- il y a 12 heures
Le monde de la recherche se mobilise depuis près d'un an contre le projet de Loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR). Sous couvert d'un effort budgétaire de 25 milliards sur 10 ans, celle-ci achève de soumettre les chercheurs à la précarité et au financement par appel à projets, dessinant une recherche soumise à la loi du "qui paie décide". Alors que le projet de loi arrive à l'Assemblée le 21 septembre, comment résister à ce tsunami ?
Débat dans le cadre de la fête de l'Humanité, le lundi 7 septembre 2020 à l'Espace Niemeyer (Paris).
Avec :
Pierre Ouzoulias, Sénateur PCF, chercheur
Gilles Martinet, Doctorant, membre du collectif des "Facs et Labos en lutte"
Débat animé par Olivier Chartrain, Journaliste à l’Humanité.
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NewsTranscription
00:02Bonjour, bonjour Gilles Martinet, bonjour Pierre Ouzoulias, je vous présenterai un peu plus en détail dans quelques secondes.
00:10Nous sommes réunis pour un débat sur ce qu'il est convenu d'appeler la LPPR, dont je viens d
00:16'apprendre qu'elle ne s'appelle plus la LPPR,
00:18mais la LPR, donc la loi de programmation qui n'est plus pluriannuelle pour la recherche, ou sur la recherche
00:24d'ailleurs.
00:25Donc, Pierre Ouzoulias, vous êtes sénateur des Hauts-de-Seine, sénateur communiste des Hauts-de-Seine.
00:33Vous êtes également chargé de recherche au CNRS, puisque vous êtes archéologue de formation et de pratique.
00:41Gilles Martinet, qui lui est géographe, c'est ça, doctorant en géographie, si je dis une bêtise, vous m'arrêtez,
00:50attaché temporaire d'enseignement et de recherche à Créteil, c'est ça, voilà.
00:56Et également ici, en l'occurrence, représentant du collectif des FAC et Labo en Lutte.
01:02Pourquoi alors ? FAC et Labo en Lutte, pourquoi ?
01:05Parce que ce projet de loi, donc la loi de programmation sur la recherche,
01:10qui est, on va dire, dans les tuyaux depuis la fin 2019,
01:14c'est ça où les premiers éléments ont commencé à sortir,
01:19puisqu'il y a des commissions qui ont travaillé en amont.
01:22Ce projet de loi, en fait, suscite des résistances, pour le moins,
01:27et une assez grande colère dans le monde de l'université de la recherche.
01:32Donc, on va essayer de comprendre pourquoi
01:38et de détailler un peu les différents éléments de ce projet de loi
01:42qui vient, qui est en examen, en commission à l'Assemblée nationale
01:46à partir de mercredi 9 septembre, si je ne dis pas de bêtises,
01:49et qui doit être examiné en séance, toujours à l'Assemblée,
01:53à partir du 21 et au Sénat, on ne sait pas quand, en fait.
01:55En octobre.
01:56En octobre, ça y est, c'est le 26 octobre.
01:58Eh bien, voilà, un scoop.
02:02Voilà, donc, ce projet de loi est une très belle chose,
02:11si on en croit sa principale promotrice,
02:15je ne sais pas si ça se dit,
02:17la ministre de l'Enseignement supérieur de la recherche,
02:19Frédérique Vidal,
02:21qui explique, par exemple,
02:23on peut commencer sous cet aspect-là,
02:27que ça représente financièrement
02:31le plus gros investissement dans la recherche depuis l'après-guerre.
02:36Le chiffre qu'elle donne, c'est, je crois, 25 milliards
02:38qui seraient investis dans la recherche d'ici 2020.
02:43Donc, 2020, c'est cette année, oui, c'est sur 10 ans, c'est 2030, voilà.
02:48Voilà. Donc, est-ce que c'est une appréciation que vous partagez,
02:55le plus gros investissement dans la recherche ?
02:57Je ne sais pas lequel de vous deux veut commencer.
02:59Allez, je veux bien commencer.
03:02D'abord, c'est une loi de programmation de la recherche très curieuse,
03:07parce que, en effet, c'est la première fois,
03:10la ministre a raison, là, depuis 1945,
03:12qu'une loi de programmation budgétaire arrive en fin d'exercice budgétaire.
03:18C'est que tous les gouvernements qui ont procédé celui-là
03:22ont commencé leur mandat par une loi de programmation budgétaire.
03:28Par exemple, en 81, la loi de programmation budgétaire est arrivée en 82,
03:31et c'était un engagement du gouvernement pour la totalité de la législature.
03:36Là, Mme Vidal, elle prend un engagement budgétaire pour les gouvernements suivants,
03:43mais pas pour le sien, ce qui montre déjà toute la difficulté et la duplicité de ce projet.
03:51Par ailleurs, on sait, parce que les arbitrages commencent à être connus,
03:56que sur la première année d'exercice de ces lois de programmation, 2021,
04:02le budget pour l'enseignement supérieur à la recherche est décevant.
04:05C'est-à-dire qu'il est comparable à ceux des années précédentes,
04:08c'est-à-dire que c'est tout juste une stabilité.
04:11Donc il n'y a aucun effort budgétaire concret de ce gouvernement en 2021,
04:17et il laisse la charge aux autres gouvernements,
04:20ceux qui viendront après, d'essayer d'atteindre le fameux 3% du PIB.
04:26Une loi de programmation budgétaire, il faut bien comprendre que,
04:31d'un point de vue du parlementaire, c'est quelque chose qui ne vous oblige à rien.
04:38C'est-à-dire que chaque année, et ça c'est la Constitution qui l'impose,
04:41les députés et les sénateurs, le Parlement a la possibilité de voter,
04:46avec le gouvernement bien sûr, le budget qu'il veut.
04:49Il n'est pas tenu par les objectifs du loi de programmation militaire,
04:55budgétaire, j'y viens, et si toutes les lois justement de programmation
05:01avaient été respectées, la France aurait deux porte-avions,
05:03parce que ça fait plusieurs lois de programmation budgétaire,
05:06qu'il y a un second porte-avions qui est affirmé comme un objectif,
05:11aujourd'hui il n'est toujours pas là.
05:12Donc vous voyez très bien quelle est la difficulté par rapport à ce projet.
05:20C'est qu'on tente de nous faire avaler un certain nombre de dispositifs,
05:26on en parlera après, qui sont des dispositifs libéraux,
05:29de démantèlement du service public de l'université,
05:32en nous faisant miroiter des milliards, mais qui sont complètement virtuels,
05:38qui n'existent pas dans la réalité du budget de ce gouvernement pour 2021.
05:44Voilà la tromperie qu'il y a derrière cet acte gouvernemental.
05:50D'accord.
05:51Donc Gilles, vous faites partie de ces, on va dire,
05:56pour résumer, de ces jeunes chercheurs
05:57qui sont quand même très mobilisés depuis près d'un an,
06:02maintenant un peu moins quand même,
06:03mais contre ce projet de loi.
06:06Pourquoi ?
06:08Tout simplement.
06:09Qu'est-ce qui a déclenché ?
06:10S'il fallait le résumer en une formule,
06:12je pense qu'on combat ce projet de loi parce que...
06:15On combat ce projet de loi depuis le début ?
06:17Oui, bien sûr, je peux essayer de parler un peu plus fort.
06:19On combat ce projet de loi depuis le début
06:21parce que nous on l'a immédiatement lu comme une loi
06:23pour la privatisation et la précarisation de la recherche.
06:26Loi pour la privatisation parce que cette loi,
06:28on aura l'occasion de développer un certain nombre de ces mesures,
06:31prévoit un certain nombre de mesures
06:33qui favorisent à la fois les partenariats
06:34entre le public et le privé, comme dit le gouvernement.
06:37Nous, on préfère parler de transfert des résultats de la recherche publique
06:40vers le privé qui ensuite peut convertir ces fruits de la recherche publique en bénéfice,
06:47mais également des fonds plus importants directement alloués à la recherche privée.
06:54Et puis précarisation parce que, comme l'a dit Pierre ou Douglas,
06:57il y a un certain nombre de dispositifs qui renforcent la précarisation
07:00des enseignants et enseignantes chercheuses, des chercheurs et chercheuses,
07:04mais aussi de l'ensemble des personnels de l'université et de la recherche.
07:07On y reviendra aussi plus en détail.
07:09Donc c'est pour ça qu'on combat cette fois depuis le départ.
07:12Et ce combat, il a eu une ampleur assez importante.
07:15Les 1er et 2 février, on a organisé une première coordination nationale
07:19des facs et labos en lutte, qui a regroupé plus de 100 établissements,
07:23plus de 200 laboratoires de recherche,
07:25et d'où est sortie une motion qui rejetait extrêmement vigoureusement la LPPR
07:32et qui dessinait un autre projet pour l'université et la recherche publique.
07:37Et puis les 6 et 7 mars, une autre coordination nationale s'est tenue,
07:42qui rassemblait encore plus d'établissements d'enseignement supérieur et de recherche
07:46et plus de laboratoires. Cette seconde coordination faisait suite immédiatement
07:50à la journée de mobilisation du 5 mars, qu'on avait baptisé le 5 mars
07:54« L'université et la recherche s'arrête », qui a été une journée de mobilisation
07:58très forte partout en France, avec plus de 25 000 chercheurs et chercheuses
08:01dans les rues à Paris et autant ailleurs en France.
08:05Malheureusement, malgré l'ampleur et l'intensité de cette mobilisation,
08:08du jamais vu depuis le combat de la LRU pour celles et ceux qui l'ont connue,
08:15malheureusement, le mouvement a percuté de plan fouet le confinement
08:18et on s'est retrouvé dans une situation dans laquelle il était tout à fait impossible
08:23de continuer à combattre avec la même vigueur et la même intensité cette LPPR.
08:27Ce n'est pas les bras pour autant, on reste mobilisés,
08:29on a organisé des actions au mois de juin et au mois de juillet,
08:32alors que le texte de loi commençait à être discuté dans des instances paritaires
08:37et on confie les mixtes.
08:40D'accord, alors je ne veux pas tout centrer sur vous,
08:44mais voilà, on parle de précarité, de précarisation de la recherche et des chercheurs.
08:53Est-ce que vous pouvez, parce que je pense que c'est une réalité
08:55qui est quand même extrêmement mal connue pour les gens, on va dire,
08:59en dehors du monde universitaire, un chercheur, même si c'est un jeune chercheur,
09:04un doctorant, etc., c'est quelqu'un qui a fait des études,
09:07donc qui a des revenus, qui a une situation qui est quand même plus ou moins stable déjà,
09:11il y a tout le prestige qui peut se rattacher à ces fonctions-là.
09:17Est-ce que ça correspond aujourd'hui à une réalité ?
09:20Ça, c'est quoi la vie d'un doctorant aujourd'hui,
09:24de quelqu'un qui a déjà fait 6, 7 ans d'études et qui a ce statut-là ?
09:31Et qu'est-ce qui vous fait craindre que ce soit pire si la LPPR devient réalité ?
09:38Alors, déjà, pour commencer à répondre, je vais essayer de ne pas être trop long
09:41et vous me relancerez s'il y a besoin de précision.
09:45Il faut que je commence par dire que moi, je ne suis pas du tout représentatif
09:47de la précarité que connaissent les jeunes chercheurs et les jeunes chercheuses
09:50dans l'enseignement supérieur à la recherche,
09:51parce que moi, j'ai eu la chance d'avoir un contrat doctoral
09:53et aujourd'hui, j'ai la chance d'être à TVR.
09:55Aujourd'hui, il y a des personnes qui ont la chance de cumuler ces deux statuts.
09:59Un contrat doctoral.
09:59Un contrat doctoral, c'est-à-dire que j'ai été financé
10:01pour les trois premières années de ma thèse
10:03et puis maintenant, j'ai un ATER qui me permet de terminer ma thèse
10:06en continuant à enseigner à l'université.
10:09Aujourd'hui, celles et ceux qui ont la chance de bénéficier
10:11de ces conditions de recherche sont minoritaires.
10:16En sciences sociales, c'est moins de 40% des doctorants et doctorantes
10:19qui ont un contrat doctoral, donc qui financent leurs trois premières années de recherche.
10:23Et dans l'ensemble des disciplines, c'est à peine les deux tiers
10:26des doctorants et doctorantes qui bénéficient d'un contrat doctoral
10:29pour mener leur recherche à bien.
10:32Malheureusement, la plupart des thèses, non, bien heureusement plutôt,
10:34parce que les thèses sont de meilleure qualité comme ça,
10:36les thèses se font généralement en plus de trois ans.
10:39Et après la fin du contrat doctoral, même pour celles et ceux
10:41qui ont eu la chance d'en obtenir un, finir sa thèse devient très difficile
10:45du point de vue social, économique.
10:47La plupart des chercheurs et chercheuses aujourd'hui finissent leur thèse
10:50en percevant des allocations chômage ou en touchant l'URSA.
10:53Il y a une blague qui circule dans le monde de la recherche,
10:56qui est que c'est Pôle emploi, le premier financeur de la recherche publique en France,
11:00et c'est malheureusement assez près d'être vrai.
11:04Donc voilà, c'est déjà un petit peu ça la précarité,
11:07c'est le fait que les chercheurs et les chercheuses travaillent
11:10dans des conditions instables salariellement,
11:15instables, voire très instables.
11:16Si on prend le cas maintenant de ceux qui sont malheureusement majoritaires,
11:20ceux qui n'ont pas de financement à peu près stable,
11:23donc un contrat doctoral, un post-dataire, un post-doc,
11:27qui sont des contrats précaires, mais qui offrent une certaine stabilité,
11:31là on entre dans une précarité qui est beaucoup plus terrible.
11:34On parle de chercheurs et chercheuses qui doivent à la fois
11:38assurer un travail scientifique extrêmement exigeant
11:40et occuper un autre emploi à côté pour subvenir à leurs besoins.
11:44Donc on a aujourd'hui beaucoup de doctorants et doctorantes
11:46qui occupent des emplois de serveuses, de vendeuses,
11:49d'employés de bureaux dans différents secteurs.
11:52Alors évidemment avec des semaines de travail qui sont absolument insupportables
11:56et qui souvent conduisent à des burn-out,
11:58à des stress psychologiques extrêmement grands
12:01et à des détresses parfois qui atteignent très gravement leur santé.
12:08Cette précarité, elle passe aussi par, évidemment,
12:11une véritable exploitation de ces chercheurs et chercheuses.
12:13Parce que quand on n'a pas un contrat doctoral,
12:14quand on n'a pas un post-dataire, la réalité,
12:16c'est qu'on produit de la recherche,
12:18on est un travailleur, une travailleuse qui produit de la recherche
12:21et qui le fait gratuitement.
12:23Quand on est doctorant, doctorante, non seulement on doit écrire sa thèse,
12:25mais on doit aussi publier des articles scientifiques.
12:27Et ce travail de publication d'articles scientifiques,
12:29pour avoir une chance, peut-être un jour, d'être recruté,
12:31on le fait bénévolement.
12:33À ce travail de recherche bénévole s'ajoute une autre exploitation,
12:36celle de l'exploitation en tant qu'enseignant ou enseignante.
12:39Aujourd'hui, en France, il y a près de 130 000 vacataires
12:41qui assurent plus de la moitié des cours en licence.
12:45Ces 130 000 vacataires sont payés 29 centimes en dessous du SMIC horaire,
12:49selon les données du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.
12:53Non seulement ils sont payés 29 centimes en dessous du SMIC horaire,
12:56mais en plus, ils sont payés avec des retards considérables.
12:58Toujours selon les données du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche,
13:01donc on peut penser que la réalité est bien pire,
13:03les retards vont de 240 jours pour la médiane
13:05à des extrêmes à plus de 1 400 jours de retard de paiement.
13:09Donc on voit bien les conditions dans lesquelles ces vacataires sont exploités
13:13pour assurer aujourd'hui le fonctionnement courant de l'université
13:17et assurer des enseignements.
13:18Des enseignements qui, malgré tout, sont des enseignements de qualité,
13:20parce que ces vacataires font en sorte que ces enseignements,
13:23même s'ils sont donnés dans des conditions terribles,
13:25soient des enseignements de qualité.
13:26Donc on imagine la charge de travail qu'ils vivent
13:31et puis la difficulté que c'est à la fois matériellement,
13:34mais aussi en termes de stress.
13:35Parce que quand on est sur des postes précaires,
13:39on a toujours la peur de mal faire,
13:41on a toujours la peur de ne pas être recruté à nouveau.
13:43Et on est ici dans un débat organisé par l'humanité
13:46où le droit du travail est quelque chose qui a tout son sens.
13:49On sait bien combien les travailleurs et les travailleuses précaires
13:52sont fragiles, vulnérables face à leurs employeurs et à leurs employeuses.
13:56Or, à l'université, ces précaires se retrouvent dans une situation
14:00de vulnérabilité multiple.
14:01Non seulement ils sont des travailleurs et des travailleuses précaires,
14:03ils connaissent la même vulnérabilité que les autres,
14:05avec un droit du travail qui ne s'applique pratiquement pas aux vacataires,
14:09pas de cotisation chômage, par exemple, pour les vacataires.
14:12Mais en plus, souvent, leurs employeurs, leurs employeuses
14:15sont leurs directeurs ou directrices d'hôtesse,
14:17ou leurs futurs employeurs employeuses sur des postes pérennes.
14:20Donc, il est impossible pour ces vacataires
14:23de se plaindre de leurs conditions de travail,
14:24de s'organiser collectivement pour leurs conditions de travail.
14:26Alors, impossible, non.
14:27Je l'aurais dû dire, très difficile,
14:28parce qu'il y a des collectifs de vacataires qui sont organisés
14:30et qui, en mettant en place, par exemple,
14:31des rétentions de notes collectives,
14:33ont obtenu des améliorations de leurs conditions de travail,
14:36notamment la mensualisation dans différentes universités.
14:39Donc, malgré ces conditions,
14:41la lutte des précaires de l'université existe.
14:44Là, je parle plutôt du côté des enseignants-chercheurs
14:47et enseignantes-chercheuses,
14:48mais c'est la même chose du côté des chercheurs-chercheuses
14:51et c'est la même chose pour tous les personnels administratifs
14:54et techniques, ingénieurs de recherche, bibliothécaires.
14:58La précarité, elle est partout dans le monde de la recherche
15:01et de l'enseignement.
15:02Moi, je connais plutôt le monde de l'université.
15:04À l'université, c'est plus de 50% de ces emplois
15:07qui sont des emplois supports,
15:08qui sont indispensables à l'aide de l'université,
15:09qui sont des emplois précaires.
15:11Et non seulement, il y a plus de 50% de travailleurs
15:13et travailleuses qui sont précaires,
15:14mais en plus, ils et elles sont en sous-effectifs,
15:16en sous-effectifs dramatiques
15:18et donc ont une charge de travail,
15:20des conditions de travail qui sont considérablement dégradées.
15:23Je vais peut-être m'arrêter là pour ce premier point
15:24sur la précarité,
15:25si ce n'est peut-être insister sur le fait
15:28que cette précarité, elle renforce
15:30toutes les oppressions systémiques.
15:31Je pense qu'on y reviendra plus tard.
15:33Cette précarité, évidemment,
15:35elle pénalise encore plus lourdement
15:37les femmes, les personnes racisées,
15:39les étrangers et les étrangères.
15:42Et ces discriminations,
15:44ces systèmes de domination,
15:45ils sont très présents à l'université, malheureusement.
15:48Aujourd'hui, on est trois hommes pour ce débat.
15:51On constitue un beau all-mail panel, malheureusement.
15:54On sait tous les trois
15:55qu'on a essayé de faire en sorte que ce soit différent,
15:57mais malheureusement, les collègues femmes dans l'ESR,
15:59en cette rentrée, sont particulièrement débordés
16:02parce que les tâches à l'université
16:04sont inégalement réparties en termes de genre,
16:06comme elles sont inégalement réparties
16:08dans l'ensemble de la société, malheureusement.
16:09Et ce sont surtout des collègues femmes
16:11qui assurent les tâches administratives
16:14d'encadrement de l'enseignement.
16:16Et donc, malheureusement,
16:17pour les collègues femmes,
16:18il était particulièrement difficile
16:19de se dégager en ce moment,
16:21de rentrer,
16:22et de rentrer particulièrement compliqué
16:23avec le Covid.
16:24Je pense qu'on aura l'occasion de reparler.
16:25C'est effectivement tout ce qui explique très concrètement
16:28qu'aucune chercheuse ou jeune chercheuse
16:32n'ait pu se libérer pour ce débat, effectivement.
16:35Pierre, cette situation que Gilles vient de décrire,
16:38vous la connaissez.
16:41Frédéric Vidal dit qu'à travers un certain nombre
16:45de dispositifs de sa loi,
16:48elle veut faire avancer,
16:51elle veut améliorer cette condition des jeunes chercheurs.
16:53Est-ce que vous avez détecté ce dont elle parle ?
16:57Ce que j'ai vu, surtout,
17:00c'est que cette loi a été rédigée,
17:02comme vous le disiez,
17:04en tout début d'année,
17:06fin d'année 2019.
17:09Donc, tout ce qui s'est passé
17:10avec le confinement
17:12et qui a mis en lumière
17:14l'extrême précarité
17:17des étudiants,
17:18il faut donner des chiffres.
17:21Aujourd'hui, là,
17:22c'est la rentrée,
17:25les organisations syndicales étudiantes
17:27estiment qu'il y a 40% d'étudiants
17:29qui vivent sous le seuil de pauvreté.
17:3140%.
17:32Et sur ces 40,
17:33et sur les étudiants,
17:35comme tu l'as dit très justement,
17:37il y en a un sur deux qui est salarié.
17:39Ça veut dire qu'il y en a un sur deux
17:40qui, cet été, n'a pas travaillé.
17:43Parce qu'il n'y a pas de job d'été.
17:44Donc, c'est la première année
17:47depuis très longtemps
17:48que les étudiants vont faire leur rentrée
17:51avec un compte en banque
17:53qui est dans le rouge,
17:54qui est en déficit.
17:55C'est quelque chose
17:56dont on n'imagine pas la violence.
17:58C'est quelque chose d'épouvantable.
18:01Et la seule chose
18:02qu'a proposé les ministres,
18:04c'est la cantine à un euro
18:06pour les boursiers.
18:07C'est la seule mesure
18:09à porter
18:10pour trouver une solution
18:12à ce qui s'est passé
18:14pendant la pandémie.
18:16Au Parlement,
18:17nous avons voté
18:18trois lois de finances rectificatives.
18:22Il y a plusieurs centaines
18:23de milliards
18:24qui ont été déversés
18:27dans l'économie,
18:28sans contrepartie.
18:29Pendant les trois lois rectificatives,
18:32au Sénat,
18:33j'ai porté des amendements
18:34pour qu'il y ait un peu d'argent
18:36pour l'enseignement supérieur
18:37et la recherche.
18:38La prolongation
18:39des contrats doctoraux
18:41qui se sont arrêtés
18:42parce que les chercheurs
18:44n'ont pas eu accès
18:46à leurs laboratoires,
18:47à leurs paillasses,
18:48à leurs universités.
18:49Donc,
18:49leur temps de recherche
18:51a été bloqué
18:52pendant deux,
18:53trois mois,
18:53parfois plus.
18:55Et puis,
18:56tout un tas de problèmes.
18:58Et le gouvernement
19:00n'a jamais accepté
19:02mes amendements
19:03alors que c'était rien
19:04par rapport aux centaines
19:05de milliards
19:05qui ont été déversés.
19:06Ce n'était rien.
19:07C'était 120,
19:10130 millions.
19:11Donc,
19:12ce gouvernement
19:13est complètement insensible,
19:16aveugle
19:16à la réalité sociale
19:18de ce qu'est aujourd'hui
19:20le travail d'un étudiant.
19:22Et ça,
19:23je pense que c'est catastrophique
19:25parce que ça renvoie
19:26l'image politique
19:28qu'on connaît
19:29d'un gouvernement
19:31qui ne s'intéresse pas
19:32à la jeunesse
19:33et qui considère
19:34et qui considère
19:35que la jeunesse
19:36n'est pas à l'espoir
19:37pour le futur de ce pays.
19:39Et ça,
19:39je trouve que
19:40quand il y a une rupture
19:41de ce type-là,
19:42c'est un message épouvantable
19:44qui est envoyé aux jeunes.
19:46C'est-à-dire que
19:47quoi que vous fassiez,
19:49de toute façon,
19:49le gouvernement
19:50ne s'intéresse pas
19:51à ce que vous êtes
19:52et à décider
19:53d'aider d'autres
19:54et vous laisser
19:55dans la situation
19:57de misère.
19:58parce qu'il s'agit
19:59de ça.
20:00Il faut bien comprendre
20:01et je le dis
20:03avec beaucoup de force
20:04qu'aujourd'hui,
20:05les étudiants ont faim.
20:06Ils ont faim.
20:08Et les Crous
20:09ont trouvé
20:10des solutions
20:11fortines
20:12pour pouvoir
20:13leur apporter
20:15de la nourriture
20:16parce que pendant
20:16les périodes
20:17de confinement,
20:17les restos
20:18étaient fermés.
20:19Donc,
20:20il y a eu
20:20tout un système
20:21d'aide
20:22pour leur permettre
20:23de vivre.
20:24Donc,
20:24la réalité
20:25de l'université
20:26aujourd'hui,
20:26c'est ça.
20:26C'est la faim
20:27et c'est la misère.
20:29Et la ministre,
20:30dans son texte
20:31sur la vie étudiante,
20:32il n'y a rien.
20:33Absolument rien.
20:35Le texte est vide
20:36là-dessus.
20:37On aurait pu espérer
20:38qu'il y ait des mesures
20:40pour réduire
20:41la précarité
20:42des étudiants,
20:43pour faire face
20:44à des situations
20:45qui sont catastrophiques,
20:47pour faire face
20:47à la situation
20:48des femmes,
20:50des étudiantes.
20:51Il y a un tabou
20:52là-dessus,
20:53mais qu'il faut
20:55le dire.
20:57la prostitution
20:57des étudiantes
20:59est devenue
20:59un moyen
21:00de payer
21:00ses études.
21:01C'est une réalité.
21:02C'est une réalité.
21:04On le sait.
21:04C'est triste,
21:05c'est insupportable,
21:06mais c'est comme ça.
21:07On le sait.
21:08Il y a les petits jobs
21:10chez Casto,
21:11sur tout ce que vous voulez,
21:11mais il y a aussi
21:12de la prostitution.
21:15Donc,
21:15il y a une grande misère
21:16de la vie étudiante
21:17et ça doit être
21:18l'objectif premier
21:19d'un gouvernement
21:20que de la traiter.
21:21Il n'y a rien
21:21dans la LPPR.
21:23Elle tourne le dos
21:24à ces réalités.
21:25Le gouvernement
21:25ne veut pas les voir.
21:27Souvenez-vous,
21:28en décembre,
21:29il y a un étudiant
21:30qui s'est immolé
21:31à Lyon.
21:33La ministre
21:33était sur la banquise.
21:35Voilà.
21:36Elle discutait
21:37avec les pingouins.
21:37C'était sans doute
21:38passionnant,
21:39mais il aurait pu
21:41avoir un geste,
21:41il aurait pu revenir
21:42en France
21:43pour dire qu'en effet,
21:44aujourd'hui,
21:45dans la France
21:46du XXIe siècle,
21:47ce n'est pas normal
21:47qu'un étudiant
21:48s'immole par le feu.
21:49Voilà.
21:50Où on en est ?
21:54Je ne veux pas
21:54me faire l'avocat
21:55du diable,
21:56mais dans son projet
21:58de loi,
22:00la ministre
22:00met en avant
22:01un certain nombre
22:02de dispositifs.
22:04On a parlé
22:05de tenue-track.
22:05Je pense qu'on ne va
22:06pas se lancer
22:06dans l'explication
22:08peut-être
22:08de ce que c'est,
22:10même si vous arrivez
22:11à le faire
22:11de manière...
22:13Mais quand on parle,
22:14je crois que maintenant,
22:15on parle de professeur junior.
22:17C'est peut-être
22:17un peu plus parlant
22:18comme expression,
22:19mais elle a parlé aussi,
22:22si ma mémoire est bonne,
22:23de 26 millions par an,
22:26je crois,
22:27pour faciliter l'embauche
22:29de jeunes chercheurs.
22:30Donc,
22:31il y a quand même
22:31des choses
22:33dans sa loi
22:35qui ne s'occupent pas du tout
22:38de ce qu'on va appeler
22:40la grande précarité,
22:42la grande misère
22:42des étudiants,
22:44ceux qui arrivent à la fac,
22:45qui sont en licence,
22:46etc.
22:46mais il y aurait
22:47quand même
22:48des choses
22:48pour permettre
22:50d'améliorer
22:50la situation
22:51des futurs
22:53professeurs
22:53d'université,
22:54des futurs
22:54chercheurs.
22:55Non ?
22:56Oui,
22:57il y a quelques éléments.
22:59Ce sont des éléments
23:00qui ont été promis
23:01depuis longtemps
23:02par les gouvernements
23:03précédents
23:04et qui sont,
23:05comment dire,
23:06on constitue
23:07que ce sont des rattrapages
23:08dus et absolument pas
23:09des...
23:10On ne peut pas vraiment
23:11s'en féliciter.
23:12Les 26 millions,
23:13à quoi vont-ils servir ?
23:14Les 26 millions,
23:15ils ne vont pas servir
23:15à recruter davantage
23:16de jeunes chercheurs,
23:17jeunes chercheuses.
23:17Les 26 millions
23:18vont simplement servir
23:19à porter le salaire
23:21au recrutement
23:22des jeunes maîtresses,
23:24maîtres et maîtresses
23:25de conférences
23:26ou chargés de recherche
23:28à 2 SMIC.
23:30Aujourd'hui,
23:31il est à 1,7 SMIC.
23:33Alors,
23:34évidemment,
23:35c'est toujours 2 SMIC,
23:37mais si on compare
23:39un petit peu
23:39à l'international,
23:40ça reste un salaire
23:42qui est extrêmement faible,
23:43ce 1,7 SMIC aujourd'hui.
23:45Donc,
23:45le porter à 2 SMIC,
23:46on peut considérer
23:47que c'est presque un dû
23:49pour ces personnes
23:51qui sont recrutées
23:52après avoir effectué
23:54un doctorat
23:54et parcouru
23:55tout un parcours
23:56du combattant
23:57qui les a conduits
23:58jusqu'à cette titularisation.
24:00Mais ces 26 millions,
24:01ce n'est absolument pas
24:02des créations de postes
24:03parce que les discours
24:04de Frédéric Vidal
24:05sont parfois assez
24:07ambiguës,
24:08voire tout à fait
24:10mensongers.
24:10Donc,
24:11il ne s'agit pas
24:11de création de postes.
24:13Insistons bien là-dessus.
24:15Au contraire,
24:16on continue dans une logique
24:17de diminution des postes.
24:18Les recrutements au CNRS
24:19continuent à diminuer
24:20d'année en année.
24:21Les recrutements
24:22à l'université
24:22continuent à diminuer
24:23d'année en année.
24:24À l'université,
24:26on a 300 000 étudiants
24:27de plus
24:28sur les 10 dernières années.
24:29Et dans le même temps,
24:30sur les 10 dernières années,
24:31on a ouvert chaque année
24:33au concours de recrutement
24:3440 % de postes en moins
24:36pour les maîtres
24:37et maîtresses de conférences
24:38et pour les professeurs
24:39des universités.
24:40Donc,
24:41on ne crée pas des postes,
24:42on continue à supprimer
24:43des postes.
24:43Simplement,
24:44on rémunérera un peu mieux
24:45les quelques heureux élus
24:47qui seront recrutés.
24:49Sur le Turner Track,
24:50maintenant,
24:50pour le dire très rapidement,
24:51il s'agit simplement
24:52de contrats précaires
24:54sur lesquels on va recruter
24:55des enseignants-chercheurs
24:57ou des chercheurs
24:59pour des contrats de 3 ans,
25:00renouvelables une fois
25:01jusqu'à 6 ans.
25:03Et les statuts de ces nouveaux contrats
25:06stipulent que ces personnes
25:07pourront ensuite être recrutées
25:08directement professeurs
25:09des universités
25:10ou directeurs
25:11ou directrices de recherche
25:12sans passer par la voie conventionnelle.
25:17Donc, d'abord,
25:17de chargé de recherche
25:18ou maître et maîtresse
25:19de conférences
25:20avant d'accéder à ces postes-là.
25:21On prend un chercheur à laisser.
25:23On prend un chercheur à laisser.
25:24Alors, on pourrait se dire,
25:25bon,
25:25quel problème est-ce que ça pose ?
25:26Alors, ça pose déjà
25:27des problèmes de précarité
25:28parce qu'un teneur track,
25:30c'est un statut préca
25:31de 3 ans, certes,
25:32mais ça reste préca.
25:33Alors que quand on est recruté
25:34comme maître ou maîtresse
25:35de conférences,
25:36on est fonctionnaire.
25:37Donc, déjà,
25:38le statut n'est pas du tout le même.
25:39Et je pense qu'on y reviendra
25:40tout à l'heure.
25:41Un statut de chercheur
25:42ou de chercheuse,
25:43c'est une garantie
25:44de l'indépendance de la recherche
25:46et donc de la qualité de la recherche.
25:48Donc, avec le teneur track,
25:49on oublie ça.
25:51Et puis, autre gros problème,
25:52c'est que ces teneurs tracks,
25:53s'ils sont utilisés,
25:54alors là-dessus,
25:55on ne sait pas trop
25:56s'ils seront vraiment utilisés
25:57parce qu'il y a pas mal de gens
25:58qui nous disent
25:59qu'en fait,
25:59ça n'intéresse pas tellement
26:00même les plus grandes universités,
26:02celles qui se dénonment
26:03elles-mêmes
26:03universités de recherche intensive
26:05et qui sont les universités
26:06qui tirent bien leur épingle du jeu
26:07de cette recherche compétitive
26:11qui fonctionne autour
26:12de la bibliométrie
26:13et de la quantification
26:15de l'efficacité
26:17des chercheurs et des chercheuses.
26:17Même ces universités-là
26:19disent le teneur track,
26:19ça ne nous intéresse pas tellement.
26:21Mais ce que ça leur permettrait
26:22quand même,
26:22c'est de contourner
26:23toutes les étapes
26:25de validation collégiale
26:26des chercheurs et chercheuses
26:27et de leurs travaux
26:28et notamment
26:30le CNU,
26:31le Conseil national
26:31des universités
26:32qui valide la qualité
26:34des travaux
26:34qui ont été défendus
26:36par les jeunes docteurs
26:39et qui leur permet
26:40de candidater
26:40à des postes
26:41de maître ou maîtresse
26:41de conférences.
26:42Et ça,
26:43c'est extrêmement grave
26:44parce que ce que ça permet,
26:45c'est de créer
26:46des petites écoles locales
26:47avec des chercheurs
26:48et chercheuses
26:49qui vont se recruter
26:51les uns les autres,
26:52les unes les autres,
26:53simplement
26:53par des liens affinitaires,
26:56sans qu'il y ait
26:56un contrôle général
26:57de la communauté scientifique
26:59sur la qualité
26:59de leurs travaux.
27:01Et dans une époque
27:02où, comment dire,
27:04les petits pouvoirs locaux
27:05dans le monde
27:05de la recherche
27:06et la recherche
27:06de visibilité
27:07à l'international,
27:08de petites chefferies locales
27:11du monde de la recherche
27:11ont montré
27:13combien elles pouvaient
27:13être délétères
27:14pour le débat scientifique
27:15et plus largement
27:16pour la société,
27:17il est particulièrement inquiétant
27:18de voir que la ministre
27:19entend encourager
27:22ce type de fonctionnement
27:23dans le monde universitaire
27:24qui est en fait...
27:25Alors, le mandarinat
27:26n'a jamais disparu malheureusement.
27:27Mais là, on revient en arrière
27:28et on réinstaure
27:29des dispositifs
27:30qui vont faciliter
27:31la réémergence
27:31de mandarins tout-puissants
27:33dans leur université,
27:35dans leur établissement.
27:36Je crois que tout le monde
27:37voit à quoi,
27:38y compris dans l'actualité
27:39ces derniers mois,
27:40vous faites allusion.
27:41Malheureusement,
27:41c'est trop clair pour tout le monde.
27:44C'est aussi un constat
27:46que vous partagez,
27:46ce risque d'une recherche
27:49qui soit de plus en plus,
27:52on va dire, concurrentielle,
27:54on peut dire le mot,
27:55et avec les dérives diverses
27:58que ça peut impliquer.
27:59Oui, et moi,
27:59je voudrais revenir
28:00sur le propos de Gilles
28:03qui est très fort,
28:04et notamment sur les aspects budgétaires
28:06et la revalorisation
28:08du travail des enseignants,
28:09des enseignants-chercheurs.
28:11Parce que la ministre,
28:12en effet,
28:13a chiffré ce qui était nécessaire
28:16et qui reste faible,
28:18il faut le dire.
28:19Enseignants-chercheurs
28:20et chercheurs,
28:21en France,
28:21sont les plus mal payés
28:22de l'OCDE.
28:24On est quasiment
28:26dans le bas du classement.
28:28Donc la ministre,
28:29en effet,
28:30est en train de négocier
28:31une revalorisation.
28:33Ce qu'elle ne nous a pas dit,
28:34c'est qui l'a payé.
28:36Aujourd'hui,
28:37moi,
28:37de ce que je comprends,
28:39c'est que c'est les universités.
28:40qui vont payer
28:41cette revalorisation.
28:43Parce que c'est le principe
28:45de l'autonomie des universités.
28:47Donc la ministre donne
28:49de la main droite,
28:50ce qu'elle va reprendre
28:51de la main gauche
28:52aux universités.
28:53Parce que la précarité,
28:55comment elle arrive ?
28:57De façon simple,
28:59le ministère donne un budget
29:00à l'université.
29:02Et l'université gère la pénurie.
29:04Et pour trouver des moyens
29:08de fonctionnement,
29:09rénover un amphi,
29:10l'université,
29:11la seule solution qu'elle a,
29:12c'est de réduire la masse salariale.
29:14C'est comme une entreprise.
29:15C'est pareil.
29:17Donc la précarité,
29:18elle vient de là.
29:19Elle vient de la situation
29:21économique dans laquelle
29:22les universités ont été mises,
29:25où on leur demande
29:26d'assurer le service public
29:27face à des étudiants
29:29qui sont de plus en plus nombreux.
29:30Et là, il y en a 50 000 en plus
29:33avec cette rentrée.
29:34Mais avec des moyens
29:35qui ne changent pas,
29:35qui au contraire sont en baisse.
29:37Ça fait 10 ans
29:38que le budget par étudiant
29:40est en baisse.
29:41Donc la précarité,
29:43c'est pour l'université
29:44le moyen de continuer
29:45à assurer des cours
29:46avec des personnels sous-payés.
29:51La LPPR n'apporte aucun changement
29:54par rapport à ça.
29:55Au contraire,
29:56les universités viennent d'apprendre
29:58que la revalorisation
29:59des enseignants,
30:00ça va être à leur charge.
30:02Donc ça va encore accroître
30:03tout le dispositif.
30:05Gilles, tu veux dire ?
30:06C'est même pire que ça
30:07parce qu'en fait,
30:09l'année dernière,
30:10on ne s'est pas mobilisés
30:10simplement contre la LPPR.
30:11Souvenez-vous,
30:12on s'est aussi mobilisés
30:13contre une contre-réforme
30:14des retraites.
30:14Et cette contre-réforme
30:16des retraites,
30:16elle va affecter très directement
30:17les chercheurs et chercheuses.
30:19De 2012 à 2027,
30:22la contre-réforme des retraites
30:24représenterait,
30:24si elle passait,
30:2611 milliards d'euros
30:27de prélèvements
30:27sur les cotisations retraites
30:29des travailleurs et travailleuses
30:31de l'université
30:32et de la recherche.
30:33Donc,
30:33ce que nous promet la ministre
30:35avec sa LPPR
30:36et que nous n'aurons probablement pas,
30:37en réalité,
30:38c'est de l'argent
30:39qui a été pris
30:40aux travailleurs et travailleuses
30:40de l'ESR.
30:41En quelque sorte,
30:42on finance la recherche publique,
30:43on prétend financer
30:44la recherche publique
30:44avec l'argent
30:45qui a été pris
30:46sur les salaires,
30:47sur les cotisations sociales
30:49des travailleurs et travailleuses
30:50de l'université
30:51et de la recherche.
30:52Donc,
30:52la situation est encore bien
30:53plus cynique
30:54qu'on ne l'a dit
30:55jusqu'à maintenant.
30:58Sur votre question
31:00ou ta question
31:02que je n'ai pas oubliée,
31:03que je n'ai pas mis de côté,
31:06on est face
31:07à deux projets de société.
31:09Il y a un projet de société
31:11que nous défendons,
31:12qui est un projet
31:13d'une université
31:15démocratique,
31:16laïque,
31:18émancipatrice
31:18et nationale.
31:20C'est le projet de Condorcet,
31:22c'est le projet
31:22de la Révolution française.
31:23C'est-à-dire que l'université,
31:25elle apporte des connaissances,
31:26mais elle forme aussi
31:27des citoyens
31:28et des citoyennes
31:29et elle est là
31:30pour élever le niveau
31:31de connaissances
31:32de toute la nation
31:33et elle s'adresse
31:33à tout le monde.
31:35Ça, c'est notre projet,
31:36c'est notre projet républicain
31:37depuis toujours
31:38et il exige
31:40un système national
31:41où les universités
31:42ne rentrent pas
31:43en concurrence
31:43les unes contre les autres.
31:45Et il y a un autre système
31:46qui est un système libéral,
31:49c'est celui du classement
31:50de Shanghai
31:51où la connaissance
31:53est un marché,
31:55est une marchandise.
31:56Le classement de Shanghai
31:57pour au cas où
31:58les gens ne sachent pas
31:59c'est une forme de classement
32:01des meilleures universités
32:02du monde.
32:02Voilà, alors c'est bon...
32:04Selon certains critères.
32:05Alors c'est amusant
32:07de rappeler que c'est un classement
32:08qui a été mis au point
32:09par le parti communiste chinois
32:11pour faire que
32:12les universités chinoises
32:14arrivent au niveau
32:15des universités américaines
32:16sur l'ingénierie,
32:18la technologie
32:19et l'administration publique.
32:21Voilà.
32:22Aujourd'hui,
32:22ils y sont quasiment arrivés
32:24parce que quand vous regardez
32:24la progression
32:25des universités chinoises,
32:27elles ne sont pas loin
32:28des universités américaines.
32:30Et c'est un classement
32:31tout simple
32:32qui prend
32:33quelques données
32:35quantitatives
32:35uniquement,
32:36il n'y a jamais de qualitatif
32:37où vous obtenez des points
32:39si vous avez dans votre équipe
32:40un prix Nobel,
32:41une médaille fils,
32:42tant de nombre
32:43de publications, etc.
32:44Donc c'est des algorithmes,
32:46c'est un ordinateur
32:46qui est derrière ça
32:47et qui vous classe
32:48en fonction de ces résultats
32:50dont tout le monde dit,
32:52tout le monde,
32:52toute la planète
32:53reconnaît que ces critères
32:54ne sont pas représentatifs
32:56de ce qu'est une université.
32:57mais notre monde libéral
33:00a besoin de données,
33:02de quantifications
33:02pour pouvoir classer
33:04les institutions
33:05les unes par rapport aux autres
33:07et les individus
33:08par rapport aux autres.
33:09On est dans une forme
33:10d'appropriation
33:12par le monde de la recherche
33:13des outils du marché
33:16et du marché économique.
33:18Et ça,
33:19c'est le modèle défendu
33:20par la ministre
33:21et ce n'est pas le nôtre.
33:22C'est la connaissance
33:23transformée en marchandise
33:25et l'individu
33:27transformée
33:27en micro-entrepreneur
33:29de son capital intellectuel
33:31qui va chercher
33:32à valoriser
33:33en essayant d'aller
33:34vers les meilleures structures,
33:36vers les meilleures universités
33:38en fonction du classement,
33:39classement de Shanghai
33:40et d'autres.
33:41Ça, c'est un autre monde,
33:42c'est une autre université,
33:43ce n'est pas le nôtre.
33:44Et ce que je vais essayer
33:45de faire apparaître, moi,
33:46dans le débat parlementaire
33:48au Sénat,
33:48c'est ça,
33:49c'est la confrontation
33:50de modèles.
33:51Je défends, moi,
33:51un modèle républicain.
33:53Madame Vidal défend
33:54un modèle anglo-saxon
33:55qui est un modèle
33:56de libéralisation
33:57de la connaissance.
34:00Alors, ce n'est pas
34:01ma conclusion,
34:02je peux parler encore après.
34:05On arrête.
34:06Non, mais justement,
34:08alors,
34:10vu un peu de l'extérieur,
34:12un des inconvénients
34:14de ce système
34:15de classement,
34:15etc.,
34:16c'est,
34:17en gros,
34:17on le suit
34:18parce que quand on est
34:19bien placé dedans,
34:20on obtient des financements.
34:21Oui.
34:22Voilà.
34:23Donc,
34:24ça pose la question
34:25du financement
34:26et du pilotage
34:28de la recherche
34:29tel qu'il se dessine
34:30dans ce projet de loi.
34:31Est-ce que vous pouvez,
34:32l'un ou l'autre,
34:33ou les deux,
34:34vous parler de ce problème-là,
34:35qui est quand même
34:36peut-être le point essentiel ?
34:37C'est effectivement
34:38un des points essentiels.
34:39Quand on parle de précarisation,
34:41c'est évidemment
34:42la précarisation
34:42pour les travailleurs
34:43et travailleuses précaires,
34:44mais en fait,
34:44c'est la précarisation aussi
34:45des financements de la recherche
34:46et des moyens de la recherche
34:47parce que la recherche
34:48devient financée
34:51majoritairement
34:51par des appels à projets,
34:53donc des financements
34:54qui doivent être renouvelés
34:55régulièrement
34:57en déposant des dossiers
34:58auprès soit
34:59de l'Agence nationale
35:00de la recherche,
35:00soit de financeurs européens,
35:02soit de financeurs privés.
35:03La LPPR encourage aussi
35:05le recours
35:06à des financements privés
35:07et le problème
35:09du financement par projet,
35:10c'est que ne sont financés
35:12que les thèmes
35:13qui sont à la mode
35:13à ce moment-là.
35:14Alors évidemment,
35:15ça pose des problèmes évidents
35:17quand il s'agit
35:17des sciences humaines
35:19et sociales
35:19où là,
35:20les thématiques à la mode
35:21sont très évidemment
35:22connotées politiquement
35:24et on voit bien
35:24les conséquences
35:25que ça a sur les recherches
35:26de façon immédiate
35:27et le danger
35:27que ça représente
35:28pour la démocratie.
35:29Mais c'est le cas
35:30dans tous les domaines
35:31des sciences.
35:33On a publié
35:34sur Université Ouverte
35:35au cœur de l'hiver
35:36un article
35:37de Bruno Carnard.
35:38Bruno Carnard
35:39qui est épidémiologiste,
35:42virologue je crois,
35:44qui est spécialiste
35:45des coronavirus.
35:47Il a travaillé
35:48sur les coronavirus
35:48assez facilement
35:49au début des années 2000
35:50parce qu'il y avait
35:51une mode du coronavirus
35:52dans les appels
35:54à projets
35:54suite au SRAS
35:55et puis ensuite,
35:57cette mode est passée
35:58et il n'a plus été possible
35:59de financer
36:00les recherches
36:01sur les coronavirus.
36:01Donc son laboratoire
36:02a monté des appels
36:03à projets
36:03sur d'autres types
36:04de virus
36:05et a commencé
36:06des recherches
36:06sur d'autres types
36:07de virus.
36:08Et on a perdu 15 ans
36:09de recherches
36:10sur les coronavirus
36:10qui nous auraient été
36:11fort utiles cette année.
36:14Donc le financement
36:15par projet,
36:15c'est un risque
36:15quel que soit
36:16le domaine scientifique
36:17parce que ce sera
36:18toujours piloté
36:19en fonction
36:19d'effet de mode
36:20et depuis le haut.
36:22Or, c'est rarement
36:23à l'HCRES
36:24ou à l'ANR
36:25ou au ministère
36:26d'enseignement supérieur
36:27de la recherche
36:27qu'on connaît le mieux
36:28les besoins réels
36:30de la recherche,
36:31les avancées réels,
36:32les potentiels réels
36:33de certaines thématiques
36:35de recherche.
36:36Est-ce qu'il n'y a pas
36:37dans cette volonté
36:38de soumettre la recherche
36:40à ce système
36:42de fonctionnement
36:43par appel à projet
36:43un message qui dit
36:45en gros,
36:45si on vous donne
36:46des financements pérennes
36:48comme ça sans trop
36:50poser de questions,
36:51ce que vous allez faire,
36:52ça ne va servir à personne.
36:54Nous, ce dont on a besoin,
36:55c'est d'une recherche
36:55utile à la société.
36:58Je pense que ce n'est pas
36:59une loi sur la recherche.
37:01C'est une loi
37:02sur l'innovation,
37:04ce qui n'a rien à voir.
37:05C'est-à-dire qu'aujourd'hui,
37:07Bercy est en mesure,
37:10accepterait,
37:10si on l'aimant gentiment,
37:12de mettre de l'argent
37:14sur des choses
37:17dont il aurait la certitude
37:19qu'en très peu de temps,
37:203-4 ans,
37:22ça puisse permettre
37:22aux entreprises françaises
37:24d'avoir une évolution
37:28dans leur mode de production
37:30qui leur donne
37:30un avantage concurrentiel.
37:32C'est une loi
37:33sur l'innovation.
37:35La recherche fondamentale,
37:37la recherche en sciences humaines,
37:38c'est pire,
37:39n'intéresse pas
37:41ce gouvernement.
37:42Il faut que dans les deux ans,
37:44il y ait une rentabilité.
37:46Donc, c'est une science
37:48purement utilitariste.
37:49Et ça, historiquement,
37:50on sait que ça ne fonctionne pas.
37:52Parce qu'on ne peut pas
37:54programmer à l'avance
37:55ce qu'on va trouver.
37:58Les meilleures découvertes,
37:59c'est très souvent
38:00celles qu'on n'avait pas prévues.
38:01Pourquoi ?
38:02Parce qu'elles se font
38:03en dehors de paradigmes,
38:07de systèmes de réflexion
38:09dont on s'aperçoit
38:10à un moment donné
38:11qu'ils sont dépassés.
38:12Et c'est le dépassement
38:13de ces paradigmes,
38:14de ces systèmes de pensée,
38:15qui permettent des découvertes
38:16absolument originales.
38:18L'innovation,
38:19elle se fait à très court terme.
38:20Sur deux, trois ans,
38:21vous ne prenez jamais de risque.
38:22Donc, vous confortez
38:23un modèle de pensée
38:25qui finit par bégayer.
38:27Donc, on sait que,
38:28de toute façon,
38:28quand on mise sur l'innovation
38:31et la recherche à très court terme,
38:32à un moment donné,
38:33on est dépassé par d'autres
38:35qui ont pris les risques budgétaires
38:38et qui ont donné
38:38la confiance aux chercheurs
38:40pour perdre du temps
38:41sur des recherches
38:42dont on ne connaît pas
38:43le résultat.
38:45Prix Nobel de chimie,
38:47Serge Haroche,
38:48ancien professeur
38:50au Collège de France,
38:50il dit,
38:51il nous faut une science inutile.
38:53C'est-à-dire qu'une science
38:54dont on ne sait pas
38:55dès le départ
38:56où elle va donner.
38:58La science par appel à projet,
39:00c'est tout l'inverse.
39:01Vous passez du temps
39:03pour déposer du dossier
39:04et vous voulez
39:06qu'il y ait la garantie
39:08que le jury
39:09qui va regarder votre dossier
39:11vous donne l'argent
39:12que vous voulez.
39:13Donc, vous ne prenez aucun risque.
39:14Et très souvent,
39:14vous faites un appel à projet
39:16sur des résultats
39:17que vous connaissez déjà.
39:18Il n'y a pas de risque du tout.
39:21Ce qu'on réclame
39:23pour la recherche,
39:24c'est au contraire.
39:25C'est une prise de risque
39:27parce que ça,
39:28je crois que c'est très important
39:30de le dire.
39:31Notre humanité
39:33est confrontée
39:34à un défi majeur
39:36qu'elle n'a jamais connu
39:37par son passé.
39:38Jamais.
39:39Jamais.
39:39Qui est de réinventer
39:41un modèle économique,
39:43un modèle social
39:44qui va nous permettre,
39:45une chose très simple,
39:48d'assurer la survie de l'humanité.
39:50Parce qu'on sait que
39:51si on continue
39:52dans le modèle économique
39:53et social où on est,
39:54il y aura peu de générations
39:56qui pourront voir
39:58la fin de l'histoire.
40:00Donc, on est confronté
40:02à un besoin de science,
40:04de connaissance,
40:05de remise en question
40:06de nos modèles de pensée
40:07tels que l'humanité
40:08n'a jamais connus.
40:10Donc, investir
40:11dans une recherche,
40:13une recherche audacieuse
40:15qui nous donne des pistes
40:15pour l'avenir,
40:16c'est une nécessité vitale.
40:18Et c'est ce que ce texte
40:19ne comprend pas.
40:20Ce texte continue
40:21à investir
40:22sur une science utilitariste,
40:24sur l'innovation,
40:25sur des choses
40:25à très court terme,
40:26avec comme vision,
40:27simplement une vision
40:29économétrique
40:30où il s'agit
40:31de donner
40:31un peu plus
40:33de compétitivité
40:34à des entreprises.
40:36C'est ce qui explique
40:38que la grande partie,
40:39l'essentiel
40:40de la communauté
40:41des chercheurs,
40:43non seulement
40:44n'est pas satisfait
40:44par ce texte,
40:46mais est blessé
40:47par ce texte.
40:48Parce que ce qu'ils mettent
40:49au cœur
40:50de leur mission
40:51de chercheurs
40:52de services publics,
40:53c'est quelque chose
40:54de beaucoup plus noble,
40:55c'est quelque chose
40:55de beaucoup plus grand
40:56qui n'est pas reconnu
40:57par son texte.
40:58C'est la volonté
40:58d'apporter à la société
40:59un cadre différent,
41:01un cadre conceptuel différent.
41:03Là-dedans,
41:03vous n'avez rien.
41:05Je suis désolé,
41:06c'est un peu grandilocant,
41:08mais c'est pour montrer
41:09en quoi notre projet
41:11est fondamenté différent
41:12et pourquoi,
41:13au cœur de la recherche
41:15et au cœur de la LPPR,
41:16ce qui se joue là,
41:17c'est aussi un modèle
41:18de société
41:19et c'est notre avenir.
41:20Et moi,
41:20je suis enthousiaste
41:22de voir les jeunes
41:23s'engager comme ils font.
41:24parce qu'il y a une génération,
41:26il faut le dire aussi,
41:27qui à l'université
41:28et à la recherche
41:28se satisfait parfaitement
41:29des réformes néolibérales
41:31qui sont en cours
41:31depuis 20 ans
41:32et qui n'a pas bougé
41:33au moment de Pécresse,
41:34qui n'a pas bougé
41:34au moment de la loi Fiorasso.
41:36Et que les jeunes,
41:37aujourd'hui,
41:38prennent conscience
41:38de l'importance de ça,
41:40sincèrement,
41:41ça donne l'envie
41:42de se battre avec eux,
41:44à leur côté et pour eux,
41:45et ça donne une certaine dose
41:46d'optimisme aussi
41:47sur la possibilité
41:48du monde que nous portait
41:50de pouvoir émerger un jour.
41:55Je voudrais ajouter un point
42:00sur la stérilisation
42:01que représentent
42:02les appels à projets.
42:03Cette stérilisation,
42:04c'est aussi une stérilisation
42:05parce que celles et ceux
42:07qui portent ces appels à projets
42:08sont plutôt des ceux,
42:09justement.
42:11C'est-à-dire que
42:11les appels à projets,
42:13dans ce système compétitif,
42:15ils reposent essentiellement
42:16sur des têtes d'affiches,
42:17sur ceux qui ont su
42:18construire des réseaux,
42:19sur ceux qui ont su
42:20construire du pouvoir
42:21dans le système de la recherche.
42:23Et ça, ça entraîne
42:24des évictions.
42:25Ça emmène des évictions
42:26de celles et ceux
42:26qui sont dominés
42:27généralement dans la société.
42:29Donc éviction des chercheurs
42:30et chercheuses étrangères,
42:31éviction des chercheurs
42:33et chercheuses racisées,
42:34éviction des chercheuses
42:35plutôt que des chercheurs.
42:36En 2018,
42:36il y a seulement 23% de femmes
42:38qui étaient porteuses
42:39de projets ANR.
42:40Donc une immense majorité d'hommes.
42:42Et ce n'est pas anodin.
42:44Il y a une immense majorité,
42:45près de 75%
42:46des directeurs de recherche
42:47au CNRS
42:48et seulement 25% de directrices.
42:50C'est la même chose
42:51dans presque toutes les disciplines
42:52à l'université.
42:53Plus on monte dans la hiérarchie,
42:54plus c'est un monde masculin.
42:57Et malheureusement,
42:58quand en plus,
42:59on donne tous les financements
43:00à ceux qui ont déjà le pouvoir,
43:01qui sont déjà dans les postes
43:03de direction à l'université
43:04ou dans le monde de la recherche,
43:05quand on leur donne en plus
43:06tous les financements,
43:08alors la recherche est stérilisée
43:09parce que finalement,
43:10ceux qui posent des questions
43:11et qui essaient d'y répondre
43:12sont à peu près toujours les mêmes.
43:14Et donc forcément,
43:15on pose des questions moins différentes
43:16et des questions moins riches,
43:17et des questions qui nous arment moins
43:18pour faire face collectivement
43:20en tant que société à l'avenir.
43:22Donc effectivement,
43:22c'est une stérilisation dramatique
43:24que représente ce fonctionnement
43:26de la recherche par appel à projet.
43:27Et c'est contraire même
43:28à l'idée du service public.
43:29Le service public,
43:30c'est une obligation de moyens.
43:31Avec le financement de la recherche
43:34par appel à projet,
43:35on tombe dans une obligation de résultat.
43:38Comme à l'hôpital,
43:39la LPPR,
43:40c'est un pas de plus
43:41vers la T2A
43:42du monde hospitalier
43:43où finalement,
43:45on passe l'essentiel
43:46de son temps
43:47à penser
43:48à comment est-ce qu'on va financer
43:49ces activités,
43:50à comment est-ce que je vais facturer
43:51tel ou tel soin
43:52à mes patients
43:53et mes patientes.
43:54À l'université,
43:55on est exactement dans la même logique.
43:57Les chercheurs et chercheuses
43:58passent un temps croissant
43:59à monter des appels à dossier,
44:00à réfléchir
44:01aux formulations
44:03selon lesquelles
44:04leurs recherches
44:05pourraient éventuellement
44:06être financées,
44:06plutôt qu'à suivre
44:08effectivement les pistes
44:09qui leur semblent fertiles.
44:10Donc, c'est un assèchement dramatique
44:13et puis surtout,
44:14c'est aussi,
44:15comment dire,
44:16c'est une destruction
44:17de ce qu'est l'université
44:18et de la manière
44:18dont on pensait
44:19l'université en France.
44:20Parce que,
44:21comme l'a dit Pierre Ouzugas,
44:22l'enseignement est totalement
44:23absent de cette loi.
44:24Or, dans la tradition
44:25de l'université française,
44:26on ne peut pas penser
44:27de la recherche
44:27sans penser de l'enseignement.
44:28Parce que l'université,
44:29c'est un lieu
44:30où on se forme
44:31à la recherche
44:32par la recherche
44:33et où on se forme
44:33par la recherche
44:34même si ensuite
44:35on ne veut pas faire
44:35de la recherche.
44:36Et l'université,
44:37c'est un lieu
44:37de co-construction
44:38des savoirs
44:39entre les enseignants
44:40et les enseignantes
44:41et les étudiants
44:41et étudiantes.
44:42Et quand on pense
44:44la recherche
44:44sans penser de l'université,
44:45c'est qu'on veut
44:46détruire l'université.
44:47Et Frédéric Hidal
44:48veut détruire l'université.
44:50Elle entend détruire
44:50l'université
44:51de bien des manières,
44:52déjà en la définançant.
44:53Je vais te couper
44:55parce qu'on me fait déjà
44:55signe
44:56qu'il va falloir qu'on arrête.
44:57Mais juste,
44:57en guise de conclusion,
44:59dites-nous tous les deux
45:00rapidement
45:01comment on peut encore
45:02résister
45:04à ce projet
45:05et peut-être
45:06le mettre en échec,
45:07je ne sais pas.
45:07La résistance,
45:08c'est les jeunes.
45:09Moi, je ne dirai rien,
45:10je ne laisse parler.
45:11La résistance,
45:11c'est à eux.
45:12Alors,
45:15il faut peut-être
45:16repréciser
45:16ce face à quoi
45:17on doit résister.
45:18Je suis désolé,
45:18j'ai peut-être
45:19un tout petit peu
45:19plus long que prévu,
45:20mais je pense
45:22que ce que Pierre Oubilas
45:22a dit
45:22est très important.
45:23Ce qui est en train
45:24d'être détruit,
45:25c'est un service public.
45:26Et c'est un service public
45:27qui n'est pas simplement
45:28un service public
45:28qui sert aux chercheuses
45:29et aux chercheurs
45:30et à ceux
45:30qui utilisent directement
45:31leur travail de recherche.
45:31Non,
45:31c'est le service public
45:33de l'enseignement supérieur
45:34et de la recherche
45:34qui n'est pas attaqué
45:35uniquement par l'ALPPR,
45:36qui est attaqué
45:37depuis deux décennies au moins.
45:39Mais là,
45:39c'est une pierre de touche
45:43très importante
45:43dans ce processus.
45:46Parcoursup
45:47était aussi
45:47quelque chose
45:48de très important.
45:49La réforme
45:49dite « Bienvenue en France »
45:50qui exclut
45:51les étrangers et étrangères
45:52de l'université française
45:54est aussi
45:55quelque chose
45:55de très important
45:56en termes de refermeture
45:57de l'université.
45:58Donc,
45:58ce qu'on est en train
45:59de détruire,
45:59c'est un espace
46:00de coproduction
46:00des savoirs,
46:01comme je le disais tout à l'heure.
46:02Et c'est grave
46:03parce que
46:04l'université,
46:05c'est un espace
46:06de vie démocratique.
46:07C'est un espace
46:08où collectivement
46:10on pose des questions.
46:12Qu'est-ce qui fait question
46:13pour notre société ?
46:14À quoi est-ce qu'on a besoin
46:15d'apporter des réponses ?
46:16Et ça,
46:16on le fait à l'université
46:17dans une université
46:18qui est ouverte.
46:19Or,
46:19aujourd'hui,
46:19l'université,
46:20pour ce gouvernement
46:21comme pour les précédents,
46:22doit être simplement
46:22un lieu de formation.
46:23On va pour accroître
46:24sa valeur
46:25sur le marché du travail.
46:26Et ça,
46:27c'est déjà plus
46:27une université.
46:28On sort totalement
46:29de la logique
46:30de services publics
46:30et d'espaces démocratiques
46:31de l'université.
46:33Et à terme,
46:33qu'est-ce que ça a
46:34comme conséquence
46:34très concrète ?
46:35Eh bien,
46:36c'est que
46:36les enfants
46:37des bonnes familles
46:38vont dans des écoles supérieures
46:40ou dans des grandes écoles privées.
46:42Ou alors,
46:42ils vont dans les rares universités
46:43qui restent bien financées
46:45dans le quartier latin.
46:47Quand les étudiants
46:48qui ont déjà été scolarisés
46:50dans le primaire,
46:51dans le secondaire,
46:52dans des établissements
46:52dans lesquels
46:53il était difficile d'étudier,
46:55eh bien,
46:55ceux-là sont envoyés
46:56directement par Parcoursup
46:57qui est un algorithme
46:58de tri social
46:59dans les universités
47:00qui sont les moins bien dotées.
47:02Et où les chercheurs
47:03et chercheuses
47:03et enseignants
47:04et enseignants de chercheuses
47:05sont les plus pressurisés
47:07et ont les moins
47:07bonnes conditions de travail.
47:08Et donc,
47:09ces étudiants et étudiantes
47:10étudient dans les moins
47:11bonnes conditions.
47:12Et c'est des différentiels
47:12qui sont considérables.
47:14C'est de 1 à 10
47:15le financement
47:16des études supérieures
47:17en France
47:18selon l'établissement
47:19dans lequel on va.
47:20Et malheureusement,
47:21le recrutement des établissements
47:22se fait surtout
47:23sur critères sociaux
47:23et ça se renforce
47:25considérablement
47:25avec Parcoursup.
47:26Et ce sera encore pire
47:27une fois que la réforme du bac
47:28sera terminée.
47:30Alors, je conclue maintenant.
47:31Comment est-ce qu'on peut résister ?
47:32Il faut résister
47:33comme on a toujours résisté.
47:34Il faut résister évidemment
47:37au Parlement,
47:38à l'Assemblée nationale
47:39et au Sénat.
47:40C'est évidemment
47:41extrêmement important
47:41d'avoir des appuis
47:43combattifs comme Pierre-Ouvillasse
47:44pour déposer des amendements
47:45et porter le fer
47:46au plus près du pouvoir.
47:47Mais il faut aussi
47:48qu'on soit capable
47:49de se remobiliser
47:49à l'université.
47:51Travailleurs et travailleuses
47:52de l'université.
47:52On a beaucoup parlé
47:53des chercheurs, chercheuses,
47:54enseignants, enseignantes.
47:56Je m'en veux un petit peu.
47:57Il aurait fallu davantage
47:58parler des personnels
47:59techniques, administratifs,
48:00bibliothécaires
48:00qui ont des conditions
48:02de travail dramatiques aussi
48:03et qui sont pourtant indispensables
48:05à la production de recherche
48:06et à l'enseignement.
48:07Il faut qu'on soit capable
48:08de se remobiliser
48:09avec les étudiants
48:09et les étudiantes
48:10pour leurs conditions d'études.
48:12Parce qu'encore une fois,
48:14ils sont les principales acteurs
48:15et actrices
48:15de cet écosystème.
48:17Mais il faut aussi
48:18qu'on soit capable
48:19de se remobiliser
48:19dans l'ensemble de la société.
48:20Parce que Mme Vidal
48:21en fume.
48:23Là encore,
48:23elle dit qu'elle veut
48:24ouvrir 30 000 places
48:25sans aucun moyen supplémentaire.
48:26Elle en fume en permanence.
48:27Et puis, toute cette novlangue,
48:29je pense que c'est assez...
48:30Comment dire ?
48:30Ça perd un peu tout le monde.
48:32Comprendre la T2A
48:33et ce que signifiait
48:34la T2A pour l'hôpital,
48:35c'était assez compliqué.
48:36Mais je pense que tout le monde
48:37a bien vu ce printemps
48:38ce que signifiait
48:39la T2A pour l'hôpital.
48:40Ce qui se passe à l'université,
48:41c'est la même chose.
48:42C'est la mise à mort
48:43d'un service public.
48:44Donc, il faut qu'on soit aussi
48:45capable de se mobiliser
48:46dans la société
48:47pour défendre ce service public-là
48:48comme tous les autres.
48:49Parce que sans service public,
48:51il n'y a pas de vraie démocratie.
48:52La République,
48:57quelque chose à douter, Pierre ?
48:58Je vais essayer d'être
49:00leur porte-voix
49:01et d'être à la hauteur
49:02de leurs demandes au Sénat.
49:04Voilà, c'est tout.
49:06Eh bien, rendez-vous
49:06dans les semaines à venir
49:08à l'Assemblée, au Sénat
49:09et ailleurs, je pense.
49:11À très vite.
49:12Merci à vous deux d'être venus.
49:14À bientôt.
49:14Merci.
49:15À bientôt.