- il y a 27 minutes
Chaque week-end, Alice Darfeuille vous accompagne de 21h à 00h dans BFM Grand Soir.
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00:01Bonsoir Igor Saïry, bienvenue sur ce plateau, vous pouvez vous asseoir à côté de Thierry.
00:04Non Thierry, vous restez avec nous, vous aussi, eh oui !
00:07Thierry et Igor, Jérôme Fourquet, bonsoir, vous êtes l'auteur d'Homo occidentalis,
00:13que sommes-nous devenus, que vous co-écrivez avec Ruben Rabinovitch,
00:17livre dans lequel vous auscultez les transformations anthropologiques
00:22qui ont donc bouleversé nos sociétés ces 40 dernières années, c'est bien ça ?
00:2850-60, le début c'est la fin des années 50, le début des années 60.
00:32Passionnant évidemment, surtout quand on le met en lien évidemment avec ce qui se passe aujourd'hui.
00:38Igor Saïry est avec nous, il va nous accompagner parce qu'il a couvert les manifestations encore hier pour BFMTV
00:45avec des dialogues édifiants qui nous ont pour certains marqués et on va en parler ensemble
00:51parce qu'il raconte quelque chose évidemment du climat dans lequel on se trouve.
00:55Mais d'abord un mot sur cette journée de contestation dans sa globalité.
00:58On a beaucoup parlé du maintien de l'ordre, parlons aussi des revendications
01:01et du nombre, 320 000 personnes encore qui manifestaient, dont 70 000 à Paris,
01:07malgré les contraintes, malgré les interdictions, malgré les restrictions, les cortèges étaient nourris.
01:13Qu'est-ce que ça dit, tout simplement, M. Fourquet, de l'état de notre société, l'état actuel ?
01:18On est à six mois d'une élection présidentielle,
01:21donc habituellement, beaucoup des gens qui sont là à manifester se disaient
01:26« tout ça se réglera dans les urnes ».
01:28Et manifestement, beaucoup d'entre eux considèrent qu'ils n'ont pas la possibilité d'attendre
01:33et qu'il faut apporter des réponses tout de suite.
01:36Donc ça a commencé par le mouvement lycéen qui a allumé la mèche
01:39et puis maintenant, tout ça s'est propagé pour planter un petit peu le décor,
01:44dire de quoi tout ça est-il le nom.
01:46Il y a des tensions sociales très très fortes dans le pays.
01:49On a 10 millions de Français qui vivent sous le seuil de pauvreté, 10 millions.
01:54Vous avez 40% des actifs, des gens qui travaillent,
01:57qui disent qu'ils n'arrivent pas à faire face à leurs dépenses courantes
02:01en dépit de leur statut de salarié.
02:0440%, 4 sur 10.
02:05Et puis, dans une enquête que l'IFOP avait réalisée pour la Fondation Jean Jaurès
02:09au début de l'été, 58% des Français considéraient que leur vie avait rétrécie
02:16du fait de la hausse des prix des carburants
02:17qui limitait leur capacité à se déplacer, à aller voir leurs proches, à sortir.
02:2258%.
02:22Et on a un ministre de l'Économie qui nous dit, benoîtement, au Parlement,
02:27la taxe sur les carburants, franchement, ne l'empêche pas de dormir.
02:31Il a corrigé ses propos ensuite, évidemment, mais ça fait mal.
02:34C'est l'air social qui est très vive.
02:37Et on sait, par ailleurs, que les marges de manœuvre budgétaire du gouvernement
02:40sont très limitées.
02:41Donc, d'aucuns évoquent une hausse du SMIC.
02:44Vous voyez, à 15 euros brut par mois, le litre de gasoil est à 2,30 euros.
02:50Donc, 15 euros brut, on va dire, on arrondit, ça fait 12 euros net.
02:53Vous payez 4 ou 5 litres d'essence, enfin, de gasoil de plus par mois avec ça.
02:58Et donc, on voit bien que le compte n'y est pas et que beaucoup de Français sont en limite.
03:05C'est-à-dire qu'ils ont tapé dans les réserves, ils ont réduit leur train de vie,
03:10mais ils n'y arrivent toujours pas.
03:11Il y a cette colère sociale qui est très forte, qui est très vive.
03:15Et parallèlement, on a un gouvernement qui a, en fin de cycle,
03:19on est sur le deuxième quinquennat d'Emmanuel Macron, ça fait 10 ans.
03:23Pour les lycéens qui sont dans la rue, d'autres si loin qu'ils s'en souviennent,
03:27ils ont toujours connu Emmanuel Macron, en fait.
03:30On a du mal à se représenter ça aujourd'hui avec l'accélération du temps,
03:34les réseaux sociaux, les chaînes d'info, on continue.
03:3610 ans, ça fait beaucoup maintenant.
03:38Et donc là, vous voyez, il y a une phrase, une formule qui circule beaucoup sur les réseaux sociaux,
03:42c'est « dans la France à Macron » ou « dans la France de Macron ».
03:45Et donc, ça fait un peu fin de règne.
03:46C'est-à-dire, c'est comme on disait dans les livres d'histoire,
03:48sous la France de Louis XIV, etc.
03:49Donc, on sent que tout ça est à bout de souffle.
03:53Et c'est quoi le dénominateur commun ?
03:55Vraiment, ce qui les relie, toutes ces personnes ?
03:57Parce qu'effectivement, vous venez parfaitement de nous décrire.
04:00Mais chacun a ses revendications.
04:02Et du coup, on se demande vraiment, en fait,
04:04qu'est-ce qui pourrait faire en sorte que ça s'arrête ?
04:06Parce que les revendications sont nombreuses.
04:07Quel est le point commun entre toutes ces personnes ?
04:10Je pense que c'est la vie chère.
04:11C'est la vie chère.
04:12Donc, soit c'est la question des carburants.
04:14Regardez, donc là, peut-être le prix à la pompe va diminuer.
04:17À partir de demain, ça a commencé dès ce soir.
04:19Avec le déstockage des stocks stratégiques.
04:22On sait que c'est ponctuel.
04:24Vous pensez qu'elle est là, la sortie de crise ?
04:25Non, mais ça ne va être que très ponctuel.
04:27Et au même moment, on annonce 6% d'augmentation sur le gaz.
04:31Pour se chauffer, on va rentrer bientôt en hiver.
04:35Vous voyez les prix des denrées alimentaires qui ont beaucoup augmenté.
04:38Donc, il y a une demande sociale très, très forte.
04:42Et puis, il y a une fin de quinquennat qui, politiquement, est très tendue.
04:48Beaucoup des gens qui manifestent sont issus des rangs de la gauche.
04:52Ce sont des gens qui considèrent qu'on leur a volé leur élection en 2024.
04:57Puisqu'ils considèrent qu'ils ne savaient pas la majorité, mais la gauche est arrivée en tête.
05:01Et ces gens se disent, les gens qui, aujourd'hui, sont aux responsabilités, n'ont plus la légitimité pour exercer
05:07le pouvoir.
05:08Parce qu'ils ont convoqué des élections, ils les ont perdus.
05:11Et ils se sont maintenus au pouvoir.
05:12Donc, c'est à la fois social et politique.
05:14Et on verra qui s'approfite politiquement.
05:16Colère sociale, colère envers les politiques, colère envers les médias.
05:18On voit aussi, on parle dans un instant, Igor Serri met quand même un mot sur les violences.
05:22Les violences étaient là, encore hier, dans une moindre mesure, évidemment.
05:25Mais au moment des dispersions, il y a encore eu des manifestations qui ont été marquées par des violences.
05:30Comme si c'était finalement systématique.
05:33Et que cette colère devait s'accompagner de cette violence.
05:37Et si on met ça en lien avec le nouveau psychique, c'est ça que vous racontez.
05:43Dans votre livre, qu'est-ce que ça donne ?
05:46Comment vous faites le lien entre ce qu'on voit aujourd'hui et ce que vous essayez de décrire dans
05:49ce livre ?
05:50Alors, différentes choses.
05:51D'abord, dans le public qui s'adonne à la violence est assez diverse.
05:56On a des gens qui ne sont pas forcément complètement, j'allais dire, en phase avec la description qu'on
06:01fait.
06:01Qui sont par exemple des militants politiques.
06:03Qui sont des militants révolutionnaires.
06:05Et donc, ils disent, voilà, nous on doit abattre l'État.
06:08Et donc, on va s'affronter dès qu'on peut.
06:11Ça, c'est l'ultra-gauche.
06:12C'est l'ultra-gauche.
06:13Et donc, on attaque les symboles du capitalisme, les symboles de la République, les forces de l'ordre, les pompiers.
06:18Tout ce qui porte un uniforme.
06:20Vous avez deuxième catégorie.
06:21On va être sur des délinquants professionnels.
06:23qui viennent régler des comptes avec la police et ou profiter de ces grands rassemblements pour commettre des déprédations et
06:32des pillages.
06:33Et puis, on a, comme le 17 octobre, moins heureusement ce week-end, des milliers d'individus qui sont des
06:39casseurs, des pilleurs et qui viennent à la fois sentir le grand frisson de l'émeute.
06:45C'est-à-dire, voilà, on prend le contrôle du centre-ville, on argue la police, on se prend en
06:52photo.
06:54Dans leur très grande majorité, ce sont des hommes, souvent jeunes.
06:57Donc, il y a le côté testostérone et très viriliste.
07:01Et donc là, ça rentre plus en phase avec ce qu'on raconte.
07:03Mais vous dites qu'elles soient crapuleuses ou militantes.
07:06Les explosions de rage d'aujourd'hui se jettent sur toutes les opportunités qui se présentent.
07:11Mais vous ajoutez à cela, à la racine de ces comportements, il y a une destructivité qui est présente en
07:16chaque être humain dès l'entame de son existence.
07:18Il suffit pour s'en convaincre de regarder la jubilation d'un bambin de trois ans sur la plage lorsqu
07:24'il détruit un château de sable.
07:26Comme si on avait tout cela en nous, sauf que la perte d'autorité, c'est ce que vous décrivez
07:31en fait dans ce mène.
07:33Alors, il y a ça, oui.
07:34Alors, c'est la formule de mon co-auteur, Ruben Marinovitch.
07:38On a tout cette violence en nous.
07:40Oui, alors, le but dans une société civilisée, c'est justement d'apprendre dès le plus jeune âge à gérer
07:46sa frustration,
07:47canaliser ses pulsions, ses affects.
07:49Et donc, c'est typiquement ce que vous dites à un jeune enfant, c'est de prendre son mal en
07:53patience,
07:53qu'il ne faut pas casser les choses, qu'il ne faut pas trépigner.
07:56Donc, manifestement, ça, c'est moins transmis aujourd'hui.
08:00Deuxième verrou, c'est un verrou moral.
08:02À côté du psychisme, il y a la morale.
08:04Il ne faut pas voler, piller, casser, agresser.
08:07Et puis, le troisième verrou, c'est la société qui l'assure, normalement,
08:11qui le représente, c'est la peur du gendarme.
08:13En disant, si tout ça ne suffit pas, en dernier recours, vous allez vous confronter à plus fort que vous
08:18et vous vous exposer.
08:19Manifestement, quand on regarde un certain nombre de scènes, on voit que ces trois verrous,
08:23ont sauté, dans une partie de la population, pas dans toute la population, ont sauté.
08:27Alors, ça vaut, pour les forces de l'ordre, j'allais dire, c'est tragique et dramatique,
08:32mais c'est quelque chose d'assez classique.
08:34Mais, vous voyez que c'est toutes les formes d'autorité.
08:35C'est-à-dire qu'aujourd'hui, c'est un pompier.
08:37Ce sont, au moment des manifestations lycéennes, la campagne de la RATP dans le métro de Paris,
08:43qui montre des visages d'agents de la RATP qui ont été victimes d'insultes, de crachats ou de coups.
08:48Et la RATP est obligée de dépenser des centaines de milliers d'euros dans une campagne de communication
08:52pour rappeler qu'il ne faut pas cracher au visage de ces agents.
08:56Et donc, on voit qu'il y a un certain nombre de mécanismes qui ne fonctionnent plus, qui ont sauté.
09:00Et donc, quand l'occasion se présente, quand les configurations s'ouvrent,
09:04c'est ce défoulement pulsionnel qui s'exprime.
09:09Quand on exprime cette colère, on évacue quelque chose,
09:13mais est-ce qu'on espère aussi que cette colère débouche sur quelque chose, en l'occurrence ?
09:19Et là, on espère quoi, concrètement, dans le mouvement actuel, selon vous ?
09:24Alors, moi, je ferais bien la part des choses entre l'image qu'il y a derrière vous,
09:28avec des manifestants faisibles.
09:30Et la casse.
09:31À mon avis, les motivations ne sont pas les mêmes.
09:33Ceux qui sont là pour la casse, ils n'attendent pas forcément grand-chose,
09:36si ce n'est éventuellement le grand soir-haut.
09:38Les autres revendiquent, ils sont en colère aussi, quand même.
09:40Ils le font calmement, mais ils sont aussi en colère, comme vous l'expliquiez très bien, il y a un
09:44instant.
09:44Et donc, vous entendez aussi que, petite musique qu'on n'avait plus entendue ces derniers mois,
09:49l'idée d'un départ anticipé du président, par exemple.
09:51En disant qu'il y a un verrou qui doit être débloqué,
09:56et encore une fois, on ne va pas attendre six mois,
09:58etc.
09:59Donc, il y a une attente de débouchés politiques.
10:01Il faut bien se rappeler aussi dans quelles conditions Emmanuel Macron est élu.
10:05C'est-à-dire que la France a expérimenté l'alternance gauche-droite,
10:09fin de Nicolas Sarkozy, François Hollande, fin de François Hollande.
10:13Tout ça commençait à être très usé.
10:15Et puis, quelqu'un est arrivé en disant, on va faire autrement, je vais vous faire le en même temps.
10:18Et donc, beaucoup de Français se sont dit, peut-être que ça, ça va fonctionner.
10:22Et dix ans plus tard, on est dans l'impasse budgétaire, économique et politique qu'on connaît,
10:26et des Français veulent tourner la page, la France à Macron,
10:30mais on ne sait pas véritablement vers quoi ou vers qui se tourner,
10:34en tout cas pour une partie de la population.
10:35Alors justement, puisqu'on parle des revendications,
10:38je voudrais qu'on donne la parole à Igor Serry,
10:39parce que vous allez nous raconter ce qui s'est passé,
10:42à quoi a ressemblé votre journée d'hier,
10:44puisque vous avez eu un échange avec des manifestants,
10:46qui racontent beaucoup de choses,
10:48qui a d'ailleurs été beaucoup vu sur les réseaux sociaux.
10:50Tout d'abord, contextualiser comment ça se passe,
10:53et après, on regardera la scène, Igor.
10:54Oui, absolument.
10:55Moi, je voulais juste ajouter, hier, par exemple,
10:57Porte de Charentan, quand la manifestation se termine,
10:59il reste 200 personnes,
11:00dont certains ont participé à un peu de la casse,
11:02à des affrontements avec la police.
11:03Et moi, je leur ai demandé pourquoi vous restez.
11:05Et je pense aussi qu'il y a une notion de dire,
11:07on choisit quand on part.
11:09Ce n'est pas la police qui nous l'impose,
11:10pour partir en quelque sorte un peu vainqueur.
11:13Il y a cette notion-là aussi, c'est, voilà,
11:15l'autorité de la police, on ne l'accepte pas,
11:17c'est nous qui décidons quand on part.
11:19C'est pour ça qu'on attend, parfois, deux heures, trois heures,
11:21avant qu'il n'y ait plus aucun manifestant.
11:24Alors, ce qui s'est passé, c'était la semaine dernière,
11:25c'était la manifestation du 24, c'était l'acte 2.
11:29On avait décidé, avec le service web de BFM TV,
11:34de me filmer dans mon travail quotidien, de terrain,
11:38et notamment pendant les manifestations,
11:40qui n'est pas facile, mais depuis longtemps,
11:42depuis les gilets jaunes, la perte des gilets jaunes,
11:43que j'ai aussi couverte,
11:44et qui m'a permis, quelque part, de m'affûter un petit peu
11:47aux arguments des gens qui n'aiment pas les médias traditionnels,
11:50et notamment BFM TV,
11:53pour essayer de voir dans quelle mesure
11:55je peux faire changer un petit peu les choses,
11:57ou en tout cas leur donner des clés de compréhension
11:59de la façon dont on travaille, dont on raconte.
12:02Non, BFM TV, ce n'est pas que du plateau,
12:04avec des invités politiques,
12:05c'est aussi du terrain, du reportage.
12:07Ça paraît basique, mais pour beaucoup,
12:09BFM TV, c'est d'abord du plateau.
12:11Donc, c'est bien aussi de leur dire
12:13que ce n'est pas que ça,
12:15que moi, j'existe,
12:16qu'il y a une rédaction de reporters,
12:17de JRI,
12:18qui font du travail,
12:20du long format, du court format,
12:21et à un moment donné,
12:23c'est en tout début de manifestation,
12:25Porte d'Italie,
12:26il y a une maman et sa fille lycéenne
12:29qui sont là pour manifester,
12:30que j'interview en direct,
12:33échange très intéressant,
12:34la maman est venue soutenir sa fille lycéenne,
12:36et puis là,
12:38arrive une jeune femme
12:40qui a le visage caché,
12:42avec deux autres jeunes femmes
12:43qui l'accompagnent,
12:44et d'autres personnes
12:46qui commencent à me huer,
12:48et à crier,
12:49et à crier pendant mon duplex,
12:51et ça me perturbe,
12:52ça perturbe l'interview,
12:54notamment au niveau sonore,
12:55parce qu'on n'entend pas tout ce qui se passe
12:57avec cette maman et sa fille.
12:58Et du coup, vous décidez d'aller
13:00leur parler d'intervenir.
13:02Regardons.
13:03– Dans votre établissement,
13:04vous me disiez que les classes sont sorties.
13:06– Macron !
13:07– Démission !
13:10– Macron !
13:11– Démission !
13:12– Macron !
13:13– Démission !
13:13– Les Français sont en train
13:14et à vous,
13:15ça se fait ouvrir les rétablissements sur eux.
13:17– Excusez-moi,
13:18c'est juste un truc à dire.
13:20Cette maman et sa fille
13:22disent des trucs hyper intéressants,
13:23et en fait,
13:23à cause de vos cris derrière,
13:25ça vous fait un message.
13:26C'est contre-productif ce que vous faites.
13:28– Là, si je veux,
13:29c'est juste mon travail.
13:30– C'est juste mon travail.
13:31– Je me suis persuadé
13:32le message de cette maman
13:33et de cette fille
13:33qui avait de vraies revendications.
13:35– Et elles ont des revendications
13:36comme vous,
13:36– Mais le problème,
13:37c'est qu'en l'urant derrière,
13:38ça brûle le message.
13:39Moi, je fais mon travail, en fait.
13:40Non, mais c'est intéressant ce que tu dis.
13:42– C'est bien,
13:42c'est mon travail de voir,
13:43c'est que je me décrédite dans la question.
13:46– Je me reproche
13:47que ce que je suis précisément
13:48en train de faire
13:48avec la maman et ça finit.
13:49– Et même,
13:49– Tu vois que c'est contraire de toi.
13:50– Parle-moi de toi.
13:51– Vas-y, viens,
13:52on fait une interview.
13:52– Parle-moi de toi.
13:53– C'est quoi ton prénom ?
13:54– Mon prénom, c'est Cassandra.
13:56– Alors, Cassandra,
13:57qu'est-ce que tu fais dans la vie, Cassandra ?
13:58– Cassandra,
13:58moi, je travaille,
13:59j'ai un petit CD.
14:00– Et en fait,
14:01le problème,
14:01c'est que vos chaînes
14:02comme BFM TV,
14:03elles nous stigmatisent
14:05parce que nos revendications…
14:06– C'est toi qui stigmatise BFM, là ?
14:07– Non !
14:08Nos revendications,
14:09elles ne sont pas écoutées
14:10parce que tout ce que vous passez
14:11en 24-24,
14:12tout ce que vous passez
14:13en 24-24,
14:14c'est les dégradations,
14:15les problèmes,
14:16les pillages,
14:17mais en tout cas…
14:17– Mais on ne peut pas
14:18ne pas en parler non plus.
14:18– On ne peut pas ne pas en parler,
14:19mais parler des revendications,
14:21parler des jeunes,
14:21parler des gens
14:22qui se sont faits mutiler
14:23par la police.
14:24– Mais on fait aussi…
14:25– Moi, je veux que le système,
14:26il change.
14:26– Alors, qu'est-ce que tu veux
14:27comme système ?
14:27Essayez de me le raconter concrètement.
14:28– Moi, je veux un système
14:29où on est tous citoyens,
14:30on a tous une voix,
14:31on se fait tous écouter,
14:32on n'est pas du tout
14:34répressés pour tout ce qu'on pense,
14:35genre vraiment,
14:36genre juste,
14:37il faut qu'on puisse avoir une voix
14:39en tant que citoyen,
14:40que les médias
14:40arrêtent de nous stigmatiser,
14:42que juste,
14:42on nous écoute,
14:43on écoute nos revendications,
14:44on se fait tous tuer par système,
14:46que ce soit les flics,
14:47que ce soit nous,
14:48que ce soit les grands,
14:49les grands-parents,
14:50que ce soit les jeunes,
14:50les enfants,
14:51on n'a plus d'avenir.
14:52Et il faut comprendre
14:52que nos messages,
14:53à cause de ces personnes-là
14:54qui sont toutes en haut,
14:55ne sont pas écoutés
14:56parce que nous,
14:56on est toutes en bas
14:57et c'est pour ça,
14:57tout ce qui nous reste,
14:58c'est la rue.
14:59– Eh bien, c'est parfait,
15:00Cassandra,
15:00franchement,
15:01ton message est passé,
15:01voilà, tu vois,
15:02c'est cool,
15:02l'alliance serre la main.
15:03– Qu'est-ce que ça dit,
15:05Jean-Fourquet,
15:06ce dialogue très intéressant,
15:09nécessaire d'ailleurs,
15:10nécessaire,
15:11qu'est-ce que ça dit
15:11du climat actuel ?
15:12– Qu'il est très tendu,
15:14on le voit,
15:15et qu'il y a une défiance
15:16qui est assez généralisée,
15:19notamment vis-à-vis des médias
15:20qui sont suspectés
15:23d'être aux ordres
15:23de tels ou tels intérêts
15:25et ça dit aussi
15:28comment dans cette jeune génération,
15:30le réflexe premier,
15:31ce n'est pas de vous écouter vous,
15:33pour s'informer,
15:34c'est d'aller sur les réseaux sociaux,
15:37avec ce qu'on connaît bien,
15:39c'est-à-dire des bulles de filtres,
15:40l'algorithme va vous envoyer
15:42vers des contenus
15:43dont on a identifié
15:44qu'ils allaient être en phase
15:46avec ce que vous pensiez,
15:48puis ça renvoie aussi
15:49à des traits de caractère
15:51de cette homo-occidentaliste,
15:52c'est-à-dire la capacité
15:53à écouter l'autre,
15:55à relativiser son point de vue,
15:56à se décentrer,
15:58ce n'est pas forcément
16:00la qualité la plus répandue
16:01aujourd'hui.
16:03Vous voyez que,
16:04on se dit,
16:04mais pourquoi on ne parle pas de moi ?
16:06Ce que ça montre aussi,
16:08c'était très présent,
16:09vous y avez fait référence
16:10pendant le mouvement
16:11des Gilets jaunes,
16:11c'est-à-dire que,
16:12non seulement,
16:13il y a une défiance
16:14vis-à-vis des médias,
16:15mais je ne suis pas sûr
16:16qu'elle ait envie
16:17que quelqu'un la représente.
16:19rappelé au moment
16:20des Gilets jaunes,
16:20quand il avait fallu trouver
16:21des représentants
16:22pour aller discuter
16:23à Matignon,
16:24il n'y avait plus personne.
16:25Et puis les quelques-uns
16:26qui s'étaient plus ou moins
16:26autodésignés
16:27avaient été...
16:28Contestés aussitôt.
16:29Oui, voire,
16:29ils s'étaient retirés
16:30parce qu'on avait dit
16:31qu'ils étaient en train
16:32de trahir le mouvement.
16:33Et donc,
16:33il y a cette volonté
16:34de ne déléguer à personne
16:37sa parole.
16:38Donc,
16:38c'est votre travail,
16:39vous,
16:39le média,
16:40c'est celui qui médie.
16:42Pas médisance,
16:43au sens,
16:43médier une relation.
16:45Et donc là,
16:46on en a une expression,
16:47une illustration s'écriante.
16:48Le problème qu'on a aussi
16:49aujourd'hui,
16:50c'est que la temporalité
16:51de l'information a changé.
16:52Elle a changé d'abord
16:52avec les chaînes d'info
16:54et ensuite,
16:55encore plus avec les réseaux sociaux.
16:56Et vous l'avez dit,
16:57le problème qu'on a aujourd'hui,
16:58c'est que pour beaucoup de gens
16:59en colère dans la rue
17:01aujourd'hui,
17:02qui notamment nous,
17:03ne nous aiment pas,
17:04voient BFM TV
17:05ou les autres médias traditionnels
17:06uniquement sur des vidéos
17:08extrêmement courtes
17:09et des vidéos de plateau
17:11entre des échanges
17:12parfois violents,
17:12parfois qui dérapent
17:13parce que ça arrive aussi.
17:14Mais on est là aussi
17:16pour contester,
17:17pour dénoncer
17:18des fausses informations.
17:19Mais généralement,
17:20dans ces morceaux de vidéos,
17:21on ne les voit pas.
17:22On ne voit que ce qui ne va pas.
17:23Et une chaîne d'info
17:24n'est pas parfaite.
17:25Elle est perfectible.
17:26Et le problème,
17:27c'est que quand les gens
17:28ne voient que ça de BFM TV,
17:30forcément qu'ils ont de la colère.
17:31Donc moi,
17:31j'essaye aussi d'expliquer
17:33qu'une chaîne d'info,
17:34c'est beaucoup de journalistes
17:35qui travaillent,
17:35qui sont très sérieux,
17:36qui sont payés pour informer
17:37avec des informations vérifiées.
17:39Contrairement aux réseaux sociaux,
17:40vous l'avez dit,
17:41qui ont des algorithmes
17:41qui vont toujours dans le même sens
17:42et qui désinforment
17:43plus qu'ils n'informent aujourd'hui.
17:45Merci Igor d'avoir été avec nous
17:46et merci à vous Jérôme Fourquet.
17:48Ça s'appelle
17:48Homo Occidentalis,
17:50que sommes-nous devenus
17:51aux éditions Seuil.
17:52Et c'est donc en ce moment
17:53en librairie.
17:54Et c'est passionnant évidemment.
17:56Merci beaucoup Jérôme Fourquet
17:57d'avoir été avec nous.
17:57Sous-titrage ST' 501.