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  • il y a 9 heures
Issu du programme de Jean-Marie Le Pen, le texte sur « la présomption de légitime défense des forces de l’ordre » en cas d’usage de leur arme a été adopté à l’Assemblée le 7 juillet, après réécriture du gouvernement. La pétition qui s’y oppose, signée par plus de 700 000 personnes, doit être examinée mardi 21 juillet en commission des Lois. Avec Pierre Cazemajor et Diane Bonneau.

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Transcription
00:01Quand on parle de l'extrême droitisation de la politique française, ce n'est pas juste une façon de parler.
00:06La loi controversée sur la présomption de légitime défense des forces de l'ordre, aussi appelée « permis de tuer
00:12»,
00:12est en réalité une proposition à l'origine issue du programme de Jean-Marie Le Pen.
00:16Une proposition qui a été donc recyclée, en pire, à l'Assemblée nationale par la droite et la Macronie.
00:21Pour en parler aujourd'hui, nous sommes avec Pierre Cazemajor.
00:24Pierre, bonjour.
00:25Bonjour, Diane.
00:25Tu es journaliste à l'Humanité et à la rubrique Société.
00:29Est-ce que pour commencer, avant de rentrer dans le vif du sujet, tu peux revenir rapidement sur le contenu
00:35de cette loi ?
00:35Le contenu de cette loi, en fait, ça change la présomption de légalité de tir de l'arme.
00:40En fait, jusqu'à maintenant, lorsqu'un policier tirait avec son nom à feu, c'était à l'État de
00:45prouver que le tir était légal et d'apporter les preuves de la légalité de ce tir.
00:51Maintenant, on va présumer le tir comme étant légal avant même enquête.
00:56Et du coup, ça a changé tout un tas de procédures pour me faire gérer la vérité par rapport à
01:00ce qui s'est passé à ce moment-là.
01:02Donc, on passe du coup de...
01:03Que l'État doit prouver que le tir était légal à...
01:05Maintenant, c'est en fait aux victimes ou aux familles victimes de prouver que le tir ne l'était pas,
01:10finalement.
01:11Et toi, dans ton papier que je vais mettre juste ici, t'expliques que cette proposition-là, elle n'est
01:18pas nouvelle.
01:19Elle trouve ses racines dans le programme, notamment présidentiel de Jean-Marie Le Pen en 2007.
01:24Est-ce que tu peux revenir sur ça ?
01:25C'est ça. Je vais vous lire un extrait.
01:27Du coup, c'est Jean-Marie Le Pen quand il se présente à la présidentielle de 2007.
01:30Donc, il a cette proposition-là.
01:32Donc, c'est après la partie immigration, de la partie sécurité et justice, en bonne place dans son programme quand
01:36même.
01:37Donc, c'est mettre fin à la suspicion qui pèse sur les forces de l'ordre lorsqu'elles font usage
01:41de la force en créant une présomption de légitime défense.
01:44Donc, le point d'origine, ça vient quand même de ce moment-là.
01:47Il y a du coup une vieille revendication de l'extrême droite.
01:49Du coup, est-ce que tu peux nous dire, toi, ce que ça signifie symboliquement et politiquement que des propositions
01:54qui sont nées du RN soient aujourd'hui discutées à l'Assemblée ?
01:59Je pense qu'on peut parler d'une forme d'extrême-droiteisation quand même de la vie politique ou chose
02:04impensable il y a encore dix ans.
02:06Le fait que les propositions de Jean-Marie Le Pen, l'ancien président du Front National, sont aujourd'hui votées
02:10et par l'extrême droite, donc par l'Assemblée Nationale, et par la droite, les Républicains, et par le bloc
02:16macroniste.
02:16Donc, quand Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir, il se prétendait ni droite ni gauche, un refus, soi-disant, des
02:25extrêmes.
02:25Si on regarde aujourd'hui certains textes qui sont votés, notamment celui-ci, on peut peut-être remettre en question
02:29certaines choses.
02:31Toute la notion d'extrême-centre, etc.
02:33Exactement. Les travaux de Pierre Cerna, un historien qui a beaucoup travaillé sur le sujet, parlait notamment du fait que
02:38l'extrême-centre prépare l'extrême-droite,
02:40et qu'on pouvait finalement à la fin voir cette forme de jonction entre l'un et l'autre, peut
02:45-être que ce texte en est une des bénéficitations.
02:47On va revenir plus particulièrement sur la proposition de loi qui est actuellement discutée.
02:52C'est une proposition de loi qui n'est pas si récente que ça. Elle a été déposée en vrai
02:56le 3 septembre 2024.
02:59Donc ça commence à remonter un peu. Est-ce que tu peux nous parler un peu de comment cette proposition
03:04a évolué depuis ?
03:06En fait, c'est ce qui s'est passé. C'est qu'à l'origine, le gouvernement a essayé de
03:09faire passer le texte avec le député LR Éric Piogec.
03:13Du coup, il a déposé la proposition de loi. Mais grâce aux amendements de gauche, la proposition de loi n
03:17'avait pas pu être votée.
03:19Et à ce moment-là, Laurent Nunez, ministre de l'Intérieur, il avait dit qu'on reviendra et on repasse
03:24sur ce texte.
03:24Et du coup, c'est ce qui s'est passé en ce début d'été, où le gouvernement a fait
03:29revenir sa proposition de loi dans le débat public,
03:31mais avec une version qui a été réécrite entre-temps par le gouvernement lui-même, différente de la proposition qui
03:36était proposée initialement,
03:38endurcie même, le député LR.
03:41Endurcie sur quel point, du coup ?
03:44En fait, en premier temps, il s'agissait tout simplement d'établir une présomption de légitime défense pour le tir.
03:50Et maintenant, c'est une présomption de légalité.
03:52Donc, c'est même pas, on présume que le policier serait simplement défendu, c'est...
03:56Non, le tir en lui-même, en fait, est légal.
03:59Du coup, c'est un pas encore plus loin.
04:02Du coup, il y a eu un réel durcissement dans cette évolution-là.
04:07Et d'ailleurs, on le sait, cette proposition, elle a suscité énormément de réactions, de vives inquiétudes notamment.
04:14Que ce soit à l'échelle nationale ou internationale, est-ce que tu peux revenir un peu sur...
04:18et nous parler de ces alertes-là qui se sont mises en place ?
04:20Je pense que je ne vais pas être exhaustif, parce que je n'ai sûrement pas à Tommy.
04:24Mais déjà, dès le 25 juin, quand on a su, en fait, que ça allait revenir dans le débat public,
04:28ce vote,
04:29du coup, il y a six organisations de défense qui ont demandé le rejet du texte.
04:32Donc, Seil, la Ligue des droits de l'homme, Amnesty, Syndicat d'Ovogat de France, la Magistrature, Flacandini.
04:37Il y a aussi la défenseur des droits, l'ex-défenseur des droits, Claire Edon,
04:40qui a émis un avis défavorable, critique, vis-à-vis de ces propositions de loi.
04:46Le 29 juin, la Commission nationale consultative des droits de l'homme a également alerté à son tour quant à
04:50ces propositions.
04:51Le 7 juillet, un rapporteur spécial des Nations Unies, donc même à l'international, a alerté quant à ces propositions
04:56de loi.
04:56Donc, il y a tout un tas d'alertes qui ont été émises avant le vote, en fait.
05:00Et est-ce que ces alertes-là, elles ont été prises en compte, d'une certaine manière ?
05:05Non, pas du tout, parce que ce qui s'est pu se passer, c'est que le gouvernement a eu
05:08recours à un article,
05:09l'article 44 de la Constitution, qui permet d'induire le vote bloqué,
05:12et qui empêche les députés de voter sur les amendements qui ont été proposés.
05:15Donc, ce qui avait pu se passer en fin d'année dernière, avec tout un tas d'amendements qui avaient
05:19pu empêcher le vote du texte,
05:21cette fois-ci, ça a été évincé, on bloque les amendements et on vote uniquement sur la proposition de loi.
05:26Et l'utilisation de cet article 44, elle a aussi suscité des réactions, où il y a des gens qui
05:31parlent de tour de force ?
05:33Oui, des députés sont exprimés à ce propos, Thomas Portes de LFI a dit que c'était un vote de
05:37la honte,
05:39c'était la même chose pour Elza Faucillon, député PCF qui a vivement critiqué le texte.
05:44Donc, il y a eu tout un tas de réactions critiques, et aussi la Ligue des droits de l'homme
05:47à nouveau, Amnesty International,
05:48en tout cas, c'était vivement dénoncé le recours, en fait, à cette procédure.
05:52Et c'est intéressant d'expliquer un peu là où on en est actuellement, parce que ça fait, évidemment, c
05:56'est au cœur des débats actuellement,
05:57ça a été, enfin, pour faire un peu un état des lieux de où on en est concrètement, ça a
06:01été du coup voté à l'Assemblée nationale le 7 juillet, c'est bien ça ?
06:07Maintenant, du coup, elle doit être examinée par le Sénat, mais entre-temps, il y a une pétition qui a
06:13été déposée,
06:15c'est aujourd'hui même que la Commission des lois doit se prononcer sur sa recevabilité.
06:20Est-ce que tu peux nous parler de cette pétition et de ce qui se joue, du coup, là, concrètement
06:25?
06:26En fait, c'est un peu compliqué ce qui joue, parce que les pétitions n'ont pas de caractère, en
06:32fait, pas coercitif, mais enfin, comment dire,
06:37elles n'engagent à rien, si ce n'est, en fait, être examinée.
06:40Et donc là, il y a quand même plus de 700 000 signatures, je crois qu'au moment où on
06:43fait ce stream, on est à 720 000,
06:46donc ce qui est quand même très conséquent.
06:48Et du coup, aujourd'hui, en fait, il va falloir se prononcer si on prend ou non en compte, en
06:52fait, le dépôt de cette pétition,
06:55mais ça n'engage pas, en fait, le gouvernement ou l'Assemblée qui se n'est à l'examiner.
07:01Et c'est, enfin, en plus de ça, on est quand même dans un contexte un peu particulier où on
07:04sait,
07:05il y a eu plusieurs pétitions qui ont été mises en place les derniers mois, il y a eu celles
07:07sur la loi Duplomb,
07:08il y a eu celles sur la loi Yadant, qui ont toutes été enterrées sans scrupules.
07:14Donc, est-ce qu'on peut encore avoir espoir dans l'efficacité de ces pétitions ? Comment ça se passe
07:18?
07:20Là, c'est à faire une question sur l'avenir, donc c'est compliqué.
07:23Et ça se passe, de toute façon, dans la journée, là, à titre personnel, on a pu le voir avec
07:29toutes les autres pétitions
07:30qu'ont pu passer, leur manque d'impact et le peu d'impact qu'on va avoir, malgré parfois des
07:34mobilisations très massives autour de celle-ci.
07:37Donc là, je crains que ça ne change pas grand-chose, mais il me semble quand même une forme de
07:41refus populaire de cette proposition.
07:45Et complètement, et ça reste un des moyens qui nous restent pour exprimer notre refus et notre opposition.
07:53Ça va être ma dernière question, du coup. Au-delà du Parlement, où est-ce que va se jouer la
07:58suite ?
07:59Et surtout, est-ce que l'avenir se joue, finalement, dans une mobilisation citoyenne ?
08:06La suite va se passer à la fois au Sénat et dans la rue.
08:09Parce que pour que la proposition de loi puisse être réritablement mise en le marbre, d'une certaine manière,
08:14il faut que le Sénat aussi se prononce dessus.
08:16Donc ça, on n'a pas encore de date exactement du monstre examiné au Sénat.
08:21Le Sénat est quand même une chambre plutôt à droite, donc on peut s'inquiéter, effectivement, du fait d'un
08:26rejet,
08:27plutôt du fait que ça va sûrement passer au Sénat.
08:30Mais justement, face à ce risque, du coup, les organisations ont appelé à se mobiliser le 19 septembre.
08:35Il y a une journée de mobilisation nationale, donc il y a le comité Adama, le syndicat de la magistrature
08:38et d'autres organisations qui ont appelé à ce jour-là à se mobiliser dans la rue pour protester contre
08:42ces textes.
08:43Très bien. Eh bien, merci Pierre pour ce point d'étape important.
08:47Et merci à toi, Diane.
08:48Sous-titrage Société Radio-Canada

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