau régime.
00:40:27Et je pense
00:40:28que si on arrive
00:40:29à régler
00:40:29cette pression économique,
00:40:31donc tout le monde
00:40:32se moque.
00:40:33Moi, je n'ai pas entendu
00:40:35le fils du chat
00:40:37dire
00:40:38qu'il y a là
00:40:39de vrais soucis
00:40:40économiques et sociaux.
00:40:42Non, tout de suite,
00:40:42c'est pour se précipiter
00:40:43sur la mise en place
00:40:44d'un nouveau régime.
00:40:45Oui, mais d'abord,
00:40:47essayons d'agir
00:40:48sur le plan humanitaire.
00:40:49C'est exactement
00:40:49comme à Gaza
00:40:50où il faut d'abord
00:40:52que les gens se nourrissent
00:40:53et ne crèvent pas de faim.
00:40:54C'est incroyable,
00:40:55c'est incroyable
00:40:56de penser
00:40:57comment les dirigeants
00:40:59de ce monde
00:40:59ne voient jamais
00:41:01l'essentiel humain,
00:41:03c'est-à-dire
00:41:04la souffrance sociale.
00:41:05Je suis d'accord.
00:41:06Alors, Iran, Venezuela,
00:41:08ce ne sont pas
00:41:08les seuls terrains
00:41:10que Donald Trump
00:41:13menace.
00:41:13Il a aussi
00:41:15d'autres projets.
00:41:16On l'écoute en vidéo.
00:41:44Alors, le locataire
00:41:45de la Maison Blanche
00:41:46parle dans cet extrait
00:41:47aussi de Cuba.
00:41:48Mais à propos du Groenland,
00:41:50est-ce que l'OTAN
00:41:51est en train de devenir
00:41:52une sorte de pacte de Varsovie
00:41:54avec des ailiers
00:41:55satellisés,
00:41:56vassalisés, menacés ?
00:41:57D'ailleurs, Vadim,
00:41:57juste en quelques mots
00:41:58pour ceux qui nous écoutent
00:42:00derrière leurs écrans,
00:42:00est-ce que tu peux nous dire
00:42:01en deux mots
00:42:02le pacte de Varsovie,
00:42:03OTAN ?
00:42:04Qu'est-ce qu'on entend par là ?
00:42:05Oui, le pacte de Varsovie,
00:42:07en fait, ça avait été créé
00:42:07d'abord à la fondation
00:42:09de l'OTAN,
00:42:10donc six ans plus tard,
00:42:11puisque l'OTAN avait été créée
00:42:12en 1949
00:42:12et le pacte de Varsovie
00:42:16enfin de l'Allemagne de l'Ouest,
00:42:18la RFA,
00:42:19a rejoint ce pacte atlantique.
00:42:21Donc en fait,
00:42:22le bloc de l'Est,
00:42:23donc URSS
00:42:24et différents pays
00:42:24d'Europe de l'Est
00:42:25qu'on appelle
00:42:26les républiques socialistes,
00:42:27ont créé à leur tour
00:42:28un traité d'amitié
00:42:30et de sécurité,
00:42:31comme ils l'appelaient.
00:42:32En fait, ça servait à quoi ?
00:42:33Aussi bien à de la politique extérieure,
00:42:35mais aussi à un pouvoir intérieur,
00:42:36puisqu'on a vu finalement
00:42:37que l'opération,
00:42:38une des rares opérations,
00:42:39finalement,
00:42:39c'était dans les années 60,
00:42:40contre la Tchécoslovaquie,
00:42:42une volonté finalement
00:42:42de réprimer un soulèvement.
00:42:46l'Alliance atlantique,
00:42:47qui maintenant a
00:42:49plus d'une cinquantaine
00:42:50de membres.
00:42:51On le voit aujourd'hui,
00:42:52pareil,
00:42:52avec les États-Unis
00:42:54à sa tête
00:42:54et qui décide finalement
00:42:55où est-ce qu'elle doit intervenir.
00:42:58Alors, du coup,
00:43:00pardon,
00:43:01Bertrand Baddy,
00:43:02l'OTAN,
00:43:02est-ce qu'il y a réellement
00:43:04encore un avenir
00:43:04pour cette organisation
00:43:06aujourd'hui ?
00:43:07Alors,
00:43:08je vais peut-être
00:43:09être un peu péremptoire,
00:43:10mais ça permettra
00:43:12d'animer le débat.
00:43:13L'OTAN, c'est fini.
00:43:15Pourquoi ?
00:43:15Parce que les alliances
00:43:17sont d'un autre temps.
00:43:19C'est-à-dire que
00:43:21les États-Unis,
00:43:22mais bien avant Trump,
00:43:23déjà du temps d'Obama,
00:43:26considéraient
00:43:26que cette alliance,
00:43:28au sens classique du terme,
00:43:29c'est-à-dire
00:43:30l'engagement fidèle,
00:43:32leur coûtait plus cher
00:43:33que ça ne leur rapportait.
00:43:34Pendant la guerre froide,
00:43:35dans le contexte d'invention,
00:43:37comme vous l'avez justement rappelé,
00:43:39de l'Alliance atlantique,
00:43:40puis ensuite du pacte de Varsovie,
00:43:41l'alliance,
00:43:43c'était gagnant-gagnant.
00:43:45C'est-à-dire,
00:43:45le protecteur y trouvait la source
00:43:48d'une véritable hégémonie
00:43:50et les protégés y trouvaient
00:43:52les moyens de leur sécurité.
00:43:54Bon.
00:43:55Ce calcul ne fonctionne plus aujourd'hui,
00:43:58en tout cas subjectivement,
00:43:59il ne fonctionne plus.
00:44:00C'est-à-dire que les États-Unis,
00:44:01dans leur majorité,
00:44:02considèrent que ça leur coûte
00:44:03plus que ça ne leur rapporte.
00:44:05Donc on a déjà dépassé
00:44:08cette logique de l'Alliance.
00:44:09On est maintenant
00:44:10non plus au temps de l'Alliance,
00:44:11mais au temps de l'aubaine.
00:44:12C'est-à-dire,
00:44:13face à chaque enjeu,
00:44:15trouvons le bon partenaire
00:44:16qui nous permettra de gagner.
00:44:18C'est ce que j'appelle,
00:44:19et déjà j'avais écrit un livre
00:44:21il y a 15 ans sur le sujet,
00:44:22la diplomatie de connivence.
00:44:24On est plus volontiers connivents
00:44:26qu'alliés.
00:44:27Ça coûte moins cher,
00:44:28ça rapporte plus gros.
00:44:29Et c'est beaucoup plus utile.
00:44:31Et dans ce contexte,
00:44:33effectivement,
00:44:34on voit bien les propos de Trump
00:44:36sur le Groenland,
00:44:37indiquent que l'OTAN,
00:44:39pour lui,
00:44:40n'est pas un obstacle.
00:44:42Et ce qui m'inquiète
00:44:45dans cette affaire,
00:44:46c'est que l'Europe
00:44:47ne sait pas réagir.
00:44:48Alors je le disais tout à l'heure,
00:44:50elle montre sa mollesse
00:44:51à qui veut la voir,
00:44:53ce qui est déjà dangereux.
00:44:55Mais il y a des possibilités
00:44:57de réagir.
00:44:58Alors là,
00:44:58je marche peut-être
00:45:00sur le précaré du général
00:45:01qui est plus compétent que moi
00:45:03pour dire,
00:45:03Lesquels,
00:45:04Justin,
00:45:04quelques mots ?
00:45:04Il lui suffit,
00:45:05par exemple,
00:45:06que les Européens,
00:45:09alors que ce soit
00:45:09l'Union européenne
00:45:10ou les Européens élargés
00:45:11à la Grande-Bretagne,
00:45:13envoient des troupes,
00:45:14envoient des forces
00:45:17au Groenland
00:45:18et expliquaient aux États-Unis
00:45:20que s'ils entrent là,
00:45:22ils auront face à eux
00:45:23des armées européennes
00:45:25qui sont là
00:45:26pour défendre
00:45:27le droit
00:45:28d'une part
00:45:29des Groenlandais
00:45:30à l'autodétermination
00:45:33et du Danemark
00:45:34qui juridiquement
00:45:35a encore
00:45:36des accords
00:45:37d'association
00:45:38avec le Groenland.
00:45:40Envoyer des troupes,
00:45:41ça vous paraît une bonne idée,
00:45:42Général Dutat ?
00:45:43Je vais répondre
00:45:44à votre question,
00:45:45mais d'abord
00:45:45un peu sur l'OTAN.
00:45:47En fait,
00:45:48moi j'ai très bien connu,
00:45:49bien sûr,
00:45:49c'est la guerre froide,
00:45:50cette alliance de pays.
00:45:52Vous savez que la France
00:45:53a une position particulière
00:45:55dans l'OTAN.
00:45:55On était pendant
00:45:56des années et des années
00:45:57sous l'initiative
00:45:58générale de Gaulle
00:45:59en disant
00:45:59« Bon, écoutez,
00:46:00Général,
00:46:00bon d'avoir les ricains
00:46:01chez moi,
00:46:02dehors,
00:46:03moi je reste dans l'OTAN
00:46:05politiquement,
00:46:06mais militairement
00:46:07je ne suis pas intégré,
00:46:08je suis autonome.
00:46:09Donc moi j'ai connu
00:46:10cette position-là
00:46:10pendant des années d'années,
00:46:11ça ne m'empêchait pas
00:46:12de travailler avec l'OTAN
00:46:13et quand je suis rentré
00:46:15un peu dans les états-majors
00:46:16incertainement,
00:46:17j'ai dit
00:46:17« Mais l'OTAN,
00:46:17en fait,
00:46:18c'est un faire-valoir américain. »
00:46:20J'avais réalisé,
00:46:20je me disais
00:46:20« Mais c'est quoi ce truc ?
00:46:21C'est un faire-valoir américain
00:46:22quelque part. »
00:46:24Les Américains décident de tout
00:46:25et puis ils nous contraignent
00:46:26même à acheter
00:46:27des matériels
00:46:28qui sont leurs propres matériels
00:46:29et tout ça.
00:46:29Cela dit,
00:46:30la vertu de l'OTAN,
00:46:31c'est quand même
00:46:31aujourd'hui encore…
00:46:32La France,
00:46:32entre-temps,
00:46:33juste pour préciser,
00:46:33était réintégrée
00:46:34dans le commandement…
00:46:35Oui,
00:46:35et c'est Sarkozy
00:46:37à l'époque,
00:46:37le président Sarkozy
00:46:38qui avait décidé
00:46:38qu'on rentre à nouveau
00:46:39dans le commandement intégré
00:46:41et donc on est dans
00:46:41toutes les structures
00:46:42militaires intégrées.
00:46:44Mais quelque part,
00:46:45cet aparté
00:46:46nous a donné une capacité
00:46:47notamment dans un métier
00:46:48que je connais assez bien,
00:46:49c'est la défense aérienne
00:46:50où on était très autonomes
00:46:52parce que le général de Gaulle
00:46:53voulait qu'on surveillait
00:46:55en permanence
00:46:55notre espace aérien,
00:46:56on ne le déléguait pas à l'OTAN.
00:46:57C'était nous
00:46:58qui étions souverains
00:46:59et donc on a eu des moyens
00:47:00à la fois de détection
00:47:02et d'interception
00:47:03qui étaient totalement autonomes.
00:47:04Alors,
00:47:06l'OTAN,
00:47:06plus grande alliance
00:47:08militaire de l'histoire,
00:47:09mais évidemment patronnée
00:47:10par les Américains.
00:47:12Moi,
00:47:12je pense personnellement
00:47:13que l'OTAN
00:47:14doit conserver
00:47:15ces 32 pays
00:47:16et on a gagné
00:47:17deux pays majeurs
00:47:19qui sont la Finlande
00:47:20et la Suède
00:47:21qui étaient autonomes
00:47:22et d'ailleurs
00:47:23le président Poutine
00:47:24sur le plan stratégique
00:47:25a tout perdu
00:47:26parce que maintenant
00:47:27il a gagné
00:47:28entre guillemets
00:47:301200 kilomètres
00:47:31de frontières communes
00:47:32avec l'OTAN
00:47:33parce que la Finlande
00:47:34a basculé
00:47:36dans l'OTAN
00:47:36lorsqu'elle était neutre
00:47:37pendant 70 ans.
00:47:40Donc,
00:47:40moi je crois encore
00:47:41à l'OTAN
00:47:42mais je crois
00:47:42qu'on doit être capable
00:47:43de disposer
00:47:45de notre avenir
00:47:46de manière autonome,
00:47:47c'est-à-dire je crois
00:47:47à ce pilier européen
00:47:48au sein de l'OTAN
00:47:50parce qu'aujourd'hui
00:47:51si on n'est pas fort,
00:47:52on n'est pas écouté.
00:47:53S'agissant du Groenland,
00:47:54est-ce que,
00:47:55je ne pense pas
00:47:56que les Américains
00:47:58vont intervenir militairement ?
00:47:59D'abord,
00:48:01le Groenland,
00:48:01c'est chez eux
00:48:02quasiment depuis 70 ans,
00:48:03entre guillemets,
00:48:04chez eux militairement.
00:48:06Pourquoi ?
00:48:07Dans les années 60,
00:48:08la plus grande base
00:48:09américaine
00:48:10qui était déployée
00:48:11au Groenland,
00:48:12c'est Thuley.
00:48:13Thuley,
00:48:14il y avait plus
00:48:15de 10 000 soldats.
00:48:16Vous mettez en rapport
00:48:17des 50 000 Groenlandais,
00:48:20vous vous rendez compte ?
00:48:20Vous aviez un sixième
00:48:21de la population
00:48:24qui était américaine.
00:48:25Il y avait une seconde base
00:48:27sur laquelle j'ai eu la chance
00:48:27de me poser
00:48:28qui s'appelle
00:48:29Sunderström
00:48:29qui est au fin fond
00:48:30d'un fjord
00:48:31qui fait 100 km de long
00:48:32et là,
00:48:32il y avait une grosse base
00:48:33américaine stratégique.
00:48:35Donc,
00:48:35en fait,
00:48:35les Américains
00:48:37sont depuis toujours
00:48:38au Groenland.
00:48:38Et donc,
00:48:39il ne faut pas envoyer
00:48:40de troupes européennes ?
00:48:41Alors,
00:48:41on pourrait,
00:48:42à la limite,
00:48:43il faut prendre à l'aise
00:48:44ce que dit Trump
00:48:44en disant
00:48:46le Danemark
00:48:47n'est pas en mesure
00:48:48d'assurer la protection
00:48:49du Groenland.
00:48:51Mais moi,
00:48:51je dis
00:48:52que les Européens
00:48:53sont parfaitement en mesure
00:48:55d'assurer la sécurité,
00:48:57la protection
00:48:58du Groenland.
00:48:59Et bien,
00:48:59à ce moment-là,
00:49:00peut-être déployer,
00:49:02s'il faut,
00:49:03des navires
00:49:04autour du Groenland
00:49:05et éventuellement
00:49:06des avions
00:49:07pour dire,
00:49:08nous,
00:49:08on y va,
00:49:09juste pour assurer
00:49:09la protection
00:49:10du Groenland.
00:49:11Enfin,
00:49:11tout ça,
00:49:12c'est un marché de dupes.
00:49:13Les Américains,
00:49:14Trump,
00:49:15vous savez que c'est en 1948 déjà
00:49:17où je crois que
00:49:18les Américains
00:49:19voulaient acheter
00:49:19le Groenland.
00:49:20ça avait été refusé
00:49:20200 millions de dollars
00:49:23et les Groenlandais
00:49:24avaient refusé.
00:49:25Je pense que,
00:49:25vous savez quoi ?
00:49:26Je pense,
00:49:27malheureusement peut-être,
00:49:28mais que les Groenlandais
00:49:30vont se faire acheter
00:49:30par les Américains.
00:49:32Je pense que,
00:49:33parce que si vous donnez
00:49:34un million de dollars
00:49:35ce qui était envisagé
00:49:37à chaque Groenlandais
00:49:38en disant,
00:49:38écoutez,
00:49:39plutôt que de dépendre
00:49:39du Danemark,
00:49:40vous êtes dépendant
00:49:40des Américains,
00:49:41je crois qu'ils vont hésiter.
00:49:42Juste pour en finir
00:49:43avec l'OTAN,
00:49:44donc présence de la France
00:49:46utile en son sein
00:49:46selon le général Dutarte,
00:49:48une partie de la gauche plaide
00:49:49pour en sortir.
00:49:52Quelle est votre position,
00:49:53vous, Bertrand Maldi ?
00:49:54Je l'ai amorcé
00:49:56en disant que,
00:49:57effectivement,
00:49:57ça ne correspondait plus
00:49:59à l'ère du temps.
00:50:00L'ère d'OTAN
00:50:01ne correspond plus
00:50:02à l'ère du temps.
00:50:04Mais il faut comprendre
00:50:05ce que les Européens
00:50:06ont du mal à admettre.
00:50:07Pourquoi ?
00:50:08Parce que les Européens
00:50:09restent fondamentalement attachés
00:50:10à l'idée
00:50:11de déléguer leur défense
00:50:12à des États-Unis,
00:50:15ça coûte moins cher.
00:50:17Et puis nous,
00:50:18on est divisé,
00:50:19au moins,
00:50:20papa,
00:50:20comme disait M. Rutte,
00:50:22va nous réunir,
00:50:23etc.
00:50:24Mais en réalité,
00:50:26là où l'Europe perd,
00:50:27c'est qu'elle s'enferme
00:50:28dans une attitude
00:50:29d'un autre temps
00:50:30qui est antérieure
00:50:31à la mondialisation.
00:50:33Dans le jeu
00:50:33de la mondialisation,
00:50:34il y a un principe
00:50:36qui devient fondamental
00:50:37et que l'Europe
00:50:38ne sait pas s'essayer,
00:50:39c'est la fluidité.
00:50:40Je disais tout à l'heure
00:50:41que l'aubaine, maintenant,
00:50:42est plus importante
00:50:43que l'alliance.
00:50:43C'est-à-dire savoir
00:50:46créer des partenariats
00:50:47avec les émergents,
00:50:49avec des pays du Sud,
00:50:50en fonction des problèmes.
00:50:51Je ne dis pas
00:50:54se lier
00:50:55corps et poings
00:50:56avec pied et poings,
00:50:59pardon,
00:50:59avec le Brésil
00:51:01ou l'Afrique du Sud.
00:51:01Mais le temps nouveau,
00:51:05c'est savoir
00:51:07jouer cette fluidité,
00:51:09multiplier les partenariats
00:51:12trouver des points d'équilibre,
00:51:14travailler à des solutions
00:51:15avec les acteurs régionaux
00:51:17quand ceux-ci sont en cause.
00:51:20C'est ça,
00:51:20l'avenir des relations internationales.
00:51:22Regardez des pays
00:51:23qui ne sont pas de bons exemples,
00:51:24je suis d'accord,
00:51:25mais qui, quand même,
00:51:27pèsent sur l'avenir du monde.
00:51:28Regardez l'Arabie saoudite.
00:51:29L'Arabie saoudite,
00:51:30elle a créé des partenariats,
00:51:32bien sûr,
00:51:32anciens avec les États-Unis,
00:51:34mais aussi avec la Russie,
00:51:35mais aussi avec la Chine,
00:51:36mais aussi avec Israël,
00:51:37mais aussi avec la Turquie,
00:51:38mais aussi même avec le Qatar,
00:51:39qu'elle déteste par ailleurs,
00:51:41etc.
00:51:41Regardez la Turquie,
00:51:43pourtant membre de l'OTAN
00:51:44et qui pactise avec à peu près tout le monde.
00:51:46Regardez l'Inde.
00:51:47L'Inde est un pays
00:51:48qui a en même temps
00:51:50de très bonnes relations
00:51:50avec la Russie
00:51:51et avec les États-Unis.
00:51:52Et pas avec la Chine.
00:51:53– Ah, mais justement,
00:51:55le changement,
00:51:56le changement depuis quelques mois
00:51:59et en tous les cas,
00:52:00depuis le dernier sommet de l'OCR,
00:52:05de l'Organisation de coopération au Shanghai,
00:52:06ça allait tout à fait dans le sens inverse.
00:52:08Et c'est compris autant par les Chinois
00:52:10que par les Indiens.
00:52:11C'est ça, le monde nouveau.
00:52:13Et c'est là la chance de paix.
00:52:15Vous me demandez tout à l'heure
00:52:16si la paix a encore une chance.
00:52:17Ben voilà, la façon de faire la paix,
00:52:19c'est de multiplier les partenariats
00:52:20et pas de donner, a priori,
00:52:24des statuts à chacun.
00:52:26Alors la Chine est l'allié de la Russie,
00:52:27ce qui ne veut strictement rien dire,
00:52:30qu'il y a des axes d'alliance,
00:52:33Pyongyang, Téhéran, Pékin, Moscou,
00:52:36ce qui ne veut rien dire.
00:52:38– Alors, puisqu'on parle de ces perspectives,
00:52:41au lendemain des bombardements du Venezuela,
00:52:45le ministre des Affaires étrangères,
00:52:46Jean-Noël Barraud,
00:52:48déclarait ça.
00:52:48On va l'écouter en vidéo.
00:52:49– Mais la France se prépare
00:52:51pour un monde durci,
00:52:52pour un monde brutalisé,
00:52:54pour pouvoir se défendre.
00:52:55– Et comment est-ce qu'elle se prépare ?
00:52:56Est-ce que c'est suffisant de condamner ?
00:52:58Est-ce que c'est suffisant ?
00:52:58– Comment s'y préparer ?
00:52:59Comment se préparer à un monde plus brutal
00:53:01et plus durci ?
00:53:02Eh bien, c'est tout d'abord
00:53:03en nous réarmant sur le plan militaire.
00:53:05C'est l'objectif qui est donné
00:53:06par le Premier ministre,
00:53:08la ministre des Armées.
00:53:09En nous réarmant sur le plan économique
00:53:11pour diminuer les dépendances
00:53:13qui aujourd'hui nous placent
00:53:14dans une situation de servitude
00:53:16par rapport à d'autres régions du monde.
00:53:17Et c'est aussi nous réarmer moralement,
00:53:20être prêts à résister
00:53:21à cette brutalité qui s'installe.
00:53:23– Oui, justement,
00:53:24sur la question de la diplomatie française,
00:53:26il y a la question de l'Ukraine.
00:53:27Emmanuel Macron a dit,
00:53:29envoyé, s'il y a un accord de paix,
00:53:31600 000 soldats sur place,
00:53:36100 modats de l'ONU.
00:53:37Est-ce que c'est vraiment une bonne idée ?
00:53:39– Alors, s'agissant de l'Ukraine,
00:53:42la position française,
00:53:43peut-être que je la comprends bien,
00:53:44c'est de soutenir ce pays
00:53:46contre l'envahisseur russe
00:53:48dans le cadre d'une coalition des volontaires.
00:53:50Et ça, c'est un succès diplomatique
00:53:52qu'il faut reconnaître au président Macron
00:53:54et à Kerr-Stimer,
00:53:57notamment les britanniques.
00:53:59C'est-à-dire que les deux se disent,
00:54:00bon, il faut qu'on ait une coalition derrière
00:54:03parce que les Américains sont quelque part,
00:54:04sont en dehors,
00:54:05enfin, en tout cas,
00:54:06sont un peu trop en arrière
00:54:08au vu de la position française.
00:54:10Et c'est vrai qu'il faut bien comprendre
00:54:12que l'Ukraine,
00:54:15qu'on le veuille ou non,
00:54:16quelque part,
00:54:17c'est aujourd'hui notre meilleur bouclier,
00:54:20bouclier européen,
00:54:21voire même otanien.
00:54:23Et donc,
00:54:24si l'Ukraine résiste,
00:54:26c'est une protection pour nous.
00:54:28Si elle ne résiste pas,
00:54:30si la Russie envahit complètement l'Ukraine,
00:54:33et bien là,
00:54:34l'ensemble de la Russie,
00:54:35enfin, la Russie avec toutes ses forces,
00:54:36est aux portes de l'Europe et de l'OTAN
00:54:38et il faudra bien faire quelque chose.
00:54:40Donc aujourd'hui,
00:54:40quelque part,
00:54:41c'est notre intérêt stratégique
00:54:42que l'Ukraine résiste.
00:54:44Qu'est-ce que vous en pensez, Bertrand Maddy ?
00:54:46Pardon ?
00:54:46Qu'est-ce que vous en pensez, Bertrand Maddy,
00:54:48envoyer des troupes en Ukraine ?
00:54:49Je suis tout à fait d'accord
00:54:50sur la nature capitale de l'enjeu ukrainien.
00:54:54Il ne faut quand même pas oublier
00:54:57que l'Ukraine,
00:54:58non seulement est vitale
00:55:00pour l'avenir de l'Europe,
00:55:01mais elle est vitale
00:55:02pour l'avenir du droit international.
00:55:04C'est-à-dire que si on venait
00:55:06à officialiser
00:55:08un abandon de territoire ukrainien
00:55:11validé par un traité de paix,
00:55:13ce serait une honte absolue.
00:55:16En cela,
00:55:17que ce serait la première fois
00:55:18depuis 1945
00:55:19qu'un traité de paix
00:55:22viendrait valider
00:55:23une cession de territoire.
00:55:26Les modifications territoriales
00:55:27depuis 1945,
00:55:28elles n'ont jamais été validées
00:55:30par aucun territoire.
00:55:30Chypre-Nord,
00:55:32l'Ossétie,
00:55:33l'Abkhazie,
00:55:35le Somaliland,
00:55:36etc.
00:55:37Bon,
00:55:38absolument.
00:55:39Maintenant,
00:55:41on peut se réjouir
00:55:43de ce projet
00:55:44qui a été officialisé
00:55:46à Paris
00:55:47il y a quelques jours.
00:55:49Seulement,
00:55:50moi,
00:55:51il m'étonne un peu
00:55:52parce qu'il est conditionné
00:55:54à un cessez-le-feu
00:55:55et à un accord de paix
00:55:56dont je ne vois même pas
00:55:58le préalable.
00:55:59Donc,
00:55:59c'est facile de s'engager
00:56:00sur un avenir
00:56:01qui n'existe même pas
00:56:03en filière.
00:56:04Le deuxième élément
00:56:05que je vois,
00:56:06on a dit que les États-Unis
00:56:08ont souscrit à ça,
00:56:09mais ce n'est pas vrai.
00:56:10Les États-Unis
00:56:10n'ont signé aucun papier
00:56:12dans cette affaire.
00:56:13Donc,
00:56:13il y a quelque chose
00:56:14qui ressemble
00:56:15à un marché de dupe.
00:56:16C'est-à-dire,
00:56:16nous,
00:56:17on s'engage à faire ça
00:56:18et les autres,
00:56:18ils ne s'engagent
00:56:19à rien du tout.
00:56:20Donc,
00:56:20ça me fait peur également.
00:56:22Troisièmement,
00:56:23moi,
00:56:23je reproche solidement
00:56:25à la diplomatie,
00:56:26non pas française
00:56:27et pas la seule en cause,
00:56:29mais européenne,
00:56:30d'avoir complètement négligé
00:56:32ce qui serait
00:56:34un plan de paix
00:56:35sur l'Ukraine.
00:56:36C'est-à-dire,
00:56:37on aurait des propositions
00:56:38à faire.
00:56:39Moi,
00:56:40personnellement,
00:56:40tout petit bonhomme
00:56:41que je suis,
00:56:42j'ai des propositions
00:56:43à faire.
00:56:44Et notamment,
00:56:45une nouvelle conférence
00:56:47européenne sur la sécurité,
00:56:48ce que j'appelle
00:56:49un Helsinki 2.
00:56:50Jamais ça n'a été proposé.
00:56:52Et enfin,
00:56:52dernièrement,
00:56:53l'effort de défense.
00:56:55Je n'oserais pas,
00:56:55devant le général,
00:56:56dire que je suis hostile
00:56:58à celui-ci,
00:56:59mais j'aimerais
00:56:59qu'on me le définisse.
00:57:01Parce que,
00:57:02quand j'entends
00:57:03beaucoup de spécialistes
00:57:04dire,
00:57:04il nous faut plus de chars,
00:57:06il nous faut plus de...
00:57:07etc.
00:57:07Ou un porte-avions,
00:57:08je ne sais quoi.
00:57:09Moi,
00:57:09je dirais,
00:57:09il nous faudrait peut-être
00:57:11une solide défense
00:57:12contre le risque
00:57:12de cyberattaques.
00:57:14Le plus grand péril
00:57:15pour la France de demain,
00:57:16c'est une cyberattaque
00:57:18frontale venant de la Russie
00:57:20qui paralyserait,
00:57:21par exemple,
00:57:21tout notre système aérien,
00:57:23tout notre système
00:57:25de communication,
00:57:26etc.
00:57:27Et qui nous tuerait.
00:57:28Bon,
00:57:28et qu'est-ce qu'on a ?
00:57:29Justement,
00:57:30sur la question
00:57:31des dépenses militaires
00:57:35au niveau de l'Europe,
00:57:35puisqu'on a eu
00:57:36le fameux plan
00:57:36Réarme Europe
00:57:37qui fait 800 milliards.
00:57:39On a vu que
00:57:40tous les budgets,
00:57:41que ce soit de la France,
00:57:42de l'Allemagne et autres,
00:57:42ont explosé
00:57:43ces dernières années.
00:57:45Finalement,
00:57:45l'Europe est-elle prise au piège
00:57:46entre un jeu
00:57:47des grandes puissances,
00:57:48c'est-à-dire la Russie,
00:57:49la Chine et les Etats-Unis ?
00:57:52On reviendra plus précisément
00:57:54sur la France
00:57:54juste après.
00:57:56Moi,
00:57:56de manière générale,
00:57:57l'Europe voulait vivre en paix,
00:57:59en fait.
00:58:00Elle y a cru.
00:58:01Après la chute du mur de Berlin,
00:58:03c'est dit,
00:58:03ça y est,
00:58:03maintenant,
00:58:04plus jamais de guerre
00:58:06en Europe,
00:58:06plus jamais.
00:58:07On désarme
00:58:08les uns les autres.
00:58:09Et à la limite,
00:58:10je peux comprendre
00:58:11ce sentiment noble
00:58:12de vouloir la paix
00:58:13sur notre planète Terre,
00:58:14en fait.
00:58:16Mais on a été,
00:58:17je pense,
00:58:17candides.
00:58:18On a été candides
00:58:19devant des...
00:58:20des velléités,
00:58:20évidemment,
00:58:21russes,
00:58:22avec le président Poutine,
00:58:24avec certains pays
00:58:25dont on ne parle jamais,
00:58:27mais la Corée du Nord
00:58:28qui développe
00:58:29son armement nucléaire.
00:58:31Et puis,
00:58:33des tergiversations
00:58:34américaines
00:58:35qui sont plus orientées
00:58:37vers l'intérêt immédiat
00:58:38américain
00:58:39que l'intérêt
00:58:40des Européens
00:58:41ou l'intérêt de la planète.
00:58:42Donc,
00:58:42aujourd'hui,
00:58:42on n'a pas le choix.
00:58:43C'est qu'on doit être fort.
00:58:46On doit être fort.
00:58:46On n'a pas le choix.
00:58:47Donc,
00:58:48moi,
00:58:48je pense qu'il nous faut
00:58:49une autonomie
00:58:49de défense en Europe
00:58:51et une autonomie politique
00:58:52pour pouvoir peser.
00:58:54Ce qu'on n'a pas aujourd'hui
00:58:55parce que ce n'était pas
00:58:56le contrat européen.
00:58:57C'était un libre-échange
00:58:59et puis la paix aussi,
00:59:00quelque part.
00:59:01Moi,
00:59:01j'avais...
00:59:02quand j'avais été affecté
00:59:04au cabinet
00:59:05de Michel Barnier
00:59:05quand il était ministre
00:59:06des Affaires étrangères,
00:59:10il m'avait dit,
00:59:11tu vois,
00:59:12le plus grand succès
00:59:13de l'Europe,
00:59:14c'est la paix en Europe.
00:59:15Et c'est vrai
00:59:16qu'on a oublié ça,
00:59:18mais depuis 39-45,
00:59:20on n'a jamais été aussi
00:59:21en paix
00:59:21sur le territoire européen.
00:59:23Je dis bien,
00:59:23c'est en dehors
00:59:24de l'histoire des Balkans.
00:59:26J'ai fait participer.
00:59:29Mais on appelait ça
00:59:30la poudrière des Balkans.
00:59:31Et je trouve
00:59:32qu'on n'a pas si mal géré
00:59:34que ça,
00:59:34la communauté internationale,
00:59:36parce qu'on a imposé
00:59:38une sorte de paix.
00:59:39J'espère qu'elle va durer.
00:59:41C'est encore extrêmement sensible.
00:59:42Mais à l'époque,
00:59:43lorsque Tito est tombé,
00:59:44entre les Croates,
00:59:45les Bosniacs et les Cernes,
00:59:47ces gens-là,
00:59:47ça a été de la guerre civile.
00:59:49C'était abominable.
00:59:50Et on a, quelque part,
00:59:51réussi à temporiser
00:59:52un peu cette affaire-là.
00:59:54Et je pense qu'on peut,
00:59:55quelque part,
00:59:55en être fiers.
00:59:56Mais pour l'instant,
00:59:57on a une sorte de paix
00:59:58dans toute l'Europe.
00:59:59On n'envisage pas
01:00:00de refaire des conflits
01:00:02avec nos amis britanniques,
01:00:04avec les Allemands,
01:00:04sauf sur les terrains de rugby,
01:00:05bien sûr,
01:00:07avec les Allemands,
01:00:08avec les Italiens,
01:00:09avec les Espagnols,
01:00:10et tant mieux.
01:00:10Tant mieux.
01:00:11Mais maintenant,
01:00:12il faut être autonome,
01:00:13il faut se protéger.
01:00:14Alors,
01:00:14quelles sont les menaces
01:00:15de la France aujourd'hui ?
01:00:18Moi, j'en vois trois.
01:00:19La première, bien sûr,
01:00:21on la voit,
01:00:22c'est la Russie,
01:00:23militairement parlant.
01:00:24Je ne vois pas
01:00:25se battre contre
01:00:26des pays africains
01:00:28ou, évidemment,
01:00:30contre la Chine.
01:00:31Non.
01:00:32Aujourd'hui,
01:00:33militairement,
01:00:33on n'a qu'une seule menace,
01:00:34c'est une grande puissance nucléaire
01:00:36qui est la Russie
01:00:36avec 6 000 tas de nucléaires.
01:00:38Donc là,
01:00:39il faut être capable
01:00:39de dire,
01:00:40dissuader la Russie,
01:00:41de venir empiéter
01:00:43sur l'Europe
01:00:43ou s'attaquer
01:00:44à des intérêts français.
01:00:45C'est la première menace.
01:00:46la seconde menace,
01:00:48c'est le terrorisme.
01:00:50Le terrorisme,
01:00:52un peu, bien sûr,
01:00:53de cyberattaque,
01:00:54mais je vais y revenir.
01:00:55Le terrorisme
01:00:56et puis la déstabilisation
01:00:57de notre société
01:00:58par les trafics de drogue.
01:01:00Ça, c'est quand même
01:01:00un vrai sujet.
01:01:02Et la troisième menace,
01:01:03c'est nos divisions intérieures.
01:01:05Si on n'a pas la volonté
01:01:06de se défendre,
01:01:07si on est toujours
01:01:08en train de se diviser,
01:01:09il faut arriver
01:01:10à se respecter
01:01:11les uns les autres
01:01:12et trouver un dénominateur commun
01:01:13pour que notre société
01:01:14qui est d'une humanité
01:01:16absolument incroyable,
01:01:17enfin qui voudrait
01:01:19les droits de l'homme
01:01:21que je défends complètement,
01:01:23sauf qu'il y a parfois,
01:01:24on a oublié un petit quelque chose,
01:01:25c'est les devoirs de l'homme.
01:01:26Et le seul devoir
01:01:27que les humains ont,
01:01:28c'est de respecter les autres.
01:01:30Une démocratie ne fonctionne
01:01:31que si on respecte
01:01:32justement les droits des autres.
01:01:33Et donc, c'est le mot respect.
01:01:34On doit se respecter
01:01:35les uns les autres.
01:01:36Et ça, à mon avis,
01:01:37c'est une chose très importante.
01:01:38Donc, la vraie menace aujourd'hui,
01:01:39c'est un, la Russie,
01:01:41deux, le terrorisme
01:01:42et trois, nos divisions intérieures.
01:01:44S'agissant...
01:01:44Oui, vous voulez revenir
01:01:45ce débat ?
01:01:45Juste pour faire avancer
01:01:47un petit peu le débat
01:01:49et donner quelques éléments
01:01:50sur le budget de la France,
01:01:51notamment,
01:01:52puisque vous parlez de menaces,
01:01:53me semble-t-il,
01:01:54quand même de nature
01:01:54sensiblement différente
01:01:57et qui nécessite
01:01:58des réponses différentes
01:01:59pour ce qui concerne
01:02:00les menaces extérieures
01:02:01que vous évoquiez.
01:02:03L'Assemblée nationale
01:02:04qui reprend son débat
01:02:06demain sur le budget
01:02:08avant une possible motion de censure.
01:02:10Bon, on verra tout ce que ça donne.
01:02:12En tout cas,
01:02:13le projet de loi de finances
01:02:14prévoit 6,7 milliards
01:02:16d'augmentation du budget
01:02:17de la Défense
01:02:17pour un total de 57,1 milliards
01:02:20contre 32,7 milliards
01:02:22en 2019,
01:02:23soit près du double
01:02:24d'augmentation.
01:02:26est-ce que face
01:02:27à l'escalade mondiale
01:02:29à laquelle on assiste,
01:02:30la réponse
01:02:31et la seule réponse
01:02:33c'est la surenchère
01:02:35militaire
01:02:35quitte à sacrifier
01:02:36d'ailleurs dans le budget
01:02:37d'autres services publics,
01:02:39d'autres lignes budgétaires ?
01:02:40Bertrand Maddy.
01:02:41Oui, alors,
01:02:43là, il y a un vrai débat
01:02:44qui ne s'est jamais construit.
01:02:47Qu'est-ce que c'est
01:02:48que la Défense ?
01:02:48Et je le dis humblement
01:02:49devant quelqu'un
01:02:50qui en est beaucoup plus spécialiste
01:02:52que moi.
01:02:53la Défense, d'abord,
01:02:54c'est un instrument.
01:02:55Ce n'est pas une fin en soi.
01:02:56C'est l'instrument
01:02:57d'une politique étrangère.
01:02:58Or, pour moi,
01:02:59une Défense,
01:03:00elle est crédible
01:03:01si on a une politique étrangère
01:03:03claire et définie.
01:03:05Nous n'avons plus
01:03:06de politique étrangère.
01:03:07Ça, c'est un premier point.
01:03:08Alors, on pourrait développer,
01:03:10mais c'est une première alerte,
01:03:11si vous voulez.
01:03:12Quels sont les objectifs ?
01:03:13Tout à l'heure,
01:03:14en général,
01:03:15vous parliez d'objectifs
01:03:15qui est le grand concept
01:03:17clause-vitzien.
01:03:18Ah, ben oui,
01:03:19justement,
01:03:20la Défense,
01:03:20mais ça sert à quoi ?
01:03:22Et pour défendre
01:03:23quelle politique étrangère,
01:03:25et notamment par rapport
01:03:26à nos partenaires européens
01:03:27qui n'ont peut-être pas
01:03:28exactement la même vision ?
01:03:29Le deuxième élément,
01:03:31c'est que pour moi,
01:03:33la Défense,
01:03:33c'est total.
01:03:34C'est-à-dire,
01:03:35il n'y a pas le budget
01:03:36du ministère de la Défense
01:03:38qui est indépendant
01:03:39des uns des autres.
01:03:39Je rejoins d'une certaine manière
01:03:41ce qu'a dit
01:03:41très justement le général
01:03:43tout à l'heure.
01:03:43La Défense,
01:03:44c'est une affaire de tous
01:03:45et une société
01:03:46qui n'est pas en bonne santé
01:03:47est une société
01:03:48qui est incapable
01:03:48de se défendre,
01:03:50même si elle a
01:03:51un porte-avions
01:03:52absolument extraordinaire
01:03:53comme celui
01:03:54qu'on nous annonce.
01:03:55N'est-ce pas ?
01:03:55Et moi,
01:03:56je vois des secteurs
01:03:58de la société française
01:04:00qui sont en situation
01:04:02d'alerte profonde.
01:04:05Je pense à la santé
01:04:06en particulier,
01:04:08je pense à l'environnement
01:04:10et à l'écologie,
01:04:12je pense,
01:04:13dans une moindre mesure,
01:04:14parce que quelquefois
01:04:15on exagère certains points,
01:04:16mais aussi à l'éducation,
01:04:19et tout ceci
01:04:22ne peut pas se faire
01:04:24au détruit.
01:04:27Un effort de défense
01:04:28ne peut pas se faire
01:04:29au détriment
01:04:29de tous ces secteurs.
01:04:30C'est ça que l'on ne comprend pas.
01:04:32Si vous voulez avoir
01:04:34des Françaises
01:04:35et des Français
01:04:36qui sont attachés
01:04:37à la défense
01:04:38de leur pays,
01:04:39vous devez d'abord
01:04:40montrer que vous avez
01:04:42une capacité
01:04:42de protection sociale.
01:04:44C'est effarant
01:04:45de voir cette grève
01:04:47de médecins
01:04:48qui est quelque chose
01:04:48d'assez obscène.
01:04:49D'ailleurs,
01:04:49qu'un médecin se mette en grève,
01:04:51je n'arrive pas à comprendre.
01:04:52Surtout que ce n'est pas
01:04:53la catégorie la plus à plainte,
01:04:54ce n'est pas la plus souffrante,
01:04:55n'est-ce pas ?
01:04:56Mais moi,
01:04:56je connais en ce moment
01:04:57des gens qui souffrent
01:04:58et qui n'ont pas de médecin
01:04:59pour aller là.
01:05:00Bon, ça,
01:05:01c'est quand même
01:05:01un signal d'alerte.
01:05:03La société française va mal,
01:05:06ne parlons pas aussi
01:05:07de la dette.
01:05:08Et si tout ceci
01:05:09n'est pas conçu
01:05:11dans une vision globale
01:05:12des choses,
01:05:13eh bien,
01:05:14vous pourrez avoir
01:05:16le budget
01:05:17du ministère de la Défense
01:05:18le plus éblouissant,
01:05:19il ne servira à rien.
01:05:20Justement,
01:05:21sur cette surenchère,
01:05:23est-ce qu'on se demande
01:05:24aujourd'hui,
01:05:24est-ce qu'elle a un sens ?
01:05:25Parce que, finalement,
01:05:26les États-Unis vont dépenser
01:05:27près de 1 000 milliards
01:05:28de dollars pour 2026.
01:05:31Potentiellement,
01:05:32ils pourraient dépenser
01:05:32jusqu'à 1 500 milliards
01:05:34de dollars en 2027
01:05:35s'il y a un accord bipartisan.
01:05:36Donc,
01:05:37est-ce que, finalement,
01:05:37cette course,
01:05:37cette surenchère,
01:05:38elle a un sens général du temps ?
01:05:40Non, mais,
01:05:41sur le fond de ma pensée,
01:05:43moi,
01:05:43je suis pour le désarmement.
01:05:44La première chose.
01:05:45Donc,
01:05:47plus...
01:05:48J'ai un vrai problème.
01:05:49Enfin,
01:05:49ce n'est pas une difficulté,
01:05:50mais sur le plan de l'éthique,
01:05:52je voudrais que les armes
01:05:53disparaissent,
01:05:54que mon ancien métier
01:05:55disparaisse,
01:05:56parce que ça n'a pas de sens.
01:05:58Il vaut mieux mettre
01:05:59de l'argent
01:05:59dans les hôpitaux,
01:06:00dans l'action sociale,
01:06:02dans l'équilibre.
01:06:03Et donc, moi, fondamentalement,
01:06:05je suis pour que chaque être humain
01:06:07trouve sa place dans la société
01:06:09dans l'harmonie et dans la paix.
01:06:10Y compris face à la situation concrète
01:06:12dans laquelle on est aujourd'hui.
01:06:13Mais la difficulté,
01:06:14c'est qu'on vit un monde
01:06:16extrêmement troublé.
01:06:17Et alors,
01:06:18M. Vadis,
01:06:19je suis d'accord avec beaucoup,
01:06:21bien sûr,
01:06:21de ce que vous dites,
01:06:22mais qu'est-ce que c'est
01:06:24qu'une politique de défense ?
01:06:26Ce n'est pas pour défendre
01:06:28une vision diplomatique,
01:06:29pas du tout.
01:06:30La défense,
01:06:31c'est pour défendre
01:06:32ses citoyens.
01:06:33C'est tout simplement ça.
01:06:34La défense,
01:06:35le premier rôle d'un État,
01:06:37c'est protéger ses citoyens
01:06:39sur tous les secteurs,
01:06:41à la fois vis-à-vis
01:06:42d'une agression extérieure,
01:06:44à la fois vis-à-vis
01:06:45d'une déstabilisation intérieure,
01:06:47de donner un emploi
01:06:48à chacun,
01:06:48que chacun puisse s'épanouir
01:06:50dans la société
01:06:51avec le maximum
01:06:52d'équité possible.
01:06:53Vous savez,
01:06:54c'est un sujet
01:06:54dont on n'a pas parlé,
01:06:55mais à mon avis
01:06:55qui est fondamental,
01:06:56c'est que l'humanité
01:06:58aujourd'hui a trois priorités.
01:06:59On doit le regarder.
01:07:00Et la France doit être
01:07:01toujours une alerte.
01:07:02La première priorité,
01:07:04c'est la paix dans le monde.
01:07:05Donc, pourquoi il y a des guerres ?
01:07:06Parce qu'il y a des tensions.
01:07:08Donc, il faut,
01:07:09chaque fois qu'on peut,
01:07:09la première, pour moi,
01:07:12directive diplomatique
01:07:13objective,
01:07:14c'est d'abaisser
01:07:14des tensions dans le monde.
01:07:16Et quelque part,
01:07:16la France était un peu comme ça.
01:07:18Qu'est-ce qu'elle veut,
01:07:18la France ?
01:07:19La seule directive
01:07:20qu'un président de la République
01:07:21doit donner à sa diplomatie,
01:07:23messieurs les diplomates,
01:07:23je veux essayer
01:07:24de faire la paix partout.
01:07:27Apaiser les tensions,
01:07:28pour moi,
01:07:28c'est la seule chose.
01:07:29La seconde chose,
01:07:30c'est protéger ses citoyens,
01:07:31évidemment.
01:07:32Alors, les priorités
01:07:33de l'humanité,
01:07:33c'est un, la paix,
01:07:34deux, la protection
01:07:35de notre planète,
01:07:37parce qu'on ne peut pas
01:07:38la laisser comme ça
01:07:39partir à volo,
01:07:40ne serait-ce pour respect
01:07:41pour nos enfants.
01:07:42Dans quel état
01:07:43on va laisser notre planète
01:07:44et donc piller les ressources
01:07:45dans tous les sens
01:07:46et polluer, polluer, polluer ?
01:07:47Non, on doit tous
01:07:48une responsabilité,
01:07:49chacun à son niveau,
01:07:50pour protéger notre planète.
01:07:51Et la troisième,
01:07:52on n'en a pas parlé,
01:07:53c'est trouver un système économique
01:07:55sur la planète
01:07:56qui respecte le maximum de gens
01:07:58pour que les gens
01:07:59puissent s'ébadouir.
01:08:00Et ce,
01:08:00c'est une chose,
01:08:02on ne l'a pas trouvé.
01:08:02Les excès du communisme
01:08:04ont amené des dizaines,
01:08:05peut-être pas dire
01:08:06des centaines de millions de morts.
01:08:06les excès du capitalisme
01:08:08sont dramatiques aussi,
01:08:11parce que c'est la pauvreté,
01:08:12c'est les gens
01:08:12de plus en plus riches
01:08:13au détriment
01:08:15de gens de plus en plus pauvres.
01:08:16Donc, il faut trouver
01:08:17un juste équilibre.
01:08:19Et la France
01:08:21est au milieu de tout ça,
01:08:23des excès
01:08:24qu'on a pu voir
01:08:26du communisme
01:08:27et des excès du capitalisme.
01:08:28Non, nous,
01:08:29on doit trouver,
01:08:30et d'ailleurs,
01:08:30c'est la chose fondamentale
01:08:32du communisme,
01:08:33c'est la répartition
01:08:35la plus harmonieuse possible
01:08:36entre les êtres humains.
01:08:37Et sur le plan éthique,
01:08:39c'est une bonne chose,
01:08:40mais on n'a pas arrivé
01:08:41à trouver le système économique
01:08:43qui permet de le faire.
01:08:44Et c'est ça qu'il faut trouver.
01:08:45la France n'est pas forcément
01:08:45au milieu du chemin
01:08:46sur cette voie-là.
01:08:47Non, mais c'est fort d'être
01:08:48moins dans les excès.
01:08:49En l'occurrence,
01:08:50le gouvernement semble aussi
01:08:51avoir des projets
01:08:52pour nos enfants.
01:08:53On se souvient
01:08:54de cette déclaration
01:08:55du général Mandon,
01:08:56chef d'état-major des armées,
01:08:57qu'on réécoute tout de suite.
01:08:59Si notre pays flanche
01:09:01parce qu'il n'est pas prêt
01:09:02à accepter,
01:09:06de perdre ses enfants
01:09:08parce qu'il faut dire les choses,
01:09:12de souffrir économiquement
01:09:13parce que les priorités
01:09:14iront à de la production
01:09:17de défense, par exemple.
01:09:20Si on n'est pas prêt à ça,
01:09:23alors on est en risque.
01:09:25Alors d'ailleurs,
01:09:26la campagne de recrutement
01:09:28pour le service national volontaire
01:09:30voulu par Emmanuel Macron
01:09:32est lancée aujourd'hui.
01:09:33Même, général Dutartre,
01:09:34que vous inspire cette initiative
01:09:36du chef de l'État ?
01:09:37Mais moi, je vais vous dire,
01:09:38j'ai beaucoup aimé à l'époque
01:09:39le président Chirac,
01:09:40mais je trouve qu'il a fait une bêtise
01:09:41en suspendant le service national.
01:09:44Là-dessus, que ce soit clair,
01:09:45parce qu'il fallait le réformer,
01:09:48il fallait professionnaliser
01:09:49certaines unités.
01:09:50En fait, ce qui avait enclenché ça,
01:09:51souvenez-vous,
01:09:52c'est la guerre du Golfe numéro 1.
01:09:53Lorsqu'on s'est rendu compte
01:09:54que lorsqu'on voulait déployer
01:09:55des forces extérieures
01:09:56avec un certain nombre,
01:09:57il y avait des soldats
01:09:58qui faisaient leur service militaire.
01:10:00Et la société n'était pas prête
01:10:01à ce que ces soldats
01:10:03meurent sur un théâtre
01:10:04d'opérations extérieures
01:10:05dont ils ne voyaient pas toujours
01:10:06effectivement l'intérêt
01:10:08pour la France.
01:10:09Donc je pense qu'il fallait réformer,
01:10:11mais ça avait une vertu,
01:10:12c'est que c'était
01:10:13théoriquement universel
01:10:14et tout le monde donnait
01:10:16un peu de temps
01:10:16pour son pays.
01:10:18D'ailleurs, moi,
01:10:18je suis pour que chaque être humain,
01:10:19enfin, chaque Français,
01:10:20donne un peu de temps
01:10:21pour son pays.
01:10:22Parce que son pays,
01:10:23évidemment,
01:10:24il ne donne pas assez,
01:10:24mais enfin,
01:10:25il donne des autoroutes,
01:10:26il donne des infrastructures,
01:10:28il donne de l'assistance sociale,
01:10:29jamais assez, bien sûr,
01:10:31mais une certaine protection
01:10:32comme le chômage,
01:10:33jamais assez, peut-être.
01:10:35Mais le pays donne...
01:10:37Là, on parle de l'armée,
01:10:38du coup,
01:10:38c'est un temps particulier
01:10:39donné au pays.
01:10:40Mais absolument.
01:10:41Moi, j'étais plus pour le service national
01:10:45que le service militaire.
01:10:46Le service militaire,
01:10:47c'est une petite partie
01:10:48du service national.
01:10:49C'est-à-dire qu'on devrait donner du temps
01:10:50pour nos hôpitaux,
01:10:52pour nettoyer nos rivières,
01:10:57nos plages,
01:10:58nos routes,
01:10:58qui parfois ont bien besoin
01:11:00d'un coup de balai.
01:11:03Donc, que chaque Français
01:11:04donne un peu de temps
01:11:05pour son pays.
01:11:06Donc, moi,
01:11:07c'était ça l'esprit.
01:11:08Alors, maintenant,
01:11:08on remet le service national,
01:11:11volontaire.
01:11:12Je trouve que c'est
01:11:13une bonne initiative,
01:11:14une initiative très modeste,
01:11:16mais elle a été pensée,
01:11:17en fait, par les armées.
01:11:18Il n'y a pas eu beaucoup,
01:11:19d'ailleurs,
01:11:19de débats sur le sujet,
01:11:20si vous regardez bien.
01:11:21Pourquoi ?
01:11:22Parce que c'était
01:11:23assez intelligemment conçu.
01:11:26Il faut le savoir
01:11:26qu'en fait,
01:11:27le président Macron
01:11:27avait demandé aux armées
01:11:28« proposez-moi différents scénarios »
01:11:30et ils ont proposé
01:11:31des scénarios
01:11:32qui étaient acceptables
01:11:33avec une montée en puissance.
01:11:35C'est volontaire.
01:11:36mais je pense qu'un jour,
01:11:38il y a pas mal
01:11:39de pays européens
01:11:40qui remettent
01:11:40un service national
01:11:42obligatoire.
01:11:44On n'en est pas là
01:11:45aujourd'hui,
01:11:45mais je pense que
01:11:46chaque jeune en France
01:11:48devrait donner
01:11:49un peu de temps
01:11:49pour son pays.
01:11:50Justement,
01:11:50sur la question de l'armée,
01:11:51Bertrand Badi,
01:11:52que pensez-vous
01:11:53de ces multiplications
01:11:54des appels
01:11:54à se mettre
01:11:55au service de la patrie ?
01:11:58Oui,
01:11:59alors,
01:11:59vous savez...
01:12:00Quitte à sacrifier
01:12:02une finesse à vie,
01:12:02puisque le général Dutartre
01:12:05dit que ce n'est pas obligatoire,
01:12:06il se trouve que
01:12:07dans les dispositions,
01:12:08en cas de crise,
01:12:09ça pourrait le devenir,
01:12:10à préciser le gouvernement.
01:12:12Oui,
01:12:13il y a des considérations économiques
01:12:15sur lesquelles
01:12:17on pourrait revenir
01:12:17à propos,
01:12:18effectivement,
01:12:19de cette transformation
01:12:20et de cette abolition
01:12:21du service national.
01:12:23mais vous posez,
01:12:25je pense,
01:12:25la bonne question,
01:12:26c'est-à-dire
01:12:26en termes de valeur
01:12:29et de motivation
01:12:29et en termes d'engagement,
01:12:31en termes d'identification.
01:12:34Pour cela,
01:12:36avant d'avoir
01:12:38un choix personnel,
01:12:39il faut regarder,
01:12:40il faut écouter.
01:12:42Le principal défaut,
01:12:44tant des acteurs politiques
01:12:45que des observateurs,
01:12:47c'est de ne pas avoir
01:12:50une vision générationnelle
01:12:51du monde,
01:12:52c'est-à-dire
01:12:52interroger les jeunes.
01:12:54Moi,
01:12:54j'ai eu cette chance
01:12:54extraordinaire
01:12:55pendant 50 ans
01:12:56de vivre avec des jeunes
01:12:57de 20 ans.
01:12:58Je les entendais,
01:12:59ils ne portaient pas
01:12:59le même discours.
01:13:00Si vous utilisez
01:13:02le mot patrie,
01:13:02moi,
01:13:03je ne juge pas
01:13:03le mot patrie,
01:13:04vous prenez-vous bien,
01:13:06mais il n'a pas
01:13:07dans la bouche
01:13:08des jeunes de 20 ans
01:13:09le sens ou la force
01:13:11qu'il avait autrefois.
01:13:12Est-ce que c'est parce
01:13:13que ces jeunes
01:13:14sont moins bien
01:13:15que nous d'autrefois ?
01:13:17Moi, monsieur,
01:13:18j'aimais la France,
01:13:19etc.
01:13:20Non,
01:13:20c'est parce que les jeunes
01:13:21sont de plus en plus
01:13:22dans le monde
01:13:23parce que vous avez
01:13:25de plus en plus
01:13:25une identification
01:13:27de cette jeunesse,
01:13:28on le voit
01:13:28à travers la Genèse,
01:13:30aux souffrances du monde.
01:13:32Alors,
01:13:32ça ne veut pas dire
01:13:33qu'on ne regarde plus
01:13:34la France,
01:13:34qu'on ne regarde plus
01:13:35la patrie,
01:13:35ça veut dire
01:13:36qu'on a un regard différent.
01:13:37Et d'ailleurs,
01:13:38ça rejoint ce que disait
01:13:39le général Dutard
01:13:40il y a un moment,
01:13:41c'est-à-dire
01:13:42qu'il y a de plus en plus
01:13:44un regard
01:13:45qui est porté
01:13:45sur l'humanité
01:13:46et de moins en moins
01:13:48un regard porté
01:13:49sur la nation.
01:13:50Il faut l'admettre
01:13:51parce que
01:13:52nous sommes dans
01:13:53la communication généralisée.
01:13:55Le jeune qui se lève
01:13:57par les réseaux sociaux,
01:13:58il est,
01:13:59dès son café
01:14:01et même avant son café,
01:14:03dans le monde.
01:14:04Et peut-être
01:14:05ne tirons-nous pas
01:14:07suffisamment
01:14:08les conséquences
01:14:09et les avantages
01:14:10de cette mondialisation
01:14:12des jeunes,
01:14:13de cette appartenance
01:14:15à ce monde nouveau.
01:14:16vous savez,
01:14:16avec la Gen Z,
01:14:17je me suis plongé
01:14:18dans un manga
01:14:19auquel je n'avais pas
01:14:20du tout touché
01:14:21qui était le One Piece
01:14:22qui inspire tellement
01:14:23la jeunesse.
01:14:24Et on découvre
01:14:25tout un système
01:14:26de valeurs
01:14:27que l'on n'a pas
01:14:28le droit d'ignorer.
01:14:30Et je passe
01:14:31sur les détails
01:14:32et la description
01:14:33de ce cosmopolitisme,
01:14:35de cette hostilité
01:14:36à toute forme
01:14:37d'autocratie,
01:14:38de brutalité,
01:14:39etc.
01:14:40Mais peut-être
01:14:42que cette époque nouvelle
01:14:44dans laquelle nous entrons
01:14:45sera celle
01:14:46où on sera relié
01:14:48le proche
01:14:49et le lointain.
01:14:50C'est-à-dire
01:14:51la solidarité intime
01:14:54avec celles et ceux
01:14:55qui nous sont proches,
01:14:56avec l'empathie
01:14:57pour ceux
01:14:58qui nous sont plus lointains.
01:15:00C'est ce que le grand
01:15:01Victor Hugo,
01:15:02qui reste un de mes pères
01:15:03spirituels,
01:15:04appelait la sympathie
01:15:05des âmes.
01:15:06Alors,
01:15:06on peut construire
01:15:07une politique de paix.
01:15:09Vous me demandez
01:15:09tout à l'heure
01:15:09si la paix
01:15:10a encore un sens.
01:15:11C'est ça,
01:15:11la nouvelle paix.
01:15:12C'est la paix
01:15:13par empathie,
01:15:14mais surtout
01:15:16qu'on ne dise pas
01:15:16que je suis un utopiste.
01:15:18Ça implique
01:15:19de garder
01:15:21un regard
01:15:22sur tous les voyants
01:15:23que le général
01:15:24très justement
01:15:25indiquait
01:15:26et de savoir
01:15:27faire le lien
01:15:28entre les deux.
01:15:29Je disais tout à l'heure
01:15:30qu'il est inadmissible
01:15:31que la France
01:15:32et l'Europe
01:15:32n'aient pas
01:15:33un projet de paix
01:15:35pour l'Ukraine.
01:15:36Eh bien,
01:15:38sachons
01:15:39lier
01:15:39nos intérêts
01:15:40et nos dangers
01:15:41immédiats
01:15:42avec une vision
01:15:43plus globale
01:15:44du monde.
01:15:45Et arrêtons
01:15:46ces discours
01:15:47xénophobes,
01:15:48anti-migratoires,
01:15:51discriminatoires.
01:15:52Vous savez,
01:15:53la discrimination,
01:15:53c'est le sens
01:15:54de la rétraction
01:15:55et de la peur.
01:15:56Le monde a peur.
01:15:58Enfin,
01:15:58les sociétés
01:15:59ont peur
01:16:00de ce monde
01:16:00qui s'ouvre
01:16:01alors que
01:16:02l'effort des gouvernants,
01:16:04ça doit être
01:16:04de nous réconcilier
01:16:05avec le monde.
01:16:05Je pense
01:16:06dans la veine
01:16:07de ce que dit
01:16:07l'émission
01:16:08va toucher
01:16:09à sa fin.
01:16:10Ça passe très vite.
01:16:13Bertrand Baddy
01:16:13a répondu
01:16:14à cette question
01:16:15un peu par anticipation.
01:16:17On voulait aussi
01:16:17vous entendre
01:16:18là-dessus,
01:16:18Général Dutartre.
01:16:19Est-ce qu'il y a
01:16:19aussi pour vous
01:16:20encore un espoir
01:16:21pour cette culture
01:16:22de la paix ?
01:16:23Mais vous avez
01:16:25un nom qui est formidable,
01:16:26c'est l'humanité.
01:16:28L'humanité.
01:16:29Et dans le sens
01:16:30le plus noble
01:16:30de l'État,
01:16:31c'est quoi ?
01:16:32C'est que nos jeunes
01:16:33aussi,
01:16:33ils ont raison
01:16:34et moi,
01:16:35je souscris à ça.
01:16:36C'est qu'on a
01:16:37une vraie vision
01:16:38humaniste
01:16:38de l'humanité,
01:16:40de l'avenir
01:16:41de notre planète.
01:16:42Une vision humaniste
01:16:43qui est...
01:16:44Vous citez Victor Hugo,
01:16:46je ne connaissais pas
01:16:46ses impressions
01:16:46de Sympathie des Arts
01:16:47mais je vous en remercie
01:16:48parce que je l'aime beaucoup.
01:16:49Et c'est vrai
01:16:50que nos jeunes,
01:16:51il faut qu'on ait
01:16:51une vision globale.
01:16:52Et la France
01:16:53doit être porteuse.
01:16:55A l'époque,
01:16:55c'était l'époque
01:16:57des Lumières,
01:16:57le pays des Lumières.
01:16:58Il doit redevenir
01:16:59ce pays des Lumières
01:17:00qui est une vision humaniste
01:17:02de l'avenir de l'humanité
01:17:03dans tous ses ensembles.
01:17:04Et ça passe par le respect
01:17:06des êtres humains,
01:17:07quels qu'ils soient
01:17:08sur cette planète.
01:17:10Alors,
01:17:10on arrive au terme,
01:17:11je vous le disais,
01:17:12de ce deuxième match.
01:17:14Il me reste
01:17:15à remercier
01:17:16nos invités
01:17:17de leur présence.
01:17:18Merci beaucoup
01:17:18Bertrand Baddy.
01:17:19Merci Général Dutarte.
01:17:21Merci à toi aussi,
01:17:21Vadim.
01:17:23Et bien sûr,
01:17:24merci à vous
01:17:24derrière vos écrans
01:17:25qui nous avez suivis
01:17:27durant l'heure écoulée.
01:17:28Un dernier petit mot
01:17:30pour vous rappeler
01:17:31de ne pas manquer
01:17:31la prochaine de Seyra
01:17:33qui aura lieu
01:17:34le 28 janvier prochain,
01:17:35mercredi,
01:17:36comme d'habitude.
01:17:37Et dès demain,
01:17:38vous pouvez retrouver
01:17:38notre revue de presse
01:17:39l'international
01:17:41sur notre chaîne Twitch,
01:17:43comme d'habitude.
01:17:44Et d'ici là,
01:17:45lisez l'humain,
01:17:46regardez nos vidéos,
01:17:47n'hésitez pas à vous sub
01:17:48à la chaîne,
01:17:49pardon,
01:17:49et surtout,
01:17:50abonnez-vous,
01:17:51on a besoin de vous.
01:17:52Merci beaucoup.
01:17:53Merci.
01:17:54Merci à vous.

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