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  • il y a 3 ans
Mardi 6 février 2024, SMART BOURSE reçoit Benoit Vesco (Président, Delubac Asset Management) , Adil Amor (Directeur Général, Schelcher Prince Gestion) et Hervé Goulletquer (Senior Economic Advisor, Accuracy)

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Transcription
00:00 *Musique*
00:10 Trois invités avec nous chaque soir pour décrypter les mouvements de la planète marché.
00:13 Benoît Vescoe est à nos côtés, le président de Delubac Asset Management.
00:16 Bonsoir Benoît.
00:17 Bonsoir Grégoire.
00:18 Merci d'être là. Merci à Hervé Goulette-Kerr d'être avec nous également.
00:20 Bonsoir Hervé.
00:21 Bonsoir.
00:22 Ravi de vous retrouver. Vous êtes senior economic advisor d'Accuracy et Adil Amor qui complète ce trio.
00:27 Bonsoir Adil.
00:28 Bonsoir Grégoire.
00:29 Merci beaucoup d'être là. Vous êtes directeur général de Shelter Prince Gestion.
00:32 Mettons la Chine à la une avec effectivement ce rebond significatif quand même des actions chinoises qu'on a vu ce matin
00:39 après des points bas multiannuels pour les grands indices actions en Chine.
00:44 Et cette communication, alors que j'ai repris une petite phrase du communiqué du régulateur chinois,
00:50 alors à lire en chinois dans le texte pour ceux qui en sont capables, je n'ai que la traduction,
00:53 "les vendeurs à découvert perdront leur chemise et iront pourrir en prison".
00:58 On voit bien quand même l'agressivité de la communication des autorités de régulation en Chine
01:02 qui montre quand même un sentiment d'urgence à stabiliser.
01:06 Alors je ne parle même pas de la croissance, je parle des marchés financiers là Adil.
01:10 On est dans ce moment où il y avait une urgence à mettre un plancher sur les marchés financiers chinois.
01:16 La lecture qu'on a eue sur ce communiqué effectivement c'est qu'il y avait une volonté d'agir très très vite pour les marchés financiers.
01:23 Indépendamment de l'économie, de la macro-économie et des risques potentiels sur ce qui se passe en Chine.
01:29 Parce qu'il ne faut pas l'oublier, et on l'évoquait juste avant Grégoire,
01:32 c'est que depuis l'existence de l'indice phare en Chine, on a détruit de la valeur.
01:36 Donc il y a des mesures, ce que j'appelle techniques, c'est très bien.
01:39 Maintenant fondamentalement à la question que je pense que tout le monde se pose, est-ce que la Chine est investissable ?
01:44 Moi je pense quand même qu'il y a des problématiques beaucoup plus profondes en termes de transparence,
01:50 en termes de confiance aussi à réinstaurer.
01:53 On en a vu passer quand même un certain nombre d'événements en Chine, sur l'immobilier,
01:58 les structures aussi actionnariales qui sont logées au caïman et qui peuvent disparaître du jour au lendemain.
02:03 Bref, pour moi il y a encore un petit peu de temps avant de commencer à regarder en détail les actions chinoises du moins.
02:10 C'est-à-dire que pour des investisseurs effectivement de long terme, mettons de côté la hot money,
02:15 pour des investisseurs de long terme le compte n'y est pas.
02:18 Ce n'est pas ce genre de mesure qui va redonner de l'appétit ou de l'intérêt,
02:22 même un intérêt presque tactique pour quelques mois vis-à-vis des actions chinoises.
02:28 Pour moi et pour nous chez Schellcher, il nous faut d'abord un confort sur le plan macro-économique,
02:32 sur le plan politique, macro-économique et un gage de transparence pour analyser des choses.
02:37 On aime bien les aspects fondamentaux, aujourd'hui on attend de voir, d'être rassuré,
02:41 avant de pouvoir on va dire bénéficier de ces mesures techniques.
02:44 Maintenant sur le plan tactique, une semaine, deux semaines, trois semaines, il y a forcément des coups à faire.
02:48 Mais sur le plan long terme, il y a encore un peu d'éléments à attendre.
02:53 - C'est-à-dire concrètement qu'est-ce qu'on peut attendre ? Je ne sais pas qu'ils se remettent à publier des statistiques par exemple ?
02:58 Ils n'en publient quasiment plus par rapport à ce qu'ils ont publié avant.
03:02 - Des statistiques qui soient publiées, aussi la manière d'investir dans les actions chinoises.
03:09 C'est un pays où on ne peut pas investir directement dans le capital d'une entreprise chinoise,
03:14 de façon limpide et transparente.
03:17 C'est quand même gênant de passer à chaque fois par des véhicules à doc,
03:20 et les véhicules c'est bien, mais on sait très bien aussi que ça peut disparaître du jour au lendemain,
03:24 dans un pays comme la Chine.
03:26 - Et aucune réclamation ne sera possible pour un investisseur international.
03:29 - Exactement, c'est comme ça et ce n'est pas autrement.
03:31 - Benoît, encore une fois je le rappelle maintenant, d'autant plus que de moins en moins d'investisseurs occidentaux sont exposés à la Chine,
03:37 mais ça reste quand même un marché qu'on regarde, même vu d'Europe, Benoît ?
03:42 - Oui, on le regarde d'autant plus que ça a été un moteur économique formidable ces 10-15 dernières années.
03:47 Donc évidemment on le regarde.
03:49 Après, c'est vrai que quand on regardait ces derniers communiqués,
03:51 ils sont à la limite même peut-être un peu contre-productifs,
03:54 parce qu'ils montrent bien la volonté du politique d'avoir la main mise sur la vie économique en Chine.
03:59 Et ça remonte à quelques années, un peu avant la crise du Covid, ça s'est fait progressivement.
04:04 Mais évidemment ça ne peut pas plaire aux investisseurs étrangers,
04:07 puisque ça rajoute une espèce d'incertitude trop forte,
04:12 puisqu'on ne peut plus investir au regard de nos perspectives financières,
04:16 mais on devrait en théorie investir en fonction de ce que veut le politique en Chine.
04:20 Ça n'est pas possible pour un investisseur étranger.
04:22 Donc ça, c'est clairement, ça montre bien qu'en fait il n'y a pas de changement de vision politique en Chine,
04:30 et que ça reste donc une difficulté claire pour des investisseurs.
04:34 Et ça n'est pas une réponse aux problèmes structurels, qui sont de long terme et qui perdurent.
04:40 Donc ça, je pense que de ce côté-là, malheureusement, pour l'économie mondiale, ce moteur a existé.
04:45 On ne peut plus vraiment compter dessus.
04:47 Alors ça ne veut pas dire que le PIB de la Chine reste important, et c'est un point important, etc.
04:51 Donc il faut quand même le regarder, mais on voit bien que se dessinent en parallèle
04:55 d'autres possibilités de moteurs qui sont intéressants.
04:59 Donc c'est plutôt une bonne nouvelle, il n'y a peut-être pas que la Chine.
05:02 - Dans l'aspect émergente notamment. - Dans l'aspect émergente.
05:05 On a tous beaucoup regardé l'Inde, et notre président qui est allé en Inde,
05:09 c'est pas un hasard, parce qu'on voit bien que d'autres leaders peuvent émerger.
05:13 Alors tout ça reste à confirmer, et c'est des réalités beaucoup plus complexes
05:19 que ce qu'on connaît dans nos pays.
05:22 Mais en tout cas, ça reste, de ce côté-là, je pense qu'il y a aussi une petite zone d'espoir.
05:26 Il y aura peut-être d'autres moteurs qui se sont déjà un peu allumés,
05:29 qui peuvent se confirmer, et qui permettront à la croissance mondiale
05:33 de retrouver un peu de couleur, parce que pour le moment,
05:37 on est vraiment dans une zone trop faible.
05:39 Ça s'appellerait de la quasi-récession, les niveaux de croissance qu'on a au niveau mondial.
05:44 Oui, la Chine sous 5 ou 4 %, oui, effectivement.
05:48 C'est pas du tout au niveau qu'il faudrait.
05:50 C'est une Chine qui est en récession, sur des standards qu'on pourrait avoir chez nous.
05:54 Hervé, pourquoi est-ce que c'était important, là, maintenant,
05:57 d'agir et d'arrêter l'hémorragie sur le plan, encore une fois, des marchés d'actifs,
06:01 des marchés d'actions, et des marchés financiers chinois, spécifiquement ?
06:05 Je suis assez d'accord avec Benoît.
06:08 On est à un moment très politique en Chine.
06:11 On voit bien que les Chinois essaient de réduire la tension avec les États-Unis.
06:18 Et dans le sillage, il faut réduire la tension avec les investisseurs étrangers.
06:24 On sait qu'en termes d'investissement direct, ils sont sortis.
06:28 En termes d'investissement de portefeuille, il y a une énorme prudence.
06:31 Et, en fait, le symbole de ce qui resterait d'économie de marché en Chine,
06:37 c'est quand même les marchés de capitaux.
06:39 Et donc, en fait, il faut bien qu'on ait des marchés de capitaux
06:43 qui envoient des messages qui ne soient pas pessimistes, qui ne soient pas sinistres.
06:48 Parce qu'il faut que tout ça soit aligné.
06:50 Donc, il y a un message politique qui est de dire,
06:54 pour le moment, nous, Chinois, on a intérêt à s'entendre avec l'Occident
06:59 parce que technologiquement, en termes d'expérience, on a besoin du reste du monde.
07:07 Et d'ailleurs, c'est pour ça que j'essaie de s'entendre un peu moins mal avec les Américains.
07:13 Ils font un peu la danse du ventre aux Européens.
07:16 Tout ça, c'est la même histoire.
07:18 Mais on est dans le politique du côté de l'économique.
07:21 En fait, il y a une espèce de contraste.
07:24 Quand on voit la stratégie de moyen terme de la Chine,
07:29 elle est très cohérente et elle pourrait d'ailleurs être un exemple pour le reste du monde.
07:33 Les Chinois nous disent avoir un modèle tiré par l'investissement en infrastructures,
07:40 par les exportations, par la construction, tout ça c'est fini.
07:47 On veut mettre en place un nouveau modèle où il y aura une demande intérieure plus équilibrée,
07:52 comprendre investissement en équipement, consommation,
07:56 où il y aura du secteur manufacturier parce que c'est la clé de la compétitivité
08:01 et évidemment de la transition énergétique parce que c'est une nécessité.
08:05 Donc le modèle de moyen terme, ils l'ont.
08:08 Le problème c'est qu'à court terme, ils sont complètement coincés.
08:12 Il n'y a pas de confiance, ni des entreprises privées, ni des ménages.
08:16 La construction, il y a 10 ans, ça croissait à 10% l'an.
08:22 Aujourd'hui, ça recule de 10% l'an.
08:25 La construction stricto sensu, c'est 7 points de PIB.
08:29 Mais si vous prenez tout ce que ça entraîne autour, ça peut monter très haut.
08:33 Lorsque ça croissait très vite, ça pouvait faire 25 points de contribution au PIB.
08:38 Donc c'était très important.
08:40 Et ils ont ça, ils ont plein d'aides partout, à tous les étages.
08:44 Et donc en fait, à court terme, la gestion de l'économie, c'est très compliqué.
08:50 Et en fait, là où ils auraient un peu de degré de liberté, c'est sur la confiance.
08:54 Mais ça impliquerait de donner plus d'autonomie aux entreprises privées, aux ménages.
09:02 Et en fait, c'est tellement peu dans l'esprit du parti État aujourd'hui, que le court terme est compliqué.
09:10 Donc en fait, ils essaient d'avoir un habillage plus politique de leur court terme.
09:15 Donc on dit, regardez, on fait des bonnes choses, on prend de bonnes initiatives.
09:19 - Il y a besoin de rester attractif quand même, dans une certaine mesure.
09:21 - En espérant que ça crée un petit peu de confiance.
09:23 Mais je pense qu'à court terme, la marge de manœuvre est limitée, sauf à changer de politique complètement.
09:29 Et comme il faut bien aligner le court terme et le moyen terme, ils ont une vraie difficulté.
09:33 - Est-ce que les difficultés de la Chine remettent en cause l'investissement émergent dans son ensemble ?
09:42 Pour une année comme 2024 par exemple, Adil, où est-ce qu'on réfléchit quand même à des stratégies tournées vers les émergents ?
09:50 En mettant l'éléphant chinois peut-être de côté désormais.
09:53 - Alors moi personnellement, la Chine, je la mets en dehors des marchés émergents.
09:57 - D'accord. - Ça c'est un mastodonte à part, c'est un gros bloc.
10:00 - D'accord. - Voilà, c'est problématique, c'est sujet.
10:02 - Qui mérite un statut et une stratégie à part, si je puis dire.
10:05 - Voilà, pour toutes les raisons qu'on vient d'évoquer, et je suis totalement en phase avec mes collègues ici.
10:09 Maintenant, dans le monde émergent, on a parlé de l'Inde.
10:11 A l'Inde, tout est au plus haut.
10:13 Le PIB, les marchés, les taux sont plus bas, enfin les obligations, le marché du crédit,
10:17 la transition énergétique qui explose en Inde.
10:20 Il y a des boîtes, avec des ambitions qui sont juste stratosphériques.
10:25 L'Amérique du Sud aussi, il y a un certain nombre de choses qui se passent.
10:28 Les marchés obligataires en plus dans ces pays-là,
10:31 il s'avère que le monde émergent a réagi très très vite face à une vague potentielle inflationniste
10:36 pour éviter les erreurs du passé.
10:38 Donc on est dans un mode où finalement les taux seront amenés à baisser,
10:43 des économies qui tiennent, mais si ça explose,
10:46 ces marchés-là, le Brésil, le Mexique, l'Inde, encore une fois l'Inde, l'Inde, l'Inde,
10:49 on ne peut pas oublier l'Afrique, il se passe des choses aussi là-bas.
10:51 Ça fait huit ans que ça monte en Inde, ce n'est pas nouveau.
10:54 C'est la nouvelle Chine, c'est un terme qui apparaît très souvent dans les médias et dans les journaux.
11:00 Donc le monde émergent, pour moi, clairement, c'est un sujet à regarder,
11:03 encore une fois sur le plan économique, financier,
11:06 mais aussi face aux enjeux énergétiques mondiaux
11:09 et des pays où il s'avère qu'il y a du solaire, il y a du vent,
11:12 il y a plein de choses à faire quand même, et il manque des infrastructures.
11:15 - Oui, bien sûr, il y a des choses à faire, effectivement,
11:18 avec plein de classes d'actifs qui permettent, justement, j'imagine,
11:21 de s'exposer au thème émergent.
11:24 D'accord avec ça, Benoît, encore une fois, on n'est pas sur le cœur d'une allocation, j'imagine,
11:28 c'est plutôt toujours de la diversification, mais ça reste utile, ça reste intéressant.
11:33 Est-ce que ça l'est particulièrement d'ailleurs en ce moment ou pas ?
11:35 - Non, c'est clair qu'il faut toujours être diversifié,
11:38 donc ça reste une part des portefeuilles.
11:40 D'autant plus conjoncturellement, on a passé la phase difficile
11:43 de hausse des taux de directeur, notamment américain, dont ils sont fortement dépendants.
11:46 On va quand même enfin, on en parle tous, enfin à un moment donné,
11:49 rentrer dans ce fameux cycle de baisse, ce qui sera une phase favorable.
11:54 Ils ont plutôt bien géré globalement cette phase de hausse des taux de directeur
11:58 qui, généralement, cause des dégâts plus forts sur les pays émergents,
12:01 ce qui n'a pas été le cas.
12:02 - On n'a pas revu les fragilités ou les vulnérabilités du cycle précédent.
12:06 - Tout à fait, et là on va rentrer dans une phase qui sera plus naturellement porteuse.
12:09 Donc voilà, de ce côté-là, avoir une poche en diversification, c'est totalement naturel, évidemment.
12:14 - Sur une cinquantaine de grandes banques centrales, je voyais qu'on a deux mois consécutifs
12:19 où les baisses de taux l'emportent sur les hausses de taux.
12:21 Alors, ce n'est pas encore pour la Fed et la BCE.
12:23 Et donc, c'est essentiellement des banques centrales émergentes qui anticipent
12:27 et qui prennent une forme de leadership par rapport à ça,
12:30 en attendant de voir ce que fera la Fed et la Banque Centrale Européenne.
12:35 - Justement, parlons de la Fed, Hervé, et cette question sur l'économie américaine,
12:40 où en est-on de l'atterrissage ?
12:42 À quelle distance de la piste on est, là ?
12:45 C'est-à-dire, on est encore 3 km au-dessus de la piste ?
12:48 On est à quelques mètres de poser les roues au sol ?
12:51 Ou est-ce qu'on est, je ne sais pas, en train de réaccélérer pour refaire un tour
12:56 avant de se préparer à une manœuvre d'atterrissage ?
12:59 - Alors, si vous prenez le produit intérieur brut, la statistique de base,
13:04 dites au second semestre, on a été sur un rythme annuel de 4%,
13:09 donc on est assez haut.
13:11 Si vous prenez les enquêtes auprès des directeurs d'achat, les PMI,
13:15 on est à peu près à zéro.
13:17 Donc, en fait, le problème, c'est que vous n'avez pas de cohérence
13:21 du tempo de l'économie américaine au travers des chiffres,
13:27 et donc, vous pouvez croire à ceci ou croire à cela.
13:30 - Oui, j'aurais envie de dire, si on parle de la Fed,
13:33 au-delà de cette difficulté à percevoir la croissance économique,
13:37 l'emploi, le marché de l'emploi reste tendu, il se détend un peu.
13:43 Donc, en fait, le message envoyé par le marché de l'emploi,
13:47 c'est que ça va plutôt bien.
13:50 Alors, est-ce pour des raisons conjoncturelles,
13:52 est-ce pour des raisons plus structurelles, le vieillissement démographique ?
13:56 Là, il y a encore une complexité.
13:58 Et puis, ce que vous dit ce débat entre PIB et PMI,
14:01 en fait, si, avec ce que vous comprenez de l'emploi,
14:05 vous croyez au PIB, ça veut dire que vous avez un rebond de la productivité,
14:09 et dans ce cas-là, c'est un très bon rempart contre l'inflation,
14:13 soit vous croyez au PMI, et la productivité est mal calculée,
14:18 et dans ce cas-là, l'inflation reste un danger.
14:21 La réalité de l'économie américaine, au travers de ces chiffres,
14:26 de ces contrastes, c'est celle-là.
14:28 Alors après, vous êtes banquier central, et vous vous dites
14:31 "ouille ouille ouille, je suis intellectuellement honnête,
14:34 donc il faut que je prenne tout ça,
14:36 et je ne suis pas sûr, aujourd'hui, de poser le diagnostic correct,
14:40 c'est-à-dire l'inflation est bien en train de reculer,
14:44 va continuer de reculer, et dans ce contexte-là,
14:47 je peux vivre avec un marché de l'emploi un peu tendu."
14:50 Vous ne savez pas répondre à cette question,
14:52 donc vous avez un discours disant "les choses ne sont pas encore très claires,
14:56 et on a besoin de temps", et c'est là où les marchés auraient dû
15:01 faire la même analyse que la Banque Centrale,
15:04 dire "c'est pas trop clair, et donc je ne prends pas de pari",
15:07 ils ont pris un pari, ça commence en mars,
15:09 il y aura six baisses de taux cette année,
15:12 pourquoi pas plus d'ailleurs, on s'en bat,
15:14 et puis aujourd'hui, on voit bien qu'on aura au mieux,
15:18 c'est ce que nous dit M. Powell, il suffit de lire ses propos,
15:21 ça commencera en début d'année, et lui, alors un peu provocateur,
15:25 nous dit "ben non, il n'y en aura que trois cette année,
15:27 les projections sont plutôt bonnes".
15:30 Bon, il y a de la confusion, on n'a pas posé le diagnostic correctement,
15:34 donc il y a une capacité à être surpris,
15:37 donc si on est joueur, on peut se dire "la surprise ira dans ce sens ou ira dans l'autre".
15:42 La réalité à aujourd'hui, c'est que les marchés sont en train de corriger leurs anticipations,
15:48 sur mars, je crois que la probabilité d'un geste doit aujourd'hui est fondérée à 30%,
15:53 voire moins, alors que c'était à 30% il y a quelques temps.
15:58 Donc en fait, voilà, il y a une volatilité.
16:01 - Mars s'efface, je suis d'accord avec vous,
16:03 mais le marché reste persuadé que la Fed en fera beaucoup plus que ce qu'elle dit aujourd'hui.
16:08 - Mais en fait, c'est possible, mais l'inverse, c'est aussi possible,
16:13 et donc c'est pour ça que ça tient du pari,
16:15 et donc en termes de positionnement de marché,
16:19 il faut être terriblement joueur et agile,
16:23 parce que faire une anticipation à 6 mois sur tout ça, c'est juste gonfler.
16:30 - C'est perturbant comme situation,
16:34 l'incapacité à anticiper cette conjoncture américaine,
16:40 cet atterrissage sans fin, ça perturbe les marchés,
16:44 c'est une bonne nouvelle ?
16:46 - En fait, c'est perturbant, oui, mais on l'a déjà vu dans des cycles précédents,
16:51 cette capacité de l'économie américaine à être résiliente,
16:54 et à rebondir très vite aussi.
16:56 Donc ça, c'est une des caractéristiques de l'économie américaine,
16:58 ça, c'est pas nouveau,
17:00 après, c'est vrai qu'on a eu cette résilience depuis la crise Covid,
17:03 qui est assez exceptionnelle,
17:05 d'un marché qui tient, et d'entreprises qui tiennent extrêmement bien leurs résultats,
17:09 qui nous a tous surpris, ça c'est clair.
17:11 - Je vous donne juste un chiffre,
17:13 l'économie américaine a rattrapé les pertes d'emplois Covid en 28 mois.
17:19 En à peine deux ans,
17:21 et quatre ans après,
17:23 elle a créé 5 millions d'emplois par rapport au niveau pré-Covid.
17:28 - Et en 2022, on subit une hausse des taux directeurs d'une rapidité historique,
17:33 et on dirait que ça n'a rien fait sur l'économie,
17:36 c'est assez exceptionnel cette résilience.
17:38 Je pense qu'il faut aussi trouver cette source de résilience,
17:41 en partie dans la crise Covid,
17:43 cette fermeture de ce réservoir de non-production
17:46 qui s'est déversé au fil des années, jusqu'à maintenant,
17:50 et qui nous a permis aussi de lisser un peu.
17:53 Maintenant, c'est vrai que...
17:55 Alors, le marché action, qu'est-ce qu'il se dit ?
17:57 Il se dit "mais de toute façon, le taux de chômage reste bas,
18:00 donc la consommation va perdurer,
18:03 donc pourquoi s'inquiéter, tout simplement ? "
18:06 C'est vrai que quand on regarde les derniers chiffres,
18:08 il n'y a pas d'inquiétude majeure à avoir.
18:10 Après, je crois qu'il faut là encore,
18:12 comme Hervé, il faut écouter Jérôme Powell,
18:14 il est assez clair dans ses discours,
18:16 il parle de trois baisses de taux directeur,
18:18 il n'en parle pas de six.
18:19 - Il dit a priori que c'est une projection
18:21 qui ne devrait pas changer au prochain meeting de mars,
18:23 avec la mise à jour des projections des membres de la FED.
18:25 - Là-dessus, il est assez clair,
18:26 et au tout début des cycles de hausse de taux directeur,
18:28 il avait dit "mais en gros, mon indicateur,
18:31 enfin, un de mes indicateurs importants,
18:33 maintenant, ça va être le taux de chômage.
18:35 Le taux de chômage, on est passé à 3,7,
18:36 plus bas, on devait être 3,4, 3,5,
18:38 mais au début de 2023, on est passé à 3,7.
18:40 Ce n'est pas un signe pour lui
18:42 de déclencher un cycle de hausse de taux directeur.
18:44 Ça, c'est plutôt un signe que l'économie va bien,
18:46 et que le moindre allumette qu'on craque,
18:51 ça repart.
18:52 Et puis, il a toujours ce syndrome,
18:54 la Banque Centrale Américaine,
18:56 cette mémoire du cycle volcaire,
18:58 où il faut attention,
18:59 si on s'emballe un peu trop vite,
19:01 et qu'on rebaisse trop vite,
19:03 l'inflation peut repartir.
19:04 Donc, je pense que de toute façon,
19:05 il l'a dit clairement,
19:06 c'est-à-dire que ces trois baisses de taux directeur,
19:08 la troisième étant peut-être,
19:09 l'année suivante, décalée à l'année suivante,
19:11 ce n'est pas impossible.
19:12 - En tournant de 2024-2025 ?
19:14 - On aura quasiment respecté sa parole,
19:16 mais c'est plutôt ça qui nous attend.
19:18 Et donc là, on va au-devant, probablement,
19:20 après une petite phase d'euphorie,
19:21 qui poursuit, en fait,
19:23 la phase d'euphorie de fin d'année,
19:25 qu'on voit souvent,
19:26 et qui n'est pas désagréable en tant qu'investisseur,
19:28 il faut le reconnaître,
19:29 mais comme elle nous plaît tous,
19:31 je pense qu'elle s'auto-nourrit.
19:34 On va probablement au-devant du deuxième, troisième trimestre
19:36 de déceptions sur les marchés,
19:38 et un espèce de retour à la réalité.
19:40 - D'accord.
19:41 Si c'est le schéma que vous décrivez qui tient,
19:43 effectivement, il y aura quand même un moment de retour
19:46 à une réalité...
19:48 - À une réalité économique moins sympathique,
19:50 parce que des banques centrales,
19:51 qui ont quand même besoin, à un moment donné,
19:53 de voir des signaux de ralentissement un peu plus clairs,
19:55 qu'ils n'ont pas encore.
19:57 - C'est intéressant, parce que le marché...
19:59 Le schéma de marché peut changer
20:01 au fur et à mesure de cette croissance américaine.
20:03 Je me souviens très bien,
20:04 à la sortie du troisième trimestre,
20:05 sortie de l'été 2023,
20:08 la puissance de l'économie américaine
20:11 faisait remonter les taux d'intérêt,
20:13 les taux réels,
20:14 et faisait baisser les actions.
20:16 Et là, c'est sur quelques séances,
20:18 mais encore une fois, je trouve spectaculaire.
20:20 Après, le rapport sur l'emploi qu'on a vu vendredi dernier,
20:22 chiffre explosif,
20:24 les économistes se grattent encore la tête
20:26 pour comprendre ce qui s'est passé.
20:28 Le S&P 500 a été un peu volatile sur la publication,
20:32 et puis au final, le marché actions a décidé
20:34 que c'était une très bonne nouvelle,
20:35 comme le disait Benoît.
20:36 Et on termine au plus historique sur cette séance.
20:39 - En fait, il y a deux choses.
20:42 C'est-à-dire que, moi, ce qui me perturbe,
20:44 ce qui nous perturbe dans les différentes publications économiques,
20:48 notamment les NFP, donc les créations d'emplois,
20:50 c'est les révisions,
20:51 et c'est le fait que personne ne soit capable de les prédire.
20:54 Ça, c'est un fait, c'est comme ça.
20:56 Il faut intégrer ça, aujourd'hui, dans le pricing.
20:58 Alors, avant de parler du marché actions,
21:00 c'est un point qui est assez fondamental,
21:02 c'est les taux longs.
21:03 Parce que bon, les taux courts-terme, très bien,
21:04 drivés par la Fed, par la BCE, d'une part,
21:06 mais les taux longs, aujourd'hui, où est-ce qu'ils sont ?
21:08 On a dépassé les 4%, vous disait Grégoire.
21:10 Pour moi, il y a quand même quelque chose de nouveau
21:12 à intégrer dans le pricing de ces taux longs.
21:14 On est dans un monde où on pense
21:16 qu'on aura de la volatilité de l'inflation.
21:18 Quand on dit volatilité de l'inflation,
21:20 qui permet de pricer les taux longs,
21:21 c'est une prime de risque.
21:23 On parle évidemment des déficits à financer.
21:25 Je crois que c'est 2 000 milliards en 2024, c'est ça ?
21:27 Ce que devra faire Madame Hélène.
21:29 - Ce qui reste à EMA. - A priori.
21:30 Ou un petit peu moins, un petit peu plus, mais grosso modo,
21:32 il y a quand même des choses très très très long terme
21:34 à financer.
21:36 Il y a les élections américaines qui arrivent.
21:38 Donc, la prime de terme,
21:40 quand on veut la calculer correctement,
21:42 aujourd'hui, elle est négative,
21:44 alors qu'en théorie, elle devrait être très positive,
21:45 de par ces nouveaux facteurs.
21:47 Les taux longs, si on anticipe qu'ils doivent monter,
21:50 mécaniquement, en théorie, on doit avoir quand même
21:52 des actions qui doivent baisser.
21:53 Sauf que, on a eu de la micro qui est revenue,
21:56 et des publications qui sont juste stratosphériques.
21:59 Quand on voit, je pense qu'on en parlera tout à l'heure,
22:02 aux Etats-Unis, même en Europe...
22:04 - Non, parlons-en maintenant !
22:06 - Quand on voit Meta, par exemple,
22:08 Meta, maintenant un dividende va être versé.
22:10 Voilà, ça c'est la grande nouveauté,
22:12 et Meta qui rentre dans un nouveau monde.
22:14 Meta aujourd'hui, c'est de la résilience
22:16 en termes de génération de chiffres d'affaires,
22:18 c'est de la publicité, il y a un nombre de connexions
22:20 hallucinants par jour,
22:22 et quand on rentre dans une boîte,
22:24 un peu Goldilocks, qui va générer du chiffre,
22:26 qui va générer du free cash flow
22:28 de façon systématique.
22:29 Ça, c'est un nouveau monde.
22:30 - C'est intéressant l'exemple Meta et autres,
22:33 parce que, il y a des boîtes comme Apple
22:36 qui ont déjà une histoire suffisamment longue
22:38 pour avoir démontré leur capacité
22:40 à se réinventer plusieurs fois.
22:41 Une boîte comme Meta, ou je n'en sais rien,
22:43 ou Snap, ou d'autres,
22:45 c'est le premier test de restructuration
22:47 de leur histoire.
22:48 - C'est exactement ça, il y avait l'échec du Metaverse,
22:50 ça s'est fait, voilà,
22:52 beaucoup de capex qui ont été mis sur la table.
22:54 Maintenant, on sait donc que Mark Zuckerberg
22:57 se re-centrer sur son business,
22:59 a démontré qu'il était capable de générer du chiffre,
23:01 du chiffre résilient.
23:03 C'est ce qu'on aime beaucoup.
23:04 Meta aujourd'hui, ce n'est plus la boîte de tech
23:06 où on va anticiper des revenus
23:08 qu'on ne constate pas, on les voit,
23:10 il y a même un dividende,
23:11 donc c'est un autre monde pour Meta.
23:12 Amazon, c'est la même chose,
23:14 Microsoft aussi,
23:15 Google, bon, il y a eu une petite déception
23:17 sur la partie publicitaire,
23:18 mais c'est la même logique.
23:19 Donc, on a la micro,
23:21 et les techs américaines,
23:22 les gars-femmes,
23:23 les sets magnifiques qui drivent tout ça,
23:25 forcément le S&P qui se concentre
23:27 de façon assez majestueuse,
23:29 et bien ça monte.
23:31 - Majestueuse ou, j'en sais rien,
23:33 - Dangereuse.
23:34 - Oui, c'est ça !
23:35 Ça arrive avec dangereux, également, Adil.
23:38 J'adore, plaidoyer pour la big tech américaine
23:41 est de ce point de vue-là, effectivement,
23:42 très différent de la bulle dot-com, etc.
23:46 Néanmoins, vous mettez le doigt dessus,
23:48 ce facteur de concentration,
23:50 parce que maintenant,
23:51 ce n'est même plus les Magnificent Seven,
23:52 il faut peut-être mettre Tesla de côté,
23:54 pour un temps en plus.
23:55 - Je n'en ai pas parlé, mais effectivement.
23:56 - Je veux dire, c'est encore plus concentré
23:58 que ça ne l'était la semaine précédente,
24:00 le mois précédent et le trimestre précédent.
24:01 - Pour moi, c'est le gros risque
24:02 qu'on a dans ces marchés.
24:03 - D'accord.
24:04 - Encore une fois,
24:05 aujourd'hui, on est dans un marché où...
24:06 - Donc, il faut être capable d'en avoir,
24:07 mais pas trop longtemps.
24:08 - Il faut en avoir, mais pas trop,
24:09 ou pas trop longtemps,
24:10 et pouvoir être schizophrène,
24:12 pour reprendre nos propos tout à l'heure,
24:14 et pas être paranoïaque,
24:15 ou je ne sais pas,
24:16 on peut trouver plein de termes pour le décrire,
24:17 mais c'est nos marchés aujourd'hui.
24:19 LVMH aussi en Europe,
24:20 c'est un exemple édifiant.
24:22 À 650, 660 euros,
24:24 la publication dépasse les 750.
24:26 Finalement, le relais américain
24:28 par rapport à la Chine,
24:29 en termes de résultats,
24:30 c'est notre quotidien d'investisseurs.
24:33 - Bon.
24:35 - Sur la concentration de marché,
24:37 toujours le même sujet,
24:38 ça n'a pas changé.
24:39 J'ai repris les dernières données.
24:41 Qu'est-ce qu'on m'a dit hier ?
24:42 Le top 10 des grandes valeurs américaines
24:45 représente près de 30% du poids du S&P 500.
24:48 Si on va jusqu'au top 30,
24:50 on arrive à la moitié du poids du S&P 500.
24:52 30 valeurs pèsent la moitié du S&P 500.
24:55 - Adil l'a dit,
24:56 c'est aussi un facteur de fragilité.
24:59 C'est-à-dire que ça montre aussi
25:01 que les investisseurs sont un peu à court d'idée.
25:03 Alors ça ne remet pas en cause
25:05 les brillants business models
25:07 de toutes ces entreprises,
25:08 qui sont des réussites incroyables,
25:10 mais ça montre quand même
25:12 qu'il y a peu de profondeur,
25:13 qu'il y a peu d'idées,
25:14 qu'il y a tout un pan de la cote
25:16 qui est complètement mis de côté.
25:18 Et donc ça montre aussi
25:19 qu'on est probablement en fin de phase de hausse
25:21 et qu'il va falloir à un moment donné rebattre les cartes.
25:24 Pour moi la logique c'est rebattre les cartes
25:25 par un retour à la réalité économique,
25:27 une économie qui se remet en pause momentanément,
25:30 ça ne sera pas des ralentissements forts,
25:33 et qui peut permettre ensuite
25:35 de repartir sur un nouveau cycle de taux,
25:37 de baisse de taux,
25:38 et un nouveau cycle économique.
25:40 Et là on aura plus de profondeur,
25:42 plus de diversité,
25:43 parce que d'autres entreprises pourront s'exprimer.
25:45 Mais là ça donne plutôt le sentiment de...
25:47 Il y a des étapes,
25:48 il y a une séquence vous dites effectivement
25:49 qu'il faut avoir en tête,
25:50 et on ne peut pas passer
25:53 en sautant les étapes,
25:55 comme certains peut-être l'imaginent ou l'espèrent.
25:58 Il faut se redonner un peu de perspectives,
26:00 pour le moment on ne les a pas encore,
26:02 et ces perspectives n'arriveront que par ce cycle
26:04 de baisse des taux directeurs.
26:06 Et là, on l'a dit tout à l'heure,
26:08 les ingrédients pour les banques centrales
26:10 ne sont pas encore exactement là.
26:11 Il manque encore probablement deux trimestres.
26:13 - Hervé, alors sur la concentration du marché,
26:16 puis je veux bien qu'on redise un mot de la productivité,
26:18 vous l'avez évoqué tout à l'heure.
26:20 Un trimestre de productivité,
26:22 ça ne nous dit pas grand-chose,
26:23 deux trimestres, peut-être qu'on commence à regarder.
26:26 Ça fait trois trimestres au moins aux Etats-Unis
26:28 qu'on voit une accélération de la productivité.
26:31 Alors l'histoire nous dira si elle est réelle ou pas,
26:34 mais à ce stade on regarde quand même.
26:36 - Je pense que d'ailleurs c'est plus la productivité
26:39 et les coûts salariaux unitaires sortis le jeudi
26:42 que les chiffres de l'emploi du vendredi
26:45 qui ont produit en fait cette inversion
26:48 de la corrélation entre le prix des actions
26:51 et le prix des obligations.
26:53 Donc il y a les obligations, le prix baisse,
26:56 et les actions, le prix monte.
26:58 On retrouvait finalement ce qu'on connaissait
27:00 depuis les 20 ou 30 années passées.
27:03 Et je pense que la lecture du marché,
27:05 ça a été de dire "Waouh, la productivité elle est là".
27:08 Alors le problème c'est qu'elle est...
27:10 - Là c'est le vrai Goldilocks.
27:12 - Mais alors on ne sait pas s'il faut retenir
27:14 qu'elle est sur un rythme de 3% l'an,
27:16 de 2% l'an, de 1,5%.
27:18 Prenez le chiffre le plus faible, 1,5%,
27:21 avec des salaires entre 3,5% et 4%,
27:24 vous faites un calcul compliqué,
27:26 3,5% ou 4% moins 1,5%,
27:28 et vous vous dites finalement "Le socle de mon inflation,
27:31 il est entre 2 et 2,5%, c'est bon".
27:34 Et dans ce cas-là, vous vous dites "On est revenu
27:36 à la case départ, les bonnes vieilles décennies passées,
27:40 et bien on a une corrélation inverse, très bien,
27:43 donc j'ai ma protection, actions, obligations,
27:47 tout va bien".
27:49 Donc en fait, ce pari-là, il a été fait
27:52 ces jours derniers,
27:54 est-ce qu'il est bon, est-ce qu'il n'est pas bon ?
27:57 Une fois encore, c'est un pari.
27:59 Mais sur les actions, on a un peu la même histoire,
28:03 ce qui est quand même frappant,
28:05 lorsqu'on voit sur très très longue période
28:07 l'évolution des profits,
28:09 laissons de côté les multiples,
28:11 l'évolution des profits, si vous prenez jusqu'aux années
28:15 70, début des années 80,
28:18 vous aviez une croissance des profits par action
28:21 du S&P 500 inférieure à la croissance
28:24 du PBI en valeur.
28:26 C'est des années marquées par le keynésianisme,
28:29 il faut faire de la redistribution,
28:31 je fais les poches de qui je peux.
28:33 Et après, on entre dans les années marquées
28:36 par le néolibéralisme,
28:38 et vous avez presque le double
28:42 de croissance des profits par action
28:44 par rapport à la croissance du PBI,
28:47 mais en fait, lorsqu'on regarde ce qui fabrique cela,
28:51 c'est pas l'efficacité économique,
28:53 ça a été la baisse des taux d'impôt,
28:56 et ça a été la baisse de la charge de la dette.
28:59 Donc en fait, votre ingrédient il est là,
29:02 et si vous voulez avoir toujours des performances
29:05 très fortes des profits,
29:07 ce qui est vendu par les analystes financiers,
29:10 ce qui est salué par les bourses,
29:12 vous pouvez vous dire que le moteur des taux d'intérêt
29:15 ça va être plus compliqué,
29:17 que le moteur de la baisse des impôts
29:19 ça va être plus compliqué,
29:21 je le promets, mais vous rappeliez
29:23 les niveaux de déficit et de dette,
29:25 ça va être compliqué.
29:26 Donc en fait, le pari que l'on fait,
29:28 c'est bien que grâce à la technologie,
29:31 l'intelligence artificielle,
29:32 on va avoir une productivité demain plus forte
29:35 qu'on avait hier,
29:37 et que donc il y aura un relais,
29:38 l'efficacité économique va remplacer
29:41 la baisse de la pression fiscale
29:43 et la baisse des taux d'intérêt.
29:44 Donc en fait, la productivité est complètement
29:47 aux clés du court terme, du moyen terme,
29:50 alors après, est-ce que l'intelligence artificielle
29:53 fabrique de la productivité durable ?
29:55 C'est la question à laquelle il faut répondre.
29:57 - Oui, et puis ce qu'on décrit là, pour l'instant,
29:58 c'est quelque chose qu'on observe uniquement
30:00 sur quelques trimestres,
30:01 et aux Etats-Unis uniquement.
30:02 Ce qu'on constate en Europe,
30:03 c'est exactement l'inverse.
30:05 C'est une productivité qui est en baisse,
30:07 en tout cas quand on est capable de la mesurer,
30:09 par rapport au niveau pré-Covid.
30:10 - Et donc, des coûts salariaux uniques,
30:12 - Et voilà, c'est ça, une image à fond renversée.
30:14 - Et donc aujourd'hui, en Europe,
30:17 la perspective d'avoir une désinflation durable,
30:20 on ne la voit pas.
30:21 D'ailleurs, les gens de la BCE le disent,
30:23 ça paraît assez peu audible aux yeux des marchés de capitaux,
30:27 mais la réalité, c'est qu'aux Etats-Unis,
30:29 il y a une histoire,
30:30 alors on a envie d'y croire ou pas,
30:32 mais il y a une histoire, ou un début d'histoire.
30:35 En Europe, on n'a toujours pas le début de cette histoire.
30:38 - Hervé, vous disiez tout à l'heure,
30:39 dans la stratégie 2024,
30:42 c'est les baisses de taux qui offriront
30:45 de nouvelles perspectives aux investisseurs.
30:47 C'est quoi le cycle après les premières baisses de taux ?
30:51 C'est-à-dire, c'est une stratégie fondée,
30:53 comme on pouvait l'entendre,
30:55 sur la perspective de baisses de taux,
30:57 et donc on ne juge pas des valeurs de croissance,
31:00 des valeurs qui vont profiter d'une revalorisation
31:03 avec les baisses de taux,
31:04 ou est-ce qu'il y a quelque chose d'autre
31:05 qui vient amener du carburant ?
31:08 - Oui, le cycle de baisses de taux directeurs,
31:11 c'est un premier élément.
31:13 - C'est un amorçage.
31:14 - C'est pas le seul, évidemment.
31:15 Ça relance un nouveau cycle de croissance à notre sens.
31:18 Alors, ça va élargir justement les idées d'investissement,
31:21 puisqu'on va revenir sur des cycliques.
31:24 Ça y est, on a à nouveau des perspectives
31:25 de redémarrage d'un nouveau cycle de croissance.
31:27 On va pouvoir peut-être enfin aussi revenir
31:29 sur ce segment totalement oublié
31:31 des small limit cap qui a extrêmement souffert.
31:34 On retrouvera probablement des belles histoires,
31:37 on pourra les écouter,
31:38 parce que les niveaux de financement
31:40 ne sont plus les mêmes.
31:41 Et puis surtout, plus fondamentalement,
31:42 à notre sens, on amorce un nouveau cycle
31:45 qui va être basé sur l'investissement des entreprises,
31:48 qui est un nouveau cycle à gérer à moyen terme,
31:51 c'est une dizaine d'années, généralement un minima,
31:53 dans un monde qui est complètement différent
31:55 du monde qu'on a vécu ces 10-15 dernières années,
31:58 qui est un monde plus inflationniste,
32:00 probablement plus instable géopolitiquement,
32:02 mais qui doit faire face à beaucoup d'enjeux
32:05 et de défis à relever,
32:06 notamment les défis environnementaux, par exemple.
32:08 C'est-à-dire que toutes ces entreprises
32:10 doivent se réinventer pour faire face à ces sujets-là.
32:12 On peut avoir l'impression que certaines
32:13 sont plus protégées que d'autres,
32:14 mais pas tant que ça au final.
32:15 Et donc, il y a des investissements importants à faire,
32:19 et ça va être le nouveau moteur de ce cycle de croissance.
32:21 Donc là, c'est très intéressant,
32:23 parce qu'on a un cycle de croissance
32:24 qui est plus vertueux, plus solide.
32:27 Et c'est ça qu'il va falloir construire maintenant
32:30 comme nouvelle histoire,
32:31 et pour les années à venir.
32:32 - Oui, je comprends, mais en tout cas,
32:33 une logique de marché qui sera très différente
32:36 plus tard, après les premières baisses de taux,
32:38 par rapport à ce qu'on constate,
32:40 et ce qu'il faut avoir aujourd'hui en portefeuille.
32:42 - Clairement, un monde plus inflationniste, notamment.
32:45 Ça change la donne par rapport à ce qu'on a vécu.
32:47 - Ça rejoint ce que vous disiez,
32:48 on va vivre dans un monde où l'inflation
32:50 sera plus volatile,
32:52 avec un tilt peut-être un peu plus à la hausse
32:54 que ce qu'on a eu au cours des 10-15 dernières années.
32:57 C'est ça, Adil ?
32:58 - Ça, c'est une conviction assez profonde.
33:00 Après, on peut passer des heures là-dessus,
33:02 mais c'est pas le sujet.
33:03 On a changé de monde aujourd'hui.
33:05 Les coûts salariaux, le coût unitaire du travail,
33:08 aujourd'hui, il est dans une trajectoire qui est haussière.
33:11 Ça peut baisser, ça peut monter,
33:12 mais globalement, avec la démographie,
33:14 le vieillissement de la population,
33:15 pour moi, c'est très inflationniste.
33:17 Ça, on le voit sur le long terme.
33:18 C'est pas en horizon un mois,
33:19 c'est du très très long terme.
33:21 Et mécaniquement,
33:22 ça, c'est des boîtes qui doivent s'adapter
33:25 à cette inflation salariale.
33:26 Est-ce qu'elles peuvent le répercuter
33:28 sur leur chiffre d'affaires,
33:29 générer du résultat en face ?
33:31 C'est la grande question.
33:32 Et moi, je rejoins complètement ce qui a été dit.
33:34 C'est-à-dire qu'on aura une année en deux temps.
33:37 C'est clair que les banques centrales,
33:38 elles vont donner le là,
33:39 elles vont donner le premier tilt,
33:41 pour ensuite pouvoir permettre à certains acteurs,
33:43 notamment sur le marché d'action,
33:45 d'émerger et vraiment de retrouver un second souffle.
33:48 Ça, c'est fondamental.
33:49 Et par exemple, la dimension small cap,
33:53 on a eu quand même cette fin d'année
33:55 qui a permis de penser un peu les plaies de ce marché-là,
33:59 mais c'était, je ne vais pas dire que c'était un faux départ,
34:02 mais ce n'était pas encore le vrai départ pour vous ?
34:05 Malheureusement, non.
34:07 Parce que les small cap,
34:09 ça reste un marché qui est assez particulier,
34:11 parce qu'il y a vraiment des histoires
34:12 où quand on voit la micro,
34:13 quand on voit les résultats,
34:14 on a des surprises qui dépassent très largement ce qui est attendu.
34:18 Et bizarrement, on a un -10, un -5.
34:20 Il y a aussi des effets techniques.
34:22 Il y a quand même le concurrent numéro un des small et mid cap,
34:25 le marché du private equity,
34:26 qui est comme il est,
34:28 qui a ses difficultés,
34:29 ou pas, on en pense ce qu'on veut.
34:31 Forcément, il faut un catalyste qui soit très très fort
34:34 pour amener des flux.
34:35 In fine, il faut des flux pour que les marchés montent.
34:37 Il faut des acheteurs.
34:38 Aujourd'hui, ces acheteurs-là,
34:40 dans les poches d'allocations,
34:41 les small cap,
34:42 elles n'ont pas encore la part belle.
34:44 Vous confirmez aussi l'idée qu'il n'y a pas eu de flux,
34:46 ou en tout cas pas de flux significatif
34:48 pour entretenir quelque chose d'un peu plus persistant à ce stade ?
34:52 Non, ça montre par contre, je pense,
34:55 l'accrédibilité de ce scénario.
34:56 C'est-à-dire que fin d'année,
34:58 on a vu cette espèce de faux départ,
35:00 mais ce qui montre bien que quand on va avoir...
35:02 Parce qu'on a, en fait, on a...
35:03 Pourquoi ?
35:04 On a anticipé un cycle de baisse des taux
35:06 plus fort et plus rapide.
35:07 Et prématuré.
35:08 Oui, oui, c'est ça.
35:09 C'était une répétition, en fait.
35:10 Voilà, on sait...
35:11 Et ça montre juste qu'on y est prêt,
35:13 mais il faut maintenant...
35:14 Il faut vraiment que ça se confirme
35:16 par la réalité de ce cycle de baisse des taux directeur.
35:18 Et en fait, on a voulu aller un tout petit peu trop vite
35:20 sur cette fin d'année dernière.
35:22 Bon, à propos de baisse de taux,
35:25 il y a un risque, je ne sais pas,
35:28 que la Banque Centrale Européenne
35:30 se retrouve quand même en position d'erreur
35:33 à un moment ou pas, Hervé ?
35:36 Avec peut-être une économie américaine
35:38 toujours plus résiliente
35:39 qui mènerait la première baisse de taux de la Fed
35:41 assez loin, plus loin dans le calendrier
35:43 que ce qu'on imagine aujourd'hui.
35:45 Et s'il faut respecter la séquence
35:47 d'une Fed qui est leader
35:49 dans les changements de cycle
35:51 et de réglage de politique monétaire,
35:53 est-ce que ça peut emmener la BCE
35:55 dans une erreur un peu douloureuse ?
35:57 Pour l'économie en zone euro.
35:59 La difficulté pour la BCE,
36:03 c'est qu'il n'y a pas de croissance.
36:05 Donc on est à croissance zéro.
36:08 Et que l'inflation, alors,
36:11 elle a ralenti,
36:13 mais que ce qu'il y a derrière
36:15 ce ralentissement, dont on parlait
36:17 des coûts unitaires du travail,
36:19 eh bien ça n'envoie pas de signaux pérennes
36:22 sur le ralentissement.
36:23 Et donc la BCE, elle,
36:26 elle a un mandat qui est d'abord
36:28 la lutte contre l'inflation.
36:30 Et donc elle dit "je n'y suis pas".
36:32 Ce qu'elle espère, c'est qu'à l'horizon
36:34 des prochains mois sur la productivité,
36:36 sur les salaires,
36:38 il y aura des signaux plus positifs
36:40 qui permettent de mettre en accord
36:42 les perspectives sur l'activité
36:44 et les perspectives sur les prix.
36:46 Pour le moment, on n'y est pas.
36:48 Et comme son mandat, c'est l'inflation,
36:50 on a un peu ce dialogue de sourds
36:52 entre des marchés qui lui disent
36:54 "il faudrait que tu baisses
36:56 parce que tu vois bien que nous, ça va pas fort".
36:58 Tout au moins, le sous-jacent
37:00 croissance économique de la formation
37:02 des résultats, c'est pas terrible.
37:04 Mais elle qui répond "pour le moment,
37:06 je ne peux pas".
37:08 Et donc, alors, est-ce qu'on peut la forcer
37:10 à aller plus vite que la musique ?
37:12 Je ne crois pas.
37:14 Elle va se draper dans son mandat
37:16 et elle dira "c'est pas le moment".
37:18 Donc en fait, l'ajustement,
37:20 ça va moins être du côté de la BCE
37:22 que du côté des marchés.
37:24 Les marchés, ils reçoivent la leçon
37:26 de la Fed aujourd'hui, c'est pour plus tard.
37:28 Et ils doivent comprendre
37:30 que derrière cette leçon, il y a la même chose
37:32 du côté BCE. Il y a eu un moment
37:34 l'espoir, la BCE va faire plus vite
37:36 que la Fed parce que la situation
37:38 est plus mauvaise et donc comme elle est plus mauvaise,
37:40 l'inflation va rentrer dans le rang plus vite.
37:42 Mais ça, aujourd'hui,
37:44 alors, est-ce que c'est une chimère ?
37:46 J'en sais rien, mais au moins, ce n'est pas ce qu'on voit.
37:48 Donc en fait, une erreur
37:50 de la BCE, je ne crois pas.
37:52 Par contre, un appel à une
37:54 plus grande patience des marchés,
37:56 c'est possible et l'erreur
37:58 dans ce cas, comme sur les Etats-Unis d'ailleurs,
38:00 aura été plutôt du côté du marché.
38:03 - Bon, le marché qui a un peu
38:05 réajusté effectivement son calendrier
38:07 d'anticipation de baisse
38:09 de taux, mais on est toujours quand même dans cette discussion
38:11 pour ne pas dire ce bras de fer entre
38:13 les marchés,
38:15 les anticipations de marché et
38:17 la communication des banques centrales.
38:19 On a passé les premières séries de réunions
38:21 début d'année, les prochaines auront
38:23 lieu courant mars, 7 mars
38:25 pour la BCE et 19 et 20 mars
38:27 pour la réserve fédérale américaine. Merci à vous
38:29 trois, merci d'avoir été les invités de Planète Marché
38:31 ce soir, Adi Lamore, Shell Surprise
38:33 Gestion, Benoît Vesco de Lubac Asset Management
38:35 et Hervé Goulet de Kerr à Curaci.

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